Paru en juin 2020 chez Glénat, Peau d’homme est un roman graphique scénarisé par Hubert et dessiné par Zanzim.
Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, promise à un jeune marchand qu’elle ne connaît pas, hérite d’un secret transmis par les femmes de sa famille : une peau d’homme qui lui permet de devenir Lorenzo. Sous cette apparence masculine, elle s’affranchit des carcans imposés aux femmes et découvre l’amour, la sexualité et les hypocrisies de son époque.
Saluée par huit prix et plus de 100 000 exemplaires vendus, cette fable sur le genre, la liberté et l’émancipation est devenue l’une des bandes dessinées les plus primées de son année. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Mauvais genre (Chloé Cruchaudet, 2013)

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Tirée d’un fait divers authentique, cette bande dessinée retrace le destin de Paul Grappe, soldat de la Première Guerre mondiale qui, après avoir déserté, se travestit en femme — Suzanne — pour échapper au peloton d’exécution. Ce qui débute comme un stratagème de survie se mue en transformation profonde : Paul prend goût à sa féminité, brouille les frontières entre identités et entraîne son couple dans une spirale de plus en plus trouble.
Le parallèle avec Peau d’homme est saisissant : dans les deux cas, un personnage revêt l’apparence de l’autre sexe et voit sa perception du monde s’en trouver chamboulée. Mais là où Bianca se libère, Paul sombre. Le trait en noir, blanc et rouge de Cruchaudet — âpre, sensuel, nerveux — restitue avec justesse le Paris des Années folles et la lente désagrégation d’un homme que la guerre et le travestissement ont irrémédiablement fracturé.
2. Le Prince et la Couturière (Jen Wang, 2018)

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Le prince Sébastien mène une double vie : le jour, il se plie aux attentes de ses parents qui lui cherchent une épouse ; la nuit, il arpente Paris sous les atours de Lady Crystallia, icône mondaine aux robes flamboyantes. Sa complice ? Francès, une jeune couturière au talent fou, seule à connaître son secret. Leur amitié se heurte pourtant à un dilemme : tant que Sébastien dissimule son identité, Francès reste condamnée à l’ombre.
Comme Peau d’homme, ce conte revisite les codes du récit de cour pour interroger les normes de genre et le poids du secret. Le travestissement n’y est pas un simple déguisement mais l’expression d’une identité réprimée par les conventions. Le dessin tout en rondeurs et en couleurs vives de Jen Wang confère au récit une douceur lumineuse, couronnée par le Fauve jeunesse au Festival d’Angoulême 2019.
3. Love Me for Who I Am (Kata Konayama, 2019)

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Mogumo, lycéen·ne solitaire, ne se reconnaît ni comme garçon ni comme fille. Recruté·e par méprise dans un maid café tenu par des otokonoko (garçons habillés en filles), iel y trouve un refuge inattendu — mais aussi des malentendus. Car même dans cet espace de bienveillance, les préjugés sur le genre persistent, et chaque membre de l’équipe porte ses propres zones d’ombre : transidentité, homosexualité, quête de soi.
Ce manga aborde la non-binarité avec une sincérité rare dans le paysage éditorial japonais. Là où Peau d’homme utilisait le conte pour interroger les assignations de genre, Kata Konayama ancre le même questionnement dans le quotidien d’adolescent·es du Japon contemporain. Le récit oscille entre comédie romantique et moments de vulnérabilité poignante, sans jamais verser dans le didactisme. Le café devient alors un microcosme où chacun·e apprend, à tâtons, à respecter l’identité de l’autre.
4. Boys Run the Riot (Keito Gaku, 2020)

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Ryo, assigné fille à la naissance, refuse de porter l’uniforme féminin de son lycée et se réfugie dans la tenue de sport pour traverser ses journées. Sa rencontre avec Jin, nouvel élève au look de rebelle, va tout changer : ensemble, ils décident de fonder leur propre marque de streetwear, un projet qui devient autant un acte créatif qu’un manifeste pour le droit d’exister tel que l’on est.
Keito Gaku, lui-même homme transgenre, nourrit ce seinen de sa propre expérience. Le vêtement y joue un rôle central, comme dans Peau d’homme : il n’est pas un simple accessoire, mais le lieu où se négocie l’identité. La mode devient ici un outil d’émancipation, un langage pour dire ce que les mots ne parviennent pas à formuler. En quatre tomes nerveux et généreux, la série a été sélectionnée aux Harvey Awards en 2021.
5. Appelez-moi Nathan (Catherine Castro & Quentin Zuttion, 2018)

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Nathan est né Lila. Dès l’enfance, il perçoit un décalage entre son corps et ce qu’il ressent ; à l’adolescence, la puberté transforme ce malaise en souffrance aiguë. La bande dessinée suit son parcours — de la prise de conscience à la transition hormonale — avec le soutien indéfectible de sa famille, de ses ami·es et du corps médical. Le scénario de Catherine Castro, inspiré d’une histoire vraie, ne cède jamais à la complaisance ni au pathos.
Les aquarelles délicates de Quentin Zuttion traduisent avec justesse les états intérieurs de Nathan : la dysphorie, le soulagement, la reconstruction. Si Peau d’homme abordait la fluidité de genre par le prisme du conte, Appelez-moi Nathan se situe dans le réel le plus concret. Les deux titres se répondent comme les deux faces d’une même médaille : la fiction enchantée et le témoignage brut, unis par la même conviction que chacun·e devrait pouvoir habiter le corps qui lui correspond.
6. Genre queer : Une autobiographie non-binaire (Maia Kobabe, 2019)

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Maia Kobabe retrace dans ce roman graphique autobiographique son cheminement depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, de ses premiers troubles face aux injonctions genrées à l’identification comme personne non binaire et asexuelle. Iel y aborde sans détour la dysphorie, les rendez-vous médicaux éprouvants, le coming out auprès de ses proches et la difficulté de trouver les mots justes pour se définir dans une langue qui ne prévoit pas de cases pour iel.
Devenu le livre le plus contesté dans les bibliothèques scolaires aux États-Unis en 2021 — précisément parce qu’il nomme ce que beaucoup préfèrent taire —, Genre queer partage avec Peau d’homme une même volonté de secouer les certitudes sur le genre et la sexualité. Le trait est plus dépouillé, le propos plus intime, mais la force du texte est comparable : refuser les cases imposées et affirmer le droit de se définir soi-même.
7. Les Indes fourbes (Alain Ayroles & Juanjo Guarnido, 2019)

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Don Pablos de Ségovie, gueux castillan et menteur de génie, narre ses tribulations dans l’Amérique du Siècle d’or espagnol. Des bas-fonds de Séville aux jungles d’Amazonie, ce pícaro sans scrupules se réinvente sans cesse — tour à tour misérable, conquérant, imposteur et courtisan — dans une quête effrénée de l’Eldorado. Alain Ayroles signe un scénario aux tiroirs multiples, ponctué de fausses pistes et de retournements jubilatoires.
Le lien avec Peau d’homme ne se situe pas du côté du genre, mais du travestissement social et de l’imposture comme art de survie. Pablos change de peau aussi souvent que Bianca revêt la sienne ; les deux albums interrogent, chacun à sa manière, ce que l’habit fait (ou défait) du moine. Les aquarelles somptueuses de Juanjo Guarnido — le dessinateur de Blacksad — font de chaque planche un tableau à part entière. Six prix ont salué cet album en 2019 et 2020.
8. Culottées — Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent (Pénélope Bagieu, 2016)

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En trente portraits courts et percutants, répartis en deux tomes, Pénélope Bagieu ressuscite des figures féminines oubliées ou méconnues : une gynécologue de l’Antiquité déguisée en homme pour exercer, une guerrière apache, la première femme transgenre célèbre, une impératrice chinoise, une rappeuse afghane… Toutes ont, à leur époque, défié les conventions qui prétendaient leur dicter leur place.
Le trait malicieux et les couleurs chatoyantes de Bagieu rappellent l’esprit frondeur de Peau d’homme : un féminisme joyeux, qui préfère la narration à la leçon de morale. Là où Bianca enfile une peau d’homme pour goûter à la liberté, les Culottées ont trouvé mille autres stratégies pour s’affranchir des carcans. Récompensée par un Eisner Award en 2019 et traduite en plus de vingt langues, cette série a aussi été adaptée en animation par France Télévisions, avec la voix de Cécile de France.
9. La fille dans l’écran (Lou Lubie & Manon Desveaux, 2019)

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Coline, jeune illustratrice française rongée par l’anxiété, contacte Marley, photographe installée à Montréal, pour s’inspirer de ses clichés. De mails en messages instantanés, une complicité se noue entre les deux femmes, puis un trouble plus profond. La bande dessinée suit, page de gauche et page de droite, chacune des protagonistes — Coline en noir et blanc (par Manon Desveaux), Marley en couleurs (par Lou Lubie) — jusqu’à leur rencontre dans le monde réel.
Ce dispositif graphique à quatre mains traduit avec élégance la distance, le désir et la convergence progressive entre deux êtres. Comme dans Peau d’homme, l’amour y naît là où on ne l’attendait pas, bousculant les certitudes et les conventions sociales. Le récit traite l’attirance entre femmes avec une douceur sans mièvrerie, et la question de l’identité — sexuelle, artistique, intime — irrigue chaque planche avec une pudeur qui rend l’émotion d’autant plus forte.