The Boys est une série de comics créée par le scénariste Garth Ennis et le dessinateur Darick Robertson, publiée entre 2006 et 2012 chez Wildstorm puis Dynamite Entertainment, pour un total de 72 numéros.
Dans un monde où les super-héros, corrompus par la célébrité et manipulés par la multinationale Vought-American, se livrent à toutes sortes d’excès, une équipe d’agents de la CIA — les « Boys » — est chargée de les surveiller et, si nécessaire, de les neutraliser.
Satire féroce du genre super-héroïque, la série conjugue humour noir, violence graphique et critique sociale acerbe. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Marshal Law (Pat Mills & Kevin O’Neill, 1987)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Dans un San Francisco ravagé par un séisme et rebaptisé San Futuro, le Marshal Law traque les super-héros devenus incontrôlables. Ces anciens soldats génétiquement modifiés, revenus brisés d’une guerre en Amérique du Sud, terrorisent désormais la population. Joe Gilmore, alias Marshal Law, est lui-même un de ces « super » qu’il abhorre — un paradoxe qui nourrit tout le récit.
Pat Mills et Kevin O’Neill signent ici une satire au vitriol du mythe super-héroïque, avec près de vingt ans d’avance sur The Boys. Le trait surchargé et grotesque d’O’Neill — également connu pour La Ligue des Gentlemen Extraordinaires — donne corps à un univers volontairement répugnant où chaque case déborde de sarcasme visuel. Les amateurs de la plume corrosive de Garth Ennis retrouveront dans Marshal Law le même mépris jubilatoire pour les capes et les collants, poussé ici jusqu’à la caricature la plus brutale.
2. The Paybacks (Donny Cates & Geoff Shaw, 2015)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Devenir un super-héros coûte cher : armures, repaires secrets, améliorations génétiques… Quand les factures s’accumulent et que les héros ne peuvent plus rembourser, une équipe d’anciens justiciers fauchés — les Paybacks — débarque pour saisir leurs biens. Night Knight, parodie assumée de Batman flanquée d’une licorne blindée, mène ce commando de losers endettés dans des missions de recouvrement qui tournent systématiquement au chaos.
Donny Cates et Geoff Shaw — le duo derrière God Country — abordent la dérision du genre super-héroïque par le prisme économique, là où The Boys privilégiait l’angle politique et corporatiste. Le ton reste plus léger, volontiers absurde, mais la prémisse — l’héroïsme comme gouffre financier — touche une corde sensible et très contemporaine. Une lecture courte (huit numéros au total, chez Dark Horse puis Heavy Metal) et hilarante pour prolonger le plaisir irrévérencieux de The Boys.
3. Irrécupérable (Mark Waid & Peter Krause, 2009)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Le Plutonien était le plus grand héros de la Terre. Du jour au lendemain, il a basculé : destruction de villes entières, massacres de civils, assassinat de ses anciens alliés. Ses ex-coéquipiers, regroupés sous le nom de Paradigm, tentent de comprendre les raisons de sa chute, tout en échappant à sa colère meurtrière. Mark Waid, l’auteur de Kingdom Come, signe ici sa réflexion la plus sombre sur le coût psychologique de l’héroïsme.
Là où The Boys démontrait que le pouvoir corrompt des individus médiocres, Irrécupérable pose une question inverse : que se passe-t-il quand le héros le plus puissant du monde, poussé à bout, décide de se retourner contre l’humanité ? Le traitement s’apparente à un thriller tendu sur 37 numéros, porté par le dessin sobre de Peter Krause. Un spin-off, Incorruptible, suit le parcours miroir d’un super-vilain qui choisit la voie héroïque.
4. Transmetropolitan (Warren Ellis & Darick Robertson, 1997)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Spider Jerusalem, journaliste gonzo au crâne rasé et au tempérament volcanique, quitte son exil montagnard pour revenir dans une mégalopole du XXIIIe siècle saturée de technologies aberrantes, de drogues improbables et de corruption politique. Reporter au journal The Word, il s’attaque sans relâche aux abus du pouvoir et prend pour cible deux présidents successifs avec une rage méthodique. Warren Ellis a conçu le personnage comme un hommage à Hunter S. Thompson transposé dans un futur postcyberpunk.
Pour les lecteur·ice·s de The Boys, le lien est évident : Darick Robertson, co-créateur des deux séries, déploie ici le même talent pour dessiner la crasse urbaine et les visages ravagés. Mais là où Hughie Campbell subissait les événements, Spider Jerusalem les provoque. Transmetropolitan, publié chez Vertigo sur 60 numéros, a reçu un Eisner Award et reste l’une des séries les plus incisives sur le journalisme, la démocratie et les dérives technologiques.
5. Kick-Ass Omnibus (Mark Millar & John Romita Jr., 2008)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Dave Lizewski est un adolescent new-yorkais sans pouvoir, sans entraînement et sans la moindre aptitude au combat. Obsédé par les comics, il enfile un costume acheté sur Internet et se lance dans la lutte contre le crime sous le nom de Kick-Ass. La réalité le rattrape immédiatement : tabassé, poignardé, hospitalisé. Sa persévérance absurde finit par croiser la route de Hit-Girl, tueuse de dix ans formée par son père, Big Daddy.
Mark Millar et John Romita Jr. construisent un récit où la violence a des conséquences physiques réelles, loin de l’invulnérabilité habituelle des super-héros. Comme The Boys, Kick-Ass confronte les fantasmes de la culture geek à leur transposition brutale dans le monde réel. La série, adaptée au cinéma par Matthew Vaughn en 2010, se prolonge sur plusieurs volumes et spin-offs au fil des ans. L’omnibus rassemble l’intégralité de la saga de Dave Lizewski.
6. Black Hammer (Jeff Lemire & Dean Ormston, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Après avoir sauvé Spiral City d’une menace cosmique, six anciens super-héros se retrouvent prisonniers de Rockwood, un bourg rural hors du temps dont ils ne parviennent pas à s’échapper. Abraham Slam, Golden Gail, Colonel Weird, Barbalien, Madame Dragonfly et le défunt Black Hammer y mènent une existence domestique forcée, chacun incarne un archétype d’une époque révolue du comic book — de l’Âge d’Or à la Ligue de Justice.
Jeff Lemire aborde la déconstruction super-héroïque par la mélancolie plutôt que par le cynisme. Là où Ennis frappait à coups de masse, Lemire dissèque la nostalgie et le poids du sacrifice avec une sensibilité héritée de ses romans graphiques (Essex County, Sweet Tooth). Le trait austère et expressif de Dean Ormston renforce cette atmosphère crépusculaire. Récompensé par deux Eisner Awards, Black Hammer a engendré un univers étendu de spin-offs et de mini-séries.
7. Happy! (Grant Morrison & Darick Robertson, 2012)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Nick Sax, ex-flic corrompu reconverti en tueur à gages, survit à peine entre l’alcool, les dettes et les contrats ratés. Après une fusillade qui tourne mal, il se retrouve avec une balle dans le flanc, la mafia et la police à ses trousses — et un minuscule cheval bleu ailé nommé Happy, visible de lui seul. Cet ami imaginaire appartient à une fillette kidnappée par un prédateur déguisé en Père Noël, et Sax est le seul à pouvoir la sauver.
Grant Morrison et Darick Robertson — retrouvé ici entre deux arcs de The Boys — produisent un conte de Noël dégénéré en quatre numéros chez Image Comics. Le contraste entre la noirceur poisseuse du monde de Sax et la candeur absurde de Happy constitue le moteur du récit. L’ensemble a inspiré une série télévisée de deux saisons sur Syfy avec Chris Meloni. Un condensé brutal et décalé, à mi-chemin entre le polar crasseux et le conte de fées perverti.
8. One-Punch Man (ONE & Yusuke Murata, 2012)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Saitama, modeste habitant d’une métropole japonaise infestée de monstres, est devenu le héros le plus puissant du monde après trois ans d’un entraînement absurdement banal : cent pompes, cent squats, cent abdos et dix kilomètres de course par jour. Résultat : il vainc n’importe quel adversaire d’un seul coup de poing. Cette toute-puissance lui vaut un ennui existentiel profond, car aucun combat ne lui procure plus la moindre adrénaline.
Le manga de ONE, redessiné avec une virtuosité graphique stupéfiante par Yusuke Murata, démonte les codes du shōnen et du récit super-héroïque par l’absurde. Là où The Boys tournait en dérision la corruption morale des surhommes, One-Punch Man en ridiculise la mécanique narrative : hiérarchies de pouvoir, escalade dramatique, héros tourmentés — tout est balayé par l’indifférence blasée de Saitama. Avec plus de 35 millions d’exemplaires vendus, la série a aussi donné naissance à un anime et à plusieurs jeux vidéo.