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Que lire après « RIP » de Gaet's et Monier ?

Que lire après « RIP » de Gaet’s et Monier ?

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RIP est une série de bande dessinée en six tomes scénarisée par Gaet’s (Gaëtan Petit) et dessinée par Julien Monier, publiée aux éditions Petit à Petit entre 2018 et 2023. On y suit le quotidien d’une équipe de nettoyeurs chargés de vider les logements de personnes décédées dans l’indifférence générale. Chaque tome adopte le point de vue d’un personnage différent (Derrick, Maurice, Ahmed, Albert, Fanette, Eugène), et les pièces du puzzle s’assemblent au fil des volumes pour révéler les ramifications d’une intrigue à tiroirs. À la fois polar noir, chronique sociale et thriller poisseux, RIP a séduit par son humour cynique, son atmosphère crasseuse et la consistance de sa brochette de bras cassés.

Si vous êtes à la recherche de lectures dans le même genre, voici quelques recommandations.


1. Blast (Manu Larcenet, 2009)

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Polza Mancini a 38 ans, pèse plus de 150 kilos et se retrouve en garde à vue. Les deux policiers qui l’interrogent veulent savoir ce qu’il a fait à une certaine Carole Oudinot. Polza, ancien écrivain, raconte alors — à sa manière, par d’interminables détours et avec une franchise qui désarme ses interlocuteurs — comment la mort de son père l’a poussé à tout abandonner pour une vie d’errance dans la France rurale.

Ce qui le pousse sur les routes, c’est la quête du blast : un phénomène que Polza décrit comme une sorte d’explosion sensorielle brève et involontaire — un instant où sa perception du monde se dilate, où les couleurs surgissent, où tout fait sens avant de retomber dans le gris. Le mot renvoie au souffle d’une déflagration, et c’est bien l’effet produit : un choc qui le nourrit autant qu’il le détruit. Pour provoquer ces épisodes, Polza encaisse tout — l’alcool, la violence, la misère, la solitude. En chemin, il croise Jacky Jourdain, dealer de campagne qui achète des livres avec l’argent de ses trafics et dévore aussi bien les classiques de la littérature que les navets sans faire de distinction ; les frères Vladimir et Ilitch, deux marginaux capables de fracasser un crâne et de fondre en larmes cinq minutes plus tard ; Roland Oudinot, sculpteur schizophrène, et sa fille Carole.

Blast est un roman graphique en quatre tomes publié chez Dargaud, récompensé par le prix des libraires de BD en 2010 et le Grand Prix RTL de la bande dessinée. Le noir et blanc de Larcenet — encre de Chine, lavis, crayonné, avec de rares irruptions de couleurs lors des scènes de blast — crée un contraste saisissant entre la laideur du quotidien et la beauté brute des paysages. Larcenet, qu’on connaissait surtout pour Le Combat ordinaire et Le Retour à la terre, change ici radicalement de registre. Polza fascine et révulse en même temps : c’est un homme qui vous fait rire par son franc-parler, puis vous glace par ce dont il est capable, et la conclusion du dernier tome, Pourvu que les bouddhistes se trompent, risque de vous hanter un bon moment. Vous voilà prévenu·e.


2. Le Roi des mouches (Mezzo et Pirus, 2005)

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Éric Klein est un jeune branleur — le terme est officiel — qui règne sur un univers provincial où, derrière les façades proprettes, tout part en lambeaux. Autour de lui gravitent des mères au sourire faux noyé dans le brandy, des adolescentes qui vendent leurs sous-vêtements, des dealers qui coupent leur came à l’engrais et qui, le soir venu, prennent affectueusement soin de leur mamie. Bienvenue à la cour du Roi des mouches.

La trilogie (Hallorave, L’Origine du monde, Sourire suivant) publiée chez Albin Michel puis Glénat prend la forme d’un récit choral où les voix intérieures des personnages se succèdent par séquences de cinq ou sept planches. On passe d’un point de vue à l’autre, d’un malaise à l’autre, dans un huis clos provincial qui évoque le Blue Velvet de David Lynch (une petite ville en apparence paisible où la moindre porte ouverte révèle quelque chose de pourri), le Black Hole de Charles Burns ou les romans de Bret Easton Ellis. Le dessin de Mezzo, mis en couleurs par Ruby, renforce ce sentiment de malaise : les planches sont léchées, soignées, presque trop belles pour ce qu’elles racontent.

Plusieurs fois nommée au Festival d’Angoulême et aux Eisner Awards (le prix de référence du monde des comics), traduite en plusieurs langues, Le Roi des mouches partage avec RIP ce même regard sur un microcosme en décomposition — un milieu fermé où les liens entre les personnages sont aussi toxiques qu’indissolubles.


3. Stray Bullets (David Lapham, 1995)

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Entièrement écrite, dessinée et lettrée par David Lapham, Stray Bullets est une série en noir et blanc lancée en 1995 chez El Capitan Books, le label que Lapham a fondé avec sa femme Maria. La série a remporté l’Eisner Award du meilleur auteur complet dès 1996 et n’a cessé, depuis, d’être considérée comme l’un des sommets du polar en bande dessinée.

Le fonctionnement est simple à décrire, redoutable à exécuter : des histoires interconnectées, racontées de manière non chronologique, qui suivent une mosaïque de personnages — petits délinquants, familles dysfonctionnelles, braves gens au mauvais endroit au mauvais moment — entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1990. Au fil des numéros, une figure centrale émerge : Virginia Applejack, une jeune fille négligée par sa mère, qui survit par l’imagination et couche ses traumatismes sur papier sous la forme de récits pulp déjantés dont l’héroïne s’appelle Amy Racecar. Chaque épisode fonctionne comme une nouvelle autonome, mais les connexions entre les personnages se révèlent peu à peu, et l’on finit par réaliser que toutes ces vies — celle d’un tueur sociopathe, celle d’un couple de fugueurs, celle d’un gamin naïf — sont reliées par le même réseau criminel.

La série se compose de trois arcs principaux (la série originale de 41 numéros, Killers en 8 numéros, Sunshine & Roses en 42 numéros) et est publiée en France chez Delcourt. Lapham refuse toute complaisance envers la violence : elle arrive sans prévenir, brise des vies en une case, puis le récit continue comme si de rien n’était. Mais Lapham aime ses personnages, même les plus esquintés, et ça se sent à chaque page. Si vous avez aimé la galerie de losers magnifiques de RIP, vous trouverez ici leur équivalent américain, en plus vaste et en plus sauvage.


4. Criminal (Ed Brubaker et Sean Phillips, 2006)

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Ed Brubaker et Sean Phillips travaillent en duo depuis Sleeper (2003) et forment sans doute le tandem le plus régulier du polar en comics. Criminal, leur série phare publiée depuis 2006 (d’abord chez Icon/Marvel, puis chez Image Comics), est traduite en France chez Delcourt. La série prend la forme d’une anthologie : chaque arc suit un personnage différent, mais tous gravitent autour d’une même ville fictive et d’un même réseau de familles liées au crime — en particulier les Lawless, une lignée de truands où la violence se transmet de père en fils, comme une tare génétique.

Dans Lâche !, le pickpocket Leo Patterson se retrouve piégé dans un braquage truqué. Dans Impitoyable, Tracy Lawless, soldat déserteur, infiltre l’ancien gang de son frère assassiné. Dans Morts en sursis, trois destins se croisent dans le milieu du crime organisé des années 1970. Et ainsi de suite, de tome en tome, avec des incursions dans le passé de Teeg Lawless (père violent, vétéran du Vietnam) ou le portrait d’Ellie, une jeune femme en cure de désintoxication qui idolâtre les artistes camés.

Brubaker a déclaré vouloir faire avec Criminal ce que les frères Hernandez font avec Love and Rockets (une série indépendante américaine lancée en 1981, qui suit les mêmes personnages sur plusieurs décennies) : observer des gens qui vieillissent, disparaissent et réapparaissent au fil des années. Sean Phillips fournit un trait charbonneux, granuleux, mis en couleurs par son fils Jacob. Chaque volume fonctionne seul, mais l’ensemble finit par composer un univers cohérent où un détail anodin dans un tome prend tout son sens trois volumes plus tard. Si RIP vous a plu par sa structure à points de vue multiples, Criminal pousse cette logique encore plus loin — sur plus de quinze ans de publication.


5. Scalped (Jason Aaron et R.M. Guéra, 2007)

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Dashiell « Dash » Bad Horse a fui la réserve indienne de Prairie Rose, dans le Dakota du Sud, il y a quinze ans. À son retour, il constate que rien n’a changé — sinon en pire. La réserve est rongée par l’alcoolisme, la drogue, le chômage et la corruption. Au sommet de cette pyramide trône Lincoln Red Crow, ancien activiste du mouvement Red Power reconverti en parrain local, futur propriétaire de casino et patron de tous les trafics. Dash, armé de son nunchaku et d’un secret que le lecteur ne découvrira pas tout de suite, intègre la police tribale de Red Crow. Mais ses véritables motivations sont bien plus troubles qu’il n’y paraît.

Publiée chez DC Comics sous le label Vertigo (une collection dédiée aux comics pour adultes, qui a aussi abrité Sandman, Preacher ou Transmetropolitan) entre 2007 et 2012, la série est disponible en France chez Urban Comics en dix tomes. Scalped est la série qui a révélé Jason Aaron — depuis devenu l’un des scénaristes majeurs de Marvel. Le dessin de R.M. Guéra, nerveux et âpre, colle à la rudesse du décor : visages burinés, paysages arides, intérieurs délabrés. La série s’inspire directement de l’histoire de l’American Indian Movement (AIM), un mouvement de défense des droits des Amérindiens fondé en 1968, et fait écho à l’affaire Leonard Peltier, un militant amérindien condamné à la prison à vie en 1977 pour le meurtre de deux agents du FBI dans des circonstances toujours controversées — une affaire devenue un symbole des injustices subies par les peuples autochtones aux États-Unis.

Ce contexte historique n’est pas un simple décor. Il irrigue l’ensemble du récit et donne à chacun des personnages — y compris Red Crow, dont les motivations oscillent entre ambition personnelle, calcul politique et authentique désir de protéger son peuple — une densité qu’on rencontre rarement dans un polar. Le rapprochement avec RIP tient à cette même capacité de dépeindre un milieu fermé où tout le monde se connaît, où les vieux cadavres finissent toujours par remonter et où personne, au fond, n’a les mains propres.


6. Le Tueur (Matz et Luc Jacamon, 1998)

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Un homme sans nom attend sa cible dans un appartement parisien. Il est tueur à gages, méthodique et dépourvu de scrupules — le genre de type qui planifie un assassinat avec la rigueur d’un comptable qui boucle un bilan. Et pendant qu’il attend, il pense. C’est d’ailleurs à peu près tout ce qu’il fait dans le premier tome, Long feu : attendre et penser. Sauf que ses réflexions — sur la société, la morale, la nature humaine, ce qui sépare un prédateur d’un homme ordinaire — forment un monologue intérieur d’un cynisme acéré, à mi-chemin entre le journal intime et la conférence de philosophie appliquée.

La série, scénarisée par Matz et dessinée par Luc Jacamon, a été publiée chez Casterman en treize tomes (1998-2014), prolongée par le cycle Affaires d’État (2020-2023). Son adaptation au cinéma par David Fincher (The Killer, 2023, avec Michael Fassbender) a considérablement élargi son audience, mais la BD mérite qu’on la découvre pour elle-même. Le personnage du Tueur n’a rien du fantasme hollywoodien : c’est un type au physique banal, ancien étudiant en droit, qui a trouvé dans l’assassinat un métier comme un autre — et c’est précisément cette normalité qui glace.

Au fil des tomes, l’intrigue se complexifie et entraîne le Tueur dans les affaires des cartels colombiens, des services de renseignement français et des luttes de pouvoir entre États. Mais la force de la série réside dans les fissures qui apparaissent chez ce personnage soi-disant blindé : une compagne et un fils qu’il met en danger par sa seule existence, un ami criminel auquel il s’attache malgré lui, et la question lancinante de savoir s’il est encore possible de raccrocher. Les amateurs de RIP retrouveront ici ce goût pour les anti-héros désabusés, et cette façon de rendre familier — presque confortable — un univers qui ne devrait pas l’être.


7. Berceuse assassine (Tome et Ralph Meyer, 1997)

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Joe Telenko, 45 ans, chauffeur de taxi à New York, a le cœur fatigué — au propre comme au figuré. Sa femme Martha, clouée dans un fauteuil roulant, le hait avec une constance admirable, et le sentiment est réciproque. Un beau jour, Telenko décide de la tuer. Mais pour abattre sa femme de sang-froid, encore faut-il en avoir les tripes. D’autant que Martha, de son côté, ne reste pas inactive.

Ce polar en trois tomes publié chez Dargaud repose sur le dispositif narratif qui a directement inspiré RIP (la filiation est d’ailleurs soulignée par les lecteur·ice·s des deux séries) : chaque album raconte la même histoire du point de vue d’un personnage différent — Telenko, Martha, puis Dillon, un SDF qui rôde autour du couple. À chaque changement de narrateur, ce qu’on croyait avoir compris se retourne, des pans entiers de l’intrigue s’éclairent et de nouvelles révélations surgissent.

Le scénario est signé Philippe Tome, plus connu pour Le Petit Spirou et Soda — un CV qui ne laissait pas forcément présager une telle noirceur. Le dessin de Ralph Meyer (qui allait plus tard s’illustrer sur Undertaker) joue sur une bichromie sépia rehaussée de jaune — celui du taxi et du fauteuil roulant — qui donne à l’ensemble une atmosphère de film noir à l’ancienne. Paru en 1997, Berceuse assassine se lit encore aujourd’hui avec le même plaisir qu’à sa sortie. C’est, en quelque sorte, l’ancêtre direct de RIP, et si vous avez aimé l’un, l’autre est une évidence.


8. Tyler Cross (Fabien Nury et Brüno, 2013)

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Tyler Cross vient de braquer 17 kilos d’héroïne pure à la Mafia. Il a 20 dollars en poche, un fusil à pompe, un Colt à la ceinture, et il est à pied, seul, au fin fond du Texas. Direction Black Rock, un bled paumé sous la coupe d’un magnat du pétrole et de ses fils dégénérés. Autant dire que les habitants de Black Rock n’oublieront pas de sitôt le passage du gangster.

Avec cette série publiée chez Dargaud en trois tomes indépendants (Black Rock, Angola, Miami), Fabien Nury et Brüno rendent un hommage frontal et assumé au film noir américain des années 1950. Tyler Cross est un bloc : mutique, implacable, doté de l’humour d’un pitbull — la formule est à peine exagérée. Nury, scénariste d’Il était une fois en France (prix de la meilleure série à Angoulême en 2011), sait écrire des scènes d’action qui se lisent comme des séquences de cinéma, et ses dialogues sont d’une sécheresse jubilatoire. Brüno, lui, impose un style graphique anguleux et expressionniste, tout en aplats de couleurs tranchés, qui donne à chaque case un rythme de mitraillette.

Le deuxième tome, Angola, enferme Tyler dans la plus grande prison de haute sécurité des États-Unis, entourée de marécages louisianais — un pénitencier réel, tristement célèbre, où les détenus travaillent encore dans des champs de coton. Les Siciliens y ont mis sa tête à prix. Le troisième, Miami, le plonge dans le monde véreux de la promotion immobilière en Floride. Là où RIP fouille la misère ordinaire avec gravité, Tyler Cross la transforme en spectacle amoral et jouissif. Le genre de BD qu’on dévore avec un sourire en coin, sans trop se poser de questions sur sa propre moralité.


9. Ushijima, l’usurier de l’ombre (Shōhei Manabe, 2004)

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Kaoru Ushijima a 23 ans, une carrure imposante, un visage impassible et une entreprise de crédit nommée Buy Buy Finance. Derrière cette façade anodine se cache un yamikin — terme japonais qui désigne un usurier clandestin, un prêteur illégal qui opère dans l’ombre des circuits bancaires officiels. Ushijima prête de l’argent à des taux d’intérêt délirants (50 % en dix jours) et emploie des méthodes de recouvrement que la loi réprouve vigoureusement. Ses clients, qu’il surnomme ses « esclaves », sont des gens ordinaires tombés dans la spirale du surendettement : une femme au foyer accro au pachinko (un jeu de hasard mécanique omniprésent au Japon, sorte de flipper vertical où l’on peut perdre des sommes considérables), un joueur compulsif, une jeune fille écrasée par la pression sociale qui se ruine en vêtements de luxe.

Ce seinen (manga destiné à un public adulte), prépublié dans le magazine Big Comic Spirits de Shōgakukan et compilé en 46 volumes (publié en France chez Kana dans la collection Big Kana, de 2007 à 2020), fonctionne par arcs indépendants. Chaque arc suit un nouveau débiteur, et chaque histoire déroule avec une logique implacable le mécanisme par lequel une dette modeste se transforme en piège mortel : les intérêts s’accumulent, les solutions légales se ferment une à une, et la personne se retrouve contrainte à la prostitution, au vol ou à la fuite. Ushijima lui-même reste un trou noir narratif — on ne saura presque rien de sa vie privée, sinon qu’il élève des lapins avec une affection déconcertante.

La force du manga de Shōhei Manabe tient dans son refus de tout sensationnalisme. La violence est froide, les situations sont banales, et cette banalité même rend le propos terrifiant : le système dévore ses victimes avec une efficacité bureaucratique. Nommé au Prix culturel Osamu Tezuka en 2008, adapté en drama et en films live au Japon, Ushijima montre ce que la société japonaise contemporaine préfère ne pas regarder — mais les mécanismes de prédation financière qu’il décrit n’ont rien de spécifiquement nippon. Si RIP vous a touché·e par sa façon de montrer la misère et la débrouille telles qu’elles sont, Ushijima pousse la logique un cran plus loin : ici, la misère est un produit dont quelqu’un tire profit.