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Que lire sur l'histoire du Bénin ?

Que lire sur l’histoire du Bénin ?

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Au sud de l’actuel Bénin, sur la côte du golfe de Guinée, se forment dès le XVIIe siècle plusieurs royaumes. Les Fons d’Abomey, les Goun de Porto-Novo et les Houéda de Ouidah se partagent un territoire morcelé où les rapports de force se jouent autant entre voisins africains qu’avec les négociants européens établis sur la côte. Au XVIIIe siècle, l’un de ces pôles, le Danxomè, s’impose : le roi Agadja conquiert le royaume voisin d’Allada en 1724, puis le port de Ouidah en 1727, qui jusque-là servait de débouché maritime aux Houéda. Ces conquêtes éliminent les royaumes intermédiaires qui contrôlaient l’accès à la mer et permettent à Abomey de vendre directement aux Européens les captifs issus de ses campagnes militaires. Pendant un siècle et demi, l’économie du royaume repose sur ce circuit fermé : la guerre fournit des prisonniers, la traite atlantique les transforme en armes à feu et en cauris, et les armes à feu permettent de mener de nouvelles guerres.

Les rois successifs — Tegbessou, Kpengla, Agonglo, Ghézo, Glélé — bâtissent sur cette base économique une monarchie centralisée, dotée d’une bureaucratie, d’une armée permanente et d’un régiment féminin qui frappe l’imagination des voyageurs européens : les amazones. Ce modèle entre en crise à la fin du XIXe siècle. L’abolition progressive de la traite atlantique prive Abomey de sa principale rente ; le commerce de l’huile de palme qui prend le relais s’avère bien moins rémunérateur ; les puissances européennes, réunies à la conférence de Berlin en 1884-1885 pour fixer entre elles les règles du partage de l’Afrique, accélèrent leur prise de contrôle des territoires côtiers. Quand Glélé meurt en 1889 et que son fils Béhanzin lui succède, la France a déjà obtenu un protectorat sur Porto-Novo et veut transformer ses comptoirs en colonie pleine et entière. Deux guerres franco-dahoméennes, en 1890 puis de 1892 à 1894, viennent à bout du royaume : Béhanzin se rend en janvier 1894, est exilé à la Martinique puis en Algérie ; le Dahomey passe sous protectorat avant d’être intégré à l’Afrique-Occidentale française en 1899.

Proclamée le 1ᵉʳ août 1960, l’indépendance débouche sur une décennie d’instabilité. Trois leaders à assise régionale se disputent le pouvoir — Hubert Maga au nord, Sourou Migan Apithy au sud-est, Justin Ahomadégbé au centre — et le pays enchaîne plus d’une demi-douzaine de coups d’État au point d’être surnommé l’« enfant malade de l’Afrique ». En 1972, un putsch porte au pouvoir le commandant Mathieu Kérékou, qui oriente le régime vers le marxisme-léninisme et rebaptise le pays République populaire du Bénin en 1975. La faillite économique de la fin des années 1980 — caisses vides, arriérés de salaires, grèves et émeutes — contraint le régime à négocier sa propre sortie. En février 1990, la Conférence nationale des forces vives, qui réunit pendant neuf jours quelque cinq cents délégués — partis, syndicats, religieux, chefs coutumiers, intellectuels — se proclame souveraine et retire de fait à Kérékou l’essentiel de ses prérogatives. L’épisode invente un format de transition pacifique qui sera imité au Gabon, au Congo, au Mali ou au Togo, et fait du Bénin la première démocratie pluraliste d’Afrique francophone.

Voici les rares ouvrages disponibles en français sur l’histoire du Bénin.


1. L’Art de cour d’Abomey : le sens des objets (Gaëlle Beaujean, 2019)

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Anthropologue et responsable des collections Afrique au musée du quai Branly-Jacques Chirac, Gaëlle Beaujean a consacré sa thèse de doctorat aux objets produits par la cour d’Abomey entre la fondation du royaume, vers 1625, et sa conquête par la France en 1894. Le livre qu’elle en a tiré propose une anthropologie des insignes du pouvoir royal — trônes, sceptres, statues vodun, bas-reliefs en terre crue, étendards — c’est-à-dire des objets qui asseyaient l’autorité du souverain et fixaient les généalogies dynastiques.

Beaujean croise les sources écrites européennes — récits de voyage, journaux de bord, rapports diplomatiques laissés par les marchands et les missionnaires depuis le XVIIe siècle — avec la tradition orale recueillie à Abomey auprès de Bah Nondichao, l’historien officiel des familles royales. L’autrice retrace la formation du Danxomè et le rôle politique que joue cet art de cour : dans un royaume où la légitimité du roi dépend de sa capacité à perpétuer la mémoire de ses prédécesseurs, chaque souverain commande aux meilleurs forgerons et sculpteurs des objets qui rappellent ses victoires, son lignage et sa proximité avec les divinités vodun. Les objets d’Abomey ne sont pas des décorations mais des instruments de gouvernement.

La seconde moitié du livre raconte ces mêmes objets après la conquête. Pris comme butin de guerre par le général Dodds en 1892, offerts en cadeau diplomatique avant cette date, ou collectés lors de missions ethnographiques dans les années 1930, ils circulent entre Abomey, Paris, Londres et Rio de Janeiro avant d’aboutir dans des vitrines de musée. Beaujean reconstitue les conditions de cette dispersion et le glissement de statut qui s’opère alors : sortis du palais où ils servaient au culte des ancêtres royaux, les objets deviennent d’abord des « pièces ethnographiques », puis des objets d’art convoités par les collectionneurs et les musées. Le livre paraît au moment où s’ouvre, en France, le débat sur la restitution des biens culturels africains relancé par le rapport Sarr-Savoy remis à Emmanuel Macron en 2018, et fournit un appui historique aux discussions qui ont conduit à la cérémonie de remise au Bénin de vingt-six trésors royaux en novembre 2021.


2. Les amazones de la Sparte noire : les femmes guerrières de l’ancien royaume du Dahomey (Stanley B. Alpern, 2014)

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Diplomate américain en poste plusieurs années en Afrique de l’Ouest, Stanley B. Alpern se tourne ensuite vers la recherche historique et signe ici la première synthèse scientifique consacrée aux femmes guerrières du Danxomè, un corps militaire que les voyageurs européens du XIXe siècle baptisent « amazones » par référence aux figures mythologiques de l’Antiquité grecque. Le surnom de « petite Sparte noire » accolé alors au royaume vise à souligner deux ressemblances avec la cité grecque antique : un militarisme qui imprègne toute la société, et un endurcissement physique imposé aux femmes dès l’enfance. Mais cet entraînement n’a pas le même but : les Spartiates formaient des femmes pour qu’elles enfantent des soldats, le Danxomè en faisait des soldats.

Alpern dépouille les archives — récits de marchands, journaux de missionnaires, rapports d’officiers français et britanniques — et les recoupe avec les traditions orales béninoises. À l’origine simples gardes du palais royal au XVIIe siècle, les amazones se transforment dès les années 1760 en troupes professionnelles à part entière : elles disposent de leurs propres officières, de leurs fanfares, de leurs drapeaux et de leurs insignes. Leur effectif culmine à six mille femmes vers 1840, soit près d’un tiers de l’armée du royaume. Armées de mousquets, de machettes et de massues, soumises à un entraînement physique rigoureux dès l’enfance, elles bénéficient d’un statut quasi sacré : elles vivent dans l’enceinte du palais, possèdent leurs propres esclaves et siègent au Grand Conseil aux côtés des dignitaires masculins.

La dernière partie du livre retrace les batailles auxquelles ces troupes participent, des guerres contre les peuples voisins — Mahi, Yoruba, Egba — jusqu’aux deux conflits franco-dahoméens de 1890 et 1892, où elles affrontent les colonnes du général Dodds. La résistance qu’elles opposent à la Légion étrangère, attestée par les carnets des soldats français qui décrivent leur courage et leur discipline, marque les esprits avant la défaite finale du royaume en 1894. Réédité en anglais en 2011, traduit en français en 2014, l’ouvrage demeure la référence sur le sujet et a été massivement consulté lors de la sortie du film The Woman King en 2022, dont la dramaturgie hollywoodienne s’éloigne sensiblement des faits historiques — à commencer par le rôle réel du royaume dans la traite atlantique, soigneusement euphémisé à l’écran.


3. Le royaume du Dahomé face à la pénétration coloniale : affrontements et incompréhension, 1875-1894 (Luc Garcia, 1988)

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Né en 1937 au Bénin, docteur d’État ès lettres, Luc Garcia tire ce livre de sa thèse soutenue à Paris au début des années 1980. À ses yeux, la pénétration française n’est pas une simple campagne militaire mais un cycle de deux décennies fait d’allers-retours diplomatiques, de traités contestés et de provocations réciproques — d’où le sous-titre, affrontements et incompréhension. L’auteur a exhumé du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Marine et des archives militaires d’outre-mer une masse considérable de correspondances, traités, instructions et rapports d’officiers dont les historiographies antérieures n’avaient guère tiré parti.

Garcia déroule vingt années d’incidents, des premiers traités franco-dahoméens à la déposition de Béhanzin et à l’instauration du protectorat. Il montre comment la conquête naît moins d’une volonté délibérée d’annexion que d’une accumulation de malentendus diplomatiques : Paris considère par exemple que le roi Glélé a définitivement cédé Cotonou en 1868, alors que la cour d’Abomey pense seulement avoir autorisé un comptoir commercial révocable ; un cadeau royal interprété en France comme un acte de soumission n’est pour le souverain dahoméen qu’une marque de courtoisie ; les serments échangés sur place n’ont pas la même valeur contraignante pour le roi et pour les officiers français. À chaque incident, la sanction militaire prend le pas sur la négociation. L’auteur reconstitue la stratégie de Béhanzin, qui tente d’acheter des armes à des marchands allemands et de plaider sa cause par lettres adressées à la République, et démonte l’image du roi fanatique et borné encore répandue dans la littérature coloniale française.

La rigueur de Garcia tient à son refus des schémas manichéens : il ne cède ni à l’apologie de la colonisation, ni au récit symétrique inverse qui ferait de Béhanzin un martyr. Il rend à chaque camp ses raisons et ses contraintes : les pressions parlementaires et financières qui pèsent sur Paris, les rivalités coloniales avec le Royaume-Uni installé à Lagos et l’Allemagne installée au Togo voisin, l’alliance que Toffa Iᵉʳ de Porto-Novo scelle avec la France pour se prémunir contre son rival Béhanzin. Cette rigueur, et la masse documentaire mobilisée, en ont fait depuis sa publication chez Karthala en 1988 un titre de référence sur la conquête du Dahomey et l’un des points d’appui obligés de toute lecture critique de la colonisation française en Afrique de l’Ouest.


4. La démocratie à pas de caméléon : Transition et imaginaires politiques au Bénin (Richard Banégas, 2003)

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Politologue africaniste, professeur à l’université Paris I, longtemps rédacteur en chef de la revue Politique africaine, Richard Banégas a tiré ce volume de quelque cinq cents pages de sa thèse de doctorat soutenue en 1998. Banégas cherche à résoudre une énigme : comment le Bénin, qui sortait alors de dix-sept ans de dictature militaro-marxiste, est devenu en 1990 le premier pays d’Afrique francophone à organiser une conférence nationale souveraine — c’est-à-dire une assemblée plénière qui s’arroge le pouvoir constituant et destitue de fait le chef de l’État — et comment, six ans plus tard, l’urne a néanmoins ramené à la présidence Mathieu Kérékou, l’autocrate que cette conférence avait dépossédé.

Le caméléon est le totem de Kérékou, et c’est sur cette image que Banégas construit sa lecture. Aussi prudent que rusé, l’animal résume la trajectoire du président — du putschiste de 1972 au démocrate des années 1990, puis au chrétien évangélique des années 2000 — et celle d’un système politique qui se réinvente sans rompre avec ses logiques anciennes. Banégas remonte à la période coloniale et aux premières années de l’indépendance pour situer la séquence 1989-1996, puis se penche sur la fabrique de la démocratie béninoise : poids des « évolués » (l’élite francophone formée sous la colonisation), réintégration des chefs coutumiers dans un conseil des rois en 1994, articulation entre les institutions républicaines et les cultes vodun toujours actifs dans la vie quotidienne, recompositions des réseaux clientélaires qui distribuent emplois et faveurs en échange du vote.

Reste, surtout, l’enquête de terrain. Pendant plusieurs années, Banégas a écouté les « en-bas-d’en-bas » — petits commerçants, fonctionnaires impayés, chômeurs des quartiers populaires de Cotonou et de Porto-Novo — pour saisir comment les citoyens ordinaires s’approprient les institutions pluralistes et les retravaillent à partir de leurs propres codes culturels : ce que représente un bulletin de vote pour ces électeurs, comment se négocie la légitimité d’un candidat, ce qu’attend de l’État un fonctionnaire qui n’a pas reçu son salaire depuis six mois. Banégas en tire une conclusion qui tranche avec les lectures habituelles : la démocratie béninoise n’est ni une importation directe du modèle occidental, ni la survie d’institutions précoloniales, mais une greffe singulière. Pour la saisir, il faut prendre au sérieux la culture politique populaire du pays.