Les sœurs Grémillet est une série de bande dessinée publiée aux éditions Dupuis depuis 2020, née de la collaboration entre le scénariste italien Giovanni Di Gregorio et le dessinateur Alessandro Barbucci, connu notamment pour avoir cocréé W.I.T.C.H. et Sky Doll. On y suit le quotidien de trois sœurs aux caractères bien distincts — Sarah, l’aînée au tempérament affirmé, Cassiopée, la cadette artiste et romantique, et Lucille, la benjamine taciturne qui ne se confie qu’à son chat Yurei. Leur mère, Magda, cache un passé douloureux que les filles vont peu à peu mettre au jour, guidées par des rêves récurrents peuplés de méduses phosphorescentes. Chaque tome aborde un nouveau secret de famille, dans un registre qui alterne enquête domestique et séquences oniriques, avec des planches travaillées à l’aquarelle numérique dans des teintes turquoise caractéristiques. La série compte aujourd’hui huit tomes.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans un esprit voisin : des BD jeunesse dans lesquelles de jeunes héroïnes mènent des enquêtes, affrontent des épreuves ou découvrent des mondes cachés — souvent les trois à la fois. Toutes les séries présentées ici s’adressent à une tranche d’âge comparable à celle des Sœurs Grémillet, globalement entre 8 et 13 ans.
1. Le Grimoire d’Elfie (Christophe Arleston, Audrey Alwett et Mini Ludvin, 2021)

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Elfie, onze ans, passionnée d’origamis et d’astronomie, vit avec sa sœur Magda chez une tante acariâtre depuis la mort de leur mère dans un incendie — le même incendie qui a coûté une jambe à Magda, un détail rarement abordé en BD jeunesse et traité ici sans misérabilisme. Leur existence bascule le jour où Louette, l’aînée tout juste majeure, débarque de Londres aux commandes d’un bus anglais reconverti en librairie ambulante — baptisé, avec un sens de l’humour discutable, Le Livre qui pue. Les trois sœurs prennent la route, et c’est à leur première escale, sur une presque-île bretonne, qu’Elfie met la main sur un grimoire hérité de sa mère. Concrètement, quand Elfie écrit une histoire dans le grimoire, ses origamis prennent vie — mais la magie ne fonctionne pas toujours comme prévu, et il faut parfois ruser pour en tirer quelque chose d’utile.
La série, qui a remporté le Grand Prix des lecteurs du Journal de Mickey en 2021, est publiée chez Drakoo (label de Bamboo Édition) et adopte un format efficace : chaque tome est une aventure complète dans une nouvelle région de France (Bretagne, Provence, Alsace, Pyrénées, Corse…). À chaque étape, Elfie résout un conflit local grâce à son grimoire, tout en découvrant un pan de l’histoire de sa mère disparue. Le duo de scénaristes Arleston (créateur de Lanfeust de Troy) et Alwett (autrice du roman Magic Charly) ne lésine pas sur l’humour — l’oiseau de compagnie d’Elfie, un mainate nommé Gravier, répète les mots des conversations en créant des quiproquos permanents. Le dessin de Mini Ludvin, nourri de son passé dans l’animation et de son admiration pour le studio Ghibli, donne aux personnages de grands yeux expressifs et aux décors des couleurs chaudes et lumineuses, proches de celles d’un film d’animation.
Âge conseillé : la série est indiquée « dès 7 ans » sur les catalogues de l’éditeur, mais des sites spécialisés comme Lirado la recommandent plutôt pour les 9-12 ans, voire au-delà.
2. Les Carnets de Cerise (Joris Chamblain et Aurélie Neyret, 2012)

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Cerise a dix ans et demi, vit seule avec sa mère et nourrit un rêve précis : devenir romancière. Pour accumuler de la matière, elle observe les adultes et tente de percer leurs secrets. Dans le premier tome, Le Zoo pétrifié, c’est un vieil homme qui l’intrigue : chaque dimanche, il s’enfonce dans la forêt avec des pots de peinture. Que peut-il bien y faire ? Accompagnée de ses amies, Cerise le piste — et finit par découvrir qu’il repeignait les sculptures d’un ancien parc animalier abandonné, lié à un souvenir douloureux de sa vie. Ce schéma revient à chaque tome : un adulte au comportement énigmatique, une enquête menée par Cerise, et la découverte d’un chagrin ancien — un deuil, un amour perdu, un talent abandonné — que la personne n’avait jamais réussi à formuler, et que l’enquête de Cerise l’aide enfin à affronter.
La série (cinq tomes et un hors-série), publiée chez Soleil dans la collection Métamorphose, a été couronnée du prix Jeunesse au Festival d’Angoulême 2014. Ce qui la distingue sur le plan formel : l’alternance entre des planches de BD classiques et des pages de carnet intime — croquis, collages, écriture manuscrite — qui donnent l’impression de feuilleter le vrai journal de Cerise. Chaque album adopte une palette de couleurs liée à la saison et au personnage rencontré (tons automnaux pour le premier, blancs hivernaux pour le troisième…). Les dessins d’Aurélie Neyret fourmillent de détails dans les décors et les expressions, au point que les avis de lecteur·ices sur les Sœurs Grémillet citent presque systématiquement Les Carnets de Cerise comme la série la plus proche.
Âge conseillé : généralement recommandé à partir de 9 ans, mais apprécié bien au-delà.
3. Quatre Sœurs (Malika Ferdjoukh et Cati Baur, 2011)

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Adaptation en BD des célèbres romans de Malika Ferdjoukh publiés à L’École des loisirs (plus de 120 000 exemplaires vendus), cette série en quatre tomes met en scène les cinq sœurs Verdelaine — oui, cinq, malgré le titre — dans leur vieille demeure baptisée la Vill’Hervé, perchée sur une falaise face à l’Atlantique. Depuis la mort de leurs parents dans un accident de voiture, c’est Charlie, 23 ans, qui a abandonné ses études de médecine pour tenir la maisonnée. Autour d’elle : Geneviève, 16 ans, qui gère l’intendance et les repas ; Bettina, 14 ans, la coquette de la famille ; Hortense, 11 ans, qui préfère écrire dans son journal intime plutôt que parler ; et Enid, la benjamine casse-cou de 9 ans. Chaque tome adopte le point de vue d’une sœur différente, le temps d’une saison.
D’abord publiée chez Delcourt, la série a été reprise par Rue de Sèvres, filiale BD de L’École des loisirs. Cati Baur, qui a co-scénarisé l’adaptation avec Ferdjoukh elle-même, dessine à l’aquarelle un univers où la maison foutraque et les falaises battues par le vent comptent autant que les personnages. Détail singulier : les fantômes des parents apparaissent ponctuellement dans le récit — pas comme une métaphore, mais comme de véritables apparitions auxquelles chaque sœur parle en secret, sans savoir que les autres font de même. La série mêle chamailleries du quotidien et sujets graves — la maladie de Muguette, une amie d’Hortense atteinte d’un cancer ; la solitude de Charlie, qui à 23 ans joue un rôle de mère qu’elle n’a pas choisi ; les premiers émois de Bettina, pleins de maladresse. Autour de la fratrie gravitent des figures mémorables : Basile, le médecin amoureux de Charlie, et la redoutable tante Lucrèce, cotutrice légale de la fratrie, que les sœurs surnomment « l’Emmerdeuse ».
Âge conseillé : plutôt à partir de 10-12 ans selon les libraires spécialisés, en raison de thèmes qui se complexifient d’un tome à l’autre. PlanèteBD la recommande aux 12-16 ans, « et plus si affinités ».
4. La Boîte à musique (Carbone et Gijé, 2018)

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Pour ses huit ans, Nola reçoit de son père la boîte à musique de sa mère, récemment décédée. En l’observant de près, elle aperçoit une fillette minuscule à l’intérieur de la boule de verre, qui a tracé dans la neige un mot alarmant : « Au secours ! ». En tournant la clé, Nola se retrouve miniaturisée et propulsée dans Pandorient — le monde qui existe à l’intérieur de la boîte. Pandorient a ses propres habitants, ses propres créatures (des êtres difformes et colorés qui évoquent ceux des films de Jim Henson, le créateur des Muppets et du film Labyrinthe) et ses propres dangers. La fillette qui appelait à l’aide s’appelle Andréa ; sa mère, Mathilda, est gravement malade. Nola va devoir naviguer dans ce monde inconnu pour les aider — et découvrir, au passage, que sa propre mère connaissait Pandorient bien avant elle.
Couronnée du Prix des écoles d’Angoulême en 2019, la série est publiée chez Dupuis et compte un premier cycle de cinq tomes (disponible en intégrale), suivi d’un second cycle en cours. Le scénario de Carbone — ancienne professeure des écoles reconvertie en scénariste de BD — propose une aventure complète à chaque tome, avec en fil rouge les questions de Nola sur la vie secrète de sa mère. Gijé, dont c’est la première BD après une carrière dans l’animation, a conçu pour Pandorient des décors denses, saturés de couleurs et de détails, qui tranchent nettement avec le quotidien sobre de Nola dans le monde réel. C’est ce va-et-vient entre deux atmosphères graphiques opposées — l’une intime et terrestre, l’autre exubérante et fantastique — qui donne à la lecture son rythme particulier.
Âge conseillé : 6 ans et plus selon Dupuis et les fiches Cultura, l’une des plus accessibles de cette sélection.
5. La Brigade des souvenirs (Carbone, Cee Cee Mia et Marko, 2021)

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Tania, son frère Alban et leur ami Théo sont trois adolescents qui partagent une passion commune : retrouver les propriétaires d’objets anciens pour reconstituer leur histoire. Brocantes, greniers poussiéreux, archives départementales et registres d’état civil sont leurs terrains de jeu. Dans le premier tome, La Lettre de Toinette, ils découvrent dans une école en ruines une missive datant de la Première Guerre mondiale (1914-1918) — le témoignage d’un amour impossible entre une certaine Toinette et un soldat nommé Ernest. La Brigade se lance à la recherche de leurs descendants.
Ce qui distingue cette série, également publiée chez Dupuis : son ancrage historique. Chaque tome s’appuie sur un épisode réel de l’Histoire de France et se conclut par un dossier pédagogique qui remet les faits en contexte. Le tome 2 aborde l’histoire des « enfants de la Creuse » — ces mineurs réunionnais arrachés à leurs familles dans les années 1960-1970 et envoyés dans des départements ruraux de métropole sous prétexte de repeuplement. Le tome 4 traite de la séparation des familles par le mur de Berlin (1961-1989). Le tome 5 s’attaque aux spoliations nazies, c’est-à-dire aux œuvres d’art volées ou confisquées à des familles juives pendant la Seconde Guerre mondiale — et aux efforts, encore aujourd’hui, pour les restituer à leurs propriétaires légitimes. Les scénaristes Carbone et Cee Cee Mia se sont d’ailleurs inspirées d’un fait réel pour lancer la série : en 2016, à Nice, des ouvriers de chantier avaient retrouvé une carte postale portant une déclaration d’amour datant de la Grande Guerre. Le dessin de Marko (Les Godillots, Le Jour où…) distingue passé et présent par des palettes de couleurs distinctes — tons sépia et ocres pour les flashbacks, couleurs vives pour le quotidien du trio — ce qui facilite la lecture malgré les allers-retours dans le temps.
Âge conseillé : 9 ans selon la fiche éditeur, mais les avis convergent vers un public idéal de 8-15 ans. ActuaBD la recommande à partir de 10 ans.
6. Hooky (Míriam Bonastre Tur, 2023)

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Dani et Dorian Wytte, jumeaux de douze ans, sont issus d’une illustre lignée de sorciers. Leur premier jour de rentrée commence de la pire des manières : ils ratent le bus de l’école de magie — et personne ne connaît l’adresse de l’établissement. Plutôt que d’affronter la colère parentale, ils décident de trouver un professeur par leurs propres moyens, en commençant par leur tante Hilde, une sorcière redoutable. Mais cette quête les projette très vite au cœur d’un monde dangereux : complots entre familles de sorciers, conflit larvé entre le monde magique et les non-sorciers, et surtout une prophétie annonçant que l’un des jumeaux deviendrait le Roi-Sorcier — un souverain maléfique, autant dire la pire nouvelle possible. Heureusement, Dani et Dorian s’entourent au fil de l’aventure : Monica, la princesse héritière du royaume, et Nico, un gamin des rues débrouillard et réduit à une taille minuscule par un sort mal contrôlé de Dani (elle est courageuse mais catastrophique en magie, au contraire de son frère).
Hooky est à l’origine un webtoon — une bande dessinée numérique conçue pour être lue en défilement vertical sur smartphone — publié sur la plateforme WEBTOON, où il a cumulé plus de 110 millions de vues. L’autrice espagnole Míriam Bonastre Tur en a ensuite adapté la mise en page pour une édition papier, publiée en France par Dupuis en six volumes. Chaque personnage a sa propre couleur de bulle de dialogue, ce qui facilite le suivi des échanges dans les scènes de groupe. Les premiers chapitres sont légers et comiques, mais le récit s’assombrit progressivement à mesure que les jumeaux grandissent et que le conflit politique entre sorciers et non-sorciers dégénère en guerre ouverte. Les lecteur·ices d’Harry Potter retrouveront des motifs familiers — bus raté au lieu de train manqué, tante revêche, école de magie inaccessible, prophétie funeste. Mais là où Harry Potter raconte l’histoire d’un élu, Hooky s’intéresse à deux protagonistes de poids égal, aux tempéraments opposés — Dani, solaire et maladroite, Dorian, doué mais socialement gauche — et c’est leur relation de jumeaux, entre protection mutuelle et rivalité involontaire, qui constitue le vrai moteur du récit.
Âge conseillé : 8-12 ans selon l’éditeur anglais (HarperCollins/Clarion Books). L’édition française Dupuis la classe « Tous Publics ». À noter que la version papier atténue certains passages plus sombres du webtoon original.
7. Les Sortilèges de Zora (Judith Peignen et Ariane Delrieu, 2021)

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Zora, douze ans, est une sorcière. Elle vit sur le toit d’un immeuble parisien, dans une maison invisible aux yeux des Nonsorciers (c’est le terme employé dans la série pour désigner les humains dépourvus de magie), en compagnie de sa grand-mère Babouchka et de son corbeau Edgar. Victimes de la chasse aux sorcières — qui, dans cet univers, n’a jamais cessé —, elles se cachent derrière un jardin magique qui rend leur refuge indétectable. Mais Zora et Babouchka s’opposent sur tout. La grand-mère veut que sa petite-fille mène une existence discrète, intégrée parmi les humains. Zora, elle, rêve d’aventures et de sortilèges. Le compromis imposé par Babouchka : l’inscription au collège, en classe de 5ᵉ.
La série, publiée chez Vents d’Ouest (Glénat), suit Zora dans cette double vie : d’un côté, une collégienne qui découvre les amitiés, les moqueries des camarades et les premiers émois amoureux ; de l’autre, une apprentie sorcière qui brûle d’utiliser ses pouvoirs mais n’en a pas le droit — les lois de la communauté magique interdisent formellement d’aider les Nonsorciers par la magie. La tension monte d’un cran quand une camarade de classe, Minh, est victime de harcèlement : Zora a les moyens magiques d’intervenir, mais chaque sortilège risque de trahir l’existence des sorcières. Le scénario de Judith Peignen (également autrice de Théa cavalière et enseignante en école de BD) construit chaque tome autour de cette friction entre le désir d’agir et la nécessité de se cacher. Les illustrations d’Ariane Delrieu ancrent l’histoire dans un Paris reconnaissable — bouquinistes des quais de Seine, fontaine Stravinsky à Beaubourg — tout en y glissant des éléments magiques discrets. Quant à Babouchka, flanquée de ses amies sorcières Fabiola et Tchachouka, elle forme avec elles un trio de grands-mères à la répartie redoutable, capables d’éclipser Zora dès qu’elles entrent dans une case.
Âge conseillé : à partir de 10 ans selon les blogs spécialisés et les retours de parents. L’éditeur la classe en BD jeunesse sans préciser d’âge minimum.