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Que lire sur Magellan ?

Que lire sur Magellan ?

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Fernão de Magalhães — Fernand de Magellan pour les francophones — naît vers 1480 dans une famille de petite noblesse du nord du Portugal. Il sert d’abord la couronne portugaise aux Indes puis au Maroc, où il est blessé au combat à Azemmour en 1513 (une blessure qui le fera boiter le reste de sa vie). Accusé à tort de commerce illégal avec l’ennemi, il voit sa demande de pension refusée par le roi Manuel Ier et bascule dans la disgrâce. Il propose alors son projet à la couronne rivale : atteindre les îles Moluques — archipel indonésien où poussent les clous de girofle et la noix de muscade, épices dont la valeur est telle qu’au XVIe siècle on paie des propriétés en grains de poivre — non pas par la route orientale que contrôlent les Portugais, mais par l’ouest, via un hypothétique passage au sud du continent américain. Jeune roi fraîchement installé et en quête de prestige, Charles Ier d’Espagne (futur Charles Quint) accepte.

Le 20 septembre 1519, cinq navires et quelque 237 hommes quittent Sanlúcar de Barrameda. Trois ans plus tard, un seul navire rentre au port avec dix-huit survivants. Magellan, lui, ne rentrera jamais : il meurt le 27 avril 1521 sur la plage de Mactan, aux Philippines, lors d’une expédition punitive qu’il avait acceptée pour aider un chef allié à soumettre un seigneur rival. Son second, le Basque Juan Sebastián Elcano, prend le commandement du Victoria une fois les cales remplies d’épices aux Moluques. Plutôt que de retraverser un Pacifique qui avait décimé l’équipage, il choisit de rentrer par l’ouest, via l’océan Indien et le cap de Bonne-Espérance — au risque d’être capturé par les Portugais qui contrôlent cette route. C’est ce pari pragmatique qui transforme l’aventure en première circumnavigation : elle n’avait jamais été planifiée comme telle, et le contrat initial avec la couronne espagnole stipulait un simple aller-retour aux Moluques.

Voici sept livres pour aborder cette aventure : d’abord le périple mis en dessins, puis la grande biographie littéraire qui a façonné la légende, ensuite la fresque narrative américaine qui la prolonge avec une documentation plus récente, puis le dictionnaire qui permet de piocher par thème, la relecture critique qui bouscule le récit héroïque, et enfin les deux éditions de la source première — celle de Pigafetta — dans leurs versions accessible puis monumentale.


1. L’Incroyable périple de Magellan, 1519-1522 (François de Riberolles, Ugo Bienvenu, 2023)

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Adapté de la série documentaire en quatre épisodes diffusée sur Arte en 2022, ce grand album de cent quatre-vingt-douze pages (format 30 × 25 cm) propose une entrée en matière visuelle idéale pour qui veut saisir rapidement les grandes lignes de l’épopée. François de Riberolles signe le texte, Ugo Bienvenu dirige l’équipe de dessinateurs du studio Remembers. Toutes en nuances de bleu, les illustrations donnent au livre une unité graphique forte : gros plans de visages très expressifs, paysages marins en double page, scènes de pont où les corps s’entassent dans la tempête.

Le récit suit l’ordre chronologique — Magellan avant l’embarquement, les tractations avec Charles Quint, la préparation minutieuse de la flotte, puis les épreuves en mer : mutineries, faim, hivernage dans la baie Saint-Julien en Patagonie, traversée sans fin du Pacifique, mort à Mactan. Les zones d’ombre ne sont pas gommées : les erreurs de calcul de Magellan sur la position réelle des Moluques (il les promettait dans la zone espagnole alors qu’elles tombaient en fait côté portugais selon le traité de Tordesillas), la violence infligée aux populations rencontrées, et le bilan humain catastrophique — plus de neuf marins sur dix n’en reviennent pas. Le format convient à l’ampleur du sujet et ravira adultes et adolescent·es.


2. Magellan (Stefan Zweig, 1938)

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Zweig écrit cette biographie lors d’une traversée vers le Brésil en 1937, alors que l’Europe bascule : le livre paraît l’année de l’Anschluss ; exilé d’Autriche par le nazisme, son auteur se donnera la mort au Brésil quatre ans plus tard. Ce contexte n’est pas anecdotique — il imprègne le portrait d’un homme seul, renié par sa patrie, qui tient bon contre vents et mutineries au nom d’une idée plus grande que lui. Le texte se lit comme un roman d’aventures : on suit les tractations à la cour espagnole, l’appareillage, les mutineries de la baie Saint-Julien (réprimées à coups d’écartèlements), la découverte du détroit après des semaines d’angoisse, puis les cent jours de traversée du Pacifique sans voir une terre, les gencives qui saignent et les rats vendus au prix fort.

Le Magellan de Zweig est un homme de fer, opiniâtre, sévère, presque sans défauts — ce qui fait à la fois la force du livre (son pouvoir d’entraînement) et sa limite. Les recherches postérieures, notamment celles de Xavier de Castro et de Michel Chandeigne, ont montré que plusieurs passages reposent sur des sources datées ou mal interprétées : des chiffres erronés, des épisodes romancés, une lecture un peu trop héroïque du personnage. Lire Zweig, c’est donc lire un grand récit littéraire qui a forgé le mythe contemporain de Magellan, plutôt qu’un manuel d’histoire fiable. Deux éditions méritent d’être signalées : la version Paulsen, illustrée de gravures anciennes et de portulans, et la nouvelle traduction de Françoise Wuilmart parue chez J’ai lu pour le cinquième centenaire du voyage — la précédente datait de 1938 et accusait son âge.


3. Par-delà le bord du monde — L’extraordinaire et terrifiant périple de Magellan (Laurence Bergreen, 2005)

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Paru en anglais en 2003 sous le titre Over the Edge of the World et traduit par Dominique Peters, ce livre du biographe américain Laurence Bergreen — également auteur de vies d’Al Capone et de Louis Armstrong — prend le relais de Zweig avec une documentation plus récente et une ampleur de plus de cinq cents pages. Bergreen a dépouillé les archives espagnoles, italiennes et portugaises, visité les lieux du périple, et reconstitué l’aventure jour par jour. Là où Zweig cherchait la psychologie du héros, Bergreen cherche la matérialité de l’expédition : ce qu’on mangeait à bord, comment on dormait, combien coûtait un clou de girofle à Séville, comment on soignait le scorbut (ou plutôt comment on échouait à le soigner).

Le ton est plus rude et moins hagiographique que chez Zweig. Bergreen ne ménage ni le capitaine-général ni ses hommes : violences coloniales aux Philippines, bacchanales dans les îles, exécutions sommaires après les mutineries, tout y passe. Le portrait qui en ressort est celui d’un homme ambigu — grand navigateur, chef impitoyable, catholique mystique porté par une foi quasi messianique qui finira par le perdre à Mactan. Deux reproches reviennent chez les lecteurs : des annonces qui déflorent le suspense (« Magellan allait bientôt regretter cette décision ») et quelques passages qui s’étirent. Cela reste, à ce jour, la fresque grand public la plus complète disponible en français.


4. Magellan — Dictionnaire d’une épopée révolutionnaire (Marc Wiltz, 2024)

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Marc Wiltz a fondé en 1999 les éditions Magellan & Cie, dédiées à la littérature de voyage — et baptisées, on l’aura deviné, en hommage au navigateur. Paru en 2024 et couronné par un prix de la Société de Géographie en 2025, ce dictionnaire rassemble en entrées alphabétiques tout ce qui compose l’épopée : les hommes (Elcano, Pigafetta, l’astronome Rui Faleiro qui devait embarquer mais fut écarté in extremis, l’esclave malais Enrique), les cinq navires (Trinidad, San Antonio, Concepción, Santiago, Victoria), les lieux traversés, les épices, les notions clés (traité de Tordesillas qui partageait le monde entre Espagne et Portugal, antiméridien, scorbut), les légendes (Patagons géants, sirènes) et les controverses historiographiques.

L’ouvrage se consulte autant qu’il se lit : on entre par une entrée et l’on remonte de renvoi en renvoi. Son autre atout tient à l’iconographie — environ trois cents documents, dont de nombreuses cartes anciennes et portulans du XVIe siècle, mis en regard du texte. Le livre sert de complément idéal à une biographie narrative : on y vérifie un fait, on approfondit un personnage secondaire, on visualise une route sur un portulan — sans avoir à plonger dans les mille pages de l’édition critique de Chandeigne.


5. Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan (Romain Bertrand, 2020)

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Voilà le livre qui vient tout bousculer. Historien au CERI de Sciences Po, spécialiste de l’Indonésie coloniale, Romain Bertrand est l’une des grandes figures françaises de l’« histoire connectée » — un courant qui refuse de ne raconter les contacts entre civilisations que du point de vue européen et croise systématiquement sources occidentales et sources locales. Après L’Histoire à parts égales (Seuil, 2011), il s’attaque en cent quarante pages incisives au mythe Magellan. Conçu initialement comme une lecture publique pour le banquet d’été de l’abbaye de Lagrasse, le texte en garde l’oralité et le sens du rythme.

Digne d’un polar, le titre annonce trois démolitions : Magellan n’a pas fait le tour du monde (il meurt à mi-parcours) ; il n’a pas prouvé que la Terre était ronde (on le savait depuis Ératosthène, au IIIe siècle avant notre ère) ; il n’avait d’ailleurs pas pour mandat d’en faire le tour, puisque son contrat avec la couronne espagnole prévoyait un aller-retour aux Moluques. Bertrand démonte ensuite l’imagerie héroïque héritée du récit flatteur de Pigafetta et amplifiée par Zweig. Il redonne une place aux grands absents du récit occidental : les sultans de Bornéo et de Cebu qui négocient avec les Européens sans se laisser impressionner, les peuples de l’Insulinde dont certaines sources asiatiques ne mentionnent même pas le passage des Espagnols, et surtout Enrique — l’esclave malais de Magellan, ramené de Malacca en 1511, qui servait d’interprète et qui, une fois affranchi à la mort de son maître, serait peut-être rentré chez lui : autrement dit, le vrai premier homme à avoir bouclé le tour du globe.

Le style fait beaucoup : phrases courtes et rythmées, oralité et pastiche ironique assumés, érudition dissimulée sous la légèreté du conte. Certains lecteurs y voient un déboulonnage un peu systématique des idoles européennes ; d’autres, une salutaire mise au point historiographique. Dans les deux cas, un livre court et indispensable pour lire tout ce qui précède avec un œil plus aiguisé.


6. Le Voyage de Magellan, 1519-1522 — La relation d’Antonio Pigafetta du premier tour du monde (Antonio Pigafetta, Xavier de Castro, Michel Chandeigne, 2017)

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Jeune gentilhomme de Vicence arrivé en Espagne dans la suite du nonce apostolique, Antonio Pigafetta obtient une place à bord en qualité de sobresaliente — passager surnuméraire sans fonction précise — par pure curiosité pour « les choses grandes et admirables de l’océan ». Il sera l’un des dix-huit survivants du Victoria. Écrit dans un italien teinté de vénitien et truffé d’emprunts hispaniques, son journal constitue la source la plus célèbre sur l’expédition. Cette édition de poche (349 pages) condense le monumental travail d’édition critique publié par Chandeigne en 2007. On y trouve une transcription rigoureuse établie à partir des quatre manuscrits existants, des notes qui corrigent chapitre par chapitre les erreurs et silences de Pigafetta, un cahier cartographique en couleurs, une chronologie et l’index des participants.

C’est le moyen le plus accessible d’entendre la voix d’un témoin direct, avec ses passages savoureux : les Patagons présentés comme des géants (d’où la légende tenace), les coutumes de Brunei, les vocabulaires recueillis sur place en tupi du Brésil, en malais et en cebuano, les anecdotes du quotidien à bord. Les notes de Castro valent à elles seules le détour : elles remettent en place ce que Pigafetta embellit, tait ou confond, et offrent un contrepoint critique indispensable. Pour beaucoup de lecteur·ices, c’est ici que l’aventure cesse d’être un récit de seconde main pour devenir un texte d’époque, brut, que l’on peut confronter soi-même à ce que disent les biographies modernes.


7. Le Voyage de Magellan, 1519-1522 — La relation d’Antonio Pigafetta et autres témoignages (Antonio Pigafetta, Xavier de Castro, Michel Chandeigne, 2007 / nouvelle édition 2022)

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Pour qui veut aller au bout du bout, voici l’ouvrage de référence mondial sur le sujet. Mille quatre-vingt-huit pages, désormais regroupées en un unique volume relié sur papier bible avec cahier cartographique en couleurs, fruit de cinq années de recherches menées par Michel Chandeigne (sous le pseudonyme de Xavier de Castro), Jocelyne Hamon et Luís Filipe Thomaz. La première partie reprend l’édition critique de Pigafetta ; la seconde — et c’est là toute la différence avec la version de poche — rassemble l’intégralité des autres témoignages.

On y trouve les récits et lettres des compagnons de Magellan : Ginés de Mafra, Martín de Ayamonte, Juan Sebastián Elcano, le pilote Francisco Albo (dont le routier note jour après jour les positions de la flotte), Gonzalo Gómez de Espinosa, Leone Pancaldo, Giovanni Battista, plus deux anonymes ; les dépositions recueillies au retour lors de l’enquête royale, les chroniques contemporaines (Pierre Martyr d’Anghiera, Maximilien Transylvain) et divers documents d’archives. Le croisement de ces voix change la donne : là où Pigafetta noircit un mutin ou passe sous silence un épisode délicat, un autre témoin donne sa version ; les chiffres contradictoires se recoupent ; la liste exacte des équipages, reconstituée nom par nom, est ici établie pour la première fois. Simon Leys, dans Le Figaro littéraire, saluait en 2008 un travail d’une « précision et [d’]une clarté tout simplement prodigieuses ».