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Que lire après « Shantaram » de Gregory David Roberts ?

Que lire après « Shantaram » de Gregory David Roberts ?

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Shantaram est un roman de l’écrivain australien Gregory David Roberts, paru en 2003 et traduit en français chez Flammarion en 2006. Largement inspiré de la vie de l’auteur, on y suit Lin, braqueur évadé de prison qui se réfugie à Bombay dans les années 1980. Fugitif sans identité, il s’installe dans un bidonville, y ouvre une clinique de fortune, puis bascule dans le monde de la mafia locale sous la houlette de Khader Khan, parrain-philosophe. Entre hôtels cinq étoiles et bas-fonds, guerres de gangs et studios de Bollywood, amour fou pour Karla — aussi insaisissable que dangereuse — et passage par les geôles indiennes, le roman s’est vendu à plus de sept millions d’exemplaires et a été traduit en 44 langues.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ces mille pages, voici quelques pistes — certaines prolongent le voyage, d’autres le remettent en perspective.


1. L’ombre de la montagne (Gregory David Roberts, 2015)

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La suite directe de Shantaram reprend le fil deux ans après les événements du premier tome. Lin a perdu Khaderbhai, son père de substitution, et Karla, l’amour de sa vie, s’est mariée à un magnat de la presse. Toujours faussaire de passeports pour la mafia de Bombay, il se retrouve pris dans une nouvelle guerre des gangs alors qu’un vieil homme mystique entreprend de démolir, une par une, ses certitudes.

Si Shantaram était en grande partie autobiographique, ce second volume fait la part belle à la fiction. On retrouve la bande — Abdullah, Kavita, Lisa, Didier — et le même Bombay survolté, entre violence crue et solidarités de circonstance. Le roman a divisé les lecteur·ices : certain·es y ont retrouvé le souffle du premier tome, d’autres ont regretté un excès de personnages et de digressions philosophiques. Mais pour qui n’est pas prêt·e à quitter l’univers de Lin, ces 900 pages constituent le seul prolongement qui existe — et à ce titre, elles sont indispensables.


2. Bombay Maximum City (Suketu Mehta, 2004)

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De retour à Bombay en 1998 après vingt et un ans d’absence, le journaliste et écrivain Suketu Mehta retrouve une ville méconnaissable. Celle de son enfance a cédé la place à Mumbai, mégapole de vingt millions d’habitants encore secouée par les émeutes entre hindous et musulmans de 1992-1993. Mehta veut tout voir, tout comprendre : il fréquente des tueurs à gages et des indicateurs de police, pénètre les coulisses de l’industrie du cinéma, suit le parcours de Mona Lisa, danseuse des bars chauds de la ville, et celui de Honey/Manoj, personne transgenre à la double vie.

Ce récit de non-fiction, finaliste du prix Pulitzer en 2005 et lauréat du Kiriyama Prize, fonctionne comme le versant journalistique de Shantaram. Là où Roberts romançait ses aventures, Mehta documente, enquête, recoupe. En 775 pages, on passe d’un entretien avec un tueur de la pègre à une séance de tournage, puis au salon d’une danseuse de cabaret — sans que le fil ne se rompe. Si vous avez aimé le Bombay de Shantaram et voulez le voir sans le prisme de la fiction, commencez par celui-ci.


3. Le Seigneur de Bombay (Vikram Chandra, 2006)

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Sartaj Singh, inspecteur de police sikh sur le retour, reçoit un appel de Ganesh Gaitonde, parrain légendaire de la pègre de Bombay, retranché dans un bunker. Gaitonde lui annonce qu’une catastrophe menace la ville — puis se suicide. Pour élucider cette mort, Sartaj va devoir fouiller dans tout ce que la ville préférerait garder enfoui : corruption politique, fanatisme religieux, espionnage, financements occultes du cinéma, tensions communautaires.

Ce roman-fleuve de plus de mille pages, publié en français chez Robert Laffont (traduit par Johan-Frédérik Hel-Guedj), a valu à Vikram Chandra le Hutch Crossword Book Award, l’équivalent indien du Goncourt. Chandra a enquêté pendant près de sept ans dans les bas-fonds de la ville avant de terminer le manuscrit, et cela se sent : l’argot de la rue (bambaiya), les rouages de la corruption policière, les circuits de l’argent sale — chaque détail a été vérifié sur le terrain. La structure en alternance — les chapitres de Sartaj au présent, ceux de Ganesh en flashback — verrouille l’attention et ne la lâche plus. Le livre a été adapté en série par Netflix sous le titre Sacred Games (2018-2019).

Si Shantaram vous a donné le goût du Bombay interlope, Le Seigneur de Bombay en offre une version plus noire, plus politique et plus polyphonique — et le suspense ne faiblit pas.


4. Papillon (Henri Charrière, 1969)

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Henri Charrière, surnommé « Papillon » à cause de son tatouage, est condamné en 1931 aux travaux forcés à perpétuité pour un meurtre qu’il clame ne pas avoir commis. Envoyé au bagne de Cayenne en Guyane française, il refuse d’accepter son sort. S’ensuivent treize années de tentatives d’évasion à travers l’Amérique du Sud : 2 500 km en mer sur un radeau de fortune, séjours en Colombie, vie parmi les Indiens Guajiros, retours au bagne, réclusion dans une « cage à fauve » pendant deux ans — jusqu’à la liberté, enfin, au Venezuela.

Le lien avec Shantaram est presque génétique : Roberts lui-même est un évadé de prison devenu fugitif, et les critiques ont souvent rapproché les deux livres. Papillon, vendu à plus de treize millions d’exemplaires et adapté au cinéma en 1973 avec Steve McQueen et Dustin Hoffman, partage avec Shantaram la même obstination à survivre et la même capacité à nouer des alliances en milieu hostile. Peut-on se réinventer après la chute ? Les deux auteurs répondent oui, chacun à sa manière. Le rapprochement va d’ailleurs jusqu’à l’absurde : c’est le même acteur, Charlie Hunnam, qui a incarné Charrière dans le remake de 2017 (aux côtés de Rami Malek) et Lin dans la série Shantaram sur Apple TV+ en 2022. L’authenticité du récit, il est vrai, a été contestée — certaines aventures auraient été empruntées à d’autres bagnards. Cela n’empêche pas le livre de tenir debout, plus d’un demi-siècle et quelques polémiques plus tard.


5. L’équilibre du monde (Rohinton Mistry, 1995)

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Inde, 1975. L’état d’urgence décrété par Indira Gandhi plonge le pays dans la répression. Dans ce contexte, quatre personnages que tout sépare se retrouvent à cohabiter dans un même appartement de Bombay : Dina Dalal, veuve d’une quarantaine d’années reconvertie dans la confection à domicile ; Ishvar et Omprakash (dit Om), oncle et neveu, tailleurs issus de la caste des intouchables ; et Maneck Kohlah, jeune étudiant descendu de ses montagnes lointaines. Autour d’eux : Shankar, le cul-de-jatte sous la coupe du « Maître des mendiants », des politiciens véreux, des agents chargés de remplir les quotas de stérilisations forcées, et tout un petit peuple qui tente de ne pas couler.

Rohinton Mistry, écrivain canadien né à Bombay, a souvent été comparé à Dickens et Hugo — et la comparaison, pour une fois, n’est pas usurpée. Le roman dépeint sans fard le système des castes, l’arbitraire des destructions de bidonvilles, la corruption à tous les étages, mais aussi la tendresse et l’humour têtu de celles et ceux qui refusent de baisser les bras. C’est un livre qui ne fait grâce de rien à son lecteur·ice, et dont la fin pourrait bien vous hanter un bon moment. Prix Giller 1995, L’équilibre du monde est sans doute le roman le plus dur de cette liste — celui qui, une fois refermé, laisse le silence le plus long.


6. Annawadi (Katherine Boo, 2012)

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À Annawadi, bidonville coincé entre l’aéroport international de Mumbai et une rangée d’hôtels de luxe, 3 000 personnes s’entassent dans quelque 300 masures faites de ruban adhésif et de cordes. Parmi elles : Abdul, adolescent musulman qui fait vivre sa famille grâce au tri et à la revente des déchets des riches ; Asha, ambitieuse redoutable qui a identifié dans la politique locale son ascenseur social ; et Manju, sa fille, qui pourrait devenir la première diplômée universitaire du bidonville. Puis Abdul est faussement accusé dans une affaire tragique, et les tensions religieuses, économiques et sociales d’Annawadi éclatent au grand jour.

Katherine Boo, journaliste au New Yorker et prix Pulitzer, a passé quatre ans sur le terrain pour écrire ce livre (publié en français chez Buchet-Chastel sous le titre complet Annawadi : vie, mort et espoir dans un bidonville de Mumbai). C’est du reportage au long cours, couronné par le National Book Award 2012, mais agencé avec une précision narrative qui fait oublier le travail de la journaliste. Là où Shantaram offrait le point de vue d’un Occidental plongé dans l’Inde par accident, Annawadi donne la parole à celles et ceux qui n’ont jamais eu le luxe du choix. Katherine Boo ne cherche ni à émouvoir ni à donner de leçon — elle regarde, et c’est suffisant.


7. La Cité de la joie (Dominique Lapierre, 1985)

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Le décor n’est plus Bombay mais Calcutta, et le bidonville ne s’appelle pas Annawadi mais Anand Nagar — « la Cité de la joie » en hindi, ce qui, vu les conditions de vie sur place, relève de l’euphémisme absolu. On y suit Paul Lambert, prêtre français venu vivre au milieu des plus pauvres ; Hasari Pal, paysan du Bengale-Occidental devenu tireur de rickshaw pour nourrir sa famille ; et Max Loeb, jeune médecin américain fraîchement diplômé. Autour d’eux, soixante-dix mille habitants cohabitent au milieu des inondations, des rats, des épidémies et des fêtes religieuses.

Traduit en 31 langues et vendu à plus de quarante millions d’exemplaires, le roman de Dominique Lapierre a contribué à fixer l’image de Calcutta dans l’imaginaire occidental. On peut lui reprocher le même biais que Shantaram : un regard extérieur, celui du « sauveur blanc », qui tend à héroïser l’observateur étranger au détriment des Indiens eux-mêmes. Mais l’intérêt du livre se situe ailleurs : dans ses personnages secondaires (le Parrain du bidonville, les voisins de palier, les tireurs de rickshaw rivaux), dans la restitution du fonctionnement quotidien d’un quartier que tout devrait rendre invivable, et dans le fait — difficile à admettre depuis un fauteuil européen — que la dignité et l’entraide persistent là où elles n’ont, sur le papier, aucune raison de survivre. Adapté au cinéma par Roland Joffé en 1992 avec Patrick Swayze, La Cité de la joie reste, quarante ans après sa parution, l’un des livres les plus lus sur l’Inde des marges.