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Que lire sur l'histoire de Madagascar ?

Que lire sur l’histoire de Madagascar ?

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Quatrième plus grande île du monde, Madagascar se situe dans le canal du Mozambique, à environ 400 kilomètres des côtes africaines. Son peuplement, amorcé il y a environ deux mille ans par des navigateurs austronésiens venus d’Asie du Sud-Est, se poursuit par vagues successives : des populations bantoues traversent le canal du Mozambique, des commerçants arabes et swahilis s’installent sur les côtes, des Européens arrivent à partir du XVIe siècle. La langue malgache, d’origine austronésienne mais riche d’emprunts bantous, arabes et français, porte encore la marque de ces strates successives.

Des royaumes se forment au fil des siècles sur les côtes et dans les hautes terres. L’un d’entre eux, le royaume merina, installé sur les plateaux centraux autour de Tananarive (aujourd’hui Antananarivo), s’impose au XIXe siècle et entreprend d’unifier l’île par la conquête militaire et la diplomatie, avant que la France n’impose son protectorat en 1895, puis l’annexion dès 1896. La colonisation dure plus de soixante ans. Elle remodèle en profondeur l’économie, les hiérarchies sociales et les rapports de pouvoir, sans parvenir à étouffer les résistances malgaches — des soulèvements menalamba de la fin du XIXe siècle aux mouvements nationalistes de l’entre-deux-guerres, jusqu’à l’insurrection de 1947, dont la répression fait plusieurs dizaines de milliers de morts.

Arrachée en 1960, l’indépendance n’apporte pas la stabilité espérée : le pays traverse dès 1971-1972 une crise majeure qui renverse la Première République, puis connaît une tentative de révolution socialiste sous Didier Ratsiraka (1975-1993), suivie de coups d’État, de transitions contestées et d’une vie politique qui n’a jamais trouvé son équilibre.

Pour qui souhaite comprendre cette histoire, voici huit ouvrages qui en couvrent les grands moments à des échelles et selon des angles différents — des synthèses générales d’abord, puis des études thématiques classées selon la chronologie des périodes qu’elles traitent.


1. Histoire de Madagascar. La construction d’une nation (Sylvain Urfer [coord.], 2021)

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Coordonné par le jésuite Sylvain Urfer — décédé peu après la parution du livre —, cet ouvrage collectif rassemble une dizaine d’historien·nes et d’anthropologues spécialistes de Madagascar (Philippe Beaujard, Faranirina Rajaonah, Gabriel Rantoandro, Lucile Rabearimanana, entre autres). Il répond à un constat simple : il n’existait pas de synthèse à jour de l’histoire de Madagascar, à la fois accessible à un public non spécialiste et nourrie des acquis récents de la recherche. Le livre comble ce manque. Il suit un fil chronologique qui va des premiers peuplements austronésiens — arrivés par la mer depuis l’actuelle Indonésie — à la période contemporaine, en passant par le commerce dans l’océan Indien, la formation des royaumes, la colonisation française et les décennies qui suivent l’indépendance.

Surtout, le livre remet en cause l’idée d’une origine unique des Malgaches. La nation malgache ne naît pas d’un peuple fondateur, mais d’une intégration progressive de populations diverses — austronésiennes, bantoues, arabes — dans un espace insulaire dont la position géographique, sur les routes reliant l’Afrique à l’Asie, a constamment favorisé les migrations, les échanges de techniques, de plantes cultivées et de croyances. Le livre permet de comprendre pourquoi la société malgache d’aujourd’hui porte les traces de ces apports multiples, dans sa langue, ses pratiques agricoles (la riziculture irriguée, héritée de l’Asie du Sud-Est) et ses structures sociales. Enrichi de cartes et de photographies, c’est le premier livre à ouvrir pour qui aborde cette histoire sans connaissances préalables.


2. Madagascar : une approche de l’histoire par les documents (Philippe Beaujard, Faranirina V. Rajaonah, Samuel F. Sanchez [coord.], 2025)

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Conçu comme le prolongement d’Histoire de Madagascar. La construction d’une nation, ce livre adopte un angle très différent. Là où le premier proposait un récit continu, celui-ci part des documents eux-mêmes — vestiges archéologiques, textes anciens rédigés en malgache, sources issues des Archives royales du XIXe siècle, iconographie — pour reconstituer le passé à partir de ce qui en subsiste matériellement. L’ouvrage, coordonné par Philippe Beaujard (anthropologue et historien, CNRS), Faranirina Rajaonah (professeure émérite, Université Paris-Cité) et Samuel F. Sanchez (historien, CNRS), couvre l’histoire de la Grande Île en six chapitres, des origines du peuplement aux premières décennies du XXIe siècle.

Chaque document est replacé dans son contexte de production : qui l’a écrit, dans quelles circonstances, pour quel destinataire, avec quelles intentions. Ce travail de contextualisation permet de renouveler l’analyse d’épisodes pourtant déjà connus — par exemple, les relations diplomatiques entre le royaume merina et les puissances européennes au XIXe siècle prennent un relief différent lorsqu’on les lit à travers la correspondance malgache elle-même, et non plus seulement à travers les archives coloniales françaises. L’ouvrage fonctionne donc à la fois comme un recueil de sources commentées, utile aux enseignant·es et aux chercheur·ses, et comme une démonstration de la façon dont le choix des sources — malgaches plutôt que coloniales, archéologiques plutôt que textuelles — infléchit le récit que l’on fait du passé.


3. Esclavage et libération à Madagascar (Ignace Rakoto, Sylvain Urfer, 2014)

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Dirigé par Ignace Rakoto — historien du droit, ministre, membre du Comité scientifique international de la Route de l’Esclave de l’UNESCO — et Sylvain Urfer, ce recueil d’une quinzaine de contributions aborde l’un des sujets les plus difficiles à évoquer dans la société malgache : l’héritage de l’esclavage. L’esclavage a été officiellement aboli à Madagascar le 27 septembre 1896, peu après la conquête française. Mais un siècle plus tard, la question demeure entourée d’un silence épais : les hiérarchies héritées de l’ancien système — la distinction entre descendants de libres (fotsy ou hova) et descendants d’esclaves (andevo ou mainty) — continuent de peser sur les alliances matrimoniales, l’accès à la terre et la vie sociale. Deux colloques internationaux tenus en 1996 et 1999 avaient commencé à rompre ce silence ; l’ouvrage en est le prolongement.

La première partie retrace l’histoire de l’esclavage dans la Grande Île au XIXe siècle — la traite, le rôle des royaumes dans l’organisation du système servile, les tentatives de rachat d’esclaves par l’Église catholique — et rappelle ses ramifications jusque sur l’île de Tromelin, minuscule îlot inhabité de l’océan Indien où des esclaves malgaches furent abandonnés après un naufrage en 1761 et survécurent isolés pendant quinze ans. La deuxième partie se tourne vers les formes contemporaines de servitude : travail des enfants, exploitation des femmes, migrations forcées, contraintes issues des coutumes et de la tradition. La troisième partie propose des pistes pour que la société malgache — descendants d’anciens maîtres comme descendants d’anciens esclaves — affronte ces réalités et les intègre à sa mémoire collective, au lieu de continuer à les taire.


4. L’insurrection des Menalamba. Une révolte à Madagascar, 1895-1899 (Stephen Ellis, 1998)

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En 1895, un corps expéditionnaire français entre à Tananarive, capitale du royaume merina, et impose un protectorat. En quelques mois, une insurrection éclate dans les hautes terres centrales : les menalamba — littéralement « ceux aux toges rouges », car les rebelles enduisaient leurs vêtements de terre latéritique en signe de ralliement — prennent les armes contre les fonctionnaires malgaches ralliés aux Français, les missionnaires chrétiens et la nouvelle administration. C’est cette révolte qui pousse la France à passer du protectorat à l’annexion pure et simple de l’île en 1896. L’historien Stephen Ellis a consacré à cet épisode un livre fondé sur des archives en quatre langues (français, malgache, anglais et norvégien — cette dernière en raison de la présence de missionnaires luthériens norvégiens sur place), publié à l’origine en anglais sous le titre The Rising of the Red Shawls, puis traduit en français avec une préface de Faranirina Rajaonah.

Ellis démonte les interprétations simplificatrices de la révolte. Le général Gallieni, premier gouverneur-général de la colonie, y voyait un complot de l’aristocratie merina hostile au progrès apporté par la France. Certains nationalistes malgaches, à l’inverse, ont rétrospectivement fait des menalamba des patriotes avant l’heure. Ellis montre que la réalité est autrement plus complexe : il s’agit à la fois d’un conflit religieux (entre convertis au christianisme et défenseurs des cultes ancestraux), d’une guerre civile entre factions rivales au sein même de la société merina, et d’une résistance à la pénétration étrangère. Le livre met en évidence des contradictions frappantes : certains dirigeants menalamba étaient eux-mêmes chrétiens, et les régions les plus opprimées par l’ancien gouvernement royal ne figurent pas parmi les plus rebelles. C’est donc un soulèvement aux motivations plurielles et enchevêtrées, que la réduction à un seul facteur — nationalisme, religion, lutte des classes — ne permet pas de comprendre.


5. État, économie et société coloniale à Madagascar (fin XIXe siècle-1940) (Jean Fremigacci, 2014)

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Historien de la colonisation, enseignant à l’Université de Tananarive puis à Paris I Panthéon-Sorbonne, Jean Fremigacci condense dans ce bouquin de plus de 600 pages plusieurs décennies de recherche. Sa thèse centrale est nette : les crises politiques récurrentes que traverse Madagascar depuis les années 1970 ne sont pas des accidents. Elles résultent d’un fossé structurel, creusé sur deux siècles, entre les populations et les oligarchies qui ont tour à tour monopolisé le pouvoir et les richesses du pays. De l’État royal merina du XIXe siècle à l’État colonial français, puis à l’État postcolonial, Fremigacci repère une continuité dans les mécanismes de domination : un appareil d’État au service d’une minorité, des populations rurales dont on extrait le travail et les ressources, et une distance toujours plus grande entre gouvernants et gouvernés.

Le livre analyse en profondeur le fonctionnement de l’appareil colonial. Fremigacci le rapproche non pas de l’État républicain moderne, mais de la France d’Ancien Régime : l’administrateur colonial ressemble davantage à l’intendant royal — qui concentrait entre ses mains la police, la justice et les finances — qu’au fonctionnaire d’un État de droit. Les moyens de la « mise en valeur » économique de l’île se résument à différentes formes de travail forcé : prestations (corvées obligatoires), réquisitions de main-d’œuvre pour les chantiers publics, travail pénal. La contrainte est d’autant plus lourde que le pouvoir colonial veut moderniser l’île (routes, chemins de fer, exploitation minière) sans y consacrer de vrais investissements, et que la croissance économique reste bridée par le pacte colonial — ce système qui oblige les colonies à n’exporter que vers la métropole et à n’importer que depuis elle, au bénéfice exclusif des entreprises françaises.

Fremigacci décortique enfin le rôle d’une oligarchie coloniale locale, composée de colons et de créoles, qui pèse en faveur d’un durcissement constant de la pression sur les populations malgaches. À la veille de 1947, le fossé entre le Fanjakana — le pouvoir, en malgache — et la masse de la population est devenu plus profond que jamais.


6. Sociétés et luttes anticoloniales à Madagascar (1896-1946) (Solofo Randrianja, 2001)

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Professeur d’histoire politique contemporaine à l’Université de Tamatave et chercheur associé au Centre d’études africaines de Leiden (Pays-Bas), Solofo Randrianja signe avec ce livre l’un des travaux les plus importants sur les résistances malgaches à la colonisation française. Son point de départ est une remise en question de la vision qui oppose, de façon binaire, un colonisateur à des colonisés soudés par un même nationalisme. La réalité que dessine Randrianja est bien plus fragmentée — et c’est précisément cette pluralité qui rend la lutte anticoloniale malgache si difficile à unifier.

Entre la conquête de 1896 et la veille de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs courants anticolonialistes coexistent à Madagascar. Les uns, nostalgiques des temps précoloniaux, rêvent d’un retour à l’ordre ancien. D’autres, les assimilationnistes, réclament pour les Malgaches les mêmes droits que les citoyens français et transposent dans l’île les valeurs de la gauche républicaine. Des syndicalistes s’efforcent d’organiser un mouvement ouvrier naissant. Des intellectuels élaborent de nouvelles formes de contestation, nourries à la fois de la tradition malgache et des idéologies européennes. Le Parti communiste de la région de Madagascar tente de fédérer ces courants à partir de 1936, lorsque la victoire du Front populaire en France — coalition de gauche favorable à un assouplissement de la politique coloniale — ouvre une brève fenêtre de liberté politique dans les colonies. L’entreprise échoue.

Complété par une postface de Françoise Raison-Jourde, l’ouvrage restitue un mouvement d’émancipation éclaté, traversé de tensions internes, et permet de comprendre pourquoi l’insurrection de 1947, quand elle survient, prend des formes si différentes selon les régions : dans l’est, un soulèvement rural armé ; à Tananarive, une opposition politique parlementaire.


7. L’Insurrection malgache de 1947. Essai d’interprétation historique (Jacques Tronchon, 1974)

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Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 1973 à l’Université de Paris III, ce bouquin — publié chez François Maspero, puis réédité par Karthala — demeure, un demi-siècle après sa parution, l’ouvrage de référence sur le soulèvement qui secoue Madagascar dans la nuit du 29 au 30 mars 1947. Cette nuit-là, des insurgés attaquent simultanément des garnisons militaires et des postes de gendarmerie dans l’est de l’île, coupent les voies ferrées et les routes, et prennent le contrôle de vastes zones rurales. L’insurrection s’étend pendant plusieurs mois. La répression française — bombardements, exécutions sommaires, regroupements forcés de population — fait plusieurs dizaines de milliers de morts parmi les Malgaches. Le chiffre de 89 000 victimes, fondé sur le déficit démographique constaté entre l’avant et l’après-insurrection, est aujourd’hui discuté par les historiens (Jean Fremigacci avance une estimation de 20 000 à 30 000 morts), mais l’ampleur de la violence n’est contestée par personne.

Tronchon a mené ce travail à une époque où une grande partie des archives restait inaccessible. Il a compensé cette limitation par le recours à des documents inédits, des entretiens et une tradition orale encore vive. Le livre restitue le rôle et les responsabilités des différents acteurs : les dirigeants du MDRM (Mouvement démocratique de la rénovation malgache), principal parti nationaliste de l’époque, dont les parlementaires Ravoahangy et Raseta seront condamnés à mort puis graciés ; les sociétés secrètes malgaches, comme la Jina et le Panama, qui jouent un rôle dans le déclenchement de l’insurrection ; et les représentants du pouvoir français, partagés entre partisans de la négociation et tenants de la répression. La partie documentaire, qui occupe plus de la moitié du volume — interviews, notices biographiques, pièces d’archives —, confère au livre une valeur de témoignage irremplaçable sur un épisode longtemps absent des manuels d’histoire français et de la mémoire publique.


8. Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar (Françoise Raison-Jourde, Gérard Roy ; avec la participation de Lucile Jacquier-Dubourdieu, 2010)

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Ce livre reconstitue la première grande crise de Madagascar indépendant. En 1971, les paysans du Sud de l’île — l’une des régions les plus pauvres du pays —, menés par Monja Jaona, vétéran des luttes anticoloniales et figure politique du peuple antandroy, se soulèvent sans armes contre le régime de Philibert Tsiranana. La révolte est écrasée dans le sang, et le brutal « rétablissement de l’ordre » révèle la nature réelle du régime : derrière la façade débonnaire du président, un système d’oppression et d’exploitation des campagnes au profit d’une élite urbaine et de la France, qui conserve sur son ancienne colonie une emprise directe — accords de défense, bases militaires, mainmise sur les secteurs économiques clés. Puis, en 1972, le « Mai malgache » — des manifestations de lycéens et d’étudiants, rejoints par des grévistes — fait tomber la Première République. Le colonel Ratsimandrava, nommé ministre de l’Intérieur, tente alors de réorganiser le pays par le bas, en transférant du pouvoir aux fokonolona — des assemblées villageoises traditionnelles où les habitants d’un même terroir gèrent collectivement les affaires locales. Son assassinat en février 1975, dont les circonstances restent en partie obscures, ouvre la voie au régime socialiste de Didier Ratsiraka.

L’originalité du livre tient autant à son objet qu’à sa méthode. Françoise Raison-Jourde, historienne qui a enseigné huit ans à Madagascar, et Gérard Roy, chercheur à l’ORSTOM (l’ancien institut français de recherche pour le développement outre-mer) — dénoncé à l’époque comme un militant clandestin parce qu’il soutenait, depuis un organisme officiel français, des réseaux hostiles au régime que la France appuyait —, fondent leur récit sur la parole des acteurs locaux : paysans lors de réunions villageoises, prises de parole à la radio, récit de vie de Monja Jaona, comptes rendus des tournées de Ratsimandrava dans les campagnes, correspondances d’époque et entretiens avec d’anciens coopérants français. Le livre met face à face deux mondes qui se connaissent mal : d’un côté, les intellectuels urbains, formés à l’université et armés de grilles d’analyse héritées du marxisme ; de l’autre, les ruraux — plus des trois quarts de la population —, méfiants envers les diplômés, porteurs de la blessure de 1947 et d’une pensée politique propre, fondée sur les solidarités lignagères et le rapport à la terre ancestrale, que les catégories importées d’Europe ne suffisent pas à saisir. C’est une histoire de Madagascar vue par le bas, attentive aux voix que les récits dominants laissent de côté.