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Que lire sur l'histoire du Burkina Faso ?

Que lire sur l’histoire du Burkina Faso ?

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Enclavé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, sans accès à la mer, le Burkina Faso est souvent réduit, dans l’actualité, à sa crise sécuritaire ou à ses indicateurs de pauvreté. C’est ignorer une histoire longue de plusieurs siècles. Bien avant la colonisation, des royaumes mossi s’établissent sur le territoire, fondés vers la fin du XVe siècle par des groupes de cavaliers venus du sud. Ces royaumes — dont ceux de Ouagadougou et du Yatenga sont les plus étendus — se dotent de cours royales, d’une noblesse héréditaire et d’un système de commandement territorial qui leur permet de perdurer pendant quatre siècles.

À la fin du XIXe siècle, Français, Britanniques et Allemands se disputent cette zone stratégique située entre le Sahel et les forêts du golfe de Guinée. La France l’emporte : entre 1895 et 1897, ses colonnes militaires soumettent les royaumes mossi et les peuples de l’Ouest et de l’Est. En 1919, l’administration coloniale crée la colonie de Haute-Volta. Mais en 1932, la France la démantèle et répartit ses provinces entre la Côte d’Ivoire, le Soudan français (actuel Mali) et le Niger : l’objectif est de fournir aux plantations ivoiriennes de cacao et de café la main-d’œuvre voltaïque, réputée abondante et docile. Il faut attendre 1947, et la mobilisation des chefs coutumiers et des élites politiques locales, pour que la Haute-Volta soit reconstituée.

L’indépendance, obtenue en 1960, ouvre une période d’instabilité : le premier président, Maurice Yaméogo, est renversé dès 1966, et les coups d’État se succèdent. Le 4 août 1983, le capitaine Thomas Sankara prend le pouvoir et lance un programme de rupture : campagnes de vaccination et d’alphabétisation à grande échelle, réforme agraire, lutte contre la corruption, émancipation des femmes. Il rebaptise le pays « Burkina Faso » — la « patrie des hommes intègres ». Le 15 octobre 1987, il est assassiné lors d’un putsch orchestré par son compagnon d’armes Blaise Compaoré, qui dirige ensuite le pays pendant vingt-sept ans. L’insurrection populaire de 2014 chasse Compaoré, mais deux coups d’État militaires en 2022 replongent le pays dans l’incertitude, sur fond de crise sécuritaire liée aux groupes djihadistes dans le nord et l’est du territoire.

Les huit ouvrages présentés ici couvrent l’ensemble de cette trajectoire, de la fondation des premiers royaumes précoloniaux jusqu’à la période contemporaine.


1. Moogo. L’émergence d’un espace étatique ouest-africain au XVIe siècle (Michel Izard, 2003)

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Ce livre de l’anthropologue Michel Izard (Karthala) couronne plus de quatre décennies de recherche de terrain dans la région de Ouahigouya, au nord du Burkina Faso. L’ouvrage se consacre au Moogo — terme qui désigne, en langue moore, l’ensemble de l’espace politique des Moose (ou Mossi), situé entre les zones arides du Sahel au nord et les savanes soudaniennes au sud. À la veille de la conquête coloniale française, le Moogo regroupait une vingtaine de formations politiques indépendantes dominées par une aristocratie de chefs. Izard retrace la genèse de ces royaumes à partir d’un travail méticuleux de collecte et de recoupement des traditions orales, en particulier celles des cours de Ouagadougou (Moogo Naaba) et du Yatenga (Yatenga Naaba). Il parvient ainsi à établir une chronologie fiable, désormais largement acceptée par les spécialistes, qui situe l’apparition des premiers commandements mossi à l’articulation des XVe et XVIe siècles.

Le livre est à la fois un bilan des travaux sur l’essor du Moogo et une étude d’anthropologie historique sur la formation de l’État en Afrique. Izard y interroge le rapport singulier qu’entretiennent les Moose avec le pouvoir — le naam, ce « pouvoir de commander d’autres hommes ». Un proverbe mossi résume cette disposition : « Lorsque deux Moose tombent dans un puits, l’un d’eux est un chef. » Izard montre que les Moose constituent ce qu’il appelle une « société pour l’État » — c’est-à-dire une société où la centralisation politique n’est pas subie mais recherchée — à l’inverse des sociétés amérindiennes étudiées par l’anthropologue Pierre Clastres dans La Société contre l’État (1974), où les groupes humains s’organisent précisément pour empêcher l’émergence d’un pouvoir coercitif. Ce cadre théorique donne au livre une portée qui dépasse le seul cas mossi : pourquoi certaines sociétés africaines ont-elles produit des États centralisés quand d’autres les ont refusés ? Quel rôle jouent les structures de parenté, les conquêtes militaires et les cultures politiques locales dans cette différenciation ? Ces interrogations, qu’Izard formule à partir du terrain mossi, se posent pour l’ensemble de l’Afrique précoloniale.


2. Peuples voltaïques et conquête coloniale, 1885-1914 : Burkina Faso (Jeanne-Marie Kambou-Ferrand, 1993)

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Publié chez L’Harmattan avec une préface de l’historien Joseph Ki-Zerbo, cet ouvrage constitue la première synthèse historique consacrée à la conquête coloniale dans les pays voltaïques. Jeanne-Marie Kambou-Ferrand, historienne originaire du Burkina Faso et chercheuse formée à l’Université Paris I Sorbonne, retrace la pénétration européenne sur trois décennies, de 1885 à 1914. Le point de départ est la conférence de Berlin (1884-1885), au cours de laquelle les puissances européennes fixent les règles du partage de l’Afrique ; s’ensuit une « course au clocher » pour occuper l’espace voltaïque, où Français, Britanniques (depuis la Gold Coast, actuel Ghana) et Allemands (depuis le Togoland, actuel Togo) envoient des missions concurrentes. Le livre repose sur une documentation d’archives fouillée et suit le fil chronologique : progression des colonnes militaires, conquête armée, conventions de partage territorial et mise en place du système administratif colonial.

L’un des apports majeurs de l’ouvrage est l’analyse des résistances opposées par les populations voltaïques. Kambou-Ferrand montre que ces résistances ne furent ni uniformes ni passives : elles varièrent selon les peuples et selon les formes d’organisation politique propres à chacun. Les Mossi du royaume de Ouagadougou, dotés d’un pouvoir central fort, n’ont pas réagi de la même manière que les Lobi de l’Ouest, organisés en sociétés segmentaires sans autorité centralisée, ou que les Gourmantché de l’Est. Le livre rend ainsi compte de la diversité des réponses africaines à l’agression coloniale, et permet de comprendre pourquoi certaines régions furent soumises rapidement tandis que d’autres résistèrent pendant des années.


3. Histoire de la Haute-Volta de 1897 à 1947 : création, dislocation et reconstitution (Magloire Somé, Yacouba Banhoro, dirs., 2024)

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En mars 2019, à l’occasion du centenaire de la création de la Haute-Volta, un colloque s’est tenu à Ouagadougou. Ce volume de 602 pages, paru chez Hémisphères/Maisonneuve & Larose en 2024, en rassemble les actes. Codirigé par deux historiens de l’Université Joseph-Ki-Zerbo — Magloire Somé, professeur d’histoire contemporaine, et Yacouba Banhoro, maître de conférences —, il réunit vingt-huit contributions qui éclairent un demi-siècle d’histoire territoriale. L’ensemble s’organise autour de trois séquences décisives : la création de la colonie de Haute-Volta en 1919 au sein de l’Afrique-Occidentale française (AOF, la fédération qui regroupait les huit colonies françaises de la région), son démembrement en 1932 au profit de la Côte d’Ivoire, du Soudan français et du Niger, puis sa reconstitution en 1947.

L’ouvrage explique les raisons de ces redécoupages successifs. Plusieurs chapitres reviennent sur les résistances armées de 1913-1916 dans la Boucle de la Volta noire (actuel Mouhoun) — souvent qualifiées de simples « révoltes » par l’historiographie coloniale, mais qui furent de véritables guerres, durement réprimées, et qui contribuèrent paradoxalement à convaincre Paris de créer une colonie distincte pour mieux contrôler la zone. D’autres contributions analysent le régime de l’indigénat — cet ensemble de mesures punitives (amendes, emprisonnement, travail forcé) que l’administration coloniale pouvait infliger aux colonisés sans passer par un tribunal — et le plan Sarraut (1921), un programme de mise en valeur économique des colonies qui, dans le cas voltaïque, se traduisit par le recrutement massif de travailleurs forcés pour les chantiers ferroviaires et les plantations de Côte d’Ivoire. Le livre montre comment la carte de la Haute-Volta a été redessinée à plusieurs reprises selon les besoins économiques et administratifs de la métropole, et non selon les réalités des populations qui y vivaient.


4. Manger le pouvoir au Burkina Faso : la noblesse mossi à l’épreuve de l’histoire (Benoît Beucher, 2017)

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Issu d’une thèse soutenue à l’Université Paris-Sorbonne, ce livre publié chez Karthala propose l’une des premières histoires synthétiques des royaumes du Moogo sur la longue durée — de la fin du XVe siècle à la chute de Blaise Compaoré en 2014. Benoît Beucher, docteur en histoire et en science politique, membre de l’Institut des Mondes africains (IMAF), s’appuie sur une collecte considérable de sources écrites, audiovisuelles et orales, fruit d’une quinzaine d’années de recherche au Burkina Faso. Le titre renvoie à une expression mossi qui désigne l’exercice du pouvoir : « manger le pouvoir » (naam rɩgbo), c’est l’incorporer, le faire sien. L’enquête part d’une question simple : comment les nobles mossi, les naaba, qui exercent le pouvoir depuis cinq siècles, ont-ils survécu à tous les bouleversements qu’a connus leur territoire ?

La réponse de Beucher est que ni l’expansion de l’islam, ni la colonisation française, ni les deux guerres mondiales, ni l’indépendance, ni les coups d’État successifs n’ont fait disparaître les royautés mossi. Elles coexistent encore aujourd’hui avec la République. Mais cette permanence n’est pas de l’immobilisme : les naaba se sont adaptés — ils ont tantôt collaboré avec le colonisateur, tantôt résisté, tantôt investi la politique moderne. Beucher invite à cesser de voir dans cette coexistence entre monarchie et république une anomalie propre à l’Afrique. Il montre plutôt que cette situation est le produit d’une longue série d’interactions entre pouvoirs africains et européens : les Français ont utilisé les chefs mossi pour administrer la colonie, ce qui a renforcé leur autorité ; après l’indépendance, les présidents successifs ont cherché l’appui du Mogho Naaba pour asseoir leur légitimité ; même Sankara, qui a combattu la chefferie, n’a pas réussi à l’abolir. Le livre intéressera autant les spécialistes du Burkina Faso que celles et ceux qui s’interrogent sur la persistance des pouvoirs traditionnels dans les États africains contemporains.


5. Histoire politique du Burkina Faso, 1919-2000 (Roger Bila Kaboré, 2002)

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Cette somme de 668 pages (L’Harmattan) retrace quatre-vingts ans de vie politique, depuis la naissance de la Haute-Volta comme colonie en 1919 jusqu’à l’an 2000. Agronome et docteur en économie, Roger Bila Kaboré fait ici un travail d’historien : il reconstitue la succession des régimes, des acteurs et des crises qui ont façonné le pays. Le livre fait défiler les figures centrales de la scène politique nationale : le Mogho Naaba Koom II, qui milite pour la reconstitution du territoire voltaïque après le démembrement de 1932 ; Daniel Ouezzin Coulibaly, député et figure du combat anticolonial au sein du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) ; Maurice Yaméogo, premier président de la République, renversé par un soulèvement populaire en 1966 ; Thomas Sankara et la révolution d’août 1983 ; Blaise Compaoré et la « rectification » qui s’ensuit.

L’ouvrage se veut avant tout une chronique à vocation documentaire. Il contient en annexe les textes des cinq constitutions du pays ainsi que les listes de toutes les équipes gouvernementales de 1958 à 2000 — un appareil de référence qui permet de vérifier rapidement qui occupait quel poste à quelle date. Le livre ne prétend pas offrir une interprétation théorique de l’histoire burkinabè, mais il met à disposition un récit continu et structuré des événements, ce qui en fait un outil commode pour situer les épisodes que les ouvrages plus spécialisés traitent en profondeur.


6. Burkina Faso – Les années Sankara. De la révolution à la rectification (Bruno Jaffré, 1989)

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Publié chez L’Harmattan deux ans seulement après l’assassinat de Thomas Sankara, ce livre est considéré, par la critique africaniste de l’époque, comme le bilan le plus complet de la révolution sankariste. Mathématicien de formation, Bruno Jaffré a effectué de nombreux séjours au Burkina Faso à partir de 1983 et travaillait à Ouagadougou lors du coup d’État du 15 octobre 1987. Il propose une reconstitution des quatre années de pouvoir du Conseil national de la Révolution (CNR, 1983-1987) qui alterne séquences de reportage — impressions de voyage, conversations de rue, scènes de la vie quotidienne — et analyses de fond.

La valeur du livre tient à la diversité des matériaux mobilisés : articles de presse locale et internationale, statistiques économiques, rapports officiels, discours de Sankara et confidences des protagonistes. Jaffré restitue les réalisations du régime — vaccination de 2,5 millions d’enfants en quelques semaines, construction de logements, redistribution des terres — mais ne passe pas sous silence les dérives : les Comités de défense de la Révolution (CDR), censés relayer le pouvoir dans les quartiers et les villages, se transforment progressivement en instruments de contrôle et d’intimidation ; les tensions s’aggravent entre Sankara et Compaoré ; le régime s’isole. Le livre s’achève par un examen minutieux des circonstances du putsch et de la mort de Sankara, puis de la « rectification » — le nom que Compaoré donne à son propre régime, qui conserve un vocabulaire révolutionnaire mais en vide le contenu.


7. Burkina Faso : cent ans d’histoire, 1895-1995 (Yénouyaba Georges Madiéga, Oumarou Nao, dirs., 2003)

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Parus chez Karthala en deux tomes qui totalisent 2 206 pages, ces volumes rassemblent les actes du premier colloque international consacré à l’histoire du Burkina Faso, organisé en 1996 par le Département d’Histoire et Archéologie de l’Université de Ouagadougou. Dirigés par deux enseignants-chercheurs de cette même université, Yénouyaba Georges Madiéga et Oumarou Nao, ils réunissent une centaine d’articles signés par des chercheurs burkinabè, africains, européens et américains, venus de l’histoire, de l’archéologie, de l’anthropologie, de la linguistique et des sciences politiques.

L’ambition est encyclopédique : il s’agit de dresser un bilan des recherches sur l’histoire du Burkina Faso sur un siècle entier, de la conquête française (1895) aux premières années du régime Compaoré (1995). Les contributions couvrent des thèmes aussi divers que la méthodologie des sources orales, les résistances à la colonisation, l’histoire des chefferies, l’évolution des langues, les mutations économiques ou les transformations artistiques. La lecture intégrale des deux tomes n’est pas nécessaire : le recueil se prête bien à une consultation par sujet, et sa table des matières permet de repérer les articles pertinents. Pour qui travaille sur un aspect précis de l’histoire burkinabè — qu’il s’agisse des Lobi, du Yatenga, de l’islam ou du syndicalisme —, ces deux volumes restent, plus de vingt ans après leur parution, la référence la plus complète disponible.


8. Le Burkina Faso (Frédéric Lejeal, 2002)

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Seul ouvrage de cette sélection à embrasser tous les aspects du pays en un seul livre — histoire, politique intérieure et étrangère, économie, société, culture —, cette monographie de 335 pages est publiée chez Karthala dans la collection « Méridiens ». Politologue, collaborateur de Jeune Afrique et journaliste à Marchés Tropicaux et méditerranéens, Frédéric Lejeal a vécu plusieurs années au Burkina Faso. Son livre s’adresse à celles et ceux qui cherchent une vue d’ensemble sans vouloir se plonger d’emblée dans un ouvrage spécialisé.

La première partie retrace l’histoire du pays, de la période précoloniale à la présidence Compaoré. La suite aborde la politique étrangère — un sujet rarement traité dans les autres ouvrages de cette sélection, et qui éclaire un paradoxe : malgré ses faibles ressources, le Burkina Faso a joué un rôle actif dans les crises sous-régionales (comme médiateur ou comme partie prenante au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire) et dans les organisations ouest-africaines. Lejeal consacre également des pages aux réalités économiques du pays (coton, mines d’or, dépendance à l’aide internationale) et au patrimoine culturel d’une nation forte d’une soixantaine d’ethnies. Le FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), plus ancien festival de cinéma du continent africain, en est l’expression la plus visible. Si vous ne devez lire qu’un seul bouquin pour avoir une première vision cohérente du Burkina Faso, c’est probablement celui-ci — à charge pour vous, ensuite, d’aller vers les titres plus spécialisés de cette sélection.