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Que lire sur l'histoire du Ghana ?

Que lire sur l’histoire du Ghana ?

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Le Ghana occupe une place singulière dans l’histoire africaine. Situé sur le golfe de Guinée, ce territoire — longtemps désigné sous le nom de Côte-de-l’Or par les Européens — est le foyer de puissantes civilisations akan, dont l’empire asante constitue l’expression politique la plus aboutie. Dès le XVe siècle, les Portugais y établissent des comptoirs pour capter l’or de la région ; les Hollandais, les Danois, les Brandebourgeois et les Britanniques leur emboîtent le pas. Au fil de trois siècles, la côte se couvre d’une chaîne d’une soixantaine de forts et de châteaux — dont le célèbre château d’Elmina, édifié par les Portugais en 1482 — où se négocient l’or et, de plus en plus à partir du XVIIe siècle, les esclaves destinés aux plantations américaines. La colonisation britannique, formalisée au XIXe siècle après plusieurs guerres contre la confédération asante, impose de nouvelles structures administratives et fait du cacao le pilier d’une économie d’exportation.

Le 6 mars 1957, la Côte-de-l’Or devient le Ghana, premier pays d’Afrique subsaharienne à accéder à l’indépendance. Sous la conduite de Kwame Nkrumah, figure majeure du panafricanisme, le jeune État nourrit l’ambition de fédérer le continent tout entier. Mais le projet unitaire tourne court : concentration des décisions entre les mains du président, répression de l’opposition, coup d’État militaire de 1966 qui renverse Nkrumah. Deux décennies de turbulences s’ensuivent — quatre coups d’État en quinze ans —, jusqu’à ce que Jerry Rawlings, jeune lieutenant d’aviation, prenne le pouvoir à deux reprises par la force (1979, 1981) avant d’engager le pays sur la voie d’un ajustement structurel — un ensemble de réformes économiques négociées avec le FMI et la Banque mondiale — et d’un retour progressif au multipartisme. Depuis l’élection de John Kufuor en 2000, le Ghana s’est imposé comme l’une des démocraties les plus stables du continent, avec des alternances régulières et une société civile organisée.

Les huit ouvrages qui suivent éclairent cette trajectoire sous des angles complémentaires : commerce colonial, structures de parenté, arts, luttes d’émancipation, économie politique et consolidation démocratique.


1. L’or et les esclaves : histoire des forts du Ghana du XVIe au XVIIIe siècle (Jean-Michel Deveau, 2005)

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Historien spécialiste de la traite à l’Université de Nice, Jean-Michel Deveau retrace dans cet ouvrage trois siècles de présence européenne sur les côtes du Ghana. Son angle d’approche est architectural autant qu’économique : ce sont les forts — ces édifices massifs érigés par les puissances rivales entre Axim et Accra — qui servent de fil conducteur au récit. Ces constructions ne sont pas de simples postes militaires : elles sont les lieux où s’organise l’achat de l’or puis des esclaves, où se négocient les alliances avec les chefs locaux, où se joue la rivalité entre Portugais, Hollandais, Anglais et Danois pour le contrôle du commerce ouest-africain.

Le livre opère surtout un renversement de perspective. Deveau ne réduit pas les populations locales au rôle de victimes passives : il analyse les États africains — royaumes fante, denkyira, asante — comme des acteurs politiques de plein droit, dont la collaboration ou la résistance a pesé sur l’organisation du commerce. Les Européens, incapables de pénétrer l’intérieur des terres après l’échec de leurs premières tentatives, dépendent entièrement de ces intermédiaires africains pour accéder à l’or et aux captifs. Le livre démontre ainsi que les guerres, les alliances et les recompositions politiques de la côte ghanéenne obéissent à des logiques internes — luttes d’hégémonie entre royaumes, rivalités commerciales, stratégies matrimoniales — et ne se réduisent pas à une simple réaction à la présence européenne, contrairement à ce que l’historiographie coloniale a longtemps soutenu.

L’ouvrage s’appuie sur les archives du Public Record Office britannique, les récits de voyageurs européens (Bosman, Barbot, de Marees) et les correspondances des compagnies de commerce. Il reconstitue, à partir de ces sources, le jeu triangulaire entre la concurrence des nations européennes, les intérêts des royaumes côtiers et les circuits commerciaux de l’intérieur.


2. Le royaume asante (Ghana) : parenté, pouvoir, histoire, XVIIe-XXe siècles (Gérard Pescheux, 2003)

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Issu d’une thèse de doctorat soutenue à l’École des hautes études en sciences sociales, ce livre de Gérard Pescheux croise anthropologie et histoire pour éclairer les fondements du royaume asante — l’entité politique la plus puissante de l’actuel Ghana entre le XVIIe et le XXe siècle. Le propos se concentre sur les liens entre parenté et pouvoir politique chez les Asante, depuis les origines du groupe — la montée en puissance du clan Oyoko et la fondation de la confédération au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles — jusqu’à la période coloniale et postcoloniale.

L’une des thèses centrales de l’ouvrage remet en cause une idée solidement ancrée dans la littérature ethnologique : celle d’un système de parenté exclusivement matrilinéaire chez les Asante — c’est-à-dire un système où le statut, l’héritage et l’appartenance clanique se transmettent uniquement par la mère. Pescheux montre, à travers l’analyse des clans maternels (abusua) et d’un principe de filiation paternelle appelé ntoro, que la réalité est bien plus complexe que le modèle établi par les ethnologues R.S. Rattray (années 1920) et Meyer Fortes (années 1950). En d’autres termes, le père joue un rôle structurel dans la société asante, ce que les travaux antérieurs avaient minimisé voire ignoré. Cette relecture s’appuie sur des sources orales, écrites, archéologiques et linguistiques.

Le livre, qui compte près de 600 pages, retrace également l’itinéraire géographique et politique de la dynastie Oyoko de Kumasi, des prédécesseurs d’Osei Tutu — le fondateur de la confédération — jusqu’à Prempeh I, déporté par les Britanniques en 1896. L’abondance des notes, la discussion serrée des sources et le niveau d’abstraction théorique en font un ouvrage exigeant, destiné avant tout à des lecteur·ice·s familier·ère·s de l’anthropologie ou de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest.


3. Ghana hier et aujourd’hui / Ghana Yesterday and Today (sous la direction de Christiane Falgayrettes-Leveau et Christiane Owusu-Sarpong, 2003)

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Publié à l’occasion de l’exposition éponyme organisée au Musée Dapper de Paris entre mars et juillet 2003, ce catalogue collectif couvre les arts du Ghana de la préhistoire à la création contemporaine. Bilingue français-anglais, accompagné de plusieurs centaines de reproductions sur plus de 420 pages, l’ouvrage réunit les contributions de spécialistes — anthropologues, historien·ne·s de l’art, ethnolinguistes — autour de thématiques précises : les arts du métal (orfèvrerie, poids à peser la poudre d’or), les effigies funéraires en terre cuite des Akan (des portraits sculptés par des femmes potières pour honorer la mémoire des défunts de rang royal), les liens entre littérature orale et objets rituels, ou encore les statuettes en terre cuite de Koma-Bulsa, découvertes dans le nord du pays au milieu des années 1980 et dont la fonction — funéraire ? rituelle ? — fait encore débat.

La seconde moitié du livre est consacrée à la création contemporaine : le peintre Owusu-Ankomah, l’artiste Almighty God et les célèbres cercueils figuratifs — ces cercueils en forme de poisson, de voiture ou de fruit, fabriqués dans la région d’Accra et révélés au public occidental lors de l’exposition Les Magiciens de la terre au Centre Pompidou en 1989. Le catalogue refuse la coupure artificielle entre patrimoine ancien et art moderne : des terres cuites du XVIIe siècle y côtoient des installations contemporaines, ce qui rend visible une création artistique ghanéenne qui ne s’est jamais interrompue, pas même sous la colonisation.


4. Autobiographie (Kwame Nkrumah, 1957)

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Publié l’année même de l’indépendance du Ghana, ce récit à la première personne retrace le parcours de Kwame Nkrumah, de son enfance à Nkroful, dans un milieu modeste de la Côte-de-l’Or coloniale, jusqu’à son accession au poste de Premier ministre. Nkrumah relate ses années de formation aux États-Unis et en Angleterre, où il se confronte au racisme quotidien et forge ses convictions anticolonialistes au contact des intellectuels de la diaspora noire. C’est là qu’il noue un lien décisif avec George Padmore, militant trinidadien considéré comme l’un des pères du panafricanisme, et qu’il participe à l’organisation du Congrès panafricain de Manchester en 1945, lequel exige pour la première fois l’indépendance immédiate de l’Afrique.

Le cœur du livre porte sur le retour de Nkrumah en Côte-de-l’Or en 1947. Nommé secrétaire général de l’UGCC (United Gold Coast Convention), un parti indépendantiste dirigé par des notables modérés, il rompt rapidement avec eux : là où l’UGCC réclame l’autonomie par étapes, Nkrumah veut l’indépendance totale et immédiate. Il fonde alors le Convention People’s Party (CPP), un parti de masse qui s’appuie sur les syndicats, les jeunes et les travailleurs urbains. Son appel à la désobéissance civile en 1950 — grèves, boycotts, manifestations — lui vaut d’être emprisonné par les autorités britanniques. C’est depuis sa cellule qu’il remporte les élections de 1951, ce qui contraint le gouverneur à le libérer et à lui confier la direction du gouvernement.

Ce témoignage permet de comprendre, de l’intérieur, comment un instituteur né dans un village de l’Afrique de l’Ouest est devenu le premier chef d’État d’un pays d’Afrique subsaharienne indépendant et l’un des architectes du panafricanisme politique.


5. L’Afrique doit s’unir (Kwame Nkrumah, 1963)

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Ce livre paraît en mai 1963, au moment de la conférence panafricaine d’Addis-Abeba, qui débouche sur la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle Union africaine. Nkrumah y défend une thèse forte : seule l’unité politique totale de l’Afrique, conçue sur le modèle fédéral des « États-Unis d’Afrique », peut garantir au continent un développement économique réel et une souveraineté effective face aux anciennes puissances coloniales.

Nkrumah dresse un bilan des premières années de l’indépendance ghanéenne — ses réussites (industrialisation, construction du barrage hydroélectrique de la Volta, accès élargi à l’éducation) comme ses fragilités — et s’en sert pour démontrer les limites de la souveraineté nationale prise isolément. Un petit État africain, argue-t-il, ne peut peser seul dans les négociations commerciales internationales ni résister aux pressions des anciennes métropoles. Il plaide donc pour une planification économique continentale, une politique de défense commune et une diplomatie africaine coordonnée. Le texte rend aussi compte des fractures qui divisent alors les dirigeants africains : d’un côté, le « groupe de Casablanca » (Ghana, Guinée, Mali, Égypte, Maroc), partisan d’une fédération politique immédiate ; de l’autre, le « groupe de Monrovia », majoritaire, qui préfère une coopération entre États souverains.

Relu aujourd’hui, L’Afrique doit s’unir surprend par la justesse de certaines de ses mises en garde — en particulier sur la vulnérabilité économique des petits États africains face à la mondialisation, un constat que six décennies n’ont pas démenti. L’ouvrage demeure un texte fondamental de la pensée panafricaine, régulièrement invoqué dans les débats universitaires comme dans les mobilisations politiques contemporaines en Afrique de l’Ouest.


6. Nationaliser le panafricanisme : la décolonisation au Sénégal, en Haute-Volta et au Ghana (1945-1962) (Sakiko Nakao, 2023)

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Comment l’idéal panafricain — qui appelle par définition à une solidarité continentale — a-t-il pu servir, en pratique, à construire des États nationaux distincts en Afrique de l’Ouest ? C’est la question que pose Sakiko Nakao, historienne à l’Université Chuo (Japon) et formée à l’EHESS, dans ce livre issu de sa thèse de doctorat. Elle compare trois trajectoires de décolonisation — le Sénégal, la Haute-Volta (futur Burkina Faso) et le Ghana — et franchit la frontière habituellement étanche entre les historiographies des empires français et britannique.

Par une approche d’histoire croisée, Nakao montre que le sentiment d’appartenance à l’« Afrique » ne s’est pas diffusé de la même manière dans les trois pays. Au Sénégal, ce sentiment s’articule à l’héritage de la négritude — le mouvement intellectuel porté par Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire pour revaloriser les cultures noires — et au cadre fédéral de l’AOF (l’Afrique-Occidentale française, qui regroupe alors huit colonies). En Haute-Volta, il se confronte à des appartenances ethniques et régionales fortes. Au Ghana, il se confond avec le projet politique de Nkrumah. L’ouvrage retrace les congrès panafricains (Manchester en 1945, Kumasi en 1953), les conférences fondatrices du RDA (le Rassemblement démocratique africain, premier grand parti politique interterritorial de l’Afrique française) et les négociations au sein des empires, pour montrer comment ces moments de convergence ont paradoxalement accéléré la formation de cadres nationaux séparés.

La plupart des bouquins consacrés au panafricanisme se concentrent sur ses figures atlantiques et afro-américaines — W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey, George Padmore. Nakao déplace le regard vers le continent lui-même et vers la manière dont des acteurs locaux se sont emparés de l’idée d’unité africaine, parfois pour la mettre au service de projets nationaux très différents les uns des autres. Ce changement de focale intéressera aussi bien les spécialistes que les lecteur·ice·s soucieux·ses de comprendre les racines historiques des débats souverainistes qui traversent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest.


7. Ghana, une révolution de bon sens : économie politique d’un ajustement structurel (Christian Chavagneux, 1997)

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Christian Chavagneux propose ici l’une des rares études approfondies en langue française consacrées aux transformations économiques et politiques du Ghana sous Jerry Rawlings. Le livre retrace la trajectoire du pays depuis les années 1950 : la prospérité cacaoyère de l’ère Nkrumah, puis l’effondrement des années 1970, provoqué par la chute des cours mondiaux du cacao, la corruption généralisée, la fuite des capitaux et une succession de régimes militaires incapables de redresser l’économie. C’est dans ce contexte de quasi-faillite que Rawlings, arrivé deux fois au pouvoir par la force (1979, 1981), engage à partir de 1983 une profonde réforme structurelle en accord avec le FMI et la Banque mondiale : libéralisation des prix, privatisations, dévaluation de la monnaie, réduction des dépenses publiques.

L’originalité de l’ouvrage tient à son refus de l’explication univoque. Chavagneux ne se contente pas d’analyser l’ajustement sous l’angle technique des prescriptions internationales : il examine les facteurs politiques internes qui ont permis au programme d’être appliqué sans contestation majeure de la population — ce qui constitue une exception dans l’Afrique des années 1980, où les plans d’ajustement déclenchent partout des « émeutes de la faim ». La lutte contre la corruption, la décentralisation administrative, la longue transition vers le multipartisme entre 1987 et 1992, l’élection de Rawlings au suffrage universel en 1992 : l’auteur traite ces questions ensemble, sans les isoler les unes des autres. Il qualifie l’expérience ghanéenne non pas d’exemplaire, mais d’exceptionnelle — une nuance qui tranche avec les discours laudatifs alors en vogue sur les « bons élèves » de l’ajustement.

Le livre reste, près de trente ans après sa parution, une référence pour qui veut comprendre comment le Ghana est passé de la banqueroute au redressement, et pour interroger plus largement ce que les programmes d’ajustement structurel ont réellement changé en Afrique subsaharienne.


8. Ghana : les chemins de la démocratie (Pierre Cappelaere, 2007)

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Diplomate de carrière et spécialiste du développement, Pierre Cappelaere a vécu au Ghana entre 2005 et 2007. Son livre couvre un demi-siècle d’histoire politique, de l’indépendance à la présidence de John Kufuor (2001-2009), et cherche à comprendre comment un pays meurtri par les coups d’État, la corruption et les dérives autoritaires a pu construire une démocratie fonctionnelle.

Cappelaere décrit un itinéraire sinueux : les années d’espoir et de grands projets sous Nkrumah, la chute dans le népotisme et la mauvaise gouvernance après son renversement, les années de la « révolution morale » de Rawlings — mélange de populisme, de répression et de réformes —, puis la stabilisation démocratique à partir de 2000. Le livre s’intéresse aux institutions et aux contrepouvoirs qui soutiennent désormais le régime : presse indépendante, associations civiles actives, Commission électorale crédible, chefferies traditionnelles qui conservent une autorité locale forte. Mais il n’élude pas les fragilités persistantes, notamment le clientélisme politique et les inégalités entre le Sud côtier, plus développé, et le Nord rural.

Ce bouquin s’adresse à un public large — voyageur·euse·s, étudiant·e·s, professionnel·le·s du développement — et fonctionne comme une introduction accessible au Ghana contemporain. Nourri par l’observation directe et par de nombreux échanges avec des acteurs ghanéens — journalistes, chefs traditionnels, fermiers, députés —, il dresse le portrait d’un pays dont l’expérience démocratique mérite d’être connue bien davantage qu’elle ne l’est en France.