Publiée chez Dupuis depuis 2019, Animal Jack est une série de bande dessinée jeunesse écrite par Kid Toussaint et illustrée par Miss Prickly (à qui l’on doit notamment les premiers tomes de Mortelle Adèle). Elle met en scène Jack, un garçon muet doté du pouvoir de se transformer en n’importe quel animal et de communiquer avec eux. Accompagné de Floche, sa fidèle luciole, il vit des aventures qui abordent l’écologie, le respect de la différence et les liens familiaux — avec suffisamment d’humour et de rebondissements pour que les parents qui lisent par-dessus l’épaule finissent par emprunter le tome suivant.
Si vous êtes à la recherche de lectures dans le même esprit, voici quelques recommandations : des BD et mangas où il est question de nature, d’animaux, de créatures fantastiques et d’enfants confrontés à un monde qui les dépasse — mais pas pour longtemps. Toutes s’adressent à une tranche d’âge comparable à celle d’Animal Jack (globalement de 6 à 10 ans, avec quelques variations selon les titres).
1. Super A (Jérémie Moreau, 2025)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Aldo et sa petite sœur Babette mènent une vie tranquille, entre un père dessinateur qui dort beaucoup et une mère anthropologue partie aux quatre coins du monde. Un dimanche, Babette tombe dans la piscine familiale — devenue une véritable mare à force de négligence — et en ressort métamorphosée : ailée, griffue, cornue, moustachue. Explication (scientifique… à peu près) : l’eau verdâtre a activé chez elle le pouvoir archéen, du nom de l’Archéen, la période géologique où la vie est apparue sur Terre, il y a environ 3,5 milliards d’années. L’idée est que notre ADN conserve la mémoire de tous nos ancêtres animaux — et que les deux enfants peuvent désormais y puiser pour courir comme un guépard, voir comme un aigle ou creuser comme une taupe. Pour retrouver Babette qui s’est enfuie dans les montagnes, Aldo devra éveiller le même pouvoir en lui, guidé par un mystérieux mentor nommé Luca Ier.
Lauréat du Fauve d’or à Angoulême en 2018 pour La Saga de Grimr, Jérémie Moreau explore depuis plusieurs albums la cohabitation entre les humains et les autres espèces vivantes. Avec Super A, il adapte cette obsession à un public d’enfants sous la forme d’un récit d’aventure trépidant, qu’il décrit lui-même comme un « shônen écologique » (le shônen est un genre de manga japonais centré sur l’action et le dépassement de soi — pensez Dragon Ball ou Naruto). Chaque transformation animale est fondée sur des capacités réelles, ce qui permet au passage d’apprendre deux ou trois choses sur la faune sans avoir l’impression d’ouvrir un documentaire.
Âge conseillé : à partir de 7 ans selon certains libraires, 8 ans selon l’éditeur (Albin Michel, collection Ronces).
2. Sorceline (Sylvia Douyé et Paola Antista, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Sorceline est une jeune fille impulsive et sûre d’elle qui intègre un stage de cryptozoologie — autrement dit l’étude des créatures légendaires — sur l’île de Vorn, sous la direction du professeur Archibald Balzar. Au programme : soins aux gorgones, analyse du comportement des griffons et dressage de vampires. L’objectif : décrocher le titre de fantasticologue, l’équivalent d’un vétérinaire spécialisé dans les animaux mythiques. Mais les places sont rares, la compétition entre les stagiaires est féroce, et d’inquiétantes disparitions viennent bousculer ce qui devait être un simple apprentissage. Sorceline découvrira que l’île — et sa propre histoire — recèle des secrets bien plus sombres qu’elle ne l’imaginait.
Sylvia Douyé, la scénariste, a fait des études de biologie et a travaillé comme journaliste scientifique — ce qui explique que chaque créature du bestiaire a sa propre anatomie, ses propres comportements et ses propres pathologies, y compris celles inventées de toutes pièces : les Fadettes (de petites fées ailées), les microgres ou les zombres. La dessinatrice italienne Paola Antista, formée à l’académie Disney, a la main sûre pour faire passer la peur, la colère ou l’attendrissement d’un personnage en une seule case — un atout précieux dans une série où l’intrigue repose autant sur les relations entre stagiaires que sur les créatures elles-mêmes. La série, désormais riche de sept tomes répartis en deux cycles, a été récompensée par le prix des lecteurs du Journal de Mickey.
Âge conseillé : à partir de 8 ans d’après l’autrice ; certaines librairies recommandent dès 7 ans, d’autres autour de 9 ans en raison de passages plus sombres dans les tomes avancés. Publiée chez Glénat (collection Vents d’Ouest).
3. Hilda (Luke Pearson, 2010)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Hilda est une petite fille aux cheveux bleus qui vit avec sa mère dans une maison isolée, quelque part dans un paysage qui évoque la Scandinavie. Elle n’a peur de rien — ou plutôt, sa curiosité est toujours plus forte que sa prudence. Sa vie quotidienne est peuplée de trolls de pierre, de géants, d’elfes tatillons et de Nisses (des esprits domestiques du folklore nordique, sortes de lutins qui se cachent dans les maisons) — et personne ne trouve cela particulièrement étrange. Brindille, son renard-cerf (un animal imaginaire qui tient du renard blanc par la silhouette et du cervidé par les petits bois et les sabots), l’accompagne partout.
À partir du troisième tome, Hilda déménage à contrecœur dans la ville de Trollbourg, où elle se lie d’amitié avec Frida, la studieuse, et David, le peureux, et fait la connaissance d’Alfur, un elfe bureaucrate qu’il faut convaincre de signer un contrat minuscule pour le rendre visible.
Ce qui frappe d’emblée dans la série de Luke Pearson, c’est que le merveilleux cohabite avec le quotidien sans la moindre explication : les créatures sont là, au même titre que la pluie ou les voisins, et personne ne s’en étonne. C’est ce qui rend la comparaison avec Calvin et Hobbes pertinente — non pas le genre (il n’y a pas de strips comiques ici), mais cette façon de prendre l’imaginaire au sérieux, comme s’il allait de soi. L’humour, lui, est pince-sans-rire : on ne sait pas toujours si l’auteur plaisante ou non, et c’est précisément ce qui donne au récit sa saveur. Publiée d’abord chez Nobrow Press, la série a été reprise par Casterman et adaptée en série animée puis en film sur Netflix. Luke Pearson a lancé en 2025 un nouvel arc narratif, Hilda & Twig, centré sur le duo formé par l’héroïne et son renard-cerf.
Âge conseillé : dès 6 ans pour les albums les plus récents (Hilda & Twig), plutôt 7-8 ans pour la série principale selon la plupart des libraires. Les albums sont plus courts et plus denses que la moyenne. Publiée chez Casterman.
4. La Boîte à musique (Carbone et Gijé, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Pour ses huit ans, Nola reçoit de son père la boîte à musique de sa mère, Annah, récemment décédée. En l’observant de près, elle aperçoit une silhouette minuscule à l’intérieur, celle d’une fillette nommée Andréa, qui lui fait signe et écrit dans la neige : « Au secours ! ». En tournant la clé, Nola rapetisse et pénètre dans le monde de Pandorient, un univers féerique situé à l’intérieur même de la boîte. La mère d’Andréa, Mathilda, est gravement malade ; l’eau serait-elle contaminée ? Avec Andréa et son frère Igor, Nola mène l’enquête — avant de regagner sa vie ordinaire aux côtés de son père.
La scénariste Carbone (Bénédicte Carboneill, enseignante en maternelle reconvertie dans l’écriture de BD) construit chaque tome comme une aventure auto-conclusive à Pandorient, tout en faisant avancer une question de fond : qui était la mère de Nola, et quel lien secret entretenait-elle avec ce monde miniature ? Le dessinateur Gijé (Jérôme Gillet), issu de l’animation, est à l’aise avec les décors grandioses et les créatures bizarres : Pandorient regorge de forêts lumineuses, de montagnes flottantes et d’habitants excentriques, le tout rendu dans des couleurs saturées qui débordent de chaque case. Le premier cycle compte cinq tomes ; un second cycle est en cours.
Âge conseillé : à partir de 6 ans (Cultura), 8-9 ans (BDfugue, Dupuis). Le thème du deuil est traité avec délicatesse mais peut nécessiter un accompagnement pour les plus jeunes. Publiée chez Dupuis.
5. La Forêt d’Oreka (Paco Sordo, 2025)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Hannah, petite citadine, doit passer l’été chez son grand-père, garde forestier d’une forêt qui ne fonctionne pas tout à fait comme les autres : les arbres se promènent quand ils s’ennuient, les animaux tiennent conversation, et un lutin de 102 ans prénommé Roland traverse ce qu’on pourrait poliment appeler une crise d’adolescence tardive. Problème : l’esprit de la forêt voit d’un très mauvais œil l’arrivée d’une humaine et plonge les lieux dans une nuit sans fin. Avec Roland le lutin et un cochon aux talents insoupçonnés pour alliés, Hannah devra retrouver les divinités de la forêt et les convaincre de la tolérer — ce qui est plus facile à dire qu’à faire quand le chemin est semé d’escargots vampires, de loups gastronomes et de fantômes bavards.
L’auteur espagnol Paco Sordo (lauréat du prix national de la BD en Espagne en 2022 pour El Pacto) dessine des personnages au trait souple et expressif, baignés de couleurs vives — le genre de planches qui donneraient un très bon dessin animé. Le ton est franchement comique, mais le fond est sérieux : Hannah doit apprendre à respecter un écosystème dont elle ne connaît pas les règles, et comprendre que la forêt n’a aucune obligation de l’accueillir. Le premier tome, traduit de l’espagnol par Patrick Fodéré, fait plus de cent pages — un format généreux qui permet de poser cet univers sans le précipiter.
Âge conseillé : à partir de 6 ans (éditeur), 7 ans (SLPJ). Quelques passages un peu vifs peuvent surprendre les plus petits. Publiée chez Dupuis.
6. Bergères guerrières (Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Voilà dix ans que les hommes du village sont partis à la Grande Guerre sans jamais donner de nouvelles. Les femmes ont pris les choses en main et fondé l’ordre des Bergères guerrières : un corps d’élite chargé de protéger le village et les troupeaux, juchées sur des boucs de combat. La jeune Molly, dix ans, brûle de rejoindre leurs rangs. Elle peut compter sur Barbe Noire, son bouc récalcitrant, et sur l’amitié de Liam, un garçon qui rêve lui aussi de devenir Bergère guerrière — même si l’ordre n’est officiellement ouvert qu’aux filles.
L’univers est un médiéval-fantastique d’inspiration celtique : landes brumeuses, créatures issues des légendes irlandaises et écossaises, sorcières des bois et ruines mystérieuses. La dessinatrice Amélie Fléchais — qui a conçu les décors et les personnages du film d’animation Le Chant de la Mer (studio Cartoon Saloon, nommé aux Oscars en 2015) — donne à chaque planche un aspect aquarellé, tout en rondeurs et en couleurs pastel, qui ne verse jamais dans la mièvrerie : quand il faut se battre, on se bat. Le scénario de Jonathan Garnier ne se contente pas de l’aventure : il montre un village qui s’organise en l’absence des hommes, interroge la répartition des rôles entre filles et garçons, et construit une communauté où la solidarité n’est pas un vague idéal mais une condition de survie. La série, achevée en quatre tomes, a reçu le Fauve Jeunesse du festival d’Angoulême (catégorie 8-12 ans) en 2022.
Âge conseillé : à partir de 8 ans (Angoulême), recommandé jusqu’à 12 ans et au-delà. Publiée chez Glénat (collection Tchô!).
7. Le Renard et le Petit Tanuki (Mi Tagawa, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Il était une fois Senzo, un renard noir d’une puissance terrifiante, que les dieux punirent en le plongeant dans un sommeil de trois cents ans. À son réveil, la sentence est claire : pour se racheter, il devra élever Manpachi, un petit tanuki — un chien viverrin, animal bien réel au Japon, mais que le folklore japonais décrit comme un esprit farceur capable de se métamorphoser. Manpachi possède des pouvoirs immenses mais incontrôlables, et sa propre famille l’a rejeté. La mission : faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil. Un collier à perles rouges, qui envoie de vigoureuses décharges au moindre signe de rébellion, garantit la coopération de Senzo. Autant dire que la cohabitation entre ce solitaire allergique à l’affection et ce bébé tanuki en manque de câlins démarre sous les meilleurs auspices.
Mi Tagawa (déjà connue pour Père & Fils) ancre son récit dans le folklore japonais : esprits métamorphes (les animaux peuvent prendre forme humaine), sanctuaires, hiérarchie des divinités, renards blancs d’Inari (divinité associée au riz, à la prospérité et aux renards). Entre chaque chapitre, une page documentaire détaille le rôle réel d’un animal dans la mythologie — coqs, blaireaux, loups —, ce qui donne au lecteur·ice des clés de compréhension sans ralentir le récit. Derrière la surface comique (Senzo qui grogne, Manpachi qui fait des bêtises), la série parle surtout d’abandon et de famille choisie : deux êtres que personne ne voulait finissent par se construire ensemble. Et c’est d’autant plus touchant que la mangaka ne souligne jamais l’émotion au marqueur — elle la laisse venir. La série est complète en sept tomes.
Âge conseillé : à partir de 7-8 ans en lecture autonome (avis de parents et libraires), 10-12 ans selon certains sites spécialisés. Le contexte mythologique et les enjeux narratifs (trahisons entre esprits, conflits entre divinités) sont plus faciles à suivre pour des lecteurs·ices qui ont déjà un peu l’habitude des récits longs. Publiée chez Ki-oon (collection Kizuna), traduite par Géraldine Oudin.
8. Yuzu, la petite vétérinaire (Mingo Itô, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
À la suite de l’hospitalisation de sa mère, la petite Yuzu est confiée à son oncle, qui dirige la clinique vétérinaire Miawouf. Le hic : Yuzu n’est pas du tout à l’aise avec les animaux. Pourtant, au fil des consultations — Leone la chienne maman-poule, Popy le chien star, les chats Chibi et Mitsuba aux tempéraments opposés —, elle révèle un talent inattendu pour comprendre ce que ressentent les bêtes et leurs maîtres. Chaque chapitre suit un nouveau patient, mais l’histoire personnelle de Yuzu progresse en filigrane, notamment sa relation avec Sora, la chienne mascotte de la clinique, et les nouvelles de sa mère.
C’est le premier manga de Mingo Itô, et il ne ressemble pas à ce que son apparence très mignonne laisse deviner. Certes, les animaux sont craquants (les chiens, les chats, tout est dessiné pour qu’on ait envie de les caresser). Mais les sujets abordés sont sérieux : le vieillissement d’un animal de compagnie, la sénilité, la mort, le rôle des chiens guides pour les personnes malvoyantes. Rien de larmoyant pour autant — chaque situation est expliquée clairement, à hauteur d’enfant, et la fin d’un chapitre triste n’empêche pas le suivant d’être drôle. C’est un manga idéal pour un·e jeune lecteur·ice qui aime les animaux (ou qui hésite encore à les approcher) et qui veut découvrir la bande dessinée japonaise sans être submergé·e par un récit de 40 tomes.
Âge conseillé : à partir de 8 ans (nobi nobi!), 9-10 ans (avis de parents). Achevée, la série compte sept tomes au total. Publiée chez nobi nobi! (collection Kawaï), traduite par Manon Debienne et Sayaka Okada.