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Que lire sur la bataille de Waterloo ?

Que lire sur la bataille de Waterloo ?

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Le 18 juin 1815, sur un plateau du Brabant wallon, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles, près de 200 000 hommes s’affrontent dans un champ clos de quatre kilomètres sur quatre. D’un côté, l’armée française de Napoléon, qui a débarqué trois mois plus tôt sur la côte provençale avec un millier d’hommes et reconquis la France entière sans tirer un coup de feu — le roi Louis XVIII a préféré fuir plutôt que de combattre. De l’autre, l’armée anglo-alliée du duc de Wellington — Britanniques, Hanovriens, Nassauviens et Néerlandais réunis sous un même commandement — et l’armée prussienne du maréchal Blücher, vieux briscard de 72 ans que rien ne semble pouvoir arrêter.

Les deux jours précédents, Napoléon a battu les Prussiens à Ligny et tenu en respect les Anglo-alliés aux Quatre-Bras. Tout est encore possible. Mais la journée du 18 juin est un enchainement d’erreurs, retards et malentendus. Les charges de cavalerie de Ney se brisent contre les carrés d’infanterie britannique — ces formations défensives au seins desquelles les fantassins se regroupent en rectangle, baïonnettes pointées vers l’extérieur, que la cavalerie ne parvient pas à enfoncer. Grouchy, envoyé avec 33 000 hommes pour empêcher les Prussiens vaincus à Ligny de rejoindre Wellington, échoue dans sa mission : Blücher lui échappe et fond sur le flanc droit de Napoléon en fin d’après-midi. Et quand, vers sept heures du soir, la Vieille Garde — l’élite de l’armée impériale, ces vétérans qui n’avaient jamais reculé en vingt ans de guerres — est repoussée par les lignes anglo-alliées, la panique prend le dessus et l’armée française se désintègre.

Le lendemain, 50 000 hommes gisent sur la plaine — morts, blessés ou mourants. Napoléon abdique quatre jours plus tard. Signé en novembre, le second traité de Paris impose à la France des conditions plus dures que celles de 1814 : elle perd plusieurs places fortes frontalières, doit verser 700 millions de francs d’indemnités et supporter une occupation militaire de trois à cinq ans. L’Europe redessinée par le congrès de Vienne connaît ensuite quatre décennies sans conflit majeur entre grandes puissances.

Deux siècles ont passé, et la bataille de Waterloo continue d’alimenter les polémiques. Les livres sur le sujet se comptent par centaines, dans toutes les langues, avec des angles aussi divers que les nationalités qui s’y sont affrontées. Victor Hugo en a fait un morceau de bravoure dans Les Misérables, Stendhal y a plongé Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme — sans que celui-ci comprenne quoi que ce soit à ce qu’il voit —, et les historiens, du XIXe siècle à nos jours, n’ont jamais cessé de se quereller sur ses causes, son déroulement et ses responsables. Voici neuf ouvrages pour entrer dans le sujet, le creuser, ou le remettre en question.


1. Waterloo : 18 juin 1815, l’effroyable bataille (Alessandro Barbero, 2005)

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Alessandro Barbero, médiéviste italien de l’université du Piémont-Oriental de Vercelli, n’est pas un spécialiste attitré de Napoléon — et c’est peut-être ce qui fait la force de son livre. Son regard sur la bataille de Waterloo est celui d’un historien sans préférence nationale, ce qui est assez rare dans un domaine où Français, Britanniques et Prussiens se disputent la vérité depuis deux siècles. Barbero reconstitue la journée heure par heure, mais avec un parti pris : il feint de ne pas connaître l’issue de la bataille. Plutôt que de distribuer les responsabilités après coup, comme le font la plupart des historiens, il restitue l’incertitude dans laquelle se trouvent les protagonistes eux-mêmes — et le lecteur·ice avec eux.

Le livre s’appuie sur une masse considérable de témoignages de première main — lettres, mémoires, rapports — issus des trois camps. On y croise un vieux prince prussien qui confesse pudiquement « puer un peu », des soldats irlandais qui traquent l’eau-de-vie avant de s’endormir dans la boue, des officiers qui ne savent pas exactement où se trouvent leurs propres troupes. Ce regard à hauteur d’homme, loin des cartes d’état-major, donne au livre son caractère unique : on ne survole pas la bataille, on la subit avec ceux qui y étaient. Le livre n’est pas sans angles morts : la revue Annales historiques de la Révolution française a reproché à Barbero de se concentrer trop exclusivement sur la seule journée du 18 juin, sans accorder suffisamment de place aux trois jours précédents — Ligny, les Quatre-Bras — qui conditionnent pourtant toute la situation stratégique. Le reproche est fondé, mais le livre reste l’un des meilleurs points d’entrée dans le sujet pour quiconque n’a jamais ouvert un ouvrage sur Waterloo.


2. La Bataille de Waterloo (Jean-Claude Damamme, 1999)

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Ex journaliste à Paris Match et représentant en France de la Société Napoléonienne Internationale de Montréal, Jean-Claude Damamme ne cache pas sa sympathie pour le camp français — et c’est un euphémisme. Son livre retrace la campagne de 1815 à travers les témoignages de combattants des deux camps, mais aussi de médecins, de cantinières et de villageois belges pris dans la tourmente. On suit Napoléon depuis son départ de l’Élysée jusqu’à son embarquement pour Sainte-Hélène, et les anonymes du champ de bataille occupent autant de place que les généraux.

La thèse de Damamme est assez claire : la défaite de Waterloo résulte d’une cascade de trahisons et de défaillances humaines, et non d’une supériorité militaire de la coalition sur le terrain ce jour-là. L’auteur insiste sur le fait qu’à six heures du soir, les Anglais étaient sur le point de céder — et que seule l’arrivée des Prussiens de Blücher a scellé le sort de la bataille. Certains lecteurs ont relevé que Damamme, par admiration pour Napoléon, distribue les blâmes à tout le monde — Ney, Grouchy, Soult, Wellington — sauf à l’Empereur lui-même. D’autres ont pointé une anglophobie à peine voilée. Le livre reste néanmoins un récit solide et abondamment documenté, à recommander aux passionnés de la période impériale qui ne cherchent pas la neutralité à tout prix.


3. Waterloo : 1815 (Thierry Lentz, 2015)

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Directeur de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz est l’un des meilleurs connaisseurs actuels de l’époque impériale — auteur, entre autres, d’une Nouvelle histoire du Premier Empire en quatre volumes. Son Waterloo est paru pour le bicentenaire de la bataille, et il a fait le choix d’un ouvrage synthétique, pédagogique et abondamment illustré, avec une centaine de gravures, de cartes et de photographies.

En dix-huit chapitres, Lentz revient sur la genèse de la campagne, son déroulement et ses conséquences, avec une attention particulière à une dimension que les récits strictement militaires ont tendance à négliger : le contexte politique et diplomatique. Car Waterloo n’est pas seulement un affrontement militaire, c’est le pari d’un homme qui, au retour de l’île d’Elbe, tente de frapper un coup décisif pour refonder son pouvoir et forcer les alliés à négocier. Lentz montre aussi l’inanité des éternels débats sur la « faute de Grouchy » (aurait-il dû marcher au canon plutôt que de poursuivre les Prussiens vers Wavre ?) ou « l’incapacité de Ney » (a-t-il lancé la cavalerie trop tôt, sans soutien d’infanterie ?) — des querelles qui, selon lui, occultent la cause principale de la défaite : le rapport de forces écrasant auquel Napoléon faisait face à l’échelle européenne, avec plus de 800 000 soldats coalisés en marche vers la France. Quelques lecteurs ont regretté que les illustrations occupent une place presque trop généreuse au détriment du texte — mais c’est aussi ce qui rend l’ouvrage accessible à un public qui n’a pas envie de se perdre dans cinq cents pages de mouvements de régiments.


4. 1815 : Waterloo (Henry Houssaye, 1899)

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Publié à la fin du XIXe siècle, le Waterloo d’Henry Houssaye est le grand classique de l’historiographie napoléonienne sur le sujet — un de ces livres que tout spécialiste a lu et que tout néophyte devrait au moins connaître de réputation. Membre de l’Académie française, Houssaye a consacré plusieurs volumes à l’année 1815, dont celui-ci constitue le sommet. L’ouvrage a connu un succès immédiat — vingt-six éditions revues du vivant de l’auteur — et reste, plus d’un siècle après sa parution, une référence incontournable.

Houssaye reconstitue la campagne minute par minute, avec une accumulation de faits et d’anecdotes qui donne le vertige : plans de campagne, effectifs, correspondances, ordres et contre-ordres — il semble que pas un incident ne lui ait échappé. Mais ce qui fait le sel de ce livre, c’est que Houssaye n’est pas un simple compilateur : il porte des jugements, critique les décisions de Napoléon quand il les estime mal fondées, et n’hésite pas à souligner les erreurs d’exécution qui ont conduit au désastre — chose peu courante chez un historien français de la fin du XIXe siècle, époque où le culte napoléonien battait son plein. Le livre est évidemment daté : certaines erreurs factuelles ont été corrigées depuis, et le vocabulaire porte la marque de son temps. Vous le trouverez en réédition ou en accès libre sur Gallica, ce qui ne gâche rien.


5. Waterloo, la campagne de 1815 (Jacques Logie, 2003)

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Jacques Logie est l’un de ces historiens dont la biographie semble taillée pour le sujet : docteur ès lettres de la Sorbonne, magistrat, ancien échevin (l’équivalent belge d’un adjoint au maire) de Plancenoit — oui, Plancenoit, ce village situé en plein cœur du champ de bataille où les Prussiens ont livré un combat féroce le 18 juin — et président du Comité pour l’Étude historique de la bataille de Waterloo. Il est mort en 2007 dans sa demeure de Plancenoit, à quelques centaines de mètres de l’endroit où Blücher a enfoncé le flanc droit de Napoléon.

Ce livre, réédité en 2014 pour le bicentenaire, replace la bataille dans son contexte géopolitique européen avec une rigueur et un sens de la synthèse salués par Jean Tulard, l’un des plus grands spécialistes français de Napoléon. Logie ne se contente pas de raconter la journée du 18 juin : il couvre l’ensemble de la campagne de Belgique, des Quatre-Bras à Wavre, et consacre un chapitre précieux aux controverses historiographiques qui ont alimenté deux siècles de polémiques — qui est responsable de la défaite ? Napoléon a-t-il été trahi par ses lieutenants ou vaincu par ses propres erreurs ? Historien belge, il apporte un regard qui sort de l’axe franco-britannique habituel et accorde une place bienvenue au rôle souvent sous-estimé des troupes néerlandaises. Un ouvrage fiable et bien construit, idéal pour qui cherche à comprendre la campagne dans son ensemble plutôt que la seule bataille.


6. Waterloo : Chroniques d’une bataille légendaire (Bernard Cornwell, 2015)

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Bernard Cornwell est d’abord connu comme l’auteur de la saga Sharpe, best-seller mondial qui suit les aventures d’un officier britannique pendant les guerres napoléoniennes (et qui a donné lieu à une série télévisée avec Sean Bean dans le rôle-titre). Ancien professeur d’histoire à l’université de Londres, puis journaliste à la BBC, Cornwell sait rendre l’histoire accessible sans la simplifier. Ce Waterloo est son premier ouvrage de non-fiction, et George R.R. Martin — l’auteur du Trône de fer — l’a qualifié de « meilleur récit de batailles qu’il ait jamais lu ». Rien que ça.

Le livre couvre les quatre jours qui précèdent la bataille (du 15 au 18 juin), puis la journée elle-même, heure par heure, cartes à l’appui. Cornwell alterne les points de vue — celui du stratège (Napoléon, Wellington) et celui des soldats et officiers ordinaires — à partir de lettres et de journaux intimes. Il n’est pas tendre avec l’empereur : il pointe son excès de confiance, les défaillances de communication avec ses généraux et l’insuffisance tactique de Ney, mais rend aussi hommage au sang-froid de Wellington. Certains lecteurs français ont trouvé que le regard restait un peu trop britannique — Cornwell a parfois tendance à élever Wellington au rang de super-général. Mais le livre a le mérite de remettre les Prussiens à leur juste place dans l’issue de la bataille, et de rappeler quelques vérités que Victor Hugo avait allègrement déformées dans Les Misérables — notamment sur le fameux « mot de Cambronne » (ce général de la Garde aurait répondu « Merde ! » à une sommation de se rendre ; la scène est probablement apocryphe, mais Hugo en a fait un monument littéraire) et sur le rôle réel de la Garde impériale dans les dernières heures du combat.


7. Napoléon à Waterloo – Une histoire de mensonges (Bernard Coppens, 2021)

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Voilà un livre qui ne plaira pas à tout le monde — et c’est précisément ce qui le rend indispensable. Chercheur et illustrateur belge spécialisé dans la période 1789-1815, Bernard Coppens s’attaque frontalement au mythe du génie militaire infaillible de Napoléon. Sa thèse : l’Empereur a rédigé trois récits de la bataille de Waterloo — le bulletin de Laon, dicté deux jours après les faits, et deux mémoires dictés à Sainte-Hélène aux généraux Gourgaud et Bertrand. Or, depuis 1818, tous les historiens se fondent sur les récits de Sainte-Hélène, écrits à loisir après que Napoléon a pris connaissance des positions réelles de ses adversaires dans les publications anglaises. Autrement dit, Napoléon a réécrit la bataille telle qu’il aurait dû la mener, et il a rejeté la responsabilité du désastre sur Ney, Grouchy et le destin.

Coppens exerce une critique rigoureuse sur ces textes, les compare entre eux, et montre que c’est dans le tout premier — le bulletin de Laon, négligé par les historiens car jugé incohérent — que se niche la plus grande part de vérité. Il y révèle les erreurs majeures de Napoléon : une lecture fautive de la carte du terrain, l’absence de précautions sur ses flancs, la sous-estimation totale de la capacité des Prussiens à revenir après leur défaite de Ligny. Le réquisitoire est implacable. Il a été salué par plusieurs spécialistes, mais aussi critiqué pour son ton parfois trop « à charge » et pour l’absence d’une analyse équivalente des sources britanniques et prussiennes — car les vainqueurs aussi ont réécrit l’histoire à leur avantage. Quoi qu’il en soit, ce livre bouscule avec méthode deux siècles de mythologie napoléonienne — et il gagnerait à être lu en tandem avec un ouvrage plus favorable à l’Empereur, ne serait-ce que pour se forger sa propre opinion.


8. Journal de la campagne de Waterloo (Alexander Cavalié Mercer, 1870)

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On change ici radicalement de registre : ce n’est plus un historien qui parle, mais un acteur direct de la bataille. Le capitaine Mercer commandait la troupe G de la Royal Horse Artillery (artillerie à cheval), rattachée à la division de cavalerie de Lord Uxbridge. Son journal, rédigé au soir de chaque journée puis publié par son fils après sa mort en 1868, constitue l’un des témoignages les plus saisissants sur la campagne de 1815 vue du côté britannique.

La première partie, consacrée aux combats des Quatre-Bras et de Waterloo, relève de l’anthologie. Mercer note ce qu’il voit et ce qu’il entend avec une précision sensorielle rare : le fracas des canons, la terreur des chevaux, la boue, les blessés, un cochon égaré au milieu du champ de bataille. Il confesse ses erreurs logistiques, raconte sans fard la peur et la confusion, et — fait suffisamment rare chez un officier britannique de l’époque pour être signalé — se montre d’une impartialité notable à l’égard des combattants français, dont il reconnaît le courage sans condescendance. La seconde partie, plus méconnue, relate son voyage de Waterloo à Paris et offre un tableau piquant d’une France déchirée et de nouveau occupée.

Ce journal n’a évidemment pas la portée analytique d’un ouvrage d’historien : Mercer ne voit que ce qui se passe autour de sa batterie, et il le dit lui-même. Mais c’est justement cette limite qui en fait le prix — aucun historien, si rigoureux soit-il, ne peut rendre compte de ce que c’est que de charger ses canons sous la mitraille avec des chevaux qui hurlent et des hommes qui tombent à côté de vous.


9. Waterloo (18 juin 1815) : la double incertitude (Kees Schulten, 2009)

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Kees Schulten est un historien militaire néerlandais qui a dirigé le service historique de l’armée des Pays-Bas, présidé la Commission internationale d’Histoire militaire, et siégé à la Commission scientifique internationale du champ de bataille de Waterloo. Son parcours — à la fois universitaire et militaire — lui permet d’aborder le sujet avec les outils de l’analyse opérationnelle concrète : données tactiques, topographie du terrain, temps de transmission des ordres (souvent plusieurs heures entre l’envoi et la réception), vitesse réelle de déplacement des colonnes sur des chemins boueux, embouteillages aux passages obligés.

La thèse centrale du livre tient dans son titre : la « double incertitude ». Schulten démontre qu’aucune des deux parties ne connaissait véritablement les intentions de l’autre le matin du 18 juin. Napoléon ignorait que Blücher avait réussi à rallier ses troupes et marchait vers lui ; Wellington n’était pas certain que les Prussiens arriveraient à temps. La bataille ne ressemble donc en rien à une partie d’échecs où chacun verrait le jeu de l’autre — c’est un affrontement dans le brouillard, et ce brouillard n’est pas seulement dû à la fumée des canons. L’auteur met également en lumière le rôle trop souvent négligé de l’armée des Pays-Bas, qui a tenu des positions clés pendant la journée et dont la contribution est généralement éclipsée par les récits franco-britanniques. On lui a reproché de ne pas être toujours aussi novateur qu’annoncé sur les questions tactiques, mais la force de ce livre réside dans son point de vue extérieur — ni français, ni britannique — et dans son insistance sur un fait que les historiens de cabinet ont tendance à oublier : sur un champ de bataille, les commandants décident à l’aveugle.