Anatole Latuile est une série de bande dessinée jeunesse créée par Anne Didier et Olivier Muller (scénario) et Clément Devaux (dessin). Prépubliée dans le magazine J’aime lire depuis 2005, elle est éditée en albums chez BD Kids (Bayard Jeunesse) depuis 2011. Elle met en scène Anatole, un écolier hyperactif et gaffeur à la chevelure en pétard, dont les idées farfelues provoquent invariablement des catastrophes — à l’école, en colo, en classe verte ou à la maison — sous l’œil tantôt agacé, tantôt résigné de sa maîtresse, Madame Goulominoff. À ses côtés : Jason, son meilleur ami et complice de toutes les bêtises, Olympe, l’intello de la classe qui passe autant de temps à contrarier ses plans qu’à lui sauver la mise, et Henriette, secrètement amoureuse de lui. La série cumule à ce jour plus de trois millions d’exemplaires vendus et a été déclinée en romans, en livres-jeux, en série animée sur France Télévisions et même en escape game.
Si vous avez dévoré les albums d’Anatole et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations dans la même veine : des BD d’humour jeunesse où l’école, les bêtises et la débrouillardise occupent le devant de la scène. Toutes les séries présentées ci-dessous s’adressent à une tranche d’âge comparable à celle d’Anatole Latuile, soit environ 6 à 10 ans selon les éditeurs et les libraires.
1. Les Blagues de Toto (Thierry Coppée, 2004)

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Dans les cours de récréation francophones, les « blagues de Toto » circulent de bouche en bouche depuis des générations : ce sont de courtes histoires drôles mettant en scène un écolier espiègle, cancre et insolent, dont les réponses au premier degré font rire les enfants bien avant qu’ils sachent lire. Pendant longtemps, ce Toto n’a existé que dans l’oralité, sans apparence définie. En 2004, Thierry Coppée, ancien instituteur belge reconverti en auteur de BD, lui a donné un visage, un cartable et une vie de famille. Publiée chez Delcourt, la série met en scène ce petit farceur dans des gags d’une planche, construits autour de jeux de mots, de quiproquos et de réparties désarmantes — le genre de répliques que Toto lance à sa maîtresse, Mademoiselle Jolibois, et qui lui valent autant de punitions que de fous rires chez le lecteur.
Chaque album couvre une année scolaire complète, de la rentrée de septembre aux vacances d’été, en alternant quinze pages à l’école et quinze pages à la maison. Toto évolue entre ses parents divorcés (et leurs nouveaux compagnons respectifs), ses copains Yassine, Igor et Olive (son amoureuse), et un quotidien où chaque situation — une visite au musée, une dictée, un repas de famille — devient prétexte à blague. Le dessin de Coppée, aux décors fouillés et aux visages très mobiles, donne au personnage une existence complète que les blagues orales, par nature squelettiques, ne lui avaient jamais offerte. La série a été adaptée en dessin animé sur M6, puis en film au cinéma en 2020, avec Gavril Dartevelle dans le rôle-titre.
Tranche d’âge conseillée : la BD est généralement recommandée à partir de 6 ans (6-9 ans chez Leclerc et dans la Sélection du Comité des mamans), bien que certaines sources élargissent jusqu’à 10 ans. Le format une-planche-un-gag la rend particulièrement accessible aux lecteur·ice·s débutant·e·s.
2. L’Élève Ducobu (Zidrou et Godi, 1997)

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Si Anatole Latuile est le roi des gaffes, Ducobu est l’empereur de la triche. Créée en 1992 par Zidrou (Benoît Drousie, ancien instituteur — le métier semble être un vivier de scénaristes BD) et Godi (Bernard Godi) dans l’hebdomadaire belge Tremplin, cette série a vu son premier album publié aux éditions Le Lombard en 1997. Ducobu est un écolier rondouillard en pull rayé jaune et noir, cancre notoire de l’école Saint-Potache, qui consacre toute son énergie non pas à apprendre ses leçons, mais à copier sur sa voisine, la brillante Léonie Gratin. Première de la classe et allergique aux tricheurs, Léonie ne se laisse pas faire et réplique volontiers à coups de règle. Face à eux, l’instituteur Gustave Latouche veille au grain, bonnet d’âne toujours prêt à coiffer le coupable.
Ce qui rend Ducobu si drôle, c’est le gouffre entre sa paresse scolaire et son inventivité : antisèches miniatures, systèmes de poulies pour récupérer les réponses de Léonie, signaux codés, perches télescopiques… Les stratagèmes qu’il invente pour éviter de travailler lui demandent paradoxalement bien plus d’efforts que le travail lui-même — et c’est de cette contradiction que naissent les meilleurs gags. Zidrou, fort de son expérience d’enseignant, sait rendre cette mécanique crédible aux yeux des enfants et comique pour les adultes. Quant au dessin de Godi — personnages ronds, nez proéminents, expressions exagérées —, il s’inscrit dans la tradition de la BD humoristique belge, celle de Boule et Bill ou de Cédric. La série, vendue à plus de deux millions d’exemplaires, a été adaptée en quatre films au cinéma, dont Ducobu Président ! en 2022.
Tranche d’âge conseillée : généralement à partir de 7 ans, la série est cataloguée en BD jeunesse tout public par les libraires et les sites spécialisés. FilmAges recommande également l’âge de 7 ans pour les adaptations cinématographiques.
3. La Cantoche (Nob, 2016)

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Une série entière consacrée à la cantine scolaire : c’est le pari de Nob (Bruno Chevrier), déjà connu pour la série Dad (les tribulations d’un père célibataire avec ses quatre filles). Publiée chez BD Kids (Bayard) depuis 2016, La Cantoche se compose de gags en quatre cases — une page, une situation, une chute — mettant en scène une ribambelle d’élèves sans héros récurrent. Le cadre, c’est le réfectoire et tout ce qui tourne autour de la nourriture à l’école : batailles de purée, plats à la couleur indéterminée, négociations serrées avec le chef cuisinier pour esquiver les légumes verts, glissades sur les haricots trop cuits, et débats sur la question de savoir si le dessert est un droit ou un privilège.
L’absence de fil narratif rend chaque page indépendante — on peut ouvrir n’importe quel album à n’importe quelle page et s’y retrouver immédiatement. Nob ne se cantonne pas aux murs du réfectoire : il élargit le terrain à la nourriture en général, que ce soit lors d’un pique-nique, d’un barbecue ou d’une classe verte. Son trait rond, mis en couleur à l’aquarelle, donne à chaque planche un côté chaleureux et coloré qui tranche avec les purées grises qu’on y mange. Tout·e lecteur·ice ayant un jour affronté un plateau-repas scolaire s’y reconnaîtra.
Tranche d’âge conseillée : la série est prépubliée dans J’aime lire, magazine destiné aux 7-10 ans. Les avis convergent vers un lectorat à partir de 6-7 ans, certains enseignants la recommandant jusque dans les classes de CM2.
4. Tom-Tom et Nana (Jacqueline Cohen, Bernadette Després et Évelyne Reberg, 1977)

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C’est l’ancêtre. Pas de la BD jeunesse en général — Tintin et Astérix existaient déjà depuis longtemps —, mais de la BD de magazine centrée sur le quotidien ordinaire des enfants, sans aventures exotiques ni décors fantastiques : juste une famille, un restaurant et deux gamins ingérables. Créée en 1977 pour le tout premier numéro du magazine J’aime lire, Tom-Tom et Nana est l’œuvre de Jacqueline Cohen (scénario), Bernadette Després (dessin) et, à partir de 1986, Évelyne Reberg (co-scénariste). Elle met en scène les deux plus jeunes enfants de la famille Dubouchon — Tom-Tom, 9 ans, et Nana, 6 ans — dont les initiatives tournent systématiquement à la catastrophe dans le restaurant familial, À la bonne fourchette.
Le mécanisme est rodé, et c’est ce qui en fait le charme : Tom-Tom et Nana partent d’une intention en apparence raisonnable — préparer un gâteau, organiser une fête, aider au restaurant — et, de rebondissement en malentendu, finissent par provoquer un désastre spectaculaire. Autour d’eux gravitent leur père Adrien, chef-cuisinier perpétuellement au bord de la crise de nerfs, leur mère Yvonne, débordée mais patiente, et une poignée de clients habitués (Rémi Leplusbeau, Madame Kellmer…) qui débarquent à chaque épisode au pire moment possible. Le dessin de Després, volontairement naïf et très expressif, évoque la manière dont les enfants dessinent eux-mêmes — ce qui explique sans doute pourquoi tant de jeunes lecteur·ice·s s’y sont senti·e·s immédiatement chez eux. La série compte 34 tomes et s’est écoulée à plus de quinze millions d’exemplaires. Bernadette Després, disparue en novembre 2024 à l’âge de 83 ans, avait reçu un Fauve d’honneur au Festival d’Angoulême en 2019 pour l’ensemble de sa carrière.
Tranche d’âge conseillée : la série cible les 7-10 ans, conformément au lectorat de J’aime lire. La Fnac indique « à partir de 6 ans ». Le dessin très narratif de Després permet d’ailleurs aux plus jeunes de suivre l’histoire par les images avant même de déchiffrer toutes les bulles.
5. Mortelle Adèle (Mr Tan et Miss Prickly, 2012)

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Ici, pas de gaffeur au grand cœur ni de cancre sympathique, mais une petite fille à l’humour acide qui n’a peur de rien ni de personne. Mortelle Adèle est née dans les cahiers d’Antoine Dole (alias Mr Tan), qui a imaginé ce personnage à 14 ans alors qu’il subissait du harcèlement scolaire — Adèle étant en quelque sorte son contraire, une fille qui ose tout dire là où lui n’osait rien. Les sept premiers tomes ont été illustrés par Miss Prickly (Isabelle Mandrou), qui a conçu l’univers graphique de la série, avant que Diane Le Feyer ne reprenne le dessin à partir du tome 8 en 2014.
Adèle porte un regard cynique et sans filtre sur le monde qui l’entoure. Elle terrorise ses parents (toujours dépassés), fait subir à son chat Ajax des traitements que la SPA réprouverait, méprise Jade et ses copines qu’elle juge conformistes, et repousse sans ménagement les avances de Geoffroy, un camarade de classe amoureux d’elle. On retrouve en elle un peu de Mafalda, la petite Argentine lucide et désabusée de la BD de Quino (publiée de 1964 à 1973), qui passait son temps à questionner le monde des adultes avec une ironie dévastatrice. On y retrouve aussi un soupçon de Mercredi Addams, la fille sinistre de La Famille Addams — une famille de monstres joyeusement macabres, imaginée par le dessinateur de presse américain Charles Addams dans les années 1930. La série, publiée depuis 2023 chez Mr Tan & Co (maison d’édition fondée par Antoine Dole), cumule plus de 18 millions d’exemplaires vendus et s’est déclinée en spectacle musical, magazine, romans, et bientôt une série animée.
Tranche d’âge conseillée : le site officiel indique que la série s’adresse aux enfants « petits comme grands ». La plupart des libraires la recommandent à partir de 8 ans, l’humour noir et le second degré nécessitant un peu plus de maturité que les BD d’école classiques.
6. Avni (Romain Pujol et Vincent Caut, 2014)

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Avni — pour Animal Vraiment Non Identifié — est un petit garçon bleu à tête ronde qui débarque dans une nouvelle école. Particularité de cet univers : tous les élèves sont des animaux (ours, serpents, poissons, caméléons…), et chacun appartient à une espèce bien identifiée. Tous, sauf Avni. Personne ne sait ce qu’il est. En revanche, il dispose de pouvoirs surprenants : changer de couleur à volonté, étirer ses bras pour attraper un ballon coincé dans un arbre, grandir ou rapetisser selon les besoins, rendre son corps transparent… Le caméléon de la classe, jusqu’alors star incontestée de la cour grâce à ses propres talents de camouflage, voit sa popularité s’effondrer du jour au lendemain.
Créée par Romain Pujol (scénario, également connu pour Les Lapins Crétins chez Ubisoft) et Vincent Caut (dessin), la série a d’abord été prépubliée dans le magazine Toboggan (Milan Presse, destiné aux 6-8 ans) avant d’être éditée en albums chez BD Kids à partir de 2014. Chaque histoire tient en deux planches, ce qui en fait une porte d’entrée idéale pour les tout jeunes lecteur·ice·s qui découvrent la BD. Les gags reposent sur les métamorphoses d’Avni, mais la série parle aussi, tout naturellement, de ce que vivent beaucoup d’enfants : arriver dans une école où l’on ne connaît personne, ne ressembler à aucun·e de ses camarades, et découvrir que cette bizarrerie, au lieu d’être un handicap, peut devenir un sacré atout.
Tranche d’âge conseillée : la Fnac décrit la série comme « première lecture BD dès 6 ans ». Le magazine Toboggan, dans lequel Avni est prépublié, cible les 6-8 ans. Son format très court la rend accessible dès le CP.