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Que lire après « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen ?

Que lire après « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen ?

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Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice) est le deuxième roman publié de Jane Austen, paru en 1813. On y suit Elizabeth Bennet, l’une des cinq filles d’un gentilhomme campagnard du Hertfordshire, et sa relation semée de malentendus avec Fitzwilliam Darcy, un riche propriétaire terrien aussi fier qu’elle est prompte à juger. Entre l’insupportable Mrs Bennet, le sinistre Mr Collins et l’ironie constante d’Austen, le roman s’est imposé comme l’un des classiques les plus lus — et les plus adaptés — de la littérature anglaise.

Si vous êtes à la recherche de lectures similaires, voici quelques pistes.


1. Emma (Jane Austen, 1815)

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Emma Woodhouse a vingt et un ans, une fortune confortable et la certitude de savoir mieux que quiconque qui devrait épouser qui. Installée à Highbury, petite bourgade du Surrey, elle vit auprès de son père hypocondriaque, Mr Woodhouse, et occupe son temps libre à orchestrer les affaires sentimentales de son entourage — à commencer par celles de la naïve Harriet Smith, qu’elle entreprend de marier au vicaire Mr Elton. Le problème, c’est qu’Emma se trompe. Souvent. Et parfois de façon spectaculaire.

Tout le sel du roman tient à son héroïne. Jane Austen elle-même la décrivait comme un personnage que personne d’autre qu’elle n’aimerait. Emma est snob, têtue, volontiers manipulatrice — et pourtant impossible à détester. Car derrière ses manigances se cache une jeune femme qui n’a pas encore compris la différence entre contrôler la vie des autres et affronter la sienne. C’est Mr Knightley, voisin et ami de longue date, qui lui renvoie ses erreurs avec une franchise que personne d’autre n’ose.

Là où Orgueil et Préjugés reposait sur le malentendu entre deux orgueils, Emma repose sur l’aveuglement d’une seule personne. Le plaisir de lecture vient de cette ironie : tout au long du roman, on voit ce qu’Emma refuse de voir. Et quand la révélation finit par la frapper, on rit autant qu’on a mal pour elle. Signalons aussi l’existence du film Clueless (1995), transposition du roman dans un lycée de Beverly Hills — et la preuve qu’une comédie de mœurs du XIXe siècle peut très bien fonctionner en mini-jupe et téléphone portable.


2. Le Cœur et la Raison (Jane Austen, 1811)

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Premier roman publié de Jane Austen (sous l’anonymat d’un simple by a Lady), Le Cœur et la Raison met en scène deux sœurs que tout oppose dans leur façon d’aimer. Elinor Dashwood, l’aînée, contient ses émotions et observe le monde avec une lucidité implacable. Marianne, sa cadette, refuse tout compromis avec la bienséance et vit ses passions au grand jour — en l’occurrence, un coup de foudre pour le séduisant Willoughby. Quand leur père meurt et que leur demi-frère les prive de leur héritage (avec l’aide de son épouse, un modèle de pingrerie), les deux sœurs se retrouvent exilées dans un modeste cottage du Devon, contraintes de reconstruire leur vie.

Le titre semble poser une opposition nette — la raison d’un côté, le cœur de l’autre —, mais Austen est plus subtile que cela. Elinor souffre autant que Marianne ; elle a simplement appris à ne pas en faire un spectacle. Et Marianne, si impulsive soit-elle, n’est pas dénuée de bon sens. Le roman montre sans détour les conséquences sociales et financières qui s’abattent sur des femmes privées de ressources, et le peu de marge de manœuvre dont elles disposent pour choisir leur propre destin.

Si vous avez aimé la complicité entre Elizabeth et Jane Bennet, vous retrouverez ici ce même lien sororal — mis à plus rude épreuve encore. L’adaptation d’Ang Lee (1995), avec Emma Thompson et Kate Winslet, est un excellent prolongement de lecture.


3. Nord et Sud (Elizabeth Gaskell, 1855)

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Margaret Hale, fille de pasteur, a grandi dans le sud verdoyant de l’Angleterre, entre le Hampshire et les salons londoniens. Quand son père, rongé par des doutes religieux, quitte son ministère, la famille doit s’installer à Milton, une ville industrielle du nord, fictive mais directement inspirée de Manchester. Le choc est rude : l’air y est vicié par la fumée des filatures, les rues grouillent d’ouvriers épuisés, et John Thornton, manufacturier de coton dont la rudesse et l’assurance insupportent Margaret.

La parenté avec Orgueil et Préjugés est évidente — et revendiquée. Un homme fier, une femme qui le juge trop vite, des malentendus à répétition, une première demande en mariage repoussée avec fracas. Mais Elizabeth Gaskell va bien plus loin qu’Austen. Le conflit entre Margaret et Thornton n’est pas seulement sentimental : il est idéologique. Elle lui reproche de traiter ses ouvriers comme des rouages ; il lui reproche de juger un monde qu’elle ne connaît pas. Au fil du roman, tous deux devront réviser leurs certitudes — lui quand il découvre l’humanité derrière les revendications syndicales, elle quand elle accepte que l’industrie n’est pas nécessairement synonyme de barbarie.

C’est aussi un roman où la mort rôde : Gaskell ne fait grâce à personne, et la trajectoire de Bessy Higgins, jeune ouvrière dont les poumons sont dévorés par la poussière de coton, est difficile à oublier. Quant à la scène finale, elle a inspiré un cliffhanger télévisuel mémorable dans l’adaptation BBC de 2004 — depuis, le quai de gare est devenu un lieu de pèlerinage pour les fans.


4. Jane Eyre (Charlotte Brontë, 1847)

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Orpheline maltraitée par sa tante, envoyée dans un pensionnat sinistre où elle perd sa seule amie, Jane Eyre n’a rien de l’héroïne classique du roman sentimental : elle n’est ni riche, ni belle, ni docile. Lorsqu’elle obtient un poste de gouvernante au manoir de Thornfield, elle y rencontre son propriétaire, Edward Rochester, un homme brusque et secret, dont elle tombe amoureuse malgré les conventions sociales qui les séparent. Mais Thornfield cache quelque chose — et quand Jane découvrira quoi, elle devra choisir entre sa passion et ses principes.

Si Orgueil et Préjugés était un roman de salon, Jane Eyre est un roman de landes et de couloirs sombres, nourri de tradition gothique. Charlotte Brontë y met une intensité émotionnelle qui a scandalisé ses contemporains : une femme pauvre qui ose déclarer son amour à son employeur, qui refuse de se soumettre à un mariage sans égalité, qui revendique son droit à l’indépendance — en 1847, le scandale était garanti. Le roman a d’ailleurs été publié sous le pseudonyme masculin de Currer Bell, et les critiques ont longtemps spéculé sur l’identité de l’auteur.

Le roman a ouvert une voie féministe qui n’a jamais été refermée, mais il vaut d’abord pour la relation entre Jane et Rochester — faite de piques, de non-dits et d’obstacles qui semblent insurmontables. Et la phrase que Jane lui adresse — « Croyez-vous, parce que je suis pauvre, obscure, laide et petite, que je suis sans âme et sans cœur ? » — n’a rien perdu de son tranchant.


5. Une saison à Longbourn (Jo Baker, 2013)

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Et si l’on regardait Orgueil et Préjugés par le trou de la serrure — depuis les cuisines, les buanderies et les cours boueuses ? C’est le pari de Jo Baker, qui reprend le cadre exact du roman d’Austen pour en montrer l’envers. Les héros ne sont plus les Bennet, mais leurs domestiques : Mrs Hill, l’intendante ; son mari, homme de peu de mots ; Sarah, jeune femme de chambre qui rêve d’une autre vie ; la petite Polly ; et surtout James, un nouveau valet au passé trouble.

À l’étage, on reconnaît les événements familiers : la visite de Mr Collins, le bal de Netherfield, les frasques de Lydia, la lente conquête de Darcy et Elizabeth. Mais en bas, le quotidien est tout autre. Il faut laver les robes de mousseline tachées après chaque bal, vider les pots de chambre, pétrir le pain à l’aube, et supporter les caprices de Mrs Bennet sans dire un mot. Jo Baker ne cherche pas à imiter Austen : son ton est plus cru, plus physique, ancré dans la fatigue des corps et la rudesse du quotidien.

Le roman fonctionne aussi de façon autonome — nul besoin de connaître Orgueil et Préjugés sur le bout des doigts pour s’y plonger, même si la connaissance du roman original ajoute une savoureuse double lecture. C’est une façon maligne de rappeler que derrière chaque scène de salon, quelqu’un récurait, cousait et cuisinait pour que le spectacle ait lieu.


6. Avec vue sur l’Arno (E.M. Forster, 1908)

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Lucy Honeychurch, jeune Anglaise de bonne famille, séjourne à Florence sous la surveillance de sa cousine Charlotte Bartlett, chaperon aussi zélée qu’insupportable. Dès leur arrivée à la pension Bertolini, catastrophe : leurs chambres n’ont pas vue sur l’Arno. C’est un certain Mr Emerson, accompagné de son fils George, qui propose un échange — proposition jugée d’une vulgarité sans nom par Miss Bartlett. Les Emerson, voyez-vous, ne sont pas des gens fréquentables. Trop francs, trop directs, trop libres. Et George a la fâcheuse habitude d’embrasser les jeunes filles dans les champs de violettes sans y avoir été invité.

Ce point de départ, qui ressemble à un fait divers de pension de famille, est en réalité le moteur d’un roman sur l’émancipation et le choix. De retour en Angleterre, Lucy se fiance à Cecil Vyse, un homme cultivé, élégant et profondément ennuyeux, qui la considère comme un bel objet à placer dans un décor. Quand le hasard replace George Emerson sur sa route, Lucy doit décider si elle veut la chambre avec vue — ou les volets fermés d’une vie conforme aux attentes de son milieu.

E.M. Forster signe ici une comédie de mœurs plus féroce qu’il n’y paraît. Derrière les quiproquos de pension de famille, c’est toute la rigidité de la société édouardienne qui se fissure. L’Italie — ses places inondées de soleil, ses meurtres en pleine rue, ses baisers volés — sert de révélateur face à une Angleterre où l’on préfère tirer les rideaux plutôt que de voir ce qui dérange. L’adaptation de James Ivory (Chambre avec vue, 1986), avec Helena Bonham Carter, Maggie Smith et un Daniel Day-Lewis délicieusement insupportable dans le rôle de Cecil, a contribué à faire connaître le roman en dehors du monde anglophone. Mais le livre se suffit à lui-même : c’est l’un des rares romans où la question « avec qui l’héroïne finira-t-elle ? » importe moins que « aura-t-elle le cran de choisir pour elle-même ? ».


7. Middlemarch (George Eliot, 1871-1872)

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Publié en huit volumes entre 1871 et 1872, Middlemarch est le roman victorien par excellence — et ses quelque mille cent pages n’ont rien d’intimidant une fois qu’on y a mis le pied. L’action se déroule dans la ville fictive de Middlemarch, dans les Midlands, à la veille du Reform Act de 1832. Au centre de cette fresque : Dorothea Brooke, jeune femme idéaliste et altruiste, qui commet l’erreur d’épouser Edward Casaubon, un érudit sec, bien plus âgé qu’elle, qu’elle croit génial — et qui se révèle médiocre, mesquin et incapable de terminer son grand ouvrage. Autour d’eux, une foule de personnages dont aucun n’est là pour faire de la figuration : le médecin ambitieux Tertius Lydgate, piégé par son mariage avec la vaniteuse Rosamond Vincy ; le jeune Fred Vincy, qui peine à trouver sa voie ; le banquier Bulstrode et ses secrets inavouables.

George Eliot (de son vrai nom Mary Ann Evans) a elle-même vécu en marge des conventions victoriennes — vingt-cinq ans de vie commune avec un homme marié, une carrière littéraire sous pseudonyme masculin. Cette expérience nourrit le roman, qui pose une question centrale : comment vivre une vie qui a du sens quand la société vous assigne un rôle étriqué ? Dorothea, entravée par les clauses testamentaires de son défunt mari, par les préjugés de sa famille et par sa propre candeur, se débat avec une obstination qu’on finit par lui envier.

Le génie de George Eliot est de n’épargner personne, mais sans jamais perdre sa compassion. Même les personnages les plus agaçants — et Rosamond Vincy en est un spécimen de premier ordre — ne sont jamais réduits à de simples caricatures. Virginia Woolf considérait Middlemarch comme l’un des rares romans anglais écrits pour des adultes. C’est un compliment qu’on peut difficilement surpasser.


8. Le Temps de l’innocence (Edith Wharton, 1920)

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New York, années 1870. Newland Archer, jeune avocat issu de la haute bourgeoisie, s’apprête à épouser la très convenable May Welland — blonde, pure, parfaitement conforme à ce que son milieu attend d’une future épouse. Mais l’irruption de la comtesse Ellen Olenska, cousine de May, fraîchement revenue d’Europe après un mariage désastreux, va fissurer ce bel édifice. Ellen est libre, brillante, inclassable. Elle porte des robes qui ne sont pas tout à fait à la mode. Elle reçoit des gens qui ne sont pas tout à fait fréquentables. Et surtout, elle donne à Newland le sentiment d’avoir vécu jusqu’ici les yeux fermés.

Le piège se referme doucement. Edith Wharton dépeint un monde où personne ne dit jamais ce qu’il pense — un monde de regards, de silences, de dîners codifiés où le placement à table vaut déclaration de guerre. Newland est attiré par Ellen, mais il est aussi le produit d’un système dont il n’arrive pas à se défaire. Le résultat n’est pas tant une histoire d’amour impossible qu’un récit de liberté avortée, celle d’un homme qui pressent une autre vie mais n’a jamais le courage de la saisir.

Wharton, elle-même née dans ce milieu qu’elle dissèque sans trembler, a obtenu pour ce roman le prix Pulitzer en 1921 — première femme à recevoir cette distinction. Martin Scorsese en a tiré un film en 1993 (avec Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer et Winona Ryder) qui restitue bien l’étouffement feutré de ce monde. Mais c’est la dernière page du roman, où Newland, devenu vieux, fait un choix qui dit tout de sa vie, qui reste la plus cruelle — et la plus juste — conclusion qu’on puisse imaginer.


9. Loin de la foule déchaînée (Thomas Hardy, 1874)

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Dans le Wessex, région imaginaire calquée sur le Dorset natal de Thomas Hardy, Bathsheba Everdene hérite d’un domaine agricole qu’elle décide de gérer seule — chose à peu près inouïe pour une femme de son époque. Trois hommes gravitent autour d’elle : Gabriel Oak, berger loyal et patient qui l’aime depuis le premier jour ; William Boldwood, propriétaire terrien dont l’obsession pour elle vire à la folie ; et le sergent Troy, soldat beau parleur, égoïste et dépensier, qui saura pourtant la séduire.

Là où Austen observait la gentry depuis ses salons, Hardy plonge dans la terre, la boue et le foin. Le roman est rythmé par les saisons agricoles — tonte des moutons, moissons, tempêtes — et la nature y joue un rôle aussi important que les personnages humains. Bathsheba n’est pas une héroïne qu’on admire sans réserve : elle est orgueilleuse, impulsive, capable de commettre une bêtise par pure vanité (une certaine Valentine envoyée à Boldwood, par jeu, aux conséquences dévastatrices). Mais elle est aussi courageuse, opiniâtre, et son évolution — de jeune femme frivole à propriétaire endurcie par l’épreuve — donne au roman son élan.

Hardy est souvent qualifié de pessimiste, et il est vrai que ses romans ultérieurs (Tess d’Urberville, Jude l’Obscur) ne ménagent pas leurs personnages. Mais Loin de la foule déchaînée, son premier grand succès, accorde à ses héros une issue que les suivants n’auront pas — même si le chemin pour y parvenir est semé de drames, de deuils et d’une ou deux scènes d’une noirceur inattendue. L’adaptation de Thomas Vinterberg (2015), avec Carey Mulligan et Matthias Schoenaerts, rend justice au roman et au Wessex, filmé avec un sens du cadre remarquable.