Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire sur la monarchie de Juillet ?

Que lire sur la monarchie de Juillet ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Le 27 juillet 1830, Paris se couvre de barricades. Frère cadet de Louis XVI et dernier souverain de la branche aînée des Bourbons, le roi Charles X a signé, deux jours plus tôt, quatre ordonnances qui suspendent la liberté de la presse, dissolvent la Chambre des députés nouvellement élue, restreignent le corps électoral et convoquent de nouveaux scrutins. Les libéraux y voient un coup d’État constitutionnel. Les journalistes, dont les journaux sont du jour au lendemain frappés d’interdiction, appellent à la résistance et donnent le signal de la rébellion. En trois journées d’émeute — les fameuses Trois Glorieuses —, le peuple parisien renverse le régime. Charles X abdique et prend le chemin de l’exil.

Mais la République ne s’impose pas. Quelques députés libéraux, des banquiers comme Laffitte, le vieux La Fayette et le jeune Thiers orchestrent un compromis : porter au trône le duc d’Orléans, cousin du roi déchu, descendant d’une branche cadette des Bourbons et fils de « Philippe Égalité » qui avait voté la mort de Louis XVI en 1793. Le duc devient Louis-Philippe Ier et change de titre : il ne sera plus « roi de France » — formule qui suggérait un droit divin sur un territoire — mais « roi des Français », formule qui place la souveraineté dans la nation. Le drapeau blanc des Bourbons cède la place au tricolore.

S’ouvre alors un régime de dix-huit années, adossé à une Charte révisée : une monarchie constitutionnelle où le roi gouverne avec deux Chambres, où les grands rivaux politiques sont Adolphe Thiers et François Guizot, et où le droit de vote est réservé aux hommes qui paient un certain montant d’impôt direct — le cens. Cela fait environ 170 000 électeurs en 1830, 240 000 à la veille de 1848, pour un pays de 35 millions d’habitants. De là l’expression « pays légal » (les contribuables assez riches pour voter) opposé au « pays réel » (tous les autres, qui n’ont aucune voix). La paix extérieure tient, le chemin de fer se déploie, la banque et l’industrie prospèrent ; les années 1830-1848 sont aussi celles de la grande poussée du romantisme, de Balzac, de Hugo, de Delacroix. Mais la fracture sociale se creuse, les émeutes ouvrières de Lyon et de Paris sont réprimées dans le sang, et le refus de Guizot d’élargir le cens en 1847 allume la mèche : en février 1848, une nouvelle révolution emporte Louis-Philippe à son tour.

Longtemps, la mémoire nationale a retenu de cette époque une image médiocre, celle d’un règne bourgeois, gris, corrompu par l’argent. La caricature a beaucoup contribué à la légende : en 1831, le journaliste Charles Philipon transforme d’un trait de plume le visage du roi en poire — un symbole aussitôt repris par Daumier et devenu inséparable de la figure royale. L’historiographie des trente dernières années a nuancé ce portrait et rendu au régime sa complexité : un laboratoire du libéralisme français, une tentative sérieuse pour clore enfin le cycle ouvert par 1789, un moment fondateur du parlementarisme.

Les sept livres qui suivent sont classés dans un ordre de lecture progressif. On commence par une courte synthèse qui pose les bases ; on passe ensuite à deux panoramas complets, l’un contemporain, l’autre classique, pour embrasser toute la période ; on entre alors dans le détail de l’événement fondateur de 1830, avant d’aborder deux biographies — celle du roi, puis celle de son grand ministre — qui incarnent le régime ; on termine par un témoignage de première main, celui d’un acteur lucide de la chute.


1. La monarchie de Juillet (Hervé Robert, 1994)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Publié dans la collection Que sais-je ? des PUF et réédité en 2017 au CNRS, le volume d’Hervé Robert — magistrat et maître de conférences, spécialiste reconnu de l’orléanisme et des princes d’Orléans — est un bon point de départ. En cent vingt pages, il livre une synthèse ramassée qui alterne les chapitres chronologiques (« les temps héroïques » de 1830-1835, la stabilisation puis la sclérose des années 1839-1848) et les chapitres thématiques consacrés aux institutions, à l’économie, à la société, à la vie intellectuelle et religieuse ou à la politique extérieure.

L’auteur ne cache pas sa sympathie pour la période et pour son souverain. Il plaide pour qu’on examine le régime orléaniste pour lui-même, sans le réduire à une simple transition entre l’Ancien Régime et la démocratie moderne, et sans le juger uniquement à l’aune de son effondrement. Pour Hervé Robert, Louis-Philippe a d’abord été le roi qui a installé le parlementarisme à l’intérieur et préservé la paix à l’extérieur — ce qui, pour un règne de dix-huit ans qui vit la France frôler la guerre générale pendant la crise d’Orient de 1840 et son souverain échapper à sept attentats (dont la « machine infernale » de Fieschi en 1835, qui tua dix-huit personnes boulevard du Temple), n’est pas rien.

Le format resserré impose la densité et interdit les longueurs. C’est la vertu du livre : en quelques heures de lecture, on en possède la charpente du régime, ses grands acteurs, ses débats, ses tensions. Un socle avant d’aborder des synthèses plus amples.


2. La Monarchie de Juillet (Gabriel de Broglie, 2011)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Avec cette somme publiée chez Fayard, Gabriel de Broglie — membre de l’Académie française et ancien chancelier de l’Institut de France, par ailleurs biographe de Guizot et de Mac Mahon — offre la synthèse moderne qui manquait depuis longtemps. Quatre cent soixante pages nourries d’une connaissance intime de l’orléanisme, ponctuées de longs extraits de Hugo, de Chateaubriand, de Rémusat, de Louis Blanc ou de Tocqueville.

L’auteur refuse de condamner les aspirations de 1830 sous prétexte que le régime a fini dans le discrédit. Il insiste au contraire sur la cohérence du projet orléaniste : stabiliser les acquis de 1789 sans retomber dans les excès de 1793, développer l’économie, garantir la paix européenne, implanter des institutions libérales durables. C’est ce qu’il nomme le régime du « juste milieu » — formule de Louis-Philippe lui-même, qui voulait tenir à la fois à distance les nostalgiques de l’Ancien Régime et les républicains, et refuser aussi bien « l’excès du pouvoir populaire » que « les abus du pouvoir royal ». Ce juste milieu, adossé à une bourgeoisie satisfaite, a fini par oublier l’intérêt du plus grand nombre, ce que comprendra parfaitement Louis-Napoléon, dix-huit ans plus tard, lorsqu’il restaurera le suffrage universel masculin.

Le livre couvre à peu près tout : le jeu parlementaire, les grands ministères qui se sont succédé (Laffitte, Casimir Perier, Thiers, Soult, Guizot), la politique étrangère, l’essor industriel et financier, la Garde nationale, la presse, la vie intellectuelle, la question ouvrière et les insurrections. Précis, alerte, documenté, il constitue aujourd’hui la référence pour qui veut embrasser toute la période. Les lecteurs les plus pressés pourront trouver le découpage en nombreuses sous-parties un peu lourd ; ce défaut mineur est le prix de l’exhaustivité.


3. Histoire de la monarchie de Juillet, 1830-1848 (Sébastien Charléty, 1921)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Voici le classique. Paru en 1921 dans la grande Histoire de France contemporaine dirigée par Ernest Lavisse, l’ouvrage de Sébastien Charléty — historien républicain, futur recteur de l’Académie de Paris — reste un siècle plus tard un passage obligé. Sa réédition chez Perrin en 2018, préfacée par Arnaud Teyssier (biographe de Louis-Philippe, par ailleurs présent dans cette liste), prouve qu’il se lit encore avec profit.

Charléty écrit en républicain lucide, qui refuse la caricature d’un roi « bourgeois » borné. Son Louis-Philippe est intelligent, cultivé, volontaire, soucieux de réconcilier les deux France issues de la Révolution et de la Contre-Révolution — mais aussi un politique rusé, toujours tenté de tirer discrètement les institutions vers un pouvoir plus personnel. Son pays, prospère en apparence, voit le fossé entre riches et modestes se creuser chaque jour davantage. Un régime qui se croit assez solide pour maintenir l’ordre en France et l’harmonie en Europe, mais qui redoute trop le peuple pour croire aux vertus du suffrage universel, et qui s’effondre sans avoir vu venir la déflagration : la grille d’analyse de Charléty, forgée en 1921, reste étonnamment opératoire aujourd’hui.

Ce qui n’a pas vieilli, c’est la clarté pédagogique du récit, la sûreté des analyses et le sens de la formule d’un historien volontiers ironique. La narration des derniers jours de Charles X se lit d’une traite. On y suit Louis-Philippe qui louvoie entre les factions — armée, députés, républicains, bonapartistes. On y assiste à la scène décisive du 31 juillet 1830 à l’Hôtel de Ville : pour donner au nouveau roi la caution du peuple, le vieux La Fayette — héros des deux mondes, figure tutélaire de la gauche libérale — paraît à la fenêtre avec lui, enveloppé dans un drapeau tricolore, et l’embrasse. Chateaubriand ironisera : « le baiser républicain de La Fayette a fait un roi ». Un pilier à lire après les synthèses récentes, auxquelles il a servi de matrice.


4. Les Trois Glorieuses : la révolution de 1830 démystifiée (Daniel de Montplaisir, 2022)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Conseiller honoraire de l’Assemblée nationale et spécialiste des Bourbons et du légitimisme — courant qui, après 1830, refusera la légitimité du nouveau régime et maintiendra sa fidélité à la branche aînée en exil, notamment au comte de Chambord —, Daniel de Montplaisir a déjà signé chez Perrin des biographies de Charles X et dudit comte de Chambord. Il s’attaque ici aux trois journées fondatrices — les 27, 28 et 29 juillet 1830 — et assume la thèse suivante : la révolution de Juillet n’est pas la belle insurrection populaire qu’en a fait la légende officielle. Le peuple de Paris s’est bien battu, mais pour des intérêts qui n’étaient pas les siens ; la presse libérale, les sociétés politiques et les milieux bancaires proches du duc d’Orléans ont attisé l’émeute, puis l’ont confisquée à leur profit.

L’auteur revient longuement sur le règne de Charles X, qu’il réévalue à la lumière des travaux récents de Benoît Yvert et d’Emmanuel de Waresquiel. Il pose quelques questions gênantes. Peut-on vraiment parler de révolution quand Paris s’embrase mais que la province demeure presque silencieuse, voire hostile ? Pourquoi la monarchie légitime s’est-elle si mal défendue, politiquement comme militairement ? Les ordonnances de juillet ont-elles vraiment pu, à elles seules, renverser un trône ? La réponse de Montplaisir est claire : une coalition d’intérêts — financiers, journalistes, députés orléanistes — avait préparé depuis longtemps le remplacement d’une aristocratie traditionnelle par ce qu’il appelle, avec une sévérité assumée, une « ploutocratie opportuniste ». Selon sa formule, Louis-Philippe fut « un roi au rabais né de la conjonction de la banque, de la barricade et de la lâcheté ».

Daniel de Montplaisir ne se contente pas de rectifications factuelles. Il ouvre une réflexion sur ce que Montplaisir nomme le « syndrome » révolutionnaire français, dont la trace se retrouverait jusque dans mai 1968 ou le mouvement des Gilets jaunes. La sympathie de l’auteur pour la cause légitimiste est revendiquée — il faut le savoir en le lisant — mais la rigueur de la synthèse, adossée aux meilleures sources imprimées et aux témoignages des acteurs, en fait un contrepoint précieux au récit héroïque des Trois Glorieuses qu’a transmis le XIXe siècle.


5. Louis-Philippe : le dernier roi des Français (Arnaud Teyssier, 2010)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Une fois le régime installé, il faut en rencontrer l’incarnation. Haut fonctionnaire et biographe reconnu de Lyautey et de Péguy, Arnaud Teyssier s’y emploie chez Perrin avec une biographie qui a valeur de réhabilitation. Car Louis-Philippe n’a pas bonne presse : né d’une révolution, renversé par une autre, moqué en « roi bourgeois », il traîne l’image immortalisée par Daumier du souverain à tête de poire — caricature inventée en 1831 par le journaliste Charles Philipon, qui montra au tribunal qu’on pouvait transformer le visage royal en fruit en quatre traits de crayon, et qui devint l’arme graphique la plus redoutable du règne. On parle parfois, pour dénigrer, d’un style « louis-philippard » : à la fois pesant, bourgeois et ridicule.

Teyssier restitue un prince d’une lucidité rare, formé par la Révolution (son père « Philippe Égalité » a voté la mort de Louis XVI avant d’être lui-même guillotiné en 1793), par l’exil sous la Terreur (Louis-Philippe a vécu en Suisse, aux États-Unis, en Angleterre), par l’Empire et par la Restauration. Arrivé au trône à cinquante-sept ans, il a cherché à bâtir une monarchie adaptée à une société transformée, à réconcilier sous un même régime les héritiers de 1789 et les nostalgiques de l’Ancien Régime, à poser les bases d’une politique moderne. Il a régné dix-huit ans sur une France partagée entre des nostalgies contradictoires — celle des Bourbons chez les légitimistes, celle de l’Empire chez les bonapartistes, celle de la République chez une jeunesse étudiante — et dépourvue d’horizon commun. La mort accidentelle de son fils aîné, Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans — tué en juillet 1842 dans un accident de voiture à cheval à Neuilly —, lui enleva l’héritier brillant qu’il avait formé. Le nouvel héritier, le comte de Paris, n’avait encore que quatre ans : la question de la régence empoisonna les dernières années du règne et fragilisa durablement la dynastie.

Le livre s’appuie sur des archives privées et accorde une grande place à la politique étrangère, ainsi qu’à la figure d’Adolphe Thiers, le rival longtemps indispensable de Guizot. Certains lecteurs regretteront qu’on n’y trouve pas davantage sur les conditions de vie populaires et sur les débuts de l’industrialisation — c’est le principal angle mort de la biographie. Il n’en reste pas moins qu’elle renouvelle le regard porté sur un souverain trop longtemps caricaturé, y compris par les historiens eux-mêmes.


6. François Guizot (Laurent Theis, 2008)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Pour saisir la monarchie de Juillet, il faut aussi lire son homme d’État le plus emblématique. Protestant du Gard, orphelin d’un père girondin guillotiné en 1794, François Guizot (1787-1874) fut professeur d’histoire à la Sorbonne, ministre de l’Instruction publique, des Affaires étrangères, puis chef réel du gouvernement de 1840 à 1848. Son nom reste associé, bien injustement, à un « Enrichissez-vous » tronqué. La phrase véritable, adressée en 1843 aux électeurs censitaires qui réclamaient un élargissement du droit de vote, était : « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne, et alors vous deviendrez électeurs. » L’idée — très orléaniste — était qu’on accédait au suffrage par la réussite économique, non par la naissance. La citation, amputée de sa seconde moitié, est devenue le symbole d’un règne prétendument soumis à l’argent.

Laurent Theis — normalien, docteur en histoire, d’abord médiéviste avant de venir à Guizot par le biais des nombreux travaux d’histoire médiévale que celui-ci avait lui-même publiés — lui consacre cinq cent cinquante pages chez Fayard. Le parti pris est original : plutôt qu’une biographie chronologique classique, une étude thématique. Un court chapitre initial résume la vie ; les suivants abordent tour à tour les amitiés, les femmes (Guizot les aima beaucoup, elles le lui rendirent bien — la princesse de Lieven tint salon pour lui et fut sans doute sa maîtresse), la famille, la vie quotidienne, la politique, la religion. Theis n’épargne pas à son héros ses défauts : un ego démesuré, une incapacité presque pathologique à se remettre en cause, qui lui coûta le pouvoir en février 1848, la sécheresse obstinée avec laquelle il refusa la réforme électorale que réclamait le pays. Mais il rend aussi justice à ses grandeurs : grand historien, ministre fondateur de l’école primaire publique (loi du 28 juin 1833, qui oblige chaque commune à entretenir une école de garçons), promoteur de la première loi qui régula le travail des enfants dans l’industrie (1841), artisan du rapprochement franco-britannique appelé Entente cordiale.

La lecture est exigeante : les phrases sont longues, le plan thématique impose des allers-retours chronologiques qui supposent un public déjà familier de la période — d’où l’intérêt d’aborder ce livre après les synthèses. Mais l’effort se révèle fécond : on y découvre un intellectuel et un homme d’État qui tenta de concilier l’ordre et la liberté dans le cadre d’une monarchie fondée sur l’équilibre des pouvoirs et sur le mérite. Une figure à réhabiliter autant que son roi.


7. Souvenirs (Alexis de Tocqueville, 1893)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

On clôt le cycle par la voix d’un acteur, et pas le moindre. Auteur de De la démocratie en Amérique et futur auteur de L’Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville a été député de la Manche de 1839 à 1851 — d’abord au centre gauche pendant les dernières années de Louis-Philippe, puis au « parti de l’Ordre » après 1848 —, et brièvement ministre des Affaires étrangères du gouvernement Barrot en 1849. Rédigés en 1850-1851 dans la solitude qui suivit sa sortie du pouvoir, les Souvenirs ne furent publiés qu’en 1893 par son petit-neveu Christian de Tocqueville — conformément à la volonté de l’auteur, qui voulait laisser mourir les personnes concernées avant que paraisse la charge.

Le livre raconte ce qu’il a vu des dernières années de la monarchie de Juillet, de la révolution de février 1848, des journées de Juin — l’insurrection ouvrière écrasée par Cavaignac au prix de plusieurs milliers de morts — et de son passage au ministère. Tocqueville juge ce Parlement de la fin du règne rempli de talents brillants qui s’ennuient mutuellement à s’écouter, pendant que la nation elle-même s’ennuyait à les entendre : formule qui dit tout du vide politique d’avant 1848. Sa description du 24 février, où il respire pour la première fois « l’atmosphère des révolutions » dans une rue vide aux boutiques closes, est un morceau d’anthologie. Son portrait au vitriol de Blanqui — « l’aspect d’un corps moisi », tout juste échappé d’un égout — ou celui, plus cruel encore, de Lamartine, auquel il dénie toute pensée du bien public, sont restés célèbres.

Tocqueville y occupe une double posture : acteur engagé dans les événements, mais aussi observateur qui prend de la hauteur pour en dégager les causes générales. Il avait prédit, dans un discours du 27 janvier 1848, que le sol tremblait sous la monarchie ; il reconnaît pourtant dans les Souvenirs n’avoir pas imaginé la forme exacte que prendrait la chute. Sa lucidité sur la « guerre de classe à classe » que furent les journées de Juin, sa critique du règne des intérêts bourgeois, son sens du portrait — que les critiques comparent volontiers aux caricatures de Daumier — font de ces pages un livre à la fois politique, philosophique et littéraire. La meilleure façon de comprendre ce que fut la monarchie de Juillet pour celles et ceux qui la vécurent de l’intérieur.