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Que lire après « Panorama » de Lilia Hassaine ?

Que lire après « Panorama » de Lilia Hassaine ?

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Panorama est le troisième roman de Lilia Hassaine, publié en août 2023 aux éditions Gallimard. L’histoire se situe en 2049, dans une France qui a basculé dans l’ère de la Transparence à la suite d’une révolution citoyenne baptisée la « Revenge Week » en 2029. Depuis, les maisons sont construites en verre, la surveillance mutuelle entre voisins fait office de pacte social, et la criminalité a (presque) disparu. Mais un matin, une famille entière s’évapore d’un quartier huppé sans que personne n’ait rien vu — un comble dans un monde où tout est censé être visible. Hélène, ex-commissaire de police, reprend du service pour élucider cette disparition — et ce qu’elle va mettre au jour est bien pire qu’un simple fait divers. Dystopie politique doublée d’un thriller, le roman a reçu le prix Renaudot des lycéens 2023 et le prix des Visionnaires 2024.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine — des romans où la surveillance, la transparence et l’emprise technologique finissent toujours par présenter l’addition.


1. La Transparence selon Irina (Benjamin Fogel, 2019)

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Nous sommes en 2058. Internet a été remplacé par le Réseau, et les données personnelles de chaque citoyen — bancaires, médicales, scolaires, judiciaires — sont devenues publiques. L’anonymat en ligne a disparu ; pour préserver un reste d’intimité, certains ont inversé la logique et choisissent d’évoluer sous pseudonyme dans la vie réelle. On les appelle les Nonymes. Face à eux, les Rienacalistes exigent une transparence totale des deux côtés de l’écran. Et dans l’ombre, les Obscuranets, plus radicaux, recourent à la violence pour abattre le système.

Au centre de cet échiquier, Camille Lavigne — alias Dyna Rogne dans la « vraie vie » (l’anagramme vaut le détour) — gravite dans l’orbite d’Irina Loubowsky, essayiste influente et opaque dont la transparence est le fonds de commerce. Lorsqu’un policier proche de Camille est assassiné, l’enquête qui s’ensuit pulvérise les certitudes d’un monde fondé sur le contrôle. Nourri de philosophie (Foucault et Derrida ne sont jamais loin) et structuré comme un polar, ce roman choral expose la déshumanisation d’une société entièrement tournée vers la performance. Premier volet d’une trilogie, suivi de Le Silence selon Manon et L’Absence selon Camille.


2. Le Cercle (Dave Eggers, 2013)

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Quand Mae Holland décroche un poste au Cercle, elle croit avoir touché le jackpot. Installée sur un campus californien aux allures de paradis terrestre — open spaces lumineux, concerts sur la pelouse, brunchs à volonté —, cette entreprise tentaculaire a fusionné messagerie, réseaux sociaux, paiements en ligne et données personnelles en un système d’exploitation universel. Le Cercle, c’est la promesse d’un monde plus transparent, plus civilisé, plus connecté. Traduction : un monde où il n’est plus possible de se cacher.

Mae, d’abord éblouie, gravit les échelons à toute vitesse et finit par adhérer au projet le plus radical de l’entreprise : la transparence totale, caméra au corps, vie diffusée 24 heures sur 24 devant des millions de spectateurs. Trois maximes résument la philosophie du Cercle — Secrets are lies, Sharing is caring, Privacy is theft — et constituent, à elles seules, un programme totalitaire en trois slogans. Les politiciens s’équipent de caméras permanentes, un système de démocratie directe est mis en place, et personne ne semble remarquer que c’est une entreprise privée qui tire les ficelles.

Dave Eggers a écrit ce roman en 2013, avant l’essor de TikTok, avant les scandales Cambridge Analytica, avant que le mot « GAFAM » ne devienne un gros mot dans la bouche des législateurs européens. Relu en 2026, Le Cercle ressemble moins à de la science-fiction qu’à un rapport d’audit — ce qui, avouons-le, n’a rien de rassurant.


3. Nous (Evgueni Zamiatine, 1920)

Couverture du livre Nous autres de Evgueni Zamiatine

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Avant Orwell, avant Huxley, il y avait Zamiatine. Écrit en 1920 par un ingénieur naval russe déjà désillusionné par la révolution bolchevique, Nous est la toute première dystopie moderne — et probablement la plus radicale. Le récit prend la forme du journal intime de D-503, un ingénieur chargé de construire l’Intégrale, un vaisseau spatial destiné à porter les « formules mathématiques du bonheur » aux confins de l’univers. Car dans l’État Unitaire du XXXVIe siècle, le bonheur n’est pas un droit : c’est une équation résolue, et les citoyens — réduits à de simples Numéros — vivent sous une cité de verre où chaque geste est visible.

Mais D-503, fidèle serviteur du Bienfaiteur, voit ses certitudes vaciller lorsqu’il rencontre I-330, une femme qui lui fait découvrir la musique, le désir et — scandale suprême — le doute. Le journal, conçu comme un hymne à la gloire du régime, se transforme peu à peu en chronique d’un déchirement intérieur. Ce qui frappe, plus d’un siècle après sa rédaction, c’est la précision avec laquelle Zamiatine a anticipé tous les ressorts du totalitarisme : l’effacement de l’individu, le contrôle des corps, la surveillance par le verre et la lumière. Censuré en URSS dès 1923, le roman n’a été publié en russe qu’en 1988. La traduction d’Hélène Henry (Actes Sud, 2017), établie pour la première fois à partir du texte russe original, restitue enfin la langue heurtée, lyrique et fiévreuse d’un texte qui a inspiré 1984 et Le Meilleur des mondes.


4. Kentukis (Samanta Schweblin, 2018)

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Imaginez une peluche montée sur roulettes — un lapin, un dragon, un corbeau — avec une caméra à la place des yeux et un microphone dissimulé dans la fourrure. Vous pouvez soit acheter la peluche (et accepter qu’un inconnu vous observe à travers elle), soit acheter un code de connexion (et devenir cet inconnu, aux commandes d’un kentuki quelque part dans le monde). L’appariement est aléatoire, unique et irréversible : impossible de choisir qui l’on espionne ou par qui l’on est épié. Le phénomène est mondial, et tout le monde en veut un.

Samanta Schweblin déroule à partir de ce dispositif — simple en apparence, dévastateur dans ses implications — une mosaïque d’histoires qui couvrent la planète : une retraitée de Lima suit avec tendresse inquiète le quotidien d’une jeune Allemande à la vie sentimentale chaotique ; un garçon du Guatemala voit la neige pour la première fois à travers les yeux d’un kentuki en Norvège ; un père divorcé en Italie tente de combler le vide de son appartement avec une créature qui n’est ni tout à fait un animal, ni tout à fait une personne. Mais la curiosité et la tendresse peuvent basculer à tout moment dans le voyeurisme, l’obsession ou la cruauté. Et puisqu’on ne peut pas éteindre un kentuki, la seule façon d’en finir, c’est de le détruire — ce qui donne lieu à des scènes d’une violence à la fois absurde et dérangeante. Un roman qui fait penser à Black Mirror, en plus intime et en plus retors.


5. Tout est sous contrôle (Christopher Bouix, 2024)

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2084 — le clin d’œil à Orwell est assumé, mais ne vous y trompez pas : ce futur-là n’a rien de sombre en surface. Au contraire, il est radieux, optimiste, et déborde de bons sentiments. Les citoyens postent leur bonheur quotidien sur HappyApp, un réseau social dont l’indice de satisfaction individuel détermine l’accès à l’emploi, au logement, au quartier de résidence et — surtout — à la parentalité, désormais réservée aux citoyen·ne·s les mieux noté·e·s. Souriez, vous êtes évalué·e·s.

Juliette et Néo Lanhéry, jeunes, amoureux et déterminés, rêvent d’intégrer l’Élite pour obtenir le droit de fonder une famille. Pour y parvenir, il leur faut accumuler les interactions positives, afficher un épanouissement sans faille et surtout ne jamais laisser transparaître la moindre fêlure. Mais dans un monde où l’émotion négative est proscrite, combien de temps peut-on feindre ? La quête du couple dérape peu à peu vers le thriller, et la belle mécanique de cette société commence à gripper.

Christopher Bouix, déjà remarqué pour Alfie (un roman sur un robot d’assistance domestique doté d’intelligence artificielle), distribue ici la parole à une dizaine de personnages qui révèlent, chacun à leur façon, les failles d’un système qui refuse obstinément de se reconnaître pour ce qu’il est. L’humour noir, omniprésent, allège la lecture sans jamais désamorcer la critique.


6. Sauvagerie (J.G. Ballard, 1988)

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Un court roman — à peine cent vingt pages — d’une densité implacable. Pangbourne Village est un enclos résidentiel de luxe dans le Berkshire, non loin de Londres : dix familles fortunées y vivent retranchées derrière des murs d’enceinte, des grillages électriques et un réseau de caméras de surveillance fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un lotissement clos sur lui-même, hyper-sécurisé, où les enfants fréquentent des écoles privées et des clubs sportifs sans jamais côtoyer le monde extérieur. Jusqu’au matin où l’on découvre les trente-deux adultes massacrés et les treize enfants évaporés.

Le Dr Richard Greville, psychiatre mandaté par Scotland Yard, reprend l’enquête après deux mois d’impasse. Pas de revendication, pas de rançon, pas de piste crédible. En passant au peigne fin les bandes de vidéosurveillance, Greville reconstitue l’atmosphère doucement concentrationnaire de cette résidence paradisiaque — et parvient à une conclusion d’une cohérence effroyable. Ballard, en plein thatchérisme, livrait dès 1988 une charge sans concession contre la logique ultra-sécuritaire : à force de vouloir tout contrôler, on fabrique les conditions mêmes de la révolte la plus sauvage. Le titre original — Running Wild — dit tout : quand le couvercle est trop hermétique, ce qui déborde n’a plus rien de civilisé.


7. L’École des bonnes mères (Jessamine Chan, 2022)

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Frida Liu est mère célibataire, quadragénaire, épuisée. Elle travaille pour une université, s’occupe seule de sa fille Harriet (dix-huit mois) depuis que son ex-mari Gust l’a quittée pour une autre femme. Un soir, après plusieurs nuits sans sommeil, elle réalise qu’elle a oublié un dossier important au bureau. Sans réfléchir, elle sort le chercher — et laisse Harriet seule dans l’appartement. Les voisins alertent la police. Les services sociaux installent des caméras chez elle. La sanction tombe : Frida est envoyée pour un an dans un centre de rééducation maternelle où elle devra prouver qu’elle mérite de récupérer la garde de sa fille.

Dans cette institution à mi-chemin entre la caserne et le laboratoire, les « mauvaises mères » — car il n’y a pas de « mauvais pères » dans ce programme, notez bien — sont soumises à une évaluation permanente. Elles s’entraînent sur des poupées robotiques hyperréalistes, sont filmées, notées, humiliées, sommées de réciter des mantras de bienveillance. Le système ne fait aucune distinction entre la mère qui a commis un moment d’égarement et celle qui a infligé de véritables sévices. Jessamine Chan, avec ce premier roman situé à la lisière de La Servante écarlate et de Orange Is the New Black, pose une question férocement inconfortable : qui décide ce qu’est une bonne mère, et à quel point sommes-nous prêt·e·s à laisser l’État s’en charger ?


8. Objectif Zéro (Anthony McCarten, 2023)

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Dix candidats. Deux heures pour disparaître. Trente jours sans se faire repérer. Trois millions de dollars à la clé. Le bêtatest « Objectif Zéro », organisé par Fusion — entreprise multimilliardaire spécialisée dans l’IA — en partenariat avec la CIA, a pour but officiel de démontrer qu’une technologie de surveillance de masse peut traquer n’importe qui, n’importe où, en un temps record. Drones, algorithmes prédictifs, reconnaissance faciale, capteurs de mouvement : si Fusion réussit à débusquer les dix participants, elle décrochera un contrat colossal avec le gouvernement américain.

Un par un, les « Zéros » tombent. Tous, sauf Kaitlyn Day, candidate numéro 10 — une bibliothécaire du Connecticut que les algorithmes avaient classée parmi les proies les plus faciles. Or Kaitlyn se révèle d’une efficacité déconcertante — ce qui s’explique assez vite : elle n’est pas exactement celle qu’on croit, et son objectif ne se résume pas aux trois millions de dollars. Le roman bascule alors du jeu de cache-cache high-tech vers le thriller d’espionnage, avec agent de la CIA prisonnier en Iran, piratage massif de la NSA et révélations sur les véritables intentions de Fusion.

Anthony McCarten, surtout connu comme scénariste (on lui doit notamment Bohemian Rhapsody), propose un roman d’aventures tendu comme un câble, traversé par un constat limpide : dans un monde où chaque caméra, chaque transaction et chaque clic vous trahissent, il est peut-être déjà trop tard pour devenir invisible.


9. Quality Land (Marc-Uwe Kling, 2017)

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Bienvenue dans le meilleurissime des pays ! À Quality Land — anciennement l’Allemagne, rebaptisée après une crise économique particulièrement spectaculaire —, les algorithmes se chargent de tout : votre partenaire amoureux, votre trajet en voiture autonome, vos achats (livrés par drone avant même que vous ne les ayez commandés). Chaque citoyen·ne porte comme nom de famille le métier de ses parents au moment de sa conception, ce qui donne des patronymes d’une cruauté involontaire. Notre héros s’appelle Peter Chômeur. Son niveau social : 9 sur 100. Autant dire qu’il est quantité négligeable.

Le jour où The Shop — le géant du e-commerce qui sait mieux que vous ce que vous désirez — lui envoie un vibromasseur rose en forme de dauphin, Peter décide que ça suffit. Il veut retourner le produit. Il va vite comprendre que dans un monde où les algorithmes ont toujours raison, contester une livraison revient à contester l’ordre établi. En parallèle, la campagne présidentielle oppose Conrad Cuisinier, populiste de la vieille école, à John of Us, un androïde candidat du parti progressiste — car oui, à Quality Land, un robot peut se présenter aux élections, et il est probablement plus honnête que la plupart des humains. Marc-Uwe Kling, humoriste et romancier allemand, dynamite avec jubilation la dictature algorithmique, le tout truffé de fausses publicités et de commentaires d’internautes fictifs. On rit beaucoup — puis on range son téléphone avec un léger malaise.