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Que lire sur François Mitterrand ?

Que lire sur François Mitterrand ?

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François Mitterrand est, avec Charles de Gaulle, la figure la plus scrutée et la plus controversée de la Ve République. Né en 1916 à Jarnac, dans une famille de la bourgeoisie catholique charentaise, il traverse un demi-siècle de vie politique française : ministre sous la IVe République dès l’âge de trente et un ans, candidat malheureux face à de Gaulle en 1965, premier secrétaire du Parti socialiste à partir de 1971, il accède finalement à la présidence en 1981 et y reste quatorze ans — un record sous la Ve République.

Son parcours concentre à lui seul une bonne partie des contradictions françaises du XXe siècle : le jeune homme de droite qui prend la tête de la gauche, le pétainiste devenu résistant, l’adversaire des institutions gaullistes qui finit par occuper le fauteuil présidentiel et en user mieux que quiconque. Ajoutez à cela une vie privée d’une complexité romanesque — une famille officielle et une famille secrète avec Anne Pingeot, dont l’existence n’est révélée au public qu’en 1994, une amitié prolongée avec René Bousquet (responsable de la police de Vichy), un cancer de la prostate diagnostiqué dès 1981 et dissimulé pendant onze ans — et vous obtenez un personnage qui, trois décennies après sa mort en janvier 1996, n’a toujours pas livré tous ses secrets.

La bibliographie mitterrandienne compte des centaines de titres. Voici les principaux pour s’y retrouver.


1. Une jeunesse française : François Mitterrand, 1934-1947 (Pierre Péan, 1994)

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Peu de livres ont provoqué, en France, un séisme politique comparable à celui d’Une jeunesse française. Lorsqu’il paraît en septembre 1994, François Mitterrand est encore à l’Élysée et le pays découvre, preuves à l’appui, l’étendue de son engagement vichyste : la francisque — une décoration décernée par le régime de Vichy à ses fidèles — reçue des mains du maréchal Pétain, les amitiés maintenues jusque dans les années 1980 avec d’anciens collaborateurs, dont René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy et organisateur de la rafle du Vél’ d’Hiv en juillet 1942, et un glissement vers la Résistance plus tardif et plus ambigu que le récit officiel ne le laissait entendre. Journaliste d’investigation rompu aux dossiers sensibles, Pierre Péan a mené une enquête minutieuse sur les années 1934-1947, période restée jusqu’alors dans une semi-obscurité commode. La couverture du livre résume tout par le contraste de deux photographies : le jeune homme reçu par Pétain, puis le résistant « Morland », moustachu et méconnaissable.

L’onde de choc est d’autant plus forte que Mitterrand lui-même a participé à l’élaboration du livre — avant de se montrer furieux du résultat. L’apport décisif de Péan est d’avoir forgé, à travers cette enquête, la notion de « vichysto-résistant » : non pas un traître retourné, mais un homme dont le soutien au maréchal et l’entrée en résistance ne sont pas contradictoires mais successifs, parfois simultanés — comme chez beaucoup de Français de cette génération, maréchalistes par réflexe et anti-allemands par conviction. Péan ne verse ni dans le réquisitoire ni dans la défense : il reconstitue un itinéraire dans lequel l’opportunisme, l’audace et l’ambiguïté s’entrelacent sans qu’on puisse toujours les démêler. Ce bouquin reste, trente ans après sa publication, le préalable indispensable à toute lecture sérieuse de la période vichyste de Mitterrand.


2. Mitterrand, une histoire de Français. Tome 1 : Les risques de l’escalade (Jean Lacouture, 1998)

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Jean Lacouture, qui a consacré sa vie à écrire celles des autres — de Hô Chi Minh à de Gaulle, de Malraux à Mendès France —, s’attaque ici à un personnage qu’il sait piégé et piégeant. Ce premier tome couvre la période qui va de l’enfance charentaise à l’accession à l’Élysée en 1981, soit le long roman de la conquête du pouvoir. Son titre dit l’essentiel : Lacouture ne raconte pas seulement Mitterrand, il raconte « une histoire de Français », car le futur président, jusque dans ses zones grises, condense les contradictions d’un pays entier. Entre le catholicisme des origines et le socialisme d’adoption, entre Vichy et la Résistance, entre cynisme et conviction, Mitterrand réunit et exacerbe en lui les tensions françaises du siècle — peut-être par opposition à de Gaulle, qui prétendait, lui, incarner la France dans son unité idéale.

Lacouture ne dissimule pas une certaine empathie pour son sujet — il serait d’ailleurs difficile de passer plusieurs années en compagnie de Mitterrand sans subir la fascination du personnage —, mais cette empathie n’entame pas la rigueur de la démarche. Il retrace la formation d’un homme façonné par ses lectures et ses racines : Mitterrand est un provincial nourri de Maurice Barrès — l’écrivain nationaliste du tournant du siècle, chantre de l’enracinement et de la fidélité aux morts — et de Jacques Chardonne, romancier charentais comme lui, adepte d’une prose intimiste et conservatrice. Féru de littérature, doté d’une patience stratégique redoutable, Mitterrand trouve dans la IVe République (1946-1958) un cadre à sa mesure : un régime parlementaire instable où les gouvernements tombent en cascade et où le pouvoir se gagne non pas dans les urnes mais dans les couloirs de l’Assemblée, à force de coalitions et de manœuvres.


3. Mitterrand, une histoire de Français. Tome 2 : Les vertiges du sommet (Jean Lacouture, 1998)

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Le second tome prend le relais en mai 1981, au moment où Mitterrand accède enfin à ce pouvoir présidentiel, quasi monarchique, qu’il a si longtemps combattu — avant de s’y installer avec un naturel qui en a surpris plus d’un. Lacouture retrace les deux septennats dans leur intégralité : les premiers mois d’euphorie — ce qu’on appelle en politique française l’« état de grâce », la brève période qui suit une élection où le nouveau président bénéficie d’une opinion favorable et d’une opposition tétanisée —, les premières réformes (abolition de la peine de mort, nationalisations, cinquième semaine de congés payés), puis le tournant de la rigueur en 1983, lorsque le gouvernement, confronté à l’inflation galopante et à la fuite des capitaux, renonce à la relance par la dépense publique et adopte une politique d’austérité. Viennent ensuite les deux cohabitations — ces périodes inédites où le président doit gouverner avec un Premier ministre issu du camp adverse (Chirac en 1986, Balladur en 1993) —, les grands travaux parisiens (la Pyramide du Louvre, l’Opéra Bastille, la Bibliothèque nationale de France) et les scandales de la fin du règne, de l’affaire des écoutes téléphoniques de l’Élysée à la révélation de sa fille cachée Mazarine.

L’un des mérites du livre est de ne pas sacrifier la politique étrangère à la politique intérieure, ni l’inverse. Lacouture reconstitue la fermeté inattendue de Mitterrand face à l’administration Reagan — qui tente de le dissuader de nommer des ministres communistes au gouvernement — et sa relation complexe avec Helmut Kohl lors de la réunification allemande en 1989-1990 : Mitterrand accepte l’unification, mais négocie en contrepartie un approfondissement de la construction européenne qui aboutira au traité de Maastricht en 1992. Le biographe assume ici un rôle de chroniqueur critique : témoin de l’époque, il ne se prive pas de porter des jugements, ce qui a fait grincer des dents plus d’un mitterrandien.


4. Les mondes de François Mitterrand : à l’Élysée, 1981-1995 (Hubert Védrine, 1996)

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Hubert Védrine n’est pas un biographe : il a été, pendant quatorze ans, l’un des collaborateurs les plus proches de François Mitterrand, d’abord comme conseiller diplomatique, puis comme porte-parole, enfin comme secrétaire général de l’Élysée — c’est-à-dire le plus haut fonctionnaire de la présidence. Son livre n’est donc ni une biographie ni un mémoire au sens classique, mais une chronique de la politique étrangère française pendant les deux septennats, vue depuis les salons de l’Élysée. D’où la valeur irremplaçable du document : Védrine a assisté aux conseils restreints, aux tête-à-tête avec les chefs d’État, aux arbitrages de crise. Il fait revivre la crise des euromissiles (le bras de fer entre l’OTAN et l’URSS autour du déploiement de missiles nucléaires en Europe au début des années 1980), l’Initiative de défense stratégique de Reagan — surnommée « guerre des étoiles » —, le conflit du Golfe en 1991, la réunification allemande, le drame yougoslave et, plus largement, le basculement du monde bipolaire : la fin de la guerre froide, l’effondrement de l’URSS et l’avènement de ce que Védrine nommera plus tard « l’hyperpuissance américaine ».

Le livre montre comment les décisions de politique étrangère se prennent au sommet de l’État : les dilemmes, les hésitations, les rapports de force entre Paris, Washington, Bonn et Moscou. Védrine décrit un Mitterrand qui revendique une spécificité française sur la scène internationale et refuse de s’aligner sur Washington — que ce soit sur le GATT (les négociations commerciales mondiales), sur le commerce avec le bloc soviétique ou sur la défense antimissile. On notera que le point de vue de l’auteur reste celui d’un fidèle — Védrine ne fait pas mystère de son admiration — et que la question du rôle de la France au Rwanda, sur laquelle il est personnellement mis en cause, y est traitée avec une évidente prudence. Ces réserves formulées, la quantité d’informations de première main fait de cet ouvrage la référence sur la diplomatie mitterrandienne.


5. C’était François Mitterrand (Jacques Attali, 2005)

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Le titre fait écho au C’était De Gaulle d’Alain Peyrefitte, recueil de conversations privées avec le Général devenu un classique, et l’ambition est comparable : livrer le portrait d’un président à travers la fréquentation quotidienne d’un conseiller de premier rang. Polytechnicien, énarque, conseiller spécial à l’Élysée pendant onze ans, Jacques Attali a côtoyé Mitterrand pendant près de deux décennies, dans l’opposition puis au pouvoir. Il puise ici dans les carnets de notes qu’il tenait en parallèle de ses Verbatim — ses journaux de bord de l’Élysée publiés en trois tomes entre 1993 et 1995, dans lesquels il consignait au jour le jour les conversations et les décisions présidentielles. C’était François Mitterrand en constitue le prolongement, avec davantage de recul et de jugement personnel.

L’ouvrage est organisé en sept chapitres thématiques — conquérir le pouvoir, gouverner, changer la vie, défendre la France, construire l’Europe, dévoiler son passé, et enfin la maladie, le rire, la foi, la mort — qui permettent à Attali de dresser un bilan d’ensemble de l’homme et de son action. Le portrait, élogieux dans ses grandes lignes, n’est pas exempt de lucidité : Attali pointe les réformes qui n’ont jamais vu le jour (urbanisme, fiscalité, système de santé, lutte contre le chômage) et reconnaît une certaine amertume face au passé vichyste longtemps inavoué. L’intérêt du livre tient avant tout à son accès direct aux coulisses du pouvoir : les conversations privées, les doutes et les calculs d’un chef d’État tel qu’il se révèle devant son entourage immédiat. Il convient toutefois de garder à l’esprit qu’Attali parle aussi de lui-même — et que la frontière entre le récit du pouvoir et l’autoportrait du conseiller n’est pas toujours aussi nette qu’on pourrait le souhaiter.


6. François Mitterrand (Michel Winock, 2015)

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Michel Winock est l’un des historiens les plus respectés de sa génération : spécialiste de l’histoire intellectuelle et politique française, biographe de Clemenceau, de Flaubert et de Madame de Staël (prix Goncourt de la biographie en 2010), il aborde Mitterrand avec la rigueur d’un universitaire qui n’a rien à prouver ni personne à défendre. Sa biographie, parue près de vingt ans après la mort de son sujet, bénéficie d’un avantage considérable : la distance temporelle, qui permet enfin d’analyser le personnage sans les passions partisanes qui ont longtemps empoisonné le débat. Winock l’annonce d’emblée : il ne s’agit ni d’une biographie exhaustive ni d’un fragment, mais d’un effort pour comprendre un homme et un moment de l’histoire française, sans prononcer de verdict.

Le résultat est une biographie qui privilégie les grandes questions aux petits faits quotidiens. Winock revient sur les origines — la Saintonge, le catholicisme familial, l’influence de Barrès (déjà évoqué plus haut à propos de Lacouture) — et suit les métamorphoses successives du personnage. La question centrale du livre est celle de la sincérité des convictions : Mitterrand croyait-il réellement au socialisme, ou n’y a-t-il vu qu’un véhicule pour son ambition ? La réponse, chez Winock, n’est jamais tranchée ; l’historien livre les éléments du dossier et laisse le lecteur·ice face à l’énigme. Il conclut d’ailleurs, avec une prudence toute professorale, qu’il est « permis de rester dubitatif » quant au statut de grand chef d’État. Sous la plume d’un homme aussi mesuré, cette simple réserve pèse autant qu’une condamnation.


7. François Mitterrand, de l’intime au politique (Éric Roussel, 2015)

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Biographe reconnu de Pompidou, de Mendès France, de Jean Monnet et de Charles de Gaulle — excusez du peu —, Éric Roussel aborde Mitterrand par un angle que ses prédécesseurs avaient négligé : la vie intérieure et affective comme clé de compréhension des choix politiques. Grâce à des correspondances privées jusqu’alors inconnues — notamment avec François Dalle, ami de jeunesse et futur patron de L’Oréal, et avec une cousine proche —, Roussel met au jour un épisode fondateur : une rupture amoureuse qui dévaste le jeune Mitterrand à tel point qu’elle modifie durablement son rapport aux autres. Le provincial catholique, idéaliste et sentimental, se mue en un homme plus dur, plus calculateur, dont le cynisme politique trouve en partie sa source dans cette blessure. Le livre a reçu le prix Montaigne en 2016.

L’apport de Roussel ne se limite pas à cette dimension psychologique. Il éclaire d’un jour neuf plusieurs épisodes restés controversés : les circonstances mal élucidées du départ de Mitterrand pour la Grande-Bretagne à l’automne 1943 — étape décisive de son basculement vers la Résistance et de sa rencontre avec de Gaulle à Alger —, ses liens avec René Bousquet, auquel il doit peut-être la vie, et son rapport ambigu à l’argent et aux milieux d’affaires. Roussel s’appuie sur des archives françaises et étrangères, ainsi que sur des entretiens avec Gorbatchev, Giscard d’Estaing, Sarkozy et Hollande, pour dessiner un Mitterrand qui n’est ni de gauche ni de droite au sens idéologique du terme, mais dont toute la cohérence se construit dans une relation d’admiration et de rivalité avec de Gaulle : il s’oppose à lui politiquement tout en imitant sa stature, sa mystique du pouvoir et jusqu’à sa méfiance finale envers les partis — y compris le sien.


8. François Mitterrand : portrait d’un ambigu (Philip Short, 2015)

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Il fallait peut-être un regard étranger pour produire la biographie la plus complète — et la moins complaisante — de François Mitterrand. Journaliste britannique, correspondant de la BBC à Paris pendant les années Mitterrand, Philip Short avait déjà signé des biographies de référence sur Mao Zedong et Pol Pot : autant dire qu’il a le cuir tanné en matière de dirigeants retors. Son Portrait d’un ambigu, traduit de l’anglais, se déploie sur près de 900 pages et bénéficie d’un double avantage : la distance de l’observateur étranger, qui ne doit rien au sérail politique français, et l’accès à des archives américaines et britanniques que les biographes hexagonaux n’ont pas ou peu consultées.

Short retranscrit de nombreuses conversations entre Mitterrand et les dirigeants de son époque — Kohl, Reagan, Bush père, Thatcher (qu’il appréciait beaucoup, et c’était réciproque), Gorbatchev — et donne à voir le président français en action sur la scène internationale avec une précision remarquable. Il consacre aussi une place importante à la vie privée : la gestion au quotidien de ses deux familles, les maîtresses, les amitiés d’affaires, le rapport trouble à l’argent. On a pu reprocher à Short d’accorder trop d’espace au terrorisme qui a frappé la France sous les deux mandats (les attentats de 1985-1986, l’affaire des otages au Liban), mais l’ampleur de la recherche et l’absence de parti pris — ni hostilité ni complaisance — font de ce bouquin un contrepoint salutaire aux biographies françaises, qui sont souvent — qu’elles l’admettent ou non — écrites depuis l’intérieur du système.