Dans la bande dessinée, la voiture de course a longtemps régné. Dès 1957, Michel Vaillant installe le sport automobile au cœur de la BD franco-belge, et pendant des décennies, c’est sur quatre roues que se jouent les récits de vitesse et de compétition. La moto, elle, arrive plus tard — et par la porte de l’humour. En 1984, Charles Degotte crée Les Motards dans le journal Spirou : chaque personnage y incarne un archétype du motard, du frimeur au cascadeur malchanceux. Puis, en 1990, Bar2 publie le premier album du Joe Bar Team et tout bascule. Pour la première fois, une BD restitue le quotidien du motard avec une justesse impeccable — pannes, chutes, soirées au comptoir, mauvaise foi — et un humour qui touche autant les initiés que les profanes. Le succès est massif. D’autres emboîtent le pas : Coyote et ses bikers en Harley, Degotte et ses calembours dans Spirou, puis Frank Margerin et ses quinquagénaires sur deux roues. En quelques années, la moto se taille une place dans la bande dessinée.
Que vous soyez motard·e aguerri·e ou simple curieux·se du guidon, ces dix bandes dessinées proposent autant de façons de vivre la moto — de la bière au comptoir d’un troquet miteux jusqu’aux Grands Prix. Il ne reste plus qu’à choisir la vôtre.
1. Joe Bar Team (Bar2, ‘Fane, 1990)

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Impossible d’ouvrir une liste de BD moto sans celle qui a défini le genre. Joe Bar Team naît sous le crayon de Bar2 — alias Christian Debarre, ancien pilote essayeur chez Moto Journal — à partir de planches publiées dans ce même magazine à la fin des années 1980. Le premier album paraît en 1990 chez Vents d’Ouest. On y suit Édouard Bracame, dit « Ed la poignée », Jean Manchzeck, Jean-Raoul Ducable, Guido Brasletti et les autres habitués du Joe Bar, un café de motards où les tours chronométrés du pâté de maisons tiennent lieu de Grand Prix et où la mauvaise foi est un sport à part entière.
Ce qui fait la force de la série, c’est l’alliance entre la rigueur technique et le gag. Les motos sont dessinées avec un soin maniaque, les bruitages reproduisent fidèlement chaque type de moteur — du vlom-vlom d’un V-twin (un bicylindre en V, le moteur caractéristique des Harley-Davidson) au win-win d’un petit deux-temps — et les situations, si caricaturales soient-elles, sonnent juste pour quiconque a déjà enfilé un blouson en cuir. Après le tome 1, Bar2 confie la série à ‘Fane (Stéphane Déteindre), ami de longue date et motard lui aussi, qui introduit trois nouveaux personnages — Pierrot, Jérémie et Paulo — et transpose l’action dans les années 1990. Bar2 revient le temps d’un cinquième tome en 2003, puis d’autres auteurs prennent le relais. La série compte huit albums et reste la référence de la BD motarde.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12 ans selon la plupart des libraires, même si l’humour fonctionne bien mieux quand on a déjà senti l’odeur de la gomme brûlée.
2. Bakuon Rettô (Tsutomu Takahashi, 2002)

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Bakuon Rettô (爆音列島, « L’archipel du tonnerre ») est un seinen manga — c’est-à-dire destiné à un public de jeunes adultes — prépublié dans le magazine Afternoon de l’éditeur Kōdansha entre 2002 et 2012, puis compilé en dix-huit tomes. La version française, publiée par Kana dans la collection Big Kana à partir de 2008, est disponible en intégralité.
On y suit Kaze Takashi, un lycéen de 15 ans dont les parents déménagent dans un quartier tranquille de Tokyo dans l’espoir de le couper de mauvaises fréquentations. Peine perdue : Takashi se lie à de nouveaux camarades qui l’entraînent dans le monde des bōsōzoku. Ces gangs de motards, très actifs dans le Japon des années 1980, se rassemblent la nuit pour des virées collectives à grand bruit, souvent en infraction avec la loi, dans un mélange de défi à l’autorité et de quête d’appartenance. Fasciné, Takashi décide d’intégrer le clan des Zéro et obtient sa première moto — une Honda Hawk offerte par un membre du gang. Mais entre la pression des bandes rivales, les ennuis familiaux et ses propres hésitations, le chemin sera tout sauf rectiligne.
Loin de l’humour des BD moto francophones, Bakuon Rettô s’inscrit dans la tradition du manga furyō, le récit de voyou. Le ton est grave, parfois contemplatif : des séquences entières se déroulent sans dialogue, au rythme des balades nocturnes en moto dans les rues désertes. Ce qui porte le récit, c’est l’ambivalence de Takashi : il veut faire partie de la bande, mais une part de lui sait qu’il y laissera des plumes.
Tranche d’âge conseillée : 14 ans et plus (catégorie seinen). Délinquance, violence et rapport à l’autorité composent l’essentiel des thématiques.
3. Julie Wood (Jean Graton, 1976)

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En 1976, alors que la BD franco-belge ne confie ses séries qu’à des héros masculins ou presque, Jean Graton — le créateur de Michel Vaillant, pilier du sport automobile en cases depuis 1957 — crée Julie Wood. Orpheline de seize ans élevée par son oncle Chris dans une ferme de Californie, cette jeune Américaine ne vit que pour la moto. Cross, enduro, vitesse, rallye-raid : elle court dans toutes les disciplines et accumule les victoires, comme un pendant motocycliste de Michel Vaillant.
La série, publiée d’abord chez Dargaud puis chez EDI-3/Fleurus, compte huit albums réalisés avec l’aide du collaborateur californien Scott Wood. Graton y dessine les machines et les circuits avec la même exactitude technique que dans Michel Vaillant — on reconnaît les modèles, on identifie les tracés. La série s’arrête au début des années 1980 : la production de Michel Vaillant, de plus en plus lourde, accapare toute l’énergie de Graton et de ses assistants. Le personnage de Julie est alors intégré à la série principale, à l’occasion de l’épisode Paris-Dakar. On la retrouve aussi dans le film Michel Vaillant (2003), où elle est interprétée par Diane Kruger.
Le risque de confier une série à une héroïne motarde à cette époque était réel : le lectorat de la BD franco-belge était très majoritairement masculin, et les éditeurs hésitaient à miser sur des personnages féminins en tête d’affiche. Graton l’a fait — et la série a trouvé son public. Aujourd’hui, les huit albums sont disponibles en trois intégrales chez Dupuis, et une nouvelle saga, Mortel Rodéo, a vu le jour en 2025.
Tranche d’âge conseillée : tout public, à partir de 8-10 ans. Le ton est aventurier et familial, dans la tradition de la BD franco-belge classique.
4. Le Prix de la Vitesse (Mat Oxley, Christian Papazoglakis, 2018)

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Probablement la BD moto la plus inattendue de cette sélection : un récit d’espionnage tiré d’une histoire vraie. Le Prix de la Vitesse, publié chez Glénat dans la collection Plein Gaz en 2018, est l’adaptation en roman graphique de Stealing Speed, un livre de l’ancien pilote et journaliste britannique Mat Oxley.
Les faits se déroulent au début des années 1960, en pleine guerre froide. En Allemagne de l’Est, l’usine de motos MZ — installée à Zschopau, en Saxe — profite d’un avantage technologique hérité de la Seconde Guerre mondiale : ses ingénieurs sont les anciens spécialistes de la propulsion des fusées V-1 nazies, restés en zone soviétique après la défaite. Ils ont reconverti leur savoir-faire dans la conception de moteurs deux-temps (des moteurs plus simples et plus légers que les quatre-temps classiques, très utilisés en compétition moto) d’une puissance supérieure à tout ce que produisent alors les constructeurs occidentaux. Pilote vedette de MZ, Ernst Degner est en passe de décrocher le titre de champion du monde. Mais il prend une décision qui va tout changer : vendre les secrets technologiques de MZ aux Japonais de Suzuki — alors novices en compétition internationale — en échange d’un contrat de pilote et d’un sauf-conduit pour faire passer sa famille de l’autre côté du Mur de Berlin. Cette trahison permet à Suzuki de remporter son premier titre mondial et marque le début de la domination japonaise sur la compétition moto.
Dessinateur bruxellois passé par le studio Michel Vaillant, Christian Papazoglakis signe plus de 180 pages — loin du format habituel de l’album franco-belge (48 pages). Les amateurs de mécanique y trouveront des précisions techniques sur les moteurs deux-temps ; les autres, un thriller historique solide qui fonctionne même sans connaître la différence entre un carburateur et un pot d’échappement.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-16 ans. Le contexte géopolitique (guerre froide, espionnage, passage du Mur) s’adresse à un lectorat adolescent et adulte.
5. Warm Up (Renaud Garreta, 2013)

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Warm Up est la première série BD réaliste consacrée à la moto de vitesse. Renaud Garreta — illustrateur, ancien story-boarder pour le cinéma (Immortel d’Enki Bilal, Arthur et les Minimoys) et motard sur Ducati 750 SS — signe ici le scénario, le dessin et l’édition. Le premier tome, D.O.A. (Dead On Arrival), sort en octobre 2013 chez Dust Editions avec une préface d’Hervé Poncharal, le team manager de l’écurie Tech3 en MotoGP (le championnat du monde de vitesse moto, l’équivalent de la Formule 1 pour les deux-roues).
L’histoire suit les frères Neves, deux motards aux trajectoires opposées. L’aîné des deux, Nathan, est un pilote de Superbike — la catégorie de course réservée aux motos de série modifiées — qui enchaîne les victoires en Championnat de France et rêve du niveau mondial. Mais les budgets manquent. Pour financer sa carrière, il s’engage sur des courses sur routes : le Tourist Trophy de l’île de Man, le Grand Prix de Macao, la North West 200 en Irlande du Nord. Ces épreuves sont parmi les plus dangereuses du sport moto. Sur le Tourist Trophy, les pilotes roulent à plus de 300 km/h sur des routes publiques bordées de murets et de maisons, et la course a fait plus de 260 morts depuis sa création en 1907. Les primes y sont bien plus élevées qu’en championnat classique — mais le prix à payer peut être définitif. Le cadet, Chad, emprunte un chemin encore plus risqué : courses sauvages sur le périphérique parisien et convoyage de drogue à moto (ce que le milieu appelle un « go-fast ») pour le compte d’un gang mafieux. Nathan devra mettre en jeu ses propres projets — et sa vie — pour tenter de sortir son frère de cet engrenage.
Garreta réalise les planches en couleur directe, au feutre, sans passer par l’étape habituelle de l’encrage. Le résultat : des scènes de course au rendu presque photographique, où l’on sent la vitesse et le grain de l’asphalte. La série est prévue pour six tomes.
Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus. Violence, criminalité et tension dramatique placent la série dans un registre adulte.
6. Valentino Rossi – L’odyssée (Michel Turco, Renaud Garreta, 2021)

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Valentino Rossi est le pilote le plus titré de l’histoire du MotoGP (le championnat du monde de vitesse moto) : neuf fois champion du monde entre 1997 et 2009, sur trois catégories différentes (125cc, 250cc et catégorie reine). Surnommé « il Dottore » — « le Docteur » en italien, un surnom qu’il s’est donné lui-même avec l’autodérision qui le caractérise —, il est aussi célèbre pour ses pitreries d’après-course (il s’est un jour déguisé en Robin des Bois sur le podium) que pour ses rivalités avec Max Biaggi, Sete Gibernau ou Jorge Lorenzo. En 2021, après vingt-cinq saisons en Grand Prix, il prend sa retraite à 42 ans. Michel Turco et Renaud Garreta lui consacrent alors un album de 96 pages publié chez Casa Editions.
Reporter spécialisé pour Moto Revue, GP Racing et L’Équipe, Turco suit les Grands Prix moto depuis 1991. C’est lui qui signe le scénario et retrace la carrière de Rossi à travers ses faits de course et ses moments clés : les débuts en 125cc en 1996, le pari fou de quitter Honda — avec qui il avait tout gagné — pour Yamaha en 2004 (et de gagner encore dès la première saison, ce que personne ne croyait possible), la rivalité avec Jorge Lorenzo au sein de la même équipe. Déjà auteur de Warm Up, Garreta assure le dessin dans son registre hyperréaliste.
L’album ne verse pas dans l’hommage béat : les conflits internes, les accusations de jeu dangereux (notamment le face-à-face controversé avec Marc Márquez au Grand Prix de Malaisie 2015, qui a probablement coûté un dixième titre à Rossi) et les saisons de défaites sont aussi présents. C’est une biographie en images, pas un éloge complaisant.
Tranche d’âge conseillée : ados et adultes, à partir de 12-14 ans. Le format documentaire le rend accessible même sans connaissance préalable du MotoGP.
7. Les Fondus de Moto (Hervé Richez, Christophe Cazenove, Bloz, 2009)

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Les Fondus de Moto, publiée chez Bamboo Édition depuis 2009, est l’héritière directe du Joe Bar Team — avec un ton plus familial et un format de gags en une planche. La série suit Thierry, Maurice, Thomas et Piang, membres d’une « association des fondus » réunis par leur passion commune pour la moto. Au programme : prises d’angle excessives dans les ronds-points, discussions interminables sur les mérites comparés de Ducati et Yamaha, achat compulsif d’accessoires, météo qui ruine les virées du dimanche et conjoints diversement enthousiastes.
Illustrateur dans la presse moto depuis 1991, Bloz connaît son sujet de l’intérieur. Cazenove et Richez, duo de scénaristes très productifs chez Bamboo (on leur doit aussi Les Pompiers, Les Gendarmes, Les Sisters), fournissent un gag par planche avec régularité. La série a d’ailleurs fait l’objet de publications hebdomadaires dans Moto Journal, signe de sa crédibilité auprès de la communauté motarde. Un album sort chaque année au printemps — la saison des premières virées, évidemment.
L’ambition n’est pas de réinventer le genre, mais de le rendre accessible au plus grand nombre. C’est le genre de BD qu’on offre à un·e ami·e qui vient de passer le permis moto — ou à quelqu’un·e qu’on veut convaincre de le passer.
Tranche d’âge conseillée : tout public, à partir de 10 ans. Bamboo Édition vise un large public familial.
8. Miss Harley (Mickaël Roux, Philippe Gürel, 2016)

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Dans la BD moto, les personnages principaux sont presque toujours des hommes. Miss Harley, publiée chez Bamboo en 2016, prend le contre-pied : son héroïne est une jeune femme de 28 ans qui décide de se lancer dans l’univers Harley-Davidson et la culture biker. Elle y découvre la Kustom Kulture (l’esthétique rétro des années 1950-1960 : choppers customisés, pin-up, rockabilly, tatouages) et débarque au milieu des barbus en gilet de cuir sans en connaître les codes — ce qui produit des gags quand elle confond les modèles, massacre le jargon ou se pointe avec le mauvais équipement.
Le scénariste Mickaël Roux — autodidacte passé par les séries Piraterie, Beurk et Jeux de gamins — s’est associé à Philippe Gürel pour le dessin des motos. Gürel est illustrateur pour Moto Magazine et auteur de recueils consacrés aux Harley-Davidson (Les Flat-twins, Les Américaines) : c’est un spécialiste de la marque de Milwaukee. Les machines sont donc irréprochables sur le papier, et le contraste entre la précision mécanique des Harley et le trait rond, presque « cartoon », des personnages donne à la série son identité visuelle.
Les gags en une planche ne font pas tous mouche — certaines chutes se devinent avant la dernière case —, mais l’ensemble apporte de la fraîcheur dans un genre où les héroïnes sont rares. Deux tomes sont disponibles.
Tranche d’âge conseillée : tout public. Le ton léger et l’humour bon enfant conviennent aussi bien aux adolescent·e·s qu’aux adultes.
9. Mammouth et Piston (Coyote, 1992)

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Avant de créer Litteul Kévin — sa série la plus connue, qui met en scène un gamin de dix ans dans une famille de bikers, publiée dans Fluide Glacial de 1993 à 2013 —, Coyote (Philippe Escafre, 1962-2015) pose les fondations de son univers avec Mammouth et Piston. Ces gags en quelques planches paraissent d’abord dans le magazine moto Freeway à partir de 1991, puis sont réunis en trois albums, réédités chez Fluide Glacial et disponibles en intégrale depuis 2010.
Mammouth est un biker massif et hirsute, patron et cuisinier du Sli-Bar — un bar miteux dont l’hygiène frise le risque sanitaire et dont les habitués ne valent guère mieux. À ses côtés : Piston, un rat qui tient le rôle de conscience muette (une sorte de Jiminy Cricket qui aurait trop bu). Autour de ce duo gravitent le Gros, Bunny la serveuse, et toute une faune de bikers tatoués et bonhommes dont les loisirs se résument à la Harley, la bière et le calembour. Le ton est gras et velu, truffé de jeux de mots — argot fleuri, citations latines inattendues, calembours dont certains méritent une standing ovation et d’autres une gifle.
Moins connu que Litteul Kévin, Mammouth et Piston en est la matrice — et plaira à celles et ceux qui estiment que la BD moto manque parfois de cambouis. Coyote est décédé en 2015 à l’âge de 52 ans.
Tranche d’âge conseillée : adultes (16 ans et plus). Humour graveleux, références à l’alcool et vocabulaire fleuri réservent la série à un public averti.
10. Je veux une Harley (Marc Cuadrado, Frank Margerin, 2012)

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Frank Margerin est le créateur de Lucien, rockeur rigolard coiffé d’une banane — cette coupe de cheveux gominée typique des années 1950 —, personnage emblématique de la BD des années 1980, d’abord publié dans le magazine Métal Hurlant. Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1992 (la plus haute distinction de la BD francophone) et motard lui-même, Margerin s’associe ici à Marc Cuadrado (créateur de Parker et Badger) pour raconter la crise de la cinquantaine d’un certain Marc Carré. Le point de départ est trivial et très drôle : cinquante ans, première coloscopie (tout va bien), et une révélation — la vie est trop courte pour ne pas s’offrir la Harley-Davidson dont il rêve depuis toujours.
La série, publiée chez Dargaud de 2012 à 2020, compte six tomes. Marc Carré y découvre le monde des clubs de motards, des forums spécialisés, des concentrations (ces grands rassemblements de bikers, souvent sur un week-end) et des « trois B » : Bécane, Bières et Babes — pour le troisième, sa femme Tanie lui rappelle qu’il peut toujours courir. Avec son beau-frère Alain, déjà accro au « free ride », il enchaîne les virées : banlieue parisienne, Route 66, Alpilles. Tout y passe : le bichonnage obsessionnel de la bécane, la guerre sourde entre « Harleyistes » et « BMWistes », les regards en coin de l’entourage, les factures de concessionnaire.
Les cases de Margerin regorgent de détails, le trait reste aussi efficace que dans les meilleurs albums de Lucien, et les situations sonnent vrai — les deux auteurs sont eux-mêmes motards et se sont rendus sur la Route 66 en Harley pour préparer le troisième tome. Le vrai sujet, au fond, ce n’est pas la moto : c’est le refus de vieillir. La Harley n’est qu’un prétexte — un très beau prétexte chromé.
Tranche d’âge conseillée : ados et adultes, à partir de 12-14 ans. L’humour porte sur la vie de couple, le cap de la cinquantaine — des thèmes qui parlent surtout aux adultes, mais le ton reste accessible.