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Que lire après « Les Liaisons dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos ?

Que lire après « Les Liaisons dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos ?

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Publié en 1782, Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire de 175 lettres dans lequel deux aristocrates libertins — la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, ex amants devenus complices — se lancent des défis de séduction aux dépens de leur entourage. Valmont entreprend de faire tomber une femme mariée réputée vertueuse, la présidente de Tourvel ; Merteuil charge Valmont de séduire la toute jeune Cécile de Volanges afin de déshonorer par avance le comte de Gercourt, un amant qui l’a quittée. Le cœur du roman réside dans leur correspondance secrète, au cours de laquelle ils se confient leurs manœuvres avec une totale franchise. Officier d’artillerie qui s’ennuyait ferme dans sa garnison de l’île d’Aix, Laclos a livré avec cet unique roman un chef-d’œuvre de la littérature française du XVIIIe siècle — lequel fit scandale dès sa parution et dont la construction n’a rien perdu de son efficacité. Chaque lettre est un coup tactique : on y séduit, on y ment, on s’y détruit avec méthode.

Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques pistes.


1. Les Égarements du cœur et de l’esprit (Crébillon fils, 1736)

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C’est ici que Les Liaisons dangereuses trouvent une partie de leurs racines. Dans ce roman-mémoires resté inachevé, le jeune Meilcour, dix-sept ans, raconte au soir de sa vie les deux semaines qui l’ont fait basculer de l’innocence au libertinage. Le récit tient en peu de chose : un adolescent de bonne famille qui ne sait pas décoder les signaux amoureux, Mme de Lursay — une amie de sa mère, quadragénaire experte en galanterie — qui tente de l’initier, et une inconnue aperçue à l’Opéra, la jeune Hortense, qui le bouleverse. Mais ce peu de chose suffit à dresser le portrait d’une aristocratie où tout — du désir à la simple conversation — obéit à des règles tacites que le novice doit apprendre à déchiffrer sous peine de ridicule.

Crébillon fils avait annoncé dans sa préface un programme en trois temps : la naïveté, le libertinage, puis le retour à la vertu grâce à une « femme estimable ». Seul le premier volet a vu le jour, et c’est peut-être mieux ainsi : le roman gagne en force à rester suspendu au seuil de la corruption. On y croise surtout Versac, le « petit-maître » par excellence — c’est-à-dire, dans le vocabulaire du XVIIIe siècle, un séducteur mondain qui fait de la vanité et de la manipulation sa raison d’être. Laclos s’en souviendra pour créer Valmont. Tombé dans l’oubli pendant deux siècles, ce texte a été redécouvert dans les années 1960 et s’est imposé comme un document de premier ordre sur les mœurs et les codes implicites de l’aristocratie d’Ancien Régime.


2. Les Malheurs de l’inconstance (Claude-Joseph Dorat, 1772)

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Paru dix ans avant Les Liaisons dangereuses, ce roman épistolaire a servi de modèle direct à Laclos — ce que l’on oublie un peu trop souvent, tant Dorat a été éclipsé par son successeur. L’intrigue repose sur un quatuor aristocratique : le comte de Mirbelle vit une passion heureuse avec Ladi Sidley, une jeune Anglaise qui a tout quitté pour lui ; mais un duc libertin, éconduit par la marquise de Syrcé, décide de se venger : il pousse Mirbelle à séduire cette dernière. Le stratagème exige que Mirbelle abandonne Ladi Sidley — et c’est de cette trahison que tout découle.

Ce qui frappe ici, c’est que Mirbelle n’est pas un Valmont. Il n’a rien d’un stratège froid : il se laisse entraîner, hésite, se découvre des scrupules. Le piège fonctionne moins par calcul que par faiblesse, et le dénouement n’en est que plus amer. Dorat, poète et dramaturge tombé dans l’oubli à cause d’une cabale menée par Voltaire et Grimm, mérite mieux que sa réputation. Ses 53 lettres — portées par une finesse psychologique qui annonce Laclos — font de ce roman un chaînon indispensable entre le sentimentalisme de Rousseau (la passion sincère, la souffrance de l’âme) et la froideur calculée des Liaisons.


3. Point de lendemain (Dominique Vivant Denon, 1777)

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On tient ici l’un des incipits les plus célèbres de la littérature française. La nouvelle a connu deux versions — une première, anonyme, en 1777, puis une seconde remaniée par l’auteur en 1812. C’est cette dernière, plus achevée, qui s’ouvre sur ces lignes fameuses : « J’aimais éperdument la Comtesse de *** ; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa ; je me fâchai ; elle me quitta. » En une trentaine de pages, Vivant Denon condense une nuit entière de libertinage — de l’Opéra au château, du jardin au boudoir tapissé de miroirs — avec une concision et une grâce qui ne laissent pas une ligne de trop.

Le jeune narrateur, encore naïf, est pris en main par Mme de T***, femme du monde rompue aux usages galants, qui orchestre chaque étape de la soirée avec la précision d’une metteuse en scène. Lui croit mener le jeu ; elle contrôle tout — y compris le mari (complaisant) et l’amant en titre (dupé). Au petit matin, chacun retourne à ses affaires, et il ne reste de cette nuit qu’un « beau rêve » — d’où le titre. Tout ici passe par le non-dit, le sous-entendu et le décor : pavillons secrets, alcôves, jeux de lumière — les lieux font autant l’amour que les personnages. Vivant Denon, qui fut aussi graveur, diplomate et premier directeur du Louvre, n’a écrit que ce seul récit de fiction. Preuve que la brièveté peut être une forme de génie — ou de paresse inspirée.


4. Lady Susan (Jane Austen, 1871)

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Écrit vers 1794, alors que Jane Austen avait à peine dix-neuf ans, ce court roman épistolaire n’a été publié qu’à titre posthume, en 1871. Jamais destiné à la publication, le texte s’autorise ce qu’aucun de ses romans ultérieurs n’osera : Lady Susan Vernon est, de loin, la plus redoutable des héroïnes de Jane Austen. Veuve, désargentée, d’une intelligence féroce, elle débarque chez son beau-frère Charles Vernon après avoir semé la discorde dans un ménage ami — et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Sa fille Frederica, seize ans, timide et terrorisée, n’est à ses yeux qu’un pion qu’elle entend marier au riche et stupide Sir James Martin. Le jeune Reginald de Courcy, pourtant prévenu contre elle par sa propre famille, succombe à son charme en quelques jours.

Les parallèles avec Les Liaisons dangereuses sont nombreux : la correspondance à double fond (les lettres de Lady Susan à sa confidente Mrs Johnson révèlent un cynisme sans fard, là où celles qu’elle adresse aux Vernon débordent de bons sentiments), le jeu de manipulation dans un cadre de stricte respectabilité anglaise, et la question du pouvoir féminin dans une société où les femmes n’ont d’autre arme que leur esprit. Austen avait pu connaître le roman de Laclos par sa cousine Eliza de Feuillide, qui vécut en France entre 1779 et 1790 — et la parenté entre Merteuil et Lady Susan ne fait guère de doute. Mais là où Laclos conduit ses personnages à la catastrophe, Austen conclut par une pirouette ironique, presque désinvolte : le roman s’achève si abruptement — par un résumé de quelques lignes à la place des lettres — qu’on soupçonne la jeune autrice d’avoir préféré filer à l’anglaise plutôt que de ficeler un dénouement en bonne et due forme.


5. Clarisse Harlowe (Samuel Richardson, 1748)

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Avec ses quelque mille pages (dans la version abrégée par l’abbé Prévost, publiée en français en 1751 — l’intégrale en compte le double), Clarisse Harlowe est un monument du roman européen, et l’une des sources majeures des Liaisons dangereuses : Laclos y a puisé la figure du séducteur méthodique, la forme épistolaire à voix multiples et le ressort dramatique de la vertu assiégée. Diderot, dans son Éloge de Richardson, jugeait cette lecture inoubliable ; Rousseau et Austen en ont aussi subi l’influence directe.

L’intrigue est d’une simplicité implacable : Clarisse, jeune fille vertueuse et fortunée, refuse le mariage que sa famille cupide lui impose avec un homme riche mais repoussant, Roger Solmes. Elle commet l’erreur de se fier à Robert Lovelace, libertin accompli et manipulateur hors pair, qui l’enlève, la séquestre dans divers logements (dont un hôtel de passe déguisé en maison respectable) et finit par la violer après l’avoir droguée. Clarisse refuse de l’épouser — ce qui, dans la logique du libertin, est incompréhensible — et meurt de chagrin. Lovelace périt en duel. On ne rit pas beaucoup. Le personnage de Lovelace est le grand ancêtre de Valmont : même intelligence stratégique, même obsession du contrôle, même aveuglement devant une vertu qui résiste à tous ses assauts. Mais Richardson, lui, ne laisse aucune place à l’ambiguïté morale : le vice est puni, la vertu est récompensée (fût-ce dans la mort). C’est à la fois la force et la limite du roman — Laclos, quarante ans plus tard, fera le choix inverse : le doute plane jusqu’au bout sur le sens de son dénouement.


6. Quartett (Heiner Müller, 1982)

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Changement radical de registre. Avec Quartett, le dramaturge est-allemand Heiner Müller ne propose pas une adaptation des Liaisons dangereuses mais une réécriture radicale qui n’en garde que l’os : le duel entre Merteuil et Valmont. La didascalie initiale donne le ton : « Un salon d’avant la Révolution française. Un bunker d’après la Troisième Guerre mondiale. » Seuls en scène, les deux anciens amants se retrouvent désœuvrés, et décident de rejouer leurs anciennes conquêtes. Merteuil se glisse dans la peau de Valmont ; Valmont incarne Mme de Tourvel, puis Merteuil joue Cécile de Volanges. Quatre rôles pour deux comédien·nes — d’où le titre.

D’une vingtaine de pages à peine, la pièce est dense, crue et d’une ironie corrosive où le langage — souvent obscène — est la seule arme qui reste à ces deux libertins dépossédés de tout, y compris de leur pouvoir de séduction. Par cette inversion constante des rôles et des genres, Müller brouille la frontière entre bourreau et victime, homme et femme, jeu et réalité. Bob Wilson, Patrice Chéreau et Michael Haneke l’ont porté à la scène ; Luca Francesconi en a tiré un opéra créé à La Scala de Milan en 2011. Si vous avez aimé la cruauté de Laclos mais que vous la trouviez encore trop polie, Quartett vous offrira le remède.


7. La Duchesse de Langeais (Honoré de Balzac, 1834)

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Deuxième volet de l’Histoire des Treize — un triptyque de Balzac consacré à une société secrète de treize hommes puissants qui s’entraident sans limites —, ce roman raconte l’affrontement sentimental entre la duchesse Antoinette de Langeais et le général Armand de Montriveau, héros des guerres napoléoniennes. Elle règne sur les salons du faubourg Saint-Germain, le quartier de la vieille noblesse parisienne sous la Restauration. Lui revient d’Afrique auréolé de prestige. Elle le séduit par jeu, par vanité, par ennui — puis se refuse à lui avec une constance qui relève du sadisme mondain : elle veut un adorateur, pas un amant. Lui, conseillé par son ami Ronquerolles, décide de renverser le rapport de force. Il la fait enlever par les Treize et menace de la marquer au fer rouge d’une croix de Lorraine. La duchesse découvre trop tard qu’elle aimait véritablement — mais Montriveau, blessé dans son orgueil, l’ignore désormais.

Balzac avait des raisons personnelles d’écrire ce texte : il s’était épris de la duchesse de Castries, qui l’avait humilié par son refus de se donner à lui. La rancœur transperce à chaque page, mais elle nourrit une réflexion plus large sur l’orgueil de caste, la vanité comme moteur des passions, et l’impossibilité d’aimer quand l’amour-propre occupe toute la place. Le dénouement — la duchesse disparue dans un couvent de carmélites aux Baléares, Montriveau lancé à sa recherche avec l’aide des Treize — pousse le récit vers le romanesque le plus noir. Balzac avait dédié le roman à Franz Liszt : les deux hommes partageaient le goût des passions incandescentes et des fins sans retour.


8. Le Sopha, conte moral (Crébillon fils, 1742)

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Le sous-titre — « conte moral » — est une provocation. Dans ce roman à cadre oriental, le courtisan Amanzéï raconte au sultan Schah-Baham (petit-fils de Shéhérazade, excusez du peu) les aventures dont il a été témoin lorsque le dieu Brama, pour le punir de sa vie dissolue, l’a condamné à se réincarner en sopha. L’âme d’Amanzéï ne retrouvera forme humaine que le jour où deux amants vierges consommeront leur amour sur lui. D’ici là, il observe — et le spectacle est varié : prudes qui ne le sont pas tant que cela, faux dévots, coquettes professionnelles, amants maladroits et libertins fanfarons défilent sur ses coussins.

Ce dispositif — un meuble voyeur dans un décor des Mille et Une Nuits — permet à Crébillon de radiographier l’hypocrisie amoureuse de son temps sous couvert d’exotisme. Chaque couple qui s’installe sur le sopha révèle, sans le savoir, l’envers de ses belles manières — et le lecteur n’est pas le dernier à en profiter. Le roman circulait sous le manteau avant même sa publication officielle, et certains crurent reconnaître Louis XV dans le sultan un peu simplet qui écoute ces récits. Résultat : l’auteur fut exilé à trente lieues de Paris par le cardinal de Fleury. La postérité du Sopha est considérable — Diderot s’en est inspiré pour Les Bijoux indiscrets, et Mme de Merteuil elle-même en lit un chapitre pour se mettre en condition avant de recevoir Belleroche. Quand un personnage de fiction recommande un livre, il est poli de suivre le conseil.


9. Paméla ou la Vertu récompensée (Samuel Richardson, 1740)

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Premier roman de Richardson et ancêtre de tout ce qui suivra — y compris Clarisse Harlowe et, par ricochet, Les Liaisons dangereuses —, Paméla provoqua dès sa parution un séisme dans l’Europe des Lumières. L’histoire est simple : Paméla Andrews, femme de chambre de quinze ans, résiste aux avances répétées de son maître, M. B., un jeune homme riche, séduisant et convaincu que tout lui est dû. Elle écrit ses mésaventures à ses parents dans des lettres d’une candeur désarmante — du moins en apparence, car la question de savoir si Paméla est une sainte ou une stratège n’a jamais cessé de diviser les lecteur·ices.

Le roman suscita un débat immédiat et féroce. Les « pamélistes » y virent un modèle de vertu ; les « antipamélistes » — dont Henry Fielding, qui publia la parodie Shamela dès 1741 — dénoncèrent une rouerie déguisée en pudeur. C’est que Richardson avait, peut-être sans le vouloir, créé une héroïne profondément ambiguë : Paméla refuse, résiste, s’indigne — et finit par épouser son persécuteur, devenu repentant. Ascension sociale par la vertu, ou la vertu comme instrument d’ascension sociale ? Le Marquis de Sade, avec son titre-miroir Justine ou les Malheurs de la vertu (1791), avait choisi son camp. À vous de choisir le vôtre.