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Que lire sur le maréchal Joffre ?

Que lire sur le maréchal Joffre ?

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Né à Rivesaltes en 1852, Joseph Joffre est le fils d’un tonnelier catalan. Polytechnicien, officier du génie, il participe à la défense de Paris pendant la guerre de 1870, puis connaît une longue carrière coloniale — du Tonkin à Tombouctou — aux côtés de figures comme Gallieni et Lyautey. En 1911, il accède à la fonction de chef d’état-major général de l’armée française et supervise l’élaboration du plan XVII, qui prévoit de lancer les armées françaises à l’offensive en Alsace et en Lorraine annexées. Lorsque la guerre éclate en août 1914, ce plan se heurte à la réalité : le gros des forces allemandes ne frappe pas de front, mais contourne les défenses françaises par la Belgique, conformément au plan Schlieffen. Les offensives françaises en Alsace-Lorraine échouent dans le sang, et les armées alliées se trouvent contraintes à la retraite. C’est alors que Joffre opère le redressement qui fonde sa légende : il constate que l’aile droite allemande, dans sa course vers Paris, a exposé son flanc — elle a bifurqué vers l’est de la capitale au lieu de la contourner par l’ouest —, et il ordonne la contre-attaque générale du 6 septembre 1914. La bataille de la Marne stoppe l’avance allemande et écarte la menace d’un effondrement rapide de la France.

Porté au pinacle, surnommé le « père Joffre », le généralissime fait l’objet d’un véritable culte populaire — bustes en plâtre, cartes postales patriotiques, enfants prénommés Joffrin ou Joffrette. Sa guerre, pourtant, s’enlise dans les tranchées. Pour tenter de rompre le front, Joffre adopte une stratégie qu’il nomme lui-même le « grignotage » : des attaques locales, répétées, censées user l’adversaire mètre par mètre. Les offensives de 1915 en Artois et en Champagne illustrent cruellement les limites de cette approche — des dizaines de milliers de morts pour des gains territoriaux dérisoires. En 1916, la situation devient intenable : à Verdun (de février à décembre), Joffre doit faire face à une offensive allemande massive qui saigne l’armée française ; sur la Somme (de juillet à novembre), l’offensive franco-britannique qu’il a lui-même planifiée ne parvient pas davantage à percer. En deux batailles, les pertes françaises se comptent en centaines de milliers d’hommes — sans que le front ait bougé de manière décisive. Les parlementaires, à qui l’ampleur des sacrifices devient insupportable, exigent un changement de commandement. Joffre est remplacé par Nivelle en décembre 1916, mais reçoit en contrepartie la dignité de maréchal de France — le premier depuis l’instauration de la IIIᵉ République en 1870. Envoyé aux États-Unis en 1917 pour convaincre le président Wilson de hâter l’envoi de troupes américaines, élu à l’Académie française en 1918, Joffre s’éteint en janvier 1931. Depuis, sa mémoire n’a cessé de s’éroder : tour à tour héros national, bouc émissaire des hécatombes, puis figure oubliée, il demeure l’un des chefs militaires les plus discutés de la Grande Guerre — vainqueur de la Marne et responsable du « grignotage », sauveur de la France et artisan de batailles meurtrières.

Voici les principaux livres qui lui sont consacrés.


1. Joffre (Rémy Porte, 2014)

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Historien et officier supérieur, Rémy Porte est l’un des meilleurs spécialistes français de la Première Guerre mondiale. Sa biographie, parue chez Perrin à l’occasion du centenaire de 1914, retrace l’intégralité de la carrière de Joffre — de sa formation sous le Second Empire à sa mort en 1931. Ni hagiographie ni réquisitoire : Porte s’appuie sur des sources d’une grande diversité (archives militaires, correspondances, presse d’époque) pour dresser un portrait équilibré du généralissime. Une question revient de bout en bout : comment un homme seul peut-il assumer la responsabilité de décisions dont dépend le sort d’un pays ?

L’un des apports majeurs de cette biographie tient à la contextualisation rigoureuse des choix stratégiques de Joffre. Porte restitue la complexité des débats d’avant-guerre — l’élaboration du plan XVII, la querelle sur le manque d’artillerie lourde face à l’Allemagne, le débat parlementaire sur la loi de trois ans de service militaire — sans jamais simplifier ni juger a posteriori. Il rappelle que Joffre, malgré ses erreurs, a su « tenir sa place aux moments les plus graves ». Et il formule une mise en garde qui traverse tout le récit : ceux qui n’ont pas eu à prendre les décisions les plus sévères se découvrent volontiers de nouvelles compétences une fois le danger passé. C’est la biographie de référence sur Joffre.


2. Joffre. Un maréchal en République (Alexandre Lafon, 2025)

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Agrégé et docteur en histoire contemporaine, chercheur associé à l’Université de Toulouse 2 – Jean Jaurès, conseiller de la Mission du centenaire de la Grande Guerre, Alexandre Lafon aborde Joffre sous un angle original : celui de la construction et de la dissolution d’une légende nationale. Spécialiste de la camaraderie au front (sujet de sa thèse soutenue en 2011), il opère ici un virage vers le genre biographique : il s’intéresse non seulement au parcours du militaire, mais surtout à la manière dont la IIIᵉ République a fabriqué le mythe Joffre — et à la façon dont ce mythe s’est défait.

La première partie retrace la carrière du maréchal — sa jeunesse catalane, ses campagnes coloniales, son accession au commandement suprême, la conduite de la guerre, puis sa mise à l’écart. Lafon reste volontairement synthétique sur ces aspects. C’est dans la troisième partie que réside la force du propos : l’historien y analyse, avec le recul d’une décennie après le centenaire de 14-18, comment la société française a peu à peu cessé de commémorer Joffre — abandon des cérémonies, effacement dans les programmes scolaires, désintérêt éditorial. Il rappelle qu’en 1970, des bustes en plastique du maréchal étaient encore distribués dans les stations-service Total ; un demi-siècle plus tard, Joffre a pratiquement disparu de la mémoire collective. Lafon s’arrête sur un épisode révélateur : en 2018, la tentative de rendre hommage aux huit maréchaux de la Grande Guerre lors des commémorations du centenaire de l’armistice s’est effondrée face à la controverse sur l’inclusion de Pétain — lequel avait aboli la République en 1940. Joffre s’est trouvé emporté dans ce naufrage mémoriel, alors même que rien dans son parcours ne justifie un tel amalgame. Lafon conclut que le maréchal mérite mieux « qu’un oubli mémoriel poli ».

Là où Porte retrace la carrière militaire, Lafon démonte les rouages d’un culte républicain et les raisons de son effacement — une perspective sans équivalent dans l’historiographie récente de la Grande Guerre.


3. Mémoires du maréchal Joffre : 1910-1917 (Joseph Joffre, 1932)

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Publiés à titre posthume chez Plon en 1932, un an après la mort du maréchal, ces deux volumes constituent la source primaire incontournable pour quiconque s’intéresse à Joffre. Ce n’est pas Joffre qui les a rédigés lui-même, mais un officier de son entourage, entre 1922 et 1928, d’après ses archives personnelles et sous son contrôle étroit — le maréchal a paraphé chacune des 1 218 pages de la dactylographie originale, et l’on sait qu’il en a durci certaines formules, notamment les critiques envers ses subordonnés. Les deux tomes couvrent la période qui va de sa prise de fonctions en 1910 à sa mission aux États-Unis en 1917. On y trouve principalement le récit de la conduite générale des opérations vu depuis le sommet : les rapports entre Joffre et le gouvernement français, la coordination avec les commandements alliés (britannique, belge, puis italien), les questions d’effectifs et d’armement, les décisions sur les « théâtres extérieurs » (Dardanelles, Salonique). Le détail des combats, en revanche, est traité avec discrétion. L’historien Pierre Renouvin estimait dès 1937 que ces mémoires, parce qu’ils citent documents d’époque, comptes rendus d’entretiens et données chiffrées, représentent pour l’histoire de la guerre « une contribution beaucoup plus importante que ceux du maréchal Foch ».

Il faut toutefois aborder ces pages avec un regard critique. La rédaction déléguée confère au texte un tour moins personnel que d’autres mémoires de guerre. Joffre y juge ses propres actes avec une bienveillance qu’il refuse à ses collaborateurs ; les épisodes les plus gênants sont passés sous silence — c’est le cas de l’ordre de brûler le contenu du coffre-fort du Grand Quartier Général (GQG, le centre de commandement de Joffre) au moment de la « bataille des frontières », c’est-à-dire la série de défaites subies par les armées françaises en août 1914 le long de la frontière franco-allemande et en Belgique. De même, les attaques locales, coûteuses et vaines, du début de 1915 sont à peine mentionnées, bien que Joffre reconnaisse lui-même leur échec total. Ces omissions ne disqualifient pas les Mémoires — elles les éclairent : la sélection des faits opérée par le maréchal révèle ce qu’il considérait comme défendable et ce qu’il préférait ne pas affronter.


4. Joffre (Arthur Conte, 1991)

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Journaliste, historien, député des Pyrénées-Orientales et président de l’ORTF (l’ancêtre de la télévision publique française), Arthur Conte est lui-même natif du Roussillon — comme Joffre —, une proximité qui nourrit chez l’auteur une empathie particulière pour le « tonnelier catalan devenu maréchal de France ». Paru chez Olivier Orban, ce bouquin de quelque 500 pages retrace la vie de Joffre, de sa jeunesse perpignanaise à ses funérailles nationales. Conte, qui a également écrit un Verdun remarqué, privilégie une approche narrative de l’histoire : il reconstitue les scènes, s’attache aux lieux, aux visages, au détail des journées décisives.

L’auteur ne dissimule pas sa volonté de réhabiliter le personnage. Contre la légende noire qui fait de Joffre un « fossoyeur » — celui qui aurait sacrifié ses soldats par incompétence face à la supériorité matérielle allemande —, Conte insiste sur le sang-froid et la lucidité d’un homme qui, au bord de la catastrophe en septembre 1914, a refusé de céder à la panique quand beaucoup autour de lui s’y abandonnaient. Conte évoque aussi son propre père, le sergent Pierre Conte du 253ᵉ régiment d’infanterie. La Grande Guerre reste, pour cette génération d’auteurs, une affaire de filiation autant que d’histoire — et ce parti pris affectif, assumé d’un bout à l’autre, donne au récit sa force comme sa limite.


5. Joffre. De la préparation de la guerre à la disgrâce, 1911-1916 (André Bourachot, 2010)

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Saint-cyrien, officier du génie comme Joffre, breveté de l’enseignement militaire supérieur, le général André Bourachot apporte dans cet essai publié chez Bernard Giovanangeli un regard de praticien sur la conduite du haut commandement. Le cadre chronologique est resserré : de la nomination de Joffre comme chef d’état-major général en 1911 à son éviction fin 1916. Grand connaisseur des archives militaires, l’auteur entend réévaluer les responsabilités du maréchal à la lumière du contexte de l’époque, sans projeter sur 1914 les certitudes rétrospectives du XXIᵉ siècle.

Les chapitres les plus solides portent sur les questions doctrinales et stratégiques d’avant-guerre. Bourachot consacre de longues pages à la « mystique de l’offensive », cette doctrine dominante dans l’armée française d’avant 1914 selon laquelle l’élan offensif et le courage des combattants devaient l’emporter sur la puissance de feu — une conviction qui a conduit à sous-estimer le rôle de l’artillerie lourde et des positions défensives. Il nuance au passage l’influence supposée du colonel de Grandmaison, un officier d’état-major souvent désigné comme le principal propagateur de cette doctrine du « tout à l’offensive ». Bourachot revient aussi sur le plan XVII ; il souligne un point souvent mal compris : ce plan n’organisait que la concentration des troupes — c’est-à-dire leur acheminement par rail et leur déploiement le long de la frontière au moment de la mobilisation —, et non la manière dont elles devaient combattre une fois le contact établi avec l’ennemi. Sur la bataille de la Marne et sur Verdun, Bourachot reconnaît sans fard la part de responsabilité de Joffre dans les désastres d’août 1914 — une responsabilité qu’il estime toutefois largement partagée avec le pouvoir civil et les échelons subordonnés.

On relèvera toutefois des limites : une structure thématique parfois digressive, des affirmations qui gagneraient à être davantage étayées, et un chapitre sur les « limogeages » (l’expression, entrée dans la langue courante, vient de Joffre lui-même : il renvoyait les généraux jugés défaillants à l’arrière, à Limoges) où l’auteur, par une sorte de solidarité d’armes, se refuse à nommer tous les officiers concernés.


6. La préparation de la guerre et la conduite des opérations, 1914-1915 (Joseph Joffre, préf. Vincent Majewski, 2009)

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Ce texte de Joffre, dont l’édition originale remonte à 1920, a été réédité en 2009 aux éditions Fiacre avec une préface de l’historien Vincent Majewski, spécialiste de la bataille de la Marne. Il s’agit d’un écrit antérieur aux Mémoires de 1932, et de nature différente : en moins de 200 pages, Joffre expose de manière condensée ses vues sur la préparation militaire d’avant-guerre et la conduite des premières opérations, de la mobilisation d’août 1914 à la contre-offensive de la Marne en septembre.

Ce texte vaut d’abord comme témoignage à chaud. En 1920, les grandes polémiques sur le commandement de Joffre — qui enfleront dans les années suivantes, nourries par les mémoires d’autres généraux et par les commissions d’enquête parlementaires — ne se sont pas encore cristallisées. Joffre y livre donc une version des faits moins défensive que dans ses Mémoires ultérieurs : il détaille l’évaluation des forces en présence, l’élaboration des plans de campagne, les ajustements des premières semaines de guerre et le renversement de la retraite en contre-offensive lors de la Marne.

La préface de Majewski replace ce texte de 1920 dans le contexte des connaissances historiques actuelles sur le conflit. La comparaison avec les Mémoires de 1932, plus défensifs et plus sélectifs, fait ressortir ce que douze années de polémiques ont changé dans la manière dont Joffre se racontait.