George Washington naît en 1732 dans une famille de planteurs virginiens, au bord du Potomac. Orphelin de père à onze ans, il se forme sur le terrain : arpentage des terres, équitation, premiers commandements militaires. Officier de la milice de Virginie lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763) — conflit mondial qui oppose notamment la France et la Grande-Bretagne pour le contrôle de l’Amérique du Nord —, il en retire ses premiers faits d’armes et une réputation de bravoure. Lorsque les Treize Colonies se soulèvent contre la Couronne britannique en 1775, c’est à lui que le Congrès confie le commandement de l’Armée continentale. Six ans plus tard, la victoire de Yorktown (1781), remportée avec le concours décisif des troupes françaises de Rochambeau, contraint Londres à négocier : le traité de Paris (1783) reconnaît l’indépendance des États-Unis.
Élu premier président en 1789, Washington pose les fondations d’un régime sans précédent : une république fédérale à l’échelle d’un continent. Mais c’est peut-être son geste le plus inattendu qui lui vaut sa place au sommet du panthéon national : en 1797, il quitte volontairement le pouvoir au terme de deux mandats, alors que rien dans la Constitution ne l’y oblige. L’homme dont l’effigie orne chaque billet d’un dollar n’en est pas moins propriétaire d’esclaves, spéculateur foncier et partisan tardif d’une abolition qu’il n’a jamais mise en pratique de son vivant.
Voici les principaux ouvrages disponibles en français à son sujet.
1. George Washington (Liliane Kerjan, 2015)

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Paru dans la collection « Folio biographies » chez Gallimard, ce livre de poche de 320 pages propose le panorama le plus complet des trois sur la vie de Washington. Spécialiste de la civilisation américaine, professeure à l’université de Rennes et rectrice de l’académie de Limoges, Liliane Kerjan y révèle un Washington bien plus complexe que l’icône figée des manuels scolaires. On y découvre un cavalier hors pair, un danseur qui adore ouvrir les bals, un franc-maçon ambitieux — et un homme qui soigne sa postérité avec une attention quasi obsessionnelle. Dès la paix revenue, il rapatrie à Mount Vernon des malles entières de correspondances, convoque peintres et sculpteurs (dont le Français Houdon, qui débarque chez lui un matin d’octobre 1785 avec trois assistants et un interprète) pour fixer son image de vainqueur.
Mais Kerjan ne se contente pas de raconter le héros. Elle rappelle que Washington n’a rédigé aucun des grands textes fondateurs de l’époque : c’est Jefferson qui tient la plume pour la Déclaration d’indépendance, Madison qui prépare la Constitution, Hamilton qui rédige l’essentiel des Federalist Papers (ces articles de presse destinés à convaincre les États de ratifier la Constitution). Washington n’est pas un théoricien ; c’est un praticien dont l’influence repose sur la capacité à tenir une armée, à présider une convention et à fédérer des factions rivales autour de sa personne — seule figure respectée à la fois par les partisans d’un pouvoir fédéral fort et par les défenseurs des droits des États.
Kerjan ne fait pas non plus l’impasse sur la question de l’esclavage : la prospérité de la Virginie repose sur le travail forcé d’une population servile en pleine expansion, et Washington, tout propriétaire qu’il soit, n’envisage l’émancipation de ses propres esclaves que dans son testament — c’est-à-dire au moment où il n’a plus rien à y perdre.
2. George Washington, l’homme qui ne voulait pas être roi (Jean-Marie Rallet, 2015)

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Publié aux éditions Ellipses (384 pages), ce livre adopte un angle distinct : celui de la « vision française » de Washington. Jean-Marie Rallet, enseignant-chercheur rattaché au laboratoire CRISES de l’université Paul-Valéry de Montpellier, docteur en histoire et diplômé de l’université de Cambridge, part du constat que l’historiographie française s’est davantage intéressée à sa propre révolution qu’à celle des Américains, et que Washington a fini par disparaître des radars. Le résultat accorde une part considérable à la guerre d’Indépendance et à l’alliance entre Washington et Lafayette, ce jeune aristocrate français qui traverse l’Atlantique à vingt ans pour se battre aux côtés des insurgés — une amitié devenue l’un des symboles durables de la relation franco-américaine, de la statue de la Liberté aux cimetières militaires de Normandie.
Le sous-titre du livre promet une réflexion sur le refus de la monarchie. En 1783, à Newburgh, alors que la guerre touche à sa fin et que les officiers s’impatientent de ne pas être payés, le colonel Lewis Nicola propose à Washington de se faire couronner roi : le général refuse net et condamne l’idée par écrit. Ce refus est devenu le récit fondateur de la démocratie américaine — la preuve que le pouvoir, dans la jeune république, se reçoit du peuple et se rend au peuple. Pourtant, cet épisode n’occupe que quelques pages dans l’ouvrage, et la présidence elle-même se limite à une trentaine de pages sur 384. L’essentiel du propos se concentre sur le parcours militaire : les campagnes, les défaites, les victoires inespérées, et le portrait d’un homme au tempérament stoïque, qui dit préférer les travaux agricoles de Mount Vernon et la compagnie de Martha à la vie publique.
Rallet place en exergue une formule de Heidegger sur Aristote — « il est né, il a œuvré, il est mort » — pour suggérer que Washington souhaitait être jugé sur ses actes, non sur sa personne. Le livre vaut surtout par son ancrage dans les relations franco-américaines, un terrain que les deux autres ouvrages n’investissent pas avec la même insistance.
3. Washington : le premier des Américains (Yves-Marie Péréon, 2025)

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Cette biographie publiée chez Tallandier paraît alors que les États-Unis s’apprêtent à célébrer les 250 ans de leur indépendance en juillet 2026, à un moment où les fondations posées par Washington — transfert pacifique du pouvoir, respect des résultats électoraux, primauté des institutions sur les individus — sont ouvertement remises en question. Agrégé et docteur en histoire contemporaine, professeur à l’université Paris-Panthéon-Assas, Yves-Marie Péréon est un spécialiste de la vie politique américaine : il a déjà consacré une biographie à Franklin D. Roosevelt et publié Rendre le pouvoir (2023), un essai sur la manière dont les présidents américains quittent la Maison-Blanche. Ce dernier ouvrage, écrit dans le sillage du refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite en 2020, posait une question simple : que se passe-t-il quand un président refuse de partir ? Sa biographie de Washington remonte à l’origine de cette tradition : c’est Washington qui, en 1797, invente le précédent du départ volontaire, un geste que ses successeurs respecteront pendant plus de deux siècles — jusqu’à ce que Trump brise ce précédent.
L’ouvrage retrace le parcours complet de Washington, de la Virginie coloniale à la présidence. On suit la trajectoire d’un jeune homme sans fortune considérable qui, par la guerre, le mariage avec la riche veuve Martha Custis et une gestion habile de ses terres, devient l’un des plus grands propriétaires fonciers de Virginie, puis l’un des architectes politiques de la jeune république. Là où le bouquin de Kerjan insiste sur l’homme privé et celui de Rallet sur le chef de guerre, Péréon s’intéresse surtout à l’homme d’État et à son héritage politique. Il met en lumière ce que les portraits officiels ont eu tendance à gommer : les calculs tactiques, les rivalités avec d’autres Pères fondateurs (Jefferson le défie sur la politique étrangère, Hamilton le pousse vers un exécutif plus autoritaire), et surtout la tension entre les idéaux républicains affichés et la réalité d’une société esclavagiste. Le livre se lit aussi comme une réflexion sur la fragilité des institutions démocratiques : celles que Washington a contribué à fonder reposent sur des usages et des conventions autant que sur des textes de loi — et quand un dirigeant décide de ne plus les respecter, comme lors de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, c’est tout l’édifice qui vacille.