Publiée chez Dargaud depuis 2015, Undertaker suit les pas de Jonas Crow, ancien soldat de la guerre de Sécession reconverti en croque-mort itinérant dans l’Ouest américain. Scénarisée par Xavier Dorison et mise en images par Ralph Meyer, la série s’est imposée comme la référence du western réaliste en bande dessinée francophone, avec près de 900 000 exemplaires écoulés.
Chaque diptyque confronte son anti-héros à des enjeux à la fois intimes et universels — avidité, fanatisme religieux, spoliation des peuples autochtones — dans un cadre graphique d’une maîtrise saisissante, rehaussé par les couleurs de Caroline Delabie. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Stern (Frédéric et Julien Maffre, 2015)

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La parenté avec Undertaker saute aux yeux : Elijah Stern est lui aussi croque-mort, mais la ressemblance s’arrête là. Filiforme, désarmé, amateur de littérature, ce fossoyeur de l’Arkansas en 1880 est l’antithèse absolue du héros de western traditionnel. Quand un cadavre suspect atterrit sur sa table, Stern s’improvise enquêteur et met au jour les secrets enfouis de sa communauté — et les siens.
Les frères Maffre mêlent polar et western avec une habileté redoutable. Julien Maffre installe ses décors dans des tons ocres et terreux qui collent à la poussière du Kansas, tandis que Frédéric construit des intrigues retorses où chaque personnage dissimule une fêlure. La série fonctionne en one-shots liés par la figure de Stern, ce qui permet d’entrer dans l’histoire par n’importe quel tome.
Là où Jonas Crow impose sa loi au bout du canon, Stern résout ses affaires par l’observation et la ruse. Un contrepoint idéal pour qui apprécie les westerns portés par un protagoniste en marge.
2. La Venin (Laurent Astier, 2019)

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Colorado, juillet 1900. Emily débarque à Silver Creek, petite ville minière perdue dans les Rocheuses. Derrière son apparence fragile se cache une tireuse d’élite au passé dévastateur, lancée dans une quête de vengeance implacable. Tour à tour entraîneuse de saloon, cavalière et fugitive traquée par l’agence Pinkerton, elle parcourt l’Amérique avec une détermination féroce.
Laurent Astier signe ici l’intégralité de la série — scénario, dessin, couleurs — en cinq tomes. Sa narration hachée de flashbacks dévoile par strates l’enfance d’Emily dans les bordels de La Nouvelle-Orléans et les raisons de sa métamorphose. Le trait, à la fois brut et soigné, convoque l’atmosphère des fumetti italiens autant que celle du cinéma de Sergio Leone. Comme Undertaker, La Venin dresse le portrait d’une Amérique corrompue par l’argent et la violence, mais le premier rôle revient ici à une femme — ce qui reste rare dans le genre.
3. Hoka Hey ! (Neyef, 2022)

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Georges, jeune Lakota élevé par un pasteur dans une réserve du Dakota du Sud, a grandi coupé de ses racines. Sa vie bascule quand Little Knife, Amérindien taciturne et brutal, l’arrache à son quotidien pour l’entraîner dans une chevauchée de vengeance à travers les grandes plaines. Au fil des épreuves, l’homme et l’enfant s’apprivoisent : l’un retrouve le sens de la transmission, l’autre se réapproprie une identité confisquée.
Neyef réalise seul ce one-shot de 224 pages, couronné par le Prix des Libraires Canal BD en 2023. Ses paysages aux couleurs incandescentes, ses cadrages cinématographiques et ses longues séquences contemplatives imposent un rythme puissant. La violence, présente et sèche, n’est jamais gratuite : elle sert un récit sur l’acculturation et la résistance d’un peuple décimé.
Undertaker abordait la question amérindienne à travers le cycle de l’Indien blanc. Hoka Hey ! en fait le noyau incandescent de son récit, avec une force graphique et émotionnelle qui ne laisse pas indemne.
4. Bouncer (Alejandro Jodorowsky et François Boucq, 2001)

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Fils bâtard d’une prostituée et d’un Amérindien, manchot après un affrontement fratricide, le Bouncer est videur au saloon l’Infierno de Barro City. Malgré son handicap, c’est un tireur foudroyant qui défend les opprimés avec une morale à géométrie variable. Jodorowsky rêvait d’écrire un « western shakespearien » — et la série, portée par des tragédies familiales dignes du théâtre élisabéthain, tient cette promesse.
François Boucq, nourri de photographies d’époque plutôt que de clichés hollywoodiens, ancre chaque planche dans un réalisme cru. Ses personnages ont des gueules burinées, ses décors restituent la brutalité minérale de l’Ouest. Le scénario de Jodorowsky, fidèle à son goût pour la démesure et les tragédies familiales, tisse des intrigues où cupidité, vengeance et rédemption s’entrechoquent sans répit. Si Undertaker réinventait le western franco-belge par la figure du croque-mort, Bouncer l’avait déjà secoué avec la fureur baroque d’un auteur hors normes.
5. Mauvaise réputation (Antoine Ozanam et Emmanuel Bazin, 2021)

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1908, Oklahoma. Emmett Dalton, dernier survivant de la célèbre fratrie, mène une existence discrète. Lorsqu’un producteur de cinéma lui propose de porter l’histoire du gang à l’écran, Emmett accepte à une condition : rétablir la vérité et dissiper la légende noire des Dalton. Le récit alterne entre les souvenirs sanglants de ses années de hors-la-loi et sa reconversion inattendue à Hollywood.
Emmanuel Bazin livre un travail graphique saisissant, souvent comparé aux toiles d’Edward Hopper pour son traitement de la lumière et ses compositions épurées. Le western d’Ozanam est mélancolique et démythifié : ni héroïsme flamboyant, ni violence spectaculaire, mais des hommes piégés par les circonstances et broyés par un système corrompu.
Ce diptyque partage avec Undertaker le souci de tordre le cou aux clichés du genre. Là où Dorison remplace la figure du shérif par celle d’un fossoyeur, Ozanam déconstruit la légende des Dalton pour en extraire la part humaine.
6. Durango (Yves Swolfs, 1981)

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Cavalier solitaire dans les plaines du Wyoming de la fin du XIXᵉ siècle, Durango traque les hors-la-loi armé de son Mauser C96. Surnommé « le Pacificateur », il n’hésite jamais à contourner la loi pour servir sa propre justice. Privé de l’usage de sa main droite dès le deuxième tome, il compense son handicap par une habileté redoutable — et par un sang-froid que rien n’entame.
Créée par le Belge Yves Swolfs, admirateur déclaré du Grand Silence de Sergio Corbucci, la série est un hommage assumé au western spaghetti transposé en bande dessinée. Les visages des personnages empruntent les traits de Klaus Kinski, Lee Van Cleef ou Jean-Louis Trintignant, et les clins d’œil cinématographiques parsèment chaque album. Swolfs a assuré seul scénario et dessin pendant treize tomes avant de confier les pinceaux à Iko.
Avec dix-neuf volumes publiés entre 1981 et 2024, Durango est un pilier du western en BD. Les amateurs d’Undertaker y retrouveront la même tension et le même goût pour les personnages taiseux au passé trouble.
7. Jusqu’au dernier (Jérôme Félix et Paul Gastine, 2019)

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L’ère des cowboys s’éteint. Russell, vieux convoyeur de bétail, a décidé de raccrocher pour devenir fermier dans le Montana. Il fait route avec Bennett, un garçon de vingt ans un peu simplet qu’il a recueilli enfant. Une halte à Sundance tourne au drame : au matin, Bennett est retrouvé mort. Le maire, soucieux de préserver la tranquillité de sa bourgade — et l’arrivée du chemin de fer —, chasse Russell. Celui-ci revient à la tête d’une bande de hors-la-loi pour exiger la vérité.
Paul Gastine signe des planches somptueuses, servies par une mise en couleurs aux teintes profondes qui magnifient les paysages du Wyoming. Le scénario de Jérôme Félix, condensé en un seul album de 72 pages, refuse les recettes du western classique : pas de duel au soleil, pas de rédemption commode, mais une spirale de violence où les frontières entre justice et barbarie se brouillent. Ce one-shot partage avec Undertaker une même lucidité crépusculaire sur la fin d’un monde et la noirceur tapie sous les grands espaces.
8. Pulp (Ed Brubaker, Sean Phillips et Jacob Phillips, 2020)

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New York, 1939. Max Winters, écrivain vieillissant, survit grâce à des feuilletons western destinés à des magazines bon marché — les fameux pulps. Son héros, Red River Kid, est le reflet romancé de sa propre jeunesse de hors-la-loi dans l’Ouest américain. Malade du cœur, fauché, confronté à la montée du nazisme, Max se voit proposer un dernier braquage par un ancien agent Pinkerton qui le pourchassait jadis.
Le duo Brubaker-Phillips, déjà derrière Criminal, Fatale et Fondu au noir, tisse un récit court (72 pages) mais dense, où les flashbacks sépia du Far West tranchent avec la grisaille du New York de la Grande Dépression. Jacob Phillips, fils de Sean, assure des couleurs qui oscillent entre ocres chaleureux et noirs glacials selon les époques.
Pulp est à la croisée du polar et du western, une méditation amère sur la fin des mythes et le poids d’une vie de violence. Un écho saisissant aux thèmes qui irriguent Undertaker.