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Que lire sur la Fraction armée rouge ?

Que lire sur la Fraction armée rouge ?

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La Fraction armée rouge — Rote Armee Fraktion, ou RAF — naît en mai 1970 en République fédérale d’Allemagne. Le groupe se constitue autour d’Andreas Baader, Gudrun Ensslin, Ulrike Meinhof, Horst Mahler et Jan-Carl Raspe — militants, avocats, journalistes, issus du mouvement étudiant ou de la gauche radicale ouest-allemande. Il revendique la lutte armée contre l’impérialisme américain, le capitalisme ouest-allemand et la présence d’anciens nazis aux postes clés de la RFA, dans la magistrature, la police, l’administration et le patronat. La RAF n’est pas un phénomène isolé : à la même époque, d’autres groupes font le choix de la violence révolutionnaire dans les pays industrialisés, des Brigades rouges en Italie à l’Armée rouge japonaise, des Tupamaros en Uruguay aux Black Panthers aux États-Unis.

Le groupe frappe des bases militaires américaines, des magistrats, des policiers, des industriels — dont Hanns Martin Schleyer, officier SS devenu président des fédérations patronales ouest-allemandes, enlevé et exécuté à l’automne 1977. Cette même année, connue sous le nom d’« Automne allemand » (Deutscher Herbst), voit se succéder les épisodes les plus violents de l’histoire de la RAF. Un commando palestinien allié détourne un avion de la Lufthansa pour exiger la libération des prisonniers du groupe ; les forces spéciales ouest-allemandes donnent l’assaut à Mogadiscio et libèrent les otages. Dans la nuit qui suit cet échec, Baader, Ensslin et Raspe sont retrouvés morts dans leurs cellules de la prison de Stuttgart-Stammheim — officiellement par suicide, mais dans des circonstances qui font encore l’objet de controverses. Meinhof, elle, a été retrouvée pendue dans sa cellule un an plus tôt, en mai 1976. La RAF poursuit ses actions pendant près de trois décennies et prononce sa dissolution en 1998.

L’histoire de ce groupe, longtemps réduite par les médias à la seule « bande à Baader » — comme si elle se résumait à la personnalité de son membre le plus médiatisé —, est bien plus dense. Voici cinq livres qui permettent de l’aborder sous ses différentes facettes : historique, anthropologique, intellectuelle et genrée.


1. RAF. Guérilla urbaine en Europe occidentale (Anne Steiner et Loïc Debray, 1987)

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Ce livre reste la principale référence en langue française sur la Fraction armée rouge. Il est issu pour l’essentiel de la thèse de doctorat d’Anne Steiner, soutenue en 1985 à l’université de Nanterre, sur la violence révolutionnaire en Allemagne de l’Ouest. Le mathématicien et philosophe Loïc Debray, qui travaille sur les rapports entre éthique et action révolutionnaire, en est le coauteur. D’abord paru chez Méridiens Klincksieck en 1987, le livre a été réédité dans une version revue et corrigée aux éditions L’Échappée en 2006, puis en format poche en 2021.

Là où la plupart des études antérieures reprenaient le cadrage médiatique d’une « bande » sans épaisseur idéologique, Steiner et Debray accordent une place centrale aux textes produits par la RAF elle-même : communiqués, textes programmatiques, déclarations au procès de Stammheim — ce procès fleuve, tenu de 1975 à 1977 dans une salle d’audience construite pour l’occasion à l’intérieur même de la prison de Stuttgart-Stammheim. Ces sources écrites sont complétées par des entretiens avec des militants, des sympathisants et des avocats, qui permettent de reconstituer des parcours individuels.

L’ouvrage soulève les questions essentielles : quel rapport la RAF entretient-elle avec le mouvement étudiant dont elle est née, et à quel moment la rupture se consomme-t-elle ? Pourquoi l’Allemagne de l’Ouest des années 1960-1970, avec la brutalité de sa répression policière et la rigidité de ses institutions, constitue-t-elle un terrain propice à cette radicalisation ? Comment la théorie et la pratique se nourrissent-elles l’une l’autre au sein du groupe ? Ce sont ces interrogations qui font de ce livre un point de départ nécessaire pour quiconque veut comprendre la RAF autrement que par la chronique de ses attentats.


2. La RAF. Vie quotidienne d’un groupe terroriste dans l’Allemagne des années 1970 (Véronique Flanet, 2009)

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Véronique Flanet est anthropologue. Elle a travaillé sur les violences endémiques dans certaines régions du Mexique et publié La Maîtresse mort (Berger-Levrault, 1982) avant de s’intéresser à la RAF. Son approche est donc distincte de celle des historiens ou des politologues : elle ne retrace pas la chronologie des attentats ni l’évolution idéologique du groupe, mais s’attache à la vie quotidienne dans la clandestinité. Comment se loge-t-on, comment se déplace-t-on, comment gère-t-on l’argent, les faux papiers, la peur ? Comment fonctionnent les rapports humains — hiérarchies, conflits, liens affectifs — au sein d’une organisation pourchassée par l’un des appareils policiers les plus puissants d’Europe ?

Pour répondre à ces questions, Flanet s’est entretenue avec des membres de la RAF et avec plusieurs de leurs proches — compagnes, compagnons, amis — qui gravitaient autour du milieu radical berlinois des années 1970. Les témoignages sont retranscrits avec fidélité et confrontés aux analyses de psychiatres et d’avocats, de sorte que plusieurs lectures d’une même expérience coexistent dans le livre et parfois se contredisent.

Publié chez L’Harmattan, le bouquin a divisé ses lecteur·ices. Certain·es ont regretté que la quasi-totalité des témoins interrogés soient des personnes revenues sur leur engagement — ce qui oriente inévitablement le récit vers le regret et la prise de distance, et laisse dans l’ombre celles et ceux qui n’ont rien renié. D’autres ont salué la démarche anthropologique elle-même, parce qu’elle éclaire un aspect que les études sur les groupes armés négligent le plus souvent : le quotidien matériel de la vie clandestine — ses contraintes logistiques, son usure physique, ses effets sur le psychisme des militants.


3. Tout le monde parle de la pluie et du beau temps. Pas nous (Ulrike Meinhof ; textes choisis et présentés par Karin Bauer, 2018)

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Avant de cofonder la Fraction armée rouge et de basculer dans la clandestinité en 1970, Ulrike Meinhof est une journaliste de premier plan de la gauche ouest-allemande. Entre 1959 et 1969, elle écrit pour konkret, un magazine radical de Hambourg dont elle est un temps rédactrice en chef. Elle y publie des textes incisifs sur la guerre froide, la présence d’anciens fascistes au sommet de l’État, la guerre du Viêtnam, la subordination des femmes et les impasses de la social-démocratie. C’est cette production journalistique — antérieure à la lutte armée — que rassemble cette anthologie, d’abord parue en anglais en 2008 sous le titre Everybody Talks About the Weather. We Don’t, puis traduite en français aux éditions du Remue-ménage à Montréal.

Professeure en études allemandes à l’université McGill, Karin Bauer a sélectionné 24 textes publiés entre 1960 et 1968 et les accompagne d’une introduction de près de 80 pages qui retrace la biographie et le parcours intellectuel de Meinhof. Le livre s’ouvre par une préface d’Elfriede Jelinek, lauréate du prix Nobel de littérature en 2004, qui encourage le lectorat à lire ces textes sans les réduire à ce que leur autrice est devenue par la suite. Il se conclut par une postface de Bettina Röhl, l’une des filles de Meinhof, qui porte un regard nettement plus sévère sur sa mère — elle la décrit comme une propagandiste surestimée par ses partisans. La coexistence de ces deux perspectives opposées dans un même bouquin est l’un des intérêts du recueil.

Ce dernier permet surtout de lire la pensée de Meinhof avant sa radicalisation armée, à un moment où son engagement passe encore par la presse et le débat public. Meinhof y décortique, par exemple, la manière dont la RFA intègre des responsables nazis dans son appareil judiciaire, ou les mécanismes par lesquels la social-démocratie neutralise la contestation tout en se réclamant du progrès. La lecture de ces textes donne à saisir la continuité d’un parcours que les récits dominants présentent le plus souvent comme une rupture incompréhensible entre journalisme et terrorisme.


4. Flingue, conscience et collectif (Ulrike Meinhof, 2024)

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L’anthologie de Karin Bauer donne à lire la journaliste ; ce recueil, publié aux éditions Premiers Matins de Novembre, fait entendre la militante emprisonnée. Le livre est préfacé et annoté par Ron Augustin, membre de la RAF, et publié avec la collaboration de Jean-Marc Rouillan, cofondateur d’Action directe. Il rassemble des textes rédigés par Meinhof entre son arrestation en juin 1972 et sa mort en mai 1976 : des lettres de prison destinées à la discussion collective entre détenu·es de la RAF, des déclarations prononcées lors du procès de Stammheim, et une interview accordée au magazine Der Spiegel.

La plupart de ces textes n’avaient jamais été publiés en français, ou ne circulaient que dans des traductions approximatives, réalisées à la hâte dans les années 1970. L’édition de 2024 propose un travail de retraduction soigné. Les originaux allemands, bien que déjà publiés, se trouvaient jusqu’alors dispersés dans des brochures et des revues devenues introuvables.

Ce recueil est un document de première main sur la pensée politique de Meinhof en détention. Meinhof est alors soumise à un régime d’isolement sensoriel sévère, conçu par les autorités ouest-allemandes pour les prisonniers de la RAF : cellule individuelle, lumière artificielle permanente, privation de contact humain prolongée, surveillance constante. Ces conditions, dénoncées comme une forme de torture blanche par les avocats de la défense, marquent profondément les textes rassemblés ici. Meinhof y développe ses positions sur l’anti-impérialisme et la guérilla urbaine, mais ces écrits témoignent aussi des efforts de la RAF pour préserver une cohésion politique entre ses membres incarcérés et ceux qui poursuivent la lutte à l’extérieur — un enjeu vital pour un groupe dont la direction entière se trouve alors sous les verrous.


5. Les « Amazones de la terreur ». Sur la violence politique des femmes, de la Fraction armée rouge à Action directe (Fanny Bugnon, 2015)

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Publié chez Payot, ce livre est issu de la thèse d’histoire de Fanny Bugnon, soutenue en 2011 sous la direction de Christine Bard à l’université d’Angers. Il aborde la lutte armée sous un angle rarement emprunté : celui du genre et de la manière dont les médias français ont représenté les femmes engagées dans la violence politique. L’étude porte sur la RAF en Allemagne et sur Action directe en France, deux organisations qui comptent un nombre élevé de femmes dans leurs rangs.

Bugnon a dépouillé environ 3 000 articles tirés de cinq quotidiens français (France-Soir, L’Humanité, Le Figaro, Le Monde, Libération) et d’un hebdomadaire (Paris Match), sur la période 1970-1994. Son analyse ne porte pas sur les actes eux-mêmes, mais sur la manière dont la presse a construit la figure de la « femme terroriste ». Elle montre que la participation des femmes à la violence armée a été traitée comme une transgression de l’ordre sexué — une anomalie, un scandale en soi —, tandis que celle des hommes était inscrite d’emblée dans un registre politique. Quand un homme pose une bombe, la presse interroge ses motivations idéologiques ; quand une femme fait de même, elle interroge sa féminité, sa sexualité, sa santé mentale.

C’est par le concept de genre que Bugnon éclaire cette dissymétrie. Elle montre comment les médias ont recouru à des figures mythologiques — furies, sorcières, amazones — pour nommer cette violence féminine qu’ils jugeaient impensable. Bugnon rapporte ces représentations à une histoire longue : celle de la transgression que constitue, depuis l’Antiquité, le recours des femmes à la violence. Et elle les situe dans le contexte des années 1970-1990, celles du renouveau féministe et de l’affirmation des femmes comme sujets politiques autonomes. Le traitement médiatique des « femmes terroristes » renseigne moins sur ces femmes elles-mêmes que sur les normes de genre de la société qui les observe.