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Que lire après « La Quête de l'oiseau du temps » de Serge Le Tendre et Régis Loisel ?

Que lire après « La Quête de l’oiseau du temps » de Serge Le Tendre et Régis Loisel ?

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Publiée en quatre tomes chez Dargaud entre 1983 et 1987, La Quête de l’oiseau du temps est une série de bande dessinée d’heroic fantasy scénarisée par Serge Le Tendre et dessinée par Régis Loisel. Elle se déroule dans le monde d’Akbar, où le dieu maudit Ramor menace de se libérer de la conque qui l’emprisonne. La sorcière Mara, qui a retrouvé l’incantation capable de sceller à jamais cette prison, a besoin de temps — et seul un oiseau mythique détient le pouvoir d’arrêter le Temps. Elle confie alors à sa fille Pélisse la mission de retrouver le chevalier Bragon, son ancien amant, pour se lancer ensemble à la recherche de cette créature légendaire. Première grande saga d’heroic fantasy de la BD française, la série a ouvert la voie à tout un pan du genre dans les années 1980-1990. Un second cycle, Avant la Quête, a été publié entre 1998 et 2024.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé le dernier tome, voici d’autres récits de fantasy et d’aventure qui partagent avec La Quête un goût pour les univers fouillés, les héros imparfaits et les quêtes dont on ne revient jamais tout à fait indemne.


1. Légendes des Contrées Oubliées (Bruno Chevalier et Thierry Ségur, 1987)

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Le roi nain Alten est mort. Le Conseil des Sages désigne trois guerriers — Noren, Aren et Oten — pour retrouver son successeur, Raken, dans le lointain et redouté pays d’Ewandor. Sur la route, le trio s’adjoint les services de Firfïn, un Lïn (cousin éloigné de l’elfe, mais avec la morale d’un pickpocket) attiré par l’appât des sels rouges (la monnaie locale), et de Morkaï, un Akeï colossal, aussi puissant que naïf.

Ce qui aurait pu n’être qu’une énième quête médiévale avec nains barbus et créatures hostiles se révèle une trilogie étonnamment retorse. Bruno Chevalier connaît les codes de la fantasy — et prend un malin plaisir à les déjouer. Ici, pas de manichéisme confortable : les « bons » ne sont pas nets, les « méchants » ont leurs raisons, et les Puissances — des entités ancestrales en guerre depuis des millénaires — manipulent les héros à leur insu. Les trois tomes — La Saison des Cendres, Le Pays des Songes et Le Sang des Rois — forment un récit complet dont le dénouement — brutal, inattendu — fait partie de ces fins de BD dont on se souvient des années plus tard.

Côté graphisme, Thierry Ségur signe des planches aux couleurs pastel très éloignées des bruns et des ocres habituels de l’heroic fantasy, ce qui donne à l’ensemble une atmosphère onirique et légèrement inquiétante. Parue chez Delcourt, la série a d’ailleurs engendré un jeu de rôle — signe que son univers avait de quoi nourrir bien d’autres histoires.


2. Thorgal (Jean Van Hamme et Grzegorz Rosiński, 1980)

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Vers l’an mille, un bébé est découvert par des Vikings dans une embarcation à la dérive sur les flots. Adopté et nommé Thorgal Aegirsson — en hommage aux dieux Thor et Ægir —, il grandit parmi eux sans jamais tout à fait leur ressembler. Et pour cause : il est en réalité le descendant d’un peuple venu des étoiles, une origine extraterrestre qui va peser lourd sur sa vie. Guerrier accompli et archer d’une précision redoutable, il n’aspire pourtant qu’à une existence paisible auprès d’Aaricia, princesse viking qu’il aime depuis l’enfance. Mais le destin, les dieux et ses propres origines ne cessent de le rattraper.

La force de Thorgal tient dans son mélange improbable de mythologie nordique, de science-fiction et d’aventure humaine. Un album peut commencer dans un village viking et se terminer sur une planète lointaine, sans que le lecteur ait jamais l’impression d’un déraillement. Les premiers tomes, en particulier le cycle du pays Qâ (tomes 10 à 13), comptent parmi les sommets de la BD franco-belge. Et le personnage de Kriss de Valnor — ennemie récurrente de Thorgal, aussi fascinante que détestable — est à lui seul une raison suffisante de lire la série.

Le dessin de Grzegorz Rosiński s’affine album après album : les visages gagnent en expressivité, les décors en profondeur, les scènes d’action en lisibilité. Dans les derniers tomes qu’il dessine, il abandonne l’encrage traditionnel au profit de la couleur directe (la peinture appliquée sans contours encrés), ce qui donne aux planches un aspect proche du tableau. Il faut toutefois préciser que la série s’est considérablement étirée après le départ de Van Hamme au scénario (tome 30) : les vingt-neuf premiers albums constituent le vrai cœur de l’aventure.


3. Peter Pan (Régis Loisel, 1990)

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Après avoir donné vie au monde d’Akbar, Régis Loisel s’attaque à un tout autre mythe. Son Peter Pan, publié en six tomes entre 1990 et 2004, n’a strictement rien à voir avec le dessin animé des studios Disney. Ici, Peter est un gamin des bas-fonds du Londres victorien, élevé par une mère alcoolique et violente, qui s’invente une maman aimante pour survivre. Une nuit, la fée Clochette l’emmène au Pays imaginaire — et l’enfant y découvre un refuge autant qu’un piège.

Loisel livre une relecture sombre et cruelle de l’histoire de James Matthew Barrie. Les thèmes abordés — la maternité non assumée, la violence faite aux enfants, le refus de grandir comme mécanisme de défense — sont traités sans détour, et certaines scènes peuvent secouer un lecteur non prévenu. On est très loin de la fantaisie légère qu’on associe d’ordinaire à Peter Pan. Sans trop en dire, sachez que la série réserve une révélation sur les liens entre Peter et le capitaine Crochet qui change radicalement la lecture de toute l’histoire.

Loisel est seul aux commandes — scénario, dessin, couleurs. Le contraste entre les ruelles sordides de Londres, rendues dans des gris et des bruns étouffés, et la luxuriance du Pays imaginaire, éclaboussé de verts et de lumière, frappe dès les premières pages. Si vous avez aimé son trait dans La Quête de l’oiseau du temps, vous retrouverez ici un dessin plus abouti, où les expressions des visages portent autant l’histoire que les dialogues.


4. Complainte des Landes perdues (Jean Dufaux et Grzegorz Rosiński, 1993)

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Sur les terres d’Eruin Dulea, la jeune Sioban, fille du Loup Blanc, roi assassiné des Sudenne, voit sa mère Lady O’Mara épouser le ténébreux Lord Blackmore. Autour d’elle, les complots se nouent, le mage Bedlam règne par la sorcellerie, et une prophétie ancienne annonce que, le jour où les arbres de vérité refleuriront dans les Landes perdues, les morts de la bataille de Nyr Lynch se relèveront pour désigner celui — ou celle — qui reprendra la lutte contre l’usurpateur.

Jean Dufaux ancre son histoire dans un univers inspiré des légendes celtiques : druides, sorcellerie, malédictions héréditaires et prophéties liées à la terre des ancêtres. Le premier cycle (quatre tomes, de Sioban à Kyle of Klanach) est le plus solide : Sioban veut venger son père mais se retrouve prise dans un réseau d’alliances mouvantes où chacun — y compris ceux qui prétendent la protéger — poursuit ses propres intérêts. Les Chevaliers du Pardon, ordre de moines-guerriers dont les véritables motivations restent opaques, et les petits oukis — bestioles gourmandes et espiègles qui allègent une ambiance autrement très sombre — sont deux trouvailles qui donnent à cet univers sa personnalité.

Rosiński retrouve ici un registre proche de Thorgal, mais le scénario de Dufaux, plus gothique, l’entraîne vers des ambiances brumeuses et fantomatiques — landes noyées dans le brouillard, forteresses sinistres, apparitions spectrales. La série s’est ensuite prolongée avec d’autres dessinateurs (Philippe Delaby, Béatrice Tillier, Paul Teng) et d’autres cycles, mais le premier reste le point d’entrée indispensable.


5. Les Compagnons du crépuscule (François Bourgeon, 1984)

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Trois personnages que rien ne destinait à se croiser errent dans la France ravagée par la guerre de Cent Ans — ce conflit interminable (1337-1453) entre royaumes de France et d’Angleterre qui a laissé les campagnes à la merci des bandes armées. Un chevalier dont le heaume dissimule un visage rongé, Mariotte, une jeune paysanne rousse chassée de son village par des pillards, et l’Anicet, un garçon lâche et sournois sauvé de justesse par le chevalier. Ensemble, ils traversent un pays en proie à la violence, à la peste et aux superstitions — et, de temps à autre, à d’authentiques phénomènes surnaturels dont on ne sait jamais s’ils relèvent du rêve ou de la réalité.

François Bourgeon, déjà célèbre pour Les Passagers du vent, signe ici une trilogie exigeante qui ne cherche jamais à simplifier son propos pour faire plaisir. Le premier tome, Le Sortilège du bois des Brumes, installe une atmosphère oppressante ; le second, Les Yeux d’étain de la ville glauque, introduit les Dhuards — des monstres maléfiques issus du folklore celte, ennemis jurés des lutins — et creuse le versant fantastique de la série, avec ses forces blanches, noires et rouges en lutte pour le contrôle du monde ; le troisième, Le Dernier Chant des Malaterre, est un pavé de 130 pages où convergent toutes les trames de l’histoire. Intrigues politiques, histoire d’amour, quête mystique et secrets de famille s’y dénouent dans un finale qui ne ménage personne.

Bourgeon a réalisé un travail de documentation historique minutieux : costumes, architecture, coutumes, et même une partie des dialogues sont écrits dans un français d’époque (compréhensible, mais il faut s’y habituer). C’est une lecture qui demande de l’attention — il faut parfois revenir en arrière pour saisir une allusion —, mais c’est aussi l’une des rares BD à donner le sentiment d’avoir véritablement mis les pieds dans le XIVe siècle.


6. Le Grand Pouvoir du Chninkel (Jean Van Hamme et Grzegorz Rosiński, 1988)

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Sur la planète Daar, trois Immortels — Zembria la Cyclope, Barr-Find Main Noire et Jargoth le Parfumé — se livrent une guerre perpétuelle. Les Chninkels, petits êtres aux grands yeux noirs, servent de chair à canon dans ces affrontements dont ils ne comprennent ni les enjeux ni la fin. Un jour, le Chninkel J’on, miraculeusement rescapé d’un champ de bataille, reçoit la visite de U’n, le Maître Créateur des Mondes, sous la forme d’un monolithe noir (le clin d’œil à 2001, l’Odyssée de l’espace est parfaitement assumé). U’n lui confie une mission : rétablir la paix sur Daar en cinq croisements de soleils, faute de quoi la planète sera détruite.

Derrière son apparence de fantasy tolkienienne, Le Grand Pouvoir du Chninkel est une relecture décalée du Nouveau Testament. J’on, le « Choisi » improbable, rassemble des disciples, accomplit des miracles qu’il attribue à la chance, et sa trajectoire le mène vers un sacrifice final dont la portée dépasse sa propre compréhension. Van Hamme aborde ces thèmes avec un mélange d’ironie et de gravité qui évite le piège du pastiche comme celui de la révérence.

Publié à l’origine en noir et blanc dans la revue (À Suivre), l’album bénéficie d’un Rosiński en très grande forme : ses noirs profonds, ses compositions ambitieuses et le soin apporté aux peuples de Daar en font l’un de ses travaux graphiques les plus impressionnants. La version noir et blanc, plus brute, reste la préférée de nombreux lecteurs, mais l’édition en couleurs (par Graza, en trois tomes) offre une lecture tout aussi valable. L’ensemble tient en 134 planches — une histoire complète, sans remplissage, qui se lit d’une traite.


7. Le Grand Mort (Régis Loisel, Jean-Blaise Djian et Vincent Mallié, 2007)

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Pauline, étudiante en sciences économiques, débarque au fin fond de la Bretagne pour préparer son mémoire au calme. Sa 2CV tombe en panne devant la maison d’Erwan, un métis solitaire entouré d’objets étranges et passionné par les légendes du « Petit Peuple ». Ce qui devait être une semaine studieuse va basculer : Pauline se retrouve liée à un monde parallèle peuplé d’êtres organisés en clans — le Petit Peuple des légendes bretonnes, traité ici non pas comme un folklore charmant mais comme une vraie civilisation, avec ses rites et sa politique interne. L’équilibre de ce monde repose sur un partage rituel de la connaissance entre les différents clans. Lorsque cet équilibre vole en éclats, les conséquences frappent aussi notre monde : épidémies, effondrements, chaos social.

En huit tomes, Loisel (au scénario, avec Jean-Blaise Djian) mène cette histoire sur un terrain rare en BD : celui du croisement entre fantastique et registre post-apocalyptique. Le personnage de Blanche, la fille de Pauline née dans des circonstances inexpliquées, est une figure troublante dont les pouvoirs inquiétants évoquent davantage l’Antéchrist qu’une princesse de conte de fées. La série aborde en filigrane des questions écologiques et sociales — la destruction de l’environnement, la crise migratoire, la peur de l’autre — sans jamais verser dans le prêche.

Le dessin de Vincent Mallié, dont le style rappelle celui de Loisel (ce qui n’est pas un hasard : les deux hommes ont longuement travaillé ensemble), est particulièrement réussi dans les scènes du Petit Monde — forêts enchevêtrées, créatures biscornues, rituels étranges —, tandis que les séquences dans notre monde en ruines n’épargnent rien au lecteur.


8. Servitude (Fabrice David et Éric Bourgier, 2006)

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Les Puissances — Dragons, Géants, Anges, Sirènes, Fées — sont les premières à avoir peuplé la Terre. L’apparition de l’Homme les a divisées : certaines l’ont pris sous leur protection, d’autres l’ont asservi. Toutes ont pris forme physique pour s’affronter. Mille ans plus tard, ces Puissances ne sont plus que des mythes, et les Fils de la Terre (les humains) ont fondé le plus grand des royaumes. Mais les Dragons sortent de leur repaire, et avec eux resurgit la question qui donne son titre à la série : à qui — dieux ou hommes — appartient véritablement la Terre ?

En six tomes publiés chez Soleil entre 2006 et 2020, Fabrice David et Éric Bourgier bâtissent un univers doté de son propre mythe fondateur, de ses peuples, de ses hiérarchies et de ses fractures politiques. Les Drekkars, peuple de la Passe de Farkas qui vit sous l’égide des Dragons, forment une civilisation raffinée avec son empereur, ses castes et ses esclaves — les Riddraks —, et c’est la décision de l’empereur de lancer une guerre contre l’extérieur qui déclenche le chaos. L’influence du Trône de fer de George R.R. Martin est perceptible — Bourgier lui-même l’a reconnu en interview —, mais la série possède une identité propre, nourrie par les parties de jeu de rôle que les deux auteurs pratiquaient au lycée.

Éric Bourgier travaille en couleurs directes — c’est-à-dire qu’il peint ses planches sans passer par l’étape traditionnelle de l’encrage —, ce qui donne à chaque page un aspect de peinture où armures, architectures et paysages sont rendus avec un souci du détail peu courant en BD.


9. Wollodrïn (David Chauvel et Jérôme Lereculey, 2011)

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Des condamnés à mort croupissent dans une cellule. Un homme mystérieux leur propose un marché : la liberté et une forte prime s’ils acceptent une mission périlleuse. Un elfe albinos, un nain irascible, un orc au passé douloureux, une humaine aux motivations opaques — le groupe est aussi hétéroclite que volatil. C’est le point de départ de Wollodrïn, série d’heroic fantasy en dix tomes (cinq diptyques) publiée chez Delcourt.

David Chauvel assume pleinement les codes du genre tolkienien — nains, orcs, gobelins, quêtes en territoire hostile — mais refuse le manichéisme qui en est souvent le corollaire. Les orcs ne sont pas ici de simples monstres à abattre : leur culture, leur organisation, leurs raisons d’agir sont prises au sérieux, et certains personnages humains se révèlent bien plus cruels qu’eux. Chaque diptyque fonctionne comme une aventure relativement autonome, avec ses propres enjeux, mais chacun nourrit aussi une trame de fond qui se dévoile progressivement et converge dans le cinquième et dernier diptyque, Les Derniers Héros.

Jérôme Lereculey, déjà remarqué pour son travail sur la série Arthur, une légende celtique, livre ici des doubles pages de paysages (grottes, forteresses, plaines battues par le vent) devant lesquelles on s’arrête pour de bon, et des scènes de combat où l’on suit l’action sans effort malgré le chaos ambiant. Le duo Chauvel-Lereculey, rodé par des années de collaboration, sait exactement quand accélérer et quand laisser respirer l’histoire — un équilibre plus difficile à tenir qu’il n’y paraît sur dix tomes.