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Que lire sur Erwin Rommel ?

Que lire sur Erwin Rommel ?

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Né en 1891 à Heidenheim, dans le Wurtemberg, Erwin Rommel ne vient ni d’une famille de militaires ni de l’aristocratie prussienne qui domine alors le corps des officiers allemands. Durant la Première Guerre mondiale, il sert d’abord sur le front français — en Lorraine, puis dans les forêts d’Argonne — avant de rejoindre l’Alpenkorps, un corps de chasseurs alpins engagé en Roumanie puis en Italie. En octobre 1917, lors de la bataille de Caporetto — une offensive austro-allemande qui enfonce les lignes italiennes et provoque la déroute de toute une armée —, Rommel s’empare avec son détachement de montagne du mont Matajur et fait plusieurs milliers de prisonniers en quelques jours. Cet exploit lui vaut la croix Pour le Mérite, la plus haute décoration militaire prussienne. Devenu instructeur à l’académie de guerre de Potsdam dans les années 1930, il tire de cette expérience de combat un manuel tactique, Infanterie greift an (L’Infanterie attaque), publié en 1937. Très concret, riche en croquis, le livre plaît à Hitler, qui y voit l’antithèse de la pensée d’état-major abstraite qu’il méprise. Rommel attire dès lors l’attention du dictateur, qui le prend sous sa protection et décide de son avancement.

En mai 1940, à la tête de la 7e Panzerdivision — surnommée la « division fantôme » parce que sa progression est si rapide que même le haut commandement allemand perd parfois sa trace —, Rommel participe à la percée de la Meuse et à la dislocation de l’armée française. Au printemps 1941, l’Italie de Mussolini, entrée en guerre contre la Grande-Bretagne en Afrique du Nord, subit défaite sur défaite face aux Britanniques. Hitler envoie Rommel en Libye avec un corps expéditionnaire, l’Afrika Korps, pour empêcher l’effondrement total de son allié. Rommel surprend les Britanniques par la rapidité de son attaque, remporte des victoires à Gazala et Tobrouk, et pousse jusqu’aux portes de l’Égypte. Mais ses lignes de ravitaillement, étirées sur des centaines de kilomètres de désert, ne parviennent plus à approvisionner ses troupes en carburant et en munitions : il est stoppé à El Alamein à l’été 1942, puis repoussé par la 8e armée de Montgomery à l’automne. La propagande de Goebbels fait alors de lui un « dieu de la guerre » issu du peuple — l’officier sans particule qui triomphe là où les généraux aristocrates échouent. Du côté britannique, Churchill lui-même le qualifie devant la Chambre des Communes de « grand général, très audacieux et très habile » — un éloge calculé, destiné à galvaniser ses propres troupes en ennoblissant l’adversaire, mais qui alimente durablement le mythe du « Renard du désert ».

Après la défaite en Tunisie au printemps 1943, Rommel est rappelé en Europe. Fin 1943, il est chargé d’inspecter puis de renforcer les défenses côtières du « mur de l’Atlantique » en France occupée, en prévision d’un débarquement allié. Il comprend alors que la situation militaire est sans issue, mais ne rallie pas pour autant le cercle d’officiers qui prépare en secret l’assassinat d’Hitler — le complot du 20 juillet 1944. Le 17 juillet 1944, son véhicule est mitraillé par un avion allié en Normandie ; il est grièvement blessé. Trois jours plus tard, le 20 juillet, l’attentat à la bombe contre Hitler échoue. Lors des interrogatoires et sous la torture, certains conjurés citent le nom de Rommel — sans doute pour atténuer leurs propres responsabilités : si un maréchal de ce rang était compromis dans le complot, le rôle de chacun paraissait moindre. Le 14 octobre 1944, deux généraux se présentent au domicile de Rommel et lui transmettent un ultimatum d’Hitler : un procès devant le Volksgerichtshof — le « Tribunal du peuple », juridiction d’exception nazie où les condamnations à mort sont la règle —, avec la déportation de sa famille, ou bien le suicide immédiat, accompagné d’obsèques nationales et de la protection des siens. Rommel avale une capsule de cyanure. Le régime annonce sa mort comme la conséquence de ses blessures.

La légende d’un général « propre », étranger aux crimes nazis, se construit dès l’après-guerre. L’Allemagne fédérale naissante a besoin de figures militaires respectables pour rebâtir une armée dans le cadre de l’OTAN (l’alliance militaire occidentale face au bloc soviétique) ; les Britanniques, de leur côté, ont intérêt à magnifier un adversaire redoutable pour rehausser la valeur de leurs propres victoires en Afrique du Nord. L’historiographie récente a considérablement érodé cette image. Les six ouvrages présentés ici permettent de comprendre qui était Rommel — par-delà la légende.


1. Erwin Rommel (Benoît Lemay, 2009)

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C’est la biographie critique de référence en langue française. Spécialiste de l’Allemagne et de la Wehrmacht — auteur, déjà, d’une biographie de fond sur Erich von Manstein, l’un des stratèges les plus redoutés du haut commandement allemand —, Benoît Lemay s’appuie sur les archives militaires du Reich et sur la correspondance privée entre Rommel et son épouse Lucie. Les archives ne laissent aucun doute : Rommel n’a jamais été un opposant au régime, encore moins un membre du complot du 20 juillet 1944. Il est resté jusqu’au bout un partisan convaincu du Führer, et sa gloire doit autant à la machine de propagande nazie qu’à l’adversaire britannique. Car la glorification a joué dans les deux sens : les Britanniques avaient tout intérêt à présenter Rommel comme un adversaire de premier ordre — plus le « Renard du désert » est redoutable, plus les victoires remportées contre lui ont de poids.

Lemay revient longuement sur la genèse de ce mythe à double face et sur sa persistance dans l’après-guerre. Il examine aussi les limites stratégiques de Rommel : son mépris pour les questions logistiques (ravitaillement, carburant, munitions) — un aveuglement qui a directement contribué à ses échecs en Afrique —, son incapacité à penser la guerre en dehors de son propre théâtre d’opérations, et sa rivalité avec d’autres commandants, en particulier le Feldmarschall Albert Kesselring, commandant en chef des forces allemandes en Méditerranée. Lemay ne lui refuse pas ses qualités — son courage physique, son sens de l’initiative, sa capacité à galvaniser ses troupes —, mais il les situe à leur juste niveau : celles d’un meneur d’hommes et d’un tacticien de terrain, pas celles d’un stratège capable d’articuler son théâtre d’opérations avec l’ensemble du conflit.

Dense et exigeant, le livre s’adresse en priorité à un lectorat déjà familier du sujet. On peut regretter l’absence de cartes insérées dans le corps du texte — elles sont reléguées en fin de volume, ce qui complique le suivi des opérations — et un traitement relativement bref de la campagne de Normandie. Mais par la rigueur de sa documentation et la solidité de ses démonstrations, Lemay a posé le cadre dans lequel s’inscrivent désormais les travaux ultérieurs sur Rommel en langue française.


2. Rommel (Benoît Rondeau, 2018)

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Publiée dans la collection « Maîtres de guerre » chez Perrin, dirigée par François Kersaudy, Benoît Rondeau — chercheur à la Fondation pour la mémoire de la déportation, spécialiste des campagnes d’Afrique du Nord et de Normandie — propose une biographie militaire illustrée de photographies, de cartes et de documents, nourrie de nombreux témoignages de contemporains — soldats, subordonnés, adversaires. Son projet n’est ni de démolir le mythe Rommel ni de l’entretenir. Il s’attache à restituer la trajectoire d’un officier plébéien dont les origines modestes ont, paradoxalement, servi la carrière : Hitler, qui se méfiait de la caste aristocratique des généraux prussiens — trop indépendante, trop attachée à ses propres traditions, trop encline à discuter les ordres —, favorisait volontiers des officiers issus du peuple, qu’il jugeait plus loyaux et plus redevables de leur promotion.

L’un des apports principaux de cette biographie est le traitement de la bataille de Normandie — un épisode que la plupart des ouvrages sur Rommel expédient en quelques pages, alors qu’il couvre les derniers mois décisifs de sa carrière et constitue le moment où le maréchal prend la mesure de la défaite inévitable du Reich. Rondeau accorde également une attention soutenue à la longue retraite de l’Afrika Korps de l’Égypte jusqu’en Tunisie (automne 1942 – printemps 1943), un épisode moins spectaculaire que les offensives précédentes mais révélateur des capacités de Rommel en situation défavorable. L’iconographie, en partie issue de la collection personnelle de l’auteur, ne se limite pas aux clichés connus et propose des photographies peu diffusées jusqu’ici. Les relations entre Rommel et Hitler traversent tout le livre — longtemps celles d’un protégé envers son protecteur, elles se dégradent quand Rommel, confronté à l’écrasante supériorité matérielle et aérienne des Alliés en Normandie, ose contredire les ordres du Führer.

Si vous ne deviez lire qu’un seul bouquin sur Rommel — à la fois rigoureux et lisible sans prérequis —, c’est probablement celui-ci qu’il faudrait choisir.


3. La Guerre sans haine — Carnets (Erwin Rommel, 2010)

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Rommel a pris des notes au jour le jour pendant toutes ses campagnes. Il comptait les retravailler après la guerre pour en faire un livre ; sa mort, en octobre 1944, l’en a empêché. Ces carnets — qui couvrent la campagne de France de 1940 et les combats en Afrique du Nord — constituent le seul témoignage de première main du maréchal sur sa propre guerre. Une première édition, parue en 1953, avait été préparée par Basil Liddell Hart, officier et théoricien militaire britannique dont les travaux sur la guerre de mouvement et les opérations blindées font autorité. Cette nouvelle édition de 2010, publiée chez Nouveau Monde, est commentée et annotée par l’historienne Berna Günen, spécialiste de la propagande nationale-socialiste, et préfacée par Manfred Rommel (le fils du maréchal, longtemps maire de Stuttgart) et par Maurice Vaïsse, professeur à Sciences Po.

Günen replace les carnets dans le contexte de la fabrication du mythe Rommel, sous l’angle spécifique de la propagande et de ses relais successifs. Elle montre comment l’image de Rommel a été façonnée par Goebbels (héros de la propagande nazie), récupérée par Churchill (adversaire d’exception à la mesure de l’Empire britannique), puis réinvestie après la guerre par Hans Speidel — ancien chef d’état-major de Rommel en Normandie, devenu l’un des architectes du réarmement ouest-allemand. Speidel avait besoin d’un récit « propre » sur la Wehrmacht pour rendre acceptable la création d’une nouvelle armée allemande au sein de l’OTAN ; Rommel, le soldat « courtois » et « apolitique », servait parfaitement ce discours.

Le texte de Rommel lui-même est celui d’un praticien, pas d’un mémorialiste. Il y est question de positions, de distances, de rapports de forces, de ravitaillement. On y découvre un chef de guerre qui s’affranchit des règles conventionnelles pour prendre l’adversaire de vitesse, mais aussi un homme hostile aux représailles contre les civils et les otages — une attitude qui contraste avec les pratiques systématiques du régime dans les territoires occupés de l’Est. Rommel ne cherche pas à se donner le beau rôle en toutes circonstances : il tente cependant, par endroits, de justifier après coup des décisions impulsives ou contraires aux ordres reçus. Parfois arides, souvent techniques, ces notes ont la valeur de tout document brut : elles donnent accès à un Rommel non retouché par les biographes et les propagandistes.


4. Rommel (Cédric Mas, avec la participation de Daniel Feldmann, 2014)

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Paru chez Economica dans la collection « Guerres et Guerriers », cet ouvrage ne se présente pas comme une biographie classique. Le format — 160 pages, imposé par l’éditeur — a obligé Cédric Mas à faire des choix radicaux. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale en Méditerranée et en Afrique, auteur d’une monographie de référence sur la bataille d’El Alamein, Mas a décidé de concentrer son propos sur la carrière militaire de Rommel et sur son évolution de commandant : comment un lieutenant d’infanterie de 1914, audacieux mais limité à l’échelle de la compagnie, est-il devenu un chef capable de diriger un corps d’armée en 1942 ? Les biographies traditionnelles n’abordent pas souvent cette question aussi directement ; elle structure pourtant l’ensemble du texte.

Aidé par Daniel Feldmann — spécialiste des opérations sur le front occidental, doctorant à l’EHESS —, Mas s’appuie sur des sources en quatre langues (allemand, italien, anglais, français). Là où Lemay se concentre sur la déconstruction du mythe politique, Mas s’intéresse au métier militaire lui-même : l’apprentissage du commandement, la gestion du risque, le passage de l’offensive instinctive à la manœuvre réfléchie. Rommel n’y apparaît pas comme un génie militaire inné, mais comme un officier qui apprend de ses erreurs et qui perfectionne sa pratique campagne après campagne — sans jamais parvenir, toutefois, à combler certaines lacunes fondamentales. Mas n’élude ni les compromissions avec le régime nazi ni les fragilités psychologiques du personnage : son épuisement chronique, ses oscillations entre phases d’énergie frénétique et phases d’effondrement. Et la question finit par s’imposer : Rommel n’est-il pas, au fond, représentatif d’une bonne partie du corps d’officiers allemands de son niveau — doué au combat, mais compromis avec le régime et enfermé dans une vision étroite de la guerre ?

Ce format synthétique peut frustrer les lecteur·ices habitué·es aux biographies de 500 pages. Mais Mas réussit à apporter un éclairage original qui complète les travaux de Lemay et de Rondeau plutôt qu’il ne les répète.


5. L’Infanterie attaque (Erwin Rommel, 2012)

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Avant le Feldmarschall de la Seconde Guerre mondiale, il y a un jeune lieutenant wurtembergeois qui découvre le feu en Lorraine à l’été 1914, puis qui rejoint le bataillon de montagne du Wurtemberg, au sein de l’Alpenkorps, pour combattre en Roumanie et en Italie. De cette Première Guerre mondiale, qu’il fait du premier au dernier jour, Rommel tire la matière d’un ouvrage unique en son genre : à mi-chemin entre le récit de guerre personnel et le manuel tactique destiné à la formation des officiers. Chaque épisode de combat — embuscade dans un bois, assaut d’une crête, infiltration derrière les lignes ennemies — est suivi d’un commentaire où Rommel expose les leçons à en tirer. Soixante-douze plans et neuf gravures accompagnent le texte et donnent à voir le terrain tel que Rommel l’a parcouru.

Paru en Allemagne en 1937 sous le titre Infanterie greift an, le texte avait été traduit à quelques exemplaires pour l’École militaire interarmes française, mais n’avait jamais été intégralement publié en français avant cette traduction du colonel Marc Allorant, établie à partir de l’édition originale allemande. La préface du colonel Michel Goya — historien militaire, officier des troupes de marine, auteur de travaux de référence sur l’évolution de l’art de la guerre entre 1871 et 1918 — permet de situer les innovations tactiques de Rommel (usage offensif des mitrailleuses, commandement depuis la ligne de front, manœuvre par petits groupes autonomes) dans le cadre plus large des mutations de l’infanterie pendant la Grande Guerre.

Pour le·la lecteur·ice d’aujourd’hui, L’Infanterie attaque vaut d’abord comme document sur la genèse d’un style de commandement. Dès 1914-1917, les traits qui définiront le Rommel de 1940-1942 affleurent déjà : initiative individuelle poussée à l’extrême, prise de risque permanente, rapidité d’exécution, mépris pour les plans rigides. On y décèle aussi, déjà, les défauts qui le suivront toute sa carrière : une tendance à s’attribuer seul le mérite d’opérations collectives et une confiance en soi qui confine parfois à l’inconscience. C’est, en somme, le portrait en creux du futur « Renard du désert » — avec ses qualités et ses angles morts.


6. Erwin Rommel — Le plus célèbre général du IIIe Reich (Michel Vial, 2025)

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Publié chez Histoire & Collections, ce livre propose une approche visuelle et narrative de la vie de Rommel. Officier de réserve issu de l’école de cavalerie de Saumur, collaborateur du magazine RAIDS et permanent de l’Union nationale des Parachutistes, Michel Vial retrace la carrière du maréchal dans sa totalité — du front italien de 1917 à sa mort forcée en octobre 1944. Le récit suit un fil chronologique et accorde une place significative au contexte opérationnel de chaque campagne : composition des forces en présence, enjeux tactiques, déroulement des combats. Vial s’attarde en particulier sur les engagements de l’Afrika Korps et sur la bataille de Normandie, dont il restitue les conditions : rapport de forces, état des défenses, contraintes imposées par la supériorité aérienne alliée.

L’atout principal est l’iconographie. Les photographies, abondantes, permettent de visualiser ce que les biographies exclusivement textuelles — comme celle de Lemay — ne montrent pas : les théâtres d’opérations, les matériels, les visages des hommes. Vial insiste aussi sur le respect sincère, parfois l’admiration, que les adversaires britanniques de Rommel lui ont porté — un phénomène rare dans l’histoire militaire, qui a directement alimenté la construction de sa légende. Le traitement de la question politique reste, en revanche, plus sommaire que chez Lemay ou Rondeau : Vial s’en tient pour l’essentiel au parcours du soldat, et la zone grise entre loyauté envers Hitler et prise de distance tardive n’est pas creusée avec la même rigueur.