Le shōnen d’action est le pilier central du manga moderne. Ses racines remontent aux années 1960, quand le manga pour garçons hérite des codes posés par Osamu Tezuka avec Astro Boy et des récits de samouraïs qui nourrissent la culture populaire japonaise. La fondation du Weekly Shōnen Jump en 1968 par Shūeisha donne au genre son vaisseau amiral — un magazine de prépublication hebdomadaire qui va devenir la rampe de lancement de la quasi-totalité des séries évoquées ici.
Les années 1980 font tout basculer : les héros deviennent plus musclés, les enjeux plus grandioses, la violence plus frontale. Hokuto no Ken et Dragon Ball redéfinissent le shōnen d’action et imposent une formule — quête initiatique, escalade de puissance, amitiés forgées dans l’adversité — dont le shōnen ne s’est jamais vraiment départi, même quand il a prétendu le contraire. Les décennies suivantes voient se succéder des séries qui reprennent, subvertissent ou réinventent ces codes, de Saint Seiya à Naruto, de Fullmetal Alchemist à Jujutsu Kaisen. Chaque génération de lecteur·ices y a trouvé ses héros, ses rivalités obsédantes et ses fins de chapitre à vous faire lâcher un cri dans le bus.
Voici quinze séries qui ont façonné le genre — pas un classement, mais un panorama de ce que le shōnen d’action a produit de plus mémorable.
1. One Piece (Eiichirō Oda, 1997)

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Depuis le 22 juillet 1997, Eiichirō Oda raconte dans le Weekly Shōnen Jump l’odyssée de Monkey D. Luffy, un garçon au corps élastique (merci les fruits du Démon) qui veut devenir le Roi des Pirates. Avec son équipage de Chapeau de paille — un bretteur, une navigatrice, un cuisinier, un renne médecin, un tireur menteur, une archéologue, un cyborg, un squelette musicien et un timonier homme-poisson —, Luffy sillonne Grand Line à la recherche du légendaire trésor, le One Piece. Sous couvert d’aventure pirate, la série aborde avec une lucidité rare dans un shōnen des questions d’esclavage, de racisme et de corruption politique. One Piece détient le record Guinness du manga le plus vendu par un seul auteur, avec plus de 500 millions d’exemplaires en circulation à travers le monde.
Ce qui frappe chez Oda, c’est l’ambition architecturale de son récit. Des indices semés au tome 1 trouvent leur résolution des centaines de chapitres plus tard, et chaque arc enrichit un monde d’une densité folle — plus de mille personnages, des dizaines d’îles avec leurs propres cultures, lois et conflits. Le manga, qui a franchi le cap des 110 tomes, est entré dans sa saga finale en 2022. En France, Glénat publie la série depuis septembre 2000, et le tome 100 — tiré à 250 000 exemplaires, un record pour un manga dans l’Hexagone — a été un événement éditorial en décembre 2021. Oda avait prévu une série de cinq ans. Cela fait presque trente ans qu’il dessine. Il connaît la fin depuis le premier jour.
2. Dragon Ball (Akira Toriyama, 1984)

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Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump à partir du 20 novembre 1984, Dragon Ball est le big bang du shōnen d’action tel qu’on le connaît. Akira Toriyama, déjà célèbre pour la comédie Dr. Slump, s’inspire de La Pérégrination vers l’Ouest — classique de la littérature chinoise du XVIe siècle — et des films de kung-fu de Jackie Chan pour raconter le parcours de Son Goku, petit garçon naïf à queue de singe qui rêve de devenir fort. D’abord conçue comme une aventure humoristique, la série bascule progressivement vers l’action pure lors des tournois d’arts martiaux, puis décolle vers des combats intergalactiques d’une puissance toujours croissante. Avec 260 millions d’exemplaires vendus et 42 tomes publiés entre 1984 et 1995, Dragon Ball est le deuxième manga le plus vendu de l’histoire.
En 1990, les ventes du Weekly Shōnen Jump atteignent cinq millions d’exemplaires par semaine, un chiffre que le magazine n’a jamais retrouvé — et Dragon Ball en était le moteur principal. L’onde de choc sur le genre n’a pas faibli depuis : Eiichirō Oda, Masashi Kishimoto, Koyoharu Gotouge et des dizaines d’autres mangaka citent la série comme leur déclic initial. En France, c’est par le Club Dorothée que Son Goku s’est fait connaître dès 1988, avant la publication du manga par Glénat en 1993. Anecdote : si les Super Saiyans ont les cheveux blonds, c’est pour une raison purement pratique — Toriyama voulait épargner à son assistant l’encrage fastidieux des chevelures noires. Décédé le 1er mars 2024 à 68 ans, Toriyama a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France en 2019.
3. Fullmetal Alchemist (Hiromu Arakawa, 2001)

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Dans un monde où l’alchimie tient lieu de science, Edward et Alphonse Elric tentent de ramener leur mère à la vie par une transmutation humaine interdite. L’expérience tourne au désastre : Edward perd un bras et une jambe, Alphonse perd la totalité de son corps — son âme se retrouve prisonnière d’une armure. Les deux frères partent alors en quête de la pierre philosophale, seul espoir de retrouver ce qui leur a été pris. Publié dans le Monthly Shōnen Gangan de Square Enix entre 2001 et 2010, le manga compte 27 tomes et s’est vendu à plus de 70 millions d’exemplaires. Il a été le titre de lancement du label Kurokawa en France — un choix qui a contribué à installer l’éditeur sur le marché.
L’originalité de Fullmetal Alchemist tient à son principe fondateur : l’échange équivalent — pour obtenir quelque chose, il faut sacrifier autre chose de valeur égale. Ce concept irrigue chaque pan du récit, des combats aux dilemmes moraux des personnages. Hiromu Arakawa, fille d’éleveurs laitiers d’Hokkaidō (elle se dessine sous les traits d’une vache dans ses pages bonus), a conçu une intrigue dont chaque pièce — personnage, complot, flash-back — s’emboîte avec une précision redoutable. La série a eu le privilège rare d’être adaptée en deux anime distincts : le premier en 2003 — qui diverge du manga — et Fullmetal Alchemist: Brotherhood en 2009, fidèle au matériau d’origine, qui reste pour beaucoup de spectateur·ices un étalon de l’adaptation manga-anime. En 2007, l’autrice a accouché de son premier enfant sans prendre un seul jour de congé maternité. L’échange équivalent, en somme.
4. Hunter × Hunter (Yoshihiro Togashi, 1998)

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Gon Freecss, douze ans, quitte son île natale pour passer l’examen des Hunters — des aventuriers d’élite mandatés pour des missions de chasse, d’archéologie ou de traque — et retrouver son père, Jin, qui l’a abandonné pour parcourir le monde. En chemin, il se lie à Kirua, héritier d’une famille d’assassins, Kurapika, dernier survivant du clan Kuruta, et Leolio, aspirant médecin aussi braillard que dévoué. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump depuis mars 1998, le manga de Yoshihiro Togashi est célébré pour le Nen, sans doute le système de pouvoirs le plus sophistiqué jamais conçu dans un manga d’action : six catégories de tempérament, des règles de « serment et condition » où la puissance d’une technique est proportionnelle au risque que prend son utilisateur, et des combats qui ressemblent davantage à des parties d’échecs qu’à des échanges de coups.
La série, vendue à plus de 84 millions d’exemplaires, est aussi célèbre pour ses hiatus légendaires. Togashi souffre de douleurs chroniques au dos, et depuis le début de la publication, il a été absent du Shōnen Jump lors de 68,5 % des numéros. L’arc des Fourmis Chimères — 134 chapitres publiés sur 402 numéros du magazine — a pris près d’une décennie à paraître, mais il est considéré par une large partie du lectorat comme le meilleur arc jamais écrit dans un shōnen. La confrontation entre Meruem, le roi des Fourmis né tout-puissant, et Komugi, une jeune fille aveugle qui le bat régulièrement au gungi (un jeu de plateau), donne l’un des duels les plus inattendus du manga — pas un échange de coups, mais une partie de plateau où se joue la définition même de l’humanité. En 2023, Togashi a révélé avoir imaginé quatre fins possibles pour son manga. La série a repris sa publication par intermittence depuis 2022, et 38 tomes sont parus à ce jour.
5. Naruto (Masashi Kishimoto, 1999)

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Naruto Uzumaki est un orphelin turbulent du village caché de Konoha, méprisé par les siens parce qu’il porte en lui Kyûbi, le démon renard à neuf queues qui a jadis dévasté le village. Son rêve : devenir Hokage, le plus grand ninja de Konoha, pour gagner la reconnaissance de tous. La série, prépubliée dans le Weekly Shōnen Jump de septembre 1999 à novembre 2014, totalise 72 tomes et plus de 250 millions d’exemplaires vendus, ce qui en fait le quatrième manga le plus vendu de l’histoire. En France, Kana publie la série depuis 2002, et Naruto a été pendant plus de dix ans le manga le plus vendu dans l’Hexagone — un exploit d’autant plus notable que la série n’a jamais occupé la première place au Japon.
Kishimoto, fan déclaré d’Akira Toriyama et du film Akira de Katsuhiro Ōtomo, a su injecter dans les codes du shōnen nekketsu une gravité qui ne va pas de soi dans ce registre. Les relations familiales brisées, le poids de la solitude et la question du pardon traversent le récit de bout en bout. L’antagonisme entre Naruto et Sasuke Uchiwa — le paria radieux contre le génie rongé par la vengeance — est devenu l’une des rivalités les plus emblématiques du genre. Parmi les moments que le lectorat n’a jamais oubliés : la mort de Jiraya, le combat contre Pain, et l’affrontement final dans la Vallée de la Fin. Le système de combat repose sur les jutsu (techniques ninja) et le chakra, avec un vocabulaire issu de la mythologie japonaise. Détail savoureux : le nom de Naruto vient du narutomaki, ce tourbillon de pâte de poisson que l’on trouve dans les bols de ramen — le plat préféré du héros.
6. Demon Slayer (Koyoharu Gotouge, 2016)

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Japon, ère Taishō (début du XXe siècle). Tanjirō Kamado, jeune vendeur de charbon, découvre sa famille massacrée par un démon. Seule sa petite sœur Nezuko survit, mais transformée en démon elle-même. Tanjirō s’engage alors dans le corps des Pourfendeurs de démons pour trouver un remède et venger les siens. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump entre février 2016 et mai 2020, le manga compte 23 tomes — une brièveté rare pour un titre de cette envergure. En France, Panini Manga avait d’abord publié la série sous le titre Les Rôdeurs de la nuit, avant de la relancer sous son titre actuel en 2019.
Le parcours de Demon Slayer est un cas d’école en matière de succès tardif. Pendant ses trois premières années de publication, le manga peinait à trouver son public. Puis l’adaptation en anime par le studio Ufotable en 2019, avec son animation d’une qualité sidérante, a fait exploser les ventes. Le film Le Train de l’Infini (2020) est devenu le plus gros succès au box-office de l’histoire du cinéma japonais. Avec plus de 220 millions d’exemplaires en circulation dans le monde, Demon Slayer a même détrôné One Piece des ventes annuelles en 2019 et 2020 — du jamais vu. Gotouge, dont l’identité reste très protégée, a été la première personne du monde du manga à figurer dans la liste « Phenoms » du Time des 100 personnalités les plus influentes. La série a été la première publication sérialisée de l’auteur·ice, après un one-shot intitulé Kagarigari qui posait déjà les bases de cet univers.
7. L’Attaque des Titans (Hajime Isayama, 2009)

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Dans un monde où l’humanité survit retranchée derrière d’immenses murailles, des créatures géantes et stupides — les Titans — dévorent les humains sans raison apparente. Eren Jäger, dont la mère est tuée sous ses yeux lors de la brèche du mur, jure d’exterminer chaque Titan jusqu’au dernier. Publié dans le Bessatsu Shōnen Magazine de Kōdansha entre septembre 2009 et avril 2021, le manga compte 34 tomes et s’est vendu à plus de 140 millions d’exemplaires. Pika Édition publie la version française depuis 2013. La série a même temporairement détrôné One Piece du sommet des ventes japonaises au premier semestre 2014.
L’idée des Titans est née d’un incident banal : jeune homme, Isayama travaillait dans un cybercafé quand un client ivre l’a empoigné au col, incapable de communiquer. Cette rencontre avec un être humain réduit à son instinct le plus brut lui a inspiré ses créatures — des corps nus, dépourvus de raison, dont les visages figés en rictus provoquent un malaise profond. Refusé par le Weekly Shōnen Jump — son style graphique ne correspondait pas aux standards du magazine —, Isayama a trouvé sa place chez Kōdansha. Et tant mieux : la rugosité de son trait, loin d’être un défaut, a renforcé l’atmosphère oppressante du récit. Mais ce qui a véritablement sidéré le lectorat, c’est la capacité de la série à renverser ses propres fondements narratifs. Ce qui semble être un récit de survie classique se mue en fresque géopolitique où chaque camp a ses raisons et ses crimes, et où le héros lui-même finit par poser au lecteur·ice une question vertigineuse : jusqu’où iriez-vous pour protéger les vôtres ?
8. JoJo’s Bizarre Adventure (Hirohiko Araki, 1987)

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Il faut un certain culot pour nommer ses personnages Dio, Polnareff, AC/DC ou Crazy Diamond et construire autour d’eux une saga de plus de 130 tomes. Hirohiko Araki l’a fait. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump de 1987 à 2004, puis dans le mensuel Ultra Jump, JoJo’s Bizarre Adventure suit les membres de la lignée Joestar — tous surnommés « JoJo » — à travers plusieurs générations et époques. Chaque partie constitue un récit autonome avec son propre protagoniste : Jonathan dans l’Angleterre victorienne, Joseph pendant la Seconde Guerre mondiale, Jōtarō dans un road trip vers l’Égypte, Josuke dans une petite ville japonaise, et ainsi de suite jusqu’à la neuvième partie, actuellement en cours. Avec plus de 120 millions d’exemplaires en circulation, la série est la deuxième plus longue de Shūeisha.
L’apport majeur d’Araki au shōnen est l’invention des Stands à partir de la troisième partie (Stardust Crusaders) : des entités surnaturelles liées aux personnages, chacune dotée de pouvoirs uniques — arrêter le temps, transformer la matière, effacer l’espace. Ce concept a transformé les combats en duels de stratégie où l’intelligence prime sur la force brute. L’esthétique de la série est tout aussi singulière : inspiré par les illustrateurs de mode Antonio Lopez et Tony Viramontes, le cinéma de giallo italien et la musique pop-rock, Araki a développé un style visuel sans équivalent dans le manga — poses extravagantes, personnages androgynes, palettes de couleurs volontairement changeantes. Les « poses JoJo » et la réplique « Tu croyais que c’était X, mais c’était moi, Dio ! » sont devenues des mèmes incontournables de la culture internet. Araki, né en 1960, ne semble pas vieillir — un fait qui alimente chez ses fans la théorie tenace selon laquelle il serait lui-même un utilisateur de Stand.
9. Bleach (Tite Kubo, 2001)

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Ichigo Kurosaki, lycéen de quinze ans, voit les fantômes depuis toujours. Sa vie bascule lorsqu’il rencontre Rukia Kuchiki, une Shinigami (« déesse de la mort ») en mission de chasse aux Hollows — des âmes humaines corrompues et devenues monstrueuses. Blessée alors qu’elle le protège, Rukia lui transmet ses pouvoirs, et Ichigo se retrouve propulsé dans la guerre secrète entre la Soul Society, le Hueco Mundo et le monde des vivants. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump d’août 2001 à août 2016, Bleach compte 74 tomes et 130 millions d’exemplaires vendus. Avec One Piece et Naruto, il forme les « Big Three » du Shōnen Jump des années 2000.
La grande force de Bleach est son sens du style. Tite Kubo, fan de rock et en particulier de Nirvana (le titre du manga est un clin d’œil à leur premier album), a conçu des personnages au charisme immédiat — chaque capitaine du Gotei 13 est devenu iconique, de Kenpachi Zaraki à Byakuya Kuchiki. Le système de combat repose sur les Zanpakutō, sabres spirituels dotés de deux formes de libération (Shikai et Bankai), chacune liée à la personnalité de son porteur. Les arcs de la Soul Society et du Hueco Mundo comptent parmi les meilleurs passages de shōnen des années 2000. La série a connu un passage à vide dans ses derniers arcs, et sa conclusion en 2016 s’est faite dans une relative discrétion. Mais le retour en anime de l’arc final Thousand-Year Blood War à partir de 2022 — avec une qualité d’animation de très haut niveau — a relancé l’engouement autour de la série et démontré que quinze ans n’avaient rien émoussé de l’attachement du public pour l’univers de Kubo.
10. Jujutsu Kaisen (Gege Akutami, 2018)

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Chaque année au Japon, plus de 10 000 morts et disparitions restent inexpliquées. Dans l’univers de Jujutsu Kaisen, elles sont causées par des fléaux (malédictions) — des entités nées de l’accumulation d’émotions négatives humaines. Yūji Itadori, lycéen à la force physique hors norme, avale le doigt momifié de Ryōmen Sukuna, le roi des fléaux, pour sauver ses amis. Il devient alors l’hôte de cette entité millénaire et se retrouve inscrit à l’école technique supérieure de jujutsu de Tōkyō, sous la tutelle de l’excentrique et surpuissant Satoru Gojō. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump de mars 2018 à septembre 2024, le manga totalise 30 tomes et 100 millions d’exemplaires en circulation.
Nourri par la lecture de Yoshihiro Togashi, Gege Akutami a construit un récit où les antagonistes ne sont pas de simples obstacles à vaincre. Leurs motivations résonnent avec les failles de la société qu’ils attaquent, et certains retournements rendent la frontière entre héros et ennemi franchement poreuse. L’arc de Shibuya, point de bascule de la série, est un carnage orchestré avec une précision narrative implacable, où les pertes ne sont ni gratuites ni réversibles. L’adaptation animée par le studio MAPPA — en particulier la deuxième saison — a été saluée pour sa qualité visuelle et son rythme. Akutami, originaire de Sendai, avait fait ses armes comme assistant de Yasuhiro Kano avant de décrocher sa publication dans le Shōnen Jump. Son parcours, du one-shot Kagarigari en 2013 à la série terminée en 2024, s’est accompli en à peine onze ans — un tempo rare dans l’industrie. La suite, Jujutsu Kaisen Modulo, a débuté en 2025.
11. Yūyū Hakusho (Yoshihiro Togashi, 1990)

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Avant Hunter × Hunter, Yoshihiro Togashi a fait ses preuves avec Yūyū Hakusho. Yūsuke Urameshi, quatorze ans, délinquant notoire et roi de la bagarre dans son quartier, meurt écrasé par une voiture alors qu’il tente de sauver un enfant. Problème : sa mort n’était pas prévue par les instances du royaume des morts. On lui offre donc une chance de ressusciter, à condition de devenir détective du monde des esprits et de traquer les démons qui s’infiltrent dans le monde humain. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump de décembre 1990 à juillet 1994, le manga compte 19 tomes et s’est vendu à plus de 50 millions d’exemplaires. Kana publie la version française depuis 1997.
D’abord orientée vers le paranormal et l’humour, la série pivote avec l’arc du Tournoi des Ténèbres vers l’action pure — et c’est là que tout prend une autre envergure. Ce qui fait la différence, ce sont les antagonistes : Toguro, ancien héros rongé par la culpabilité, et Sensui, ancien détective intimement convaincu que l’humanité ne mérite pas d’être sauvée, comptent parmi les méchants les plus nuancés du genre. Pourtant, la série s’achève de manière abrupte en 1994 : Togashi, épuisé par le rythme hebdomadaire et la pression éditoriale de Shūeisha, bâcle son dernier arc et arrête tout. Cette rupture avec l’industrie du manga préfigure les hiatus à répétition de Hunter × Hunter. Yūyū Hakusho reste, avec Dragon Ball et Slam Dunk, l’un des trois piliers de l’âge d’or du Shōnen Jump des années 1990 — quand ces trois séries se sont terminées, les ventes du magazine ont chuté d’un tiers. En 2023, Netflix en a tiré une adaptation en live-action.
12. Hokuto no Ken (Buronson et Tetsuo Hara, 1983)

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« Tu es déjà mort. » Cette réplique, prononcée par Kenshirō juste avant que le corps de son adversaire ne se disloque de l’intérieur, a traversé les décennies. Dans un monde post-apocalyptique ravagé par la guerre nucléaire — où les océans se sont évaporés et où des gangs de motards brutalisent les survivants —, Kenshirō, héritier du Hokuto Shinken (un art martial ancestral qui frappe les 708 points vitaux du corps humain), erre à la recherche de sa fiancée Julia et protège les innocents sur son passage. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump de septembre 1983 à 1988, le manga de Buronson (scénario) et Tetsuo Hara (dessin) totalise 27 tomes et plus de 100 millions d’exemplaires vendus.
Les influences sont revendiquées sans détour : le physique de Kenshirō fusionne Bruce Lee et Sylvester Stallone, le décor post-apocalyptique vient tout droit de Mad Max 2, et la violence graphique s’inspire des films de kung-fu de Hong Kong des années 1970. Tetsuo Hara souffre d’une déformation oculaire rare qui l’oblige à fermer un œil pour dessiner — ce qui rend la qualité de son trait d’autant plus impressionnante. Hokuto no Ken a ouvert la voie à des shōnen plus matures et sanglants, et son empreinte reste lisible chez les mangaka des générations suivantes, d’Hirohiko Araki à Masami Kurumada. En France, c’est par le Club Dorothée que la série s’est fait connaître — dans une version lourdement censurée où les explosions de crânes étaient remplacées par des séquences éclair plus ou moins incompréhensibles.
13. Kenshin le vagabond (Nobuhiro Watsuki, 1994)

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Nous sommes en 1878, dix ans après le début de l’ère Meiji. Le port du sabre est désormais interdit, les samouraïs n’ont plus leur place dans cette société en mutation, et Kenshin Himura erre sur les routes du Japon avec un sabre à lame inversée — une arme conçue pour ne pas tuer. Ancien assassin redouté sous le nom de Battōsai — le plus meurtrier des patriotes qui ont contribué à la chute du shogunat —, il s’est juré de ne plus jamais ôter la vie. Lorsqu’il croise la route de Kaoru Kamiya, jeune femme qui tient un dōjō de kendō, il trouve un foyer et de nouveaux compagnons. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump d’avril 1994 à septembre 1999, le manga compte 28 tomes et s’est vendu à environ 72 millions d’exemplaires. Glénat publie la version française.
Ce qui donne à Kenshin sa saveur particulière, c’est son ancrage historique. Watsuki s’appuie sur des personnages et des événements réels de la Restauration de Meiji — certains antagonistes, comme Shishio Makoto, sont librement inspirés de figures historiques — pour nourrir un récit où l’action et la réflexion sur la violence coexistent. L’arc de Kyōto, où Kenshin affronte Shishio — ancien assassin du gouvernement, laissé pour mort et revenu en conquérant momifié sous ses bandages —, est le point culminant de la série : l’enjeu est national, les combats s’enchaînent sans répit, et le passé sanglant du héros ne cesse de le rattraper. Les duels au sabre, où chaque technique est nommée et chaque mouvement décomposé, ont fixé les codes du manga de samouraïs pour les décennies suivantes. Une nouvelle adaptation en anime par le studio Liden Films a débuté en 2023 ; elle reprend l’histoire depuis le début avec une qualité d’animation contemporaine. En 2017, Watsuki a également lancé une suite, Rurouni Kenshin: Hokkaido-hen, toujours en cours de publication.
14. Saint Seiya : Les Chevaliers du Zodiaque (Masami Kurumada, 1986)

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Cinq adolescents orphelins — Seiya de Pégase, Shiryū du Dragon, Hyōga du Cygne, Shun d’Andromède et Ikki du Phénix — revêtent des armures liées aux 88 constellations pour protéger Saori Kido, réincarnation de la déesse Athéna, contre les forces du mal. Pour sauver Athéna, ils doivent traverser les Douze Maisons du Sanctuaire, gardées chacune par un Chevalier d’Or, et repousser les limites de leur cosmos — l’énergie intérieure qui alimente leurs techniques de combat. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump à partir de 1986, le manga de Masami Kurumada compte 28 tomes. La série télévisée de 114 épisodes, produite par la Toei Animation, a été diffusée en France dans le Club Dorothée dès avril 1988, où elle est devenue un phénomène télévisuel — rares sont les enfants des années 1980-1990 à y avoir échappé.
Kurumada a puisé dans un brassage mythologique d’une ampleur peu commune : mythologie grecque, scandinave, bouddhiste, chrétienne et japonaise se côtoient et se répondent. Les armures des Chevaliers, inspirées des armures de samouraïs, sont devenues des objets de collection cultes — les figurines Myth Cloth de Bandai continuent de se vendre par millions. Le concept de la traversée des Douze Maisons, chacune gardée par un adversaire de plus en plus redoutable, a durablement influencé la structure narrative du shōnen (on retrouve un schéma similaire dans Bleach avec les treize capitaines du Gotei 13). La série a connu un succès colossal en Europe et en Amérique latine, souvent supérieur à celui qu’elle a eu au Japon. Chaque combat repose sur un même principe : les Chevaliers de Bronze n’ont aucune chance sur le papier, mais leur volonté de se sacrifier les uns pour les autres finit par renverser des rapports de force en apparence écrasants. Si vous avez eu un jour envie de porter une armure dorée après avoir regardé la télé, vous savez de quelle série il s’agit.
15. My Hero Academia (Kōhei Horikoshi, 2014)

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Dans un monde où 80 % de la population possède un super-pouvoir — appelé Alter —, Izuku Midoriya (surnommé « Deku ») fait partie de la poignée de personnes nées sans aucune capacité. Son rêve : intégrer le lycée Yuei, la plus prestigieuse académie de super-héros, et suivre les traces de son idole, All Might, le héros numéro un. Contre toute attente, All Might lui transmet son propre Alter, le One For All, et Deku entame un apprentissage brutal — physiquement et moralement — pour se hisser au niveau des héros qu’il admire. Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump de juillet 2014 à août 2024, le manga compte 42 tomes et s’est vendu à 100 millions d’exemplaires. Ki-oon publie la version française depuis 2016.
Horikoshi, dont le style graphique doit beaucoup aux comics américains de Marvel et DC, a construit un univers scolaire où la hiérarchie des pouvoirs reflète les inégalités de la société. La Seconde A du lycée Yuei regorge de personnages solidement caractérisés — de Katsuki Bakugō, rival explosif de Deku, à Shōto Todoroki, fils d’un héros tyrannique qui refuse d’utiliser la moitié de son Alter par rejet de son père. Côté Vilains, Tomura Shigaraki, l’Alliance des super-vilains et le mystérieux All For One forment un camp adverse dont les motivations débordent largement la simple soif de destruction. L’arc de la Guerre de Libération Paranormale a fait basculer la série dans un registre nettement plus sombre et cruel. La conclusion du manga, publiée en août 2024, a offert un épilogue atypique pour un shōnen : Deku, privé de son Alter, redevient un civil ordinaire — avant que ses anciens camarades ne lui fabriquent une armure pour lui permettre de rester un héros, pouvoir ou non. Un épilogue qui résume bien la thèse de la série : ce qui fait un héros, ce n’est pas le pouvoir, c’est l’obstination à agir sans.