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Que lire après « 1Q84 » de Haruki Murakami ?

Que lire après « 1Q84 » de Haruki Murakami ?

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Publié au Japon en trois tomes entre 2009 et 2010, 1Q84 est le douzième roman de Haruki Murakami. Le titre, jeu de mots sur 1984 de George Orwell (au Japon, le « Q » et le « 9 » se prononcent de la même façon), dit l’essentiel : l’année 1984, mais légèrement de travers. Le récit suit Tengo, professeur de mathématiques et apprenti écrivain, et Aomamé, instructrice sportive doublée d’une tueuse professionnelle, à travers un Tokyo où le ciel abrite soudain deux lunes. Liés par un souvenir d’enfance — une poignée de main furtive à l’âge de dix ans —, les deux protagonistes évoluent dans des réalités parallèles, entre secte millénariste, mystérieuses créatures — les Little People — et roman dans le roman (La Chrysalide de l’air). Traduit en français par Hélène Morita et paru chez Belfond en 2011-2012, 1Q84 s’est vendu à plus de quatre millions d’exemplaires au Japon.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine — réalités instables, architectures labyrinthiques, régimes de l’absurde, quêtes intérieures.


1. Chroniques de l’oiseau à ressort (Haruki Murakami, 1994)

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Toru Okada a trente ans, pas d’emploi, et un chat qui a disparu. Sa femme Kumiko s’absente de plus en plus, puis s’évapore à son tour. À partir de là, les personnages improbables défilent : les sœurs Malta et Creta Kano, médiums aux méthodes peu orthodoxes ; le lieutenant Mamiya, rescapé de la guerre qui a frôlé la mort au fond d’un puits en Mongolie ; Muscade et son fils muet Cannelle ; et May Kasahara, adolescente du voisinage un peu trop lucide pour son âge. Tous gravitent autour de Toru, qui attire les confidences et les phénomènes surnaturels sans avoir rien demandé.

Le roman se déploie sur près de mille pages et emprunte aussi bien au récit de guerre (les atrocités commises au Mandchoukouo) qu’au fantastique le plus débridé. Toru descend régulièrement au fond d’un puits asséché pour y vivre des visions prémonitoires et acquérir un étrange pouvoir de guérison. Derrière l’intrigue — retrouver Kumiko, affronter son sinistre beau-frère Noboru Wataya —, c’est la violence enfouie sous la surface du quotidien qui affleure, et les traumatismes historiques que le Japon préfère ne pas regarder en face. Là où 1Q84 alternait entre deux voix, Chroniques de l’oiseau à ressort en convoque une dizaine, avec une liberté narrative qui frôle parfois l’hallucination.


2. La Fin des temps (Haruki Murakami, 1985)

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Le principe est simple (sur le papier) : deux récits en alternance, un chapitre sur deux, qui ne se ressemblent en rien. D’un côté, le « Pays des merveilles sans merci » : à Tokyo, un informaticien au crâne farci d’un implant expérimental est envoyé dans le laboratoire souterrain d’un vieux savant excentrique. Sa mission ? Encoder des données secrètes. Le hic : une guerre informatique clandestine l’entraîne dans les sous-sols de Tokyo, poursuivi par des créatures monstrueuses, avec pour seuls alliés une bibliothécaire et la petite-fille du professeur. De l’autre, « La Fin du monde » : un homme arrive dans une cité fortifiée et silencieuse, où les habitants n’ont ni ombre ni sentiments. Il est chargé de lire les « vieux rêves » enfermés dans des crânes de licorne à la bibliothèque municipale — ce qui, vous en conviendrez, ne figure dans aucune fiche de poste standard.

Lauréat du prix Tanizaki en 1985, ce quatrième roman de Murakami est celui où l’influence de Philip K. Dick et du cyberpunk se fait la plus nette, tout en restant ancré dans les obsessions de l’auteur : la solitude, la musique (le jazz, le rock des années 60), les repas préparés avec une attention quasi liturgique. Le lien entre les deux mondes constitue l’énigme centrale du livre, et sa résolution, douce-amère, pose une question redoutable : peut-on choisir de rester dans un monde sans souffrance si cela implique de renoncer à tout ce qui fait de soi un être humain ?


3. Piranèse (Susanna Clarke, 2020)

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La Maison où vit Piranèse n’a rien d’un pavillon de banlieue. Ses salles sont infinies, ses couloirs interminables, ses murs ornés de milliers de statues — minotaures, enfants, jardiniers de marbre. Un océan est emprisonné dans les étages inférieurs, et des marées régulières inondent les vestibules. Piranèse arpente ce labyrinthe avec la ferveur d’un naturaliste, consigne chaque découverte dans un journal minutieux, et rend visite deux fois par semaine à l’Autre, le seul être vivant qu’il connaisse, occupé à chercher un mystérieux « Grand Savoir ».

Puis des indices apparaissent : des messages griffonnés sur le sol, la preuve qu’un troisième habitant rôde quelque part. Quelque chose ne colle pas. Les carnets de Piranèse sont-ils fiables ? La Maison est-elle un refuge ou une prison ? Susanna Clarke, connue pour le pavé victorien Jonathan Strange et Mr Norrell, fait ici le choix inverse : un roman bref (environ 300 pages), sans un gramme de gras. L’émerveillement du narrateur — un personnage d’une candeur désarmante — masque peu à peu une histoire d’emprise et de manipulation. Lauréat du Women’s Prize en 2021, Piranèse partage avec 1Q84 cette idée d’un monde parallèle dont on ne sait plus très bien comment on y est entré, ni si l’on souhaite en sortir.


4. Cristallisation secrète (Yōko Ogawa, 1994)

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Sur une île sans nom, les choses disparaissent. Pas physiquement — ou plutôt, pas seulement. Un matin, les oiseaux cessent d’avoir un sens : les habitants de l’île ne se souviennent plus de ce qu’ils étaient, de leur chant, de leur existence même. Les roses suivent, puis les photographies, les calendriers, les timbres-poste. À chaque disparition, la population se débarrasse docilement des objets devenus incompréhensibles, sous l’œil d’une police secrète qui traque les rares individus encore capables de se souvenir — les « chasseurs de mémoires ».

La narratrice est romancière. Sa mère, qui faisait partie de ceux qui n’oubliaient pas, a été emmenée par la police et n’est jamais revenue. Quand son éditeur, R, lui confie qu’il possède lui aussi cette capacité de mémoire intacte, elle décide de le cacher dans une pièce secrète de sa maison. Puis les livres eux-mêmes disparaissent, et la question devient vertigineuse : comment écrire un roman dans un monde où les mots perdent un à un leur objet ? Yōko Ogawa construit une allégorie des régimes totalitaires d’une douceur trompeuse, où l’horreur ne vient pas d’un coup de force brutal, mais de l’effacement progressif et consenti de tout ce qui constitue une vie intérieure. La secte des Précurseurs, dans 1Q84, imposait sa vérité par la force ; ici, le pouvoir n’a même plus besoin de convaincre — il lui suffit d’effacer.


5. Le Palais des rêves (Ismaïl Kadaré, 1981)

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Mark-Alem, rejeton d’une illustre famille de l’Empire ottoman, obtient un poste dans l’institution la plus secrète et la plus redoutable de l’État : le Tabir Sarrail, ou Palais des rêves. Le travail consiste à collecter les songes de tous les sujets de l’Empire, jusque dans les provinces les plus reculées, pour les trier, les classer et les interpréter — jusqu’à isoler les « Maîtres-Rêves », ces visions nocturnes dans lesquelles le destin du souverain et de la nation pourrait être déchiffré.

Cercle après cercle, Mark-Alem gravit les échelons de cette bureaucratie infernale, jusqu’à en devenir le maître — un maître rongé par la terreur de découvrir un jour, dans le rébus d’un rêve anonyme, la disgrâce de sa propre famille. Écrit en 1981 sous la dictature d’Enver Hoxha en Albanie (ce qui a valu à Kadaré une convocation devant l’Union des écrivains), ce roman est à la fois une satire féroce du totalitarisme et la démonstration d’un pouvoir poussé jusqu’à son aboutissement logique : la colonisation de l’inconscient collectif. 1Q84 montrait une secte infiltrée dans la société japonaise ; Kadaré, lui, décrit un État qui s’est infiltré jusque dans le sommeil de ses sujets.


6. Le Maître et Marguerite (Mikhaïl Boulgakov, 1967)

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Un soir de printemps à Moscou, le rédacteur en chef Berlioz et le jeune poète Biezdomny discutent sur un banc de l’étang du Patriarche. Un étranger s’impose dans la conversation, affirme avoir assisté au procès de Jésus et prédit à Berlioz une mort imminente par décapitation. L’étranger s’appelle Woland. C’est le Diable, et il est accompagné d’une suite proprement délirante : Koroviev, escroc distingué ; Azazello, tueur à la voix nasillarde ; et surtout Béhémoth, un chat noir de la taille d’un homme, qui joue aux échecs et boit de la vodka.

Le roman entrelace trois fils narratifs : le chaos semé par Woland dans le Moscou soviétique des années 1930 ; l’histoire d’amour entre le Maître, un écrivain brisé, et Marguerite, qui pactise avec Satan pour le retrouver ; et le récit du face-à-face entre Ponce Pilate et Yeshoua Ha-Nozri (Jésus) à Ierchalaïm. Boulgakov a travaillé ce roman de 1928 à sa mort en 1940 ; il n’a été publié en Russie (sous forme censurée) qu’en 1966-1967, et intégralement en 1973. La farce et le surnaturel occupent le devant de la scène, mais le roman pose la question du mal, de la lâcheté du pouvoir et de ce que l’amour peut sauver quand tout le reste a été détruit. Comme 1Q84, il superpose des plans de réalité et brouille la frontière entre le quotidien et le fantastique — avec, en prime, un chat géant armé d’un revolver.


7. La Femme des sables (Kōbō Abé, 1962)

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Un entomologiste amateur, en congé pour quelques jours, se rend dans une région côtière du Japon à la recherche d’une espèce rare d’insecte. Surpris par la nuit, il accepte l’hospitalité d’un village niché au creux des dunes. On le conduit au fond d’un trou de sable, dans la maison d’une veuve. Le lendemain matin, l’échelle a disparu. Il est pris au piège.

Le sable envahit tout, s’infiltre partout, et chaque nuit, l’homme et la femme doivent pelleter sans relâche pour empêcher la maison d’être engloutie. Cet esclavage est la condition même de leur survie. L’homme tente de s’évader, négocie, se révolte, élabore des stratagèmes — en vain. Puis, lentement, quelque chose cède. Il découvre un système de captation d’eau, et cette trouvaille insignifiante suffit à convertir sa captivité en projet. Quand, bien plus tard, l’occasion de fuir se présente enfin, sa décision surprend.

Couronné par le prix Yomiuri au Japon et le prix du Meilleur Livre étranger en France, La Femme des sables est une parabole sur la liberté, la servitude et ce qu’il faut accepter de perdre pour continuer à vivre. La logique qui gouverne ce roman rappelle celle de 1Q84 : un glissement imperceptible, et la sortie de secours a disparu.


8. L’Inconsolé (Kazuo Ishiguro, 1995)

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Ryder, pianiste de renommée internationale, débarque dans une petite ville d’Europe centrale pour y donner un récital. Dès son arrivée à l’hôtel, les sollicitations s’empilent. Le porteur Gustav lui demande d’intercéder auprès de sa fille. Le directeur Hoffman souhaite qu’il examine l’album de coupures de presse de son épouse. Un jeune homme veut qu’il écoute son jeu de piano. Un ancien chef d’orchestre alcoolique espère qu’il assistera à sa réhabilitation publique. Et Ryder, incapable de dire non, accumule les engagements contradictoires dans une ville dont la géographie défie toute logique : un couloir d’hôtel débouche sur un terrain vague, un trajet de cinq minutes dure des heures, un café se trouve simultanément au bout de la rue et à l’autre bout de la ville.

Le plus troublant : cette ville que Ryder prétend ne pas connaître lui est étrangement familière. Sophie pourrait être sa femme. Boris pourrait être son fils. Les souvenirs affleurent, puis se dissolvent. Prix Nobel de littérature en 2017, Ishiguro signe ici un roman-labyrinthe de 900 pages, hilarant et cruel, quelque part entre Kafka et David Lynch. C’est un cauchemar d’anxiété et de procrastination élevé au rang de littérature, où l’on assiste, impuissant·e, au spectacle d’un homme qui n’arrive jamais à faire ce pour quoi il est venu. Dans 1Q84, Aomamé et Tengo ne cessent de se chercher sans se trouver ; Ryder, lui, ne cesse de se perdre sans même savoir ce qu’il cherche.


9. Écrits fantômes (David Mitchell, 1999)

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Neuf histoires. Neuf pays. Un seul roman. Tout commence à Okinawa avec Quasar, membre d’une secte millénariste, en fuite après avoir libéré des agents neurotoxiques dans le métro de Tokyo. On passe ensuite à un couple d’amoureux fous de jazz à Tokyo, puis à un trader britannique hanté par un fantôme à Hong Kong, à une vieille femme chinoise qui parle à un arbre sacré, à une entité non humaine qui transmigre de corps en corps à travers la Mongolie, à des trafiquants d’art à Saint-Pétersbourg, à un batteur de jazz paumé à Londres, à une physicienne en cavale sur une île irlandaise, et enfin à un animateur de radio nocturne à New York. Chaque récit est relié aux autres par des fils ténus — un personnage secondaire ici devient protagoniste là, un événement évoqué en passant se révèle crucial ailleurs.

Premier roman de David Mitchell (l’auteur de Cartographie des nuages), Écrits fantômes est un périple d’est en ouest qui traverse les genres — fantastique, science-fiction, espionnage, monologue existentiel — avec la désinvolture de quelqu’un qui n’a pas encore appris qu’on n’est pas censé faire tout ça dans le même livre. Mitchell y développe déjà sa marque de fabrique : une architecture narrative en réseau, où les destins individuels sont secrètement solidaires les uns des autres, sans que les personnages en aient conscience. C’est cette même intuition qui sous-tend 1Q84 — l’idée que Tengo et Aomamé, chacun dans leur fil narratif, participent d’une histoire plus vaste qu’eux. Mitchell, lui, élargit le cadre à l’échelle du globe — et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.