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Que lire après « Les Indes Fourbes » d'Alain Ayroles et Juanjo Guarnido ?

Que lire après « Les Indes Fourbes » d’Alain Ayroles et Juanjo Guarnido ?

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Parue en 2019 chez Delcourt, Les Indes Fourbes est une bande dessinée scénarisée par Alain Ayroles et dessinée par Juanjo Guarnido. Elle se présente comme la suite du Buscón de Francisco de Quevedo (1626), un roman picaresque espagnol — c’est-à-dire le récit des aventures d’un gueux sans scrupules qui traverse toutes les couches de la société grâce à la ruse et au mensonge. À la fin du Buscón, le héros, don Pablos de Ségovie, embarque pour les Amériques. Quevedo promet une suite qu’il n’écrira jamais. Ayroles et Guarnido s’en chargent, quatre siècles plus tard : on suit donc don Pablos, fripouille impénitente, dans ses tribulations à travers l’Amérique du Sud du Siècle d’or — des pics de la Cordillère des Andes aux jungles de l’Amazone — jusqu’à la quête mythique de l’Eldorado. L’intrigue est construite à tiroirs : don Pablos raconte son histoire, mais chaque nouveau chapitre oblige à reconsidérer ce qu’on croyait avoir compris. L’album a reçu de nombreuses récompenses : Prix Landerneau 2019, Grand Prix de la critique 2020, Prix des libraires de BD, Prix RTL et Prix BD Le Parisien, entre autres.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des bandes dessinées dans la même veine — qu’elles partagent un auteur, un goût pour les intrigues retorses, une reconstitution historique soignée ou un amour prononcé du panache.


1. De Cape et de Crocs (Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou, 1995)

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La filiation est directe : De Cape et de Crocs est l’autre grande série d’Alain Ayroles, celle qui a assis sa réputation avant Les Indes Fourbes. Dans l’Europe du XVIIe siècle, deux gentilshommes inséparables — Don Lope de Villalobos y Sangrin, loup espagnol à la lame aussi vive que le tempérament, et Armand Raynal de Maupertuis, renard gascon féru de poésie — découvrent l’emplacement du fabuleux trésor des îles Tangerines et se lancent à sa poursuite. De geôles en galères, de pirates en intrigues de palais, leur périple les conduira jusqu’à la Lune (oui, la Lune), flanqués d’un lapin nommé Eusèbe, à la fois candide et étonnamment débrouillard.

La série se déploie en douze tomes (1995-2016), publiés chez Delcourt. Ses dialogues, souvent en alexandrins, regorgent de clins d’œil à Molière, Cyrano de Bergerac, Alexandre Dumas ou Jules Verne — mais le plaisir de lecture ne dépend jamais de la capacité à repérer les références. On rit beaucoup, mais la série sait aussi émouvoir — en particulier dans les deux derniers tomes, consacrés au personnage d’Eusèbe, où l’humour cède le pas à quelque chose de plus poignant.

Précision utile : les personnages principaux sont des animaux anthropomorphes (un loup, un renard, un lapin…). Que cela ne vous arrête pas. Ayroles et le dessinateur Jean-Luc Masbou leur donnent une telle épaisseur qu’on finit par voir en Don Lope un mousquetaire, pas un canidé. Si vous avez aimé la verve et l’érudition d’Ayroles dans Les Indes Fourbes, sachez que tout vient de là.


2. L’Ombre des Lumières (Alain Ayroles & Richard Guérineau, 2023)

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Après le Siècle d’or espagnol, Ayroles s’attaque au XVIIIe siècle français. L’Ombre des Lumières, triptyque lancé en 2023 chez Delcourt, se construit autour de la correspondance retrouvée du chevalier de Saint-Sauveur, libertin manipulateur et pervers. Pour situer le personnage : imaginez le vicomte de Valmont des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (1782) — ce séducteur qui détruit méthodiquement la vertu d’autrui par jeu — mais en plus radical et avec moins d’états d’âme. Ayroles lui-même parle d’« une sorte de Valmont, avec une pointe de Sade et de Casanova ». Le récit est entièrement fondé sur un échange de lettres entre les personnages — un procédé rare en bande dessinée, où l’on doit comprendre les événements à travers ce que chaque correspondant choisit de dire (ou de taire). Ayroles s’impose ce défi narratif après la construction à tiroirs des Indes Fourbes : à chaque nouveau livre, une contrainte formelle différente.

Le premier tome emprunte à Laclos le cadre des salons aristocratiques et le jeu cruel de la séduction ; puis l’intrigue bifurque vers la Nouvelle-France (l’actuel Canada), où le chevalier se retrouve en territoire iroquois, et les manigances de salon cèdent la place à un contexte autrement dangereux. Le dessin de Richard Guérineau, connu pour Le Chant des Stryges et ses adaptations de Jean Teulé (Charly 9, Henriquet), restitue avec soin les costumes et les décors de l’époque, des boudoirs de Versailles aux forêts nord-américaines.

Pour qui a pris plaisir à voir don Pablos mentir à tout le monde pendant 160 pages, les stratagèmes du chevalier de Saint-Sauveur offrent un prolongement naturel : même jubilation à observer un personnage odieux tirer les ficelles, même curiosité à deviner quand — et comment — tout va lui retomber dessus.


3. Blacksad (Juan Díaz Canales & Juanjo Guarnido, 2000)

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Après le scénariste des Indes Fourbes, voici le dessinateur. Blacksad est la série qui a révélé le talent de Juanjo Guarnido au grand public. John Blacksad, chat noir et détective privé, arpente les États-Unis des années 1950 dans un univers où tous les personnages sont des animaux anthropomorphes. Chaque espèce est choisie en fonction de la psychologie du personnage : un chien de berger pour l’inspecteur de police loyal, un reptile pour le truand à sang froid, un ours polaire pour le chef suprémaciste. Le tout baigne dans une atmosphère de film noir à la Raymond Chandler : voix off désabusée, femmes fatales, ruelles mal éclairées et whisky tiède.

Chaque album aborde un pan sombre de l’Amérique d’après-guerre : suprémacisme racial dans Arctic-Nation, maccarthysme et chasse aux sorcières dans Âme Rouge, mafia et corruption syndicale dans L’Enfer, le silence. Les intrigues de Juan Díaz Canales ne font pas de cadeau : les coupables ne sont pas toujours punis, les victimes ne sont pas toujours innocentes, et Blacksad lui-même doit parfois choisir entre la justice et la survie. Les aquarelles de Guarnido — qui a travaillé comme animateur aux studios Walt Disney avant de se consacrer à la BD — expliquent la fluidité de ses personnages et le naturel de leurs expressions, qualités que l’on retrouve dans Les Indes Fourbes.

La série compte sept tomes depuis 2000, auxquels s’ajoute en 2025 le spin-off Weekly, préquel consacré aux origines de personnages secondaires. Pour les amateurs·rices de Guarnido, Blacksad permet de retrouver sa patte dans un registre radicalement différent — polar urbain plutôt qu’aventure picaresque — mais avec la même maîtrise de l’aquarelle et du cadrage.


4. Le Scorpion (Stephen Desberg & Enrico Marini, 2000)

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Rome, XVIIIe siècle. Armando Catalano mène une double vie. Le jour, perruque poudrée sur la tête, il parcourt les catacombes de Rome pour en extraire des ossements et des objets qu’il revend comme reliques sacrées aux évêques et aux princes — un commerce lucratif dans une ville obsédée par ses saints. La nuit, sous le surnom du Scorpion, il est un bretteur redouté des bas-fonds. Le cardinal Trebaldi, chef d’un ordre de moines-guerriers prêts à tuer pour protéger les secrets du Vatican, veut sa mort — car le tatouage que le Scorpion porte sur l’épaule est le signe d’une filiation que l’Église préférerait garder secrète.

La série, créée par Stephen Desberg au scénario et Enrico Marini au dessin, ne cache pas ses influences de roman de cape et d’épée : duels sur les toits, complots pontificaux, empoisonneuse égyptienne nommée Méjaï, et la question lancinante de l’identité réelle du Scorpion — qui est son père ? pourquoi l’Église veut-elle sa mort ? — qui court sur quatre cycles narratifs. Marini, qui assure aussi la couleur, impose une palette saturée : les rouges profonds de la Rome nocturne, les ors éclatants des palais pontificaux. Il passe le relais à Luigi Critone à partir du tome 13.

Les douze premiers tomes (2000-2019) forment un arc complet. La série souffre parfois de rebondissements un peu forcés sur la longueur (le Scorpion a une fâcheuse tendance à frôler la mort puis à s’en sortir de justesse), mais les intrigues politico-religieuses — complots au sein du Vatican, alliances secrètes entre neuf familles patriciennes héritées de la Rome antique — ont de quoi combler celles et ceux qui aiment les manigances en tout genre.


5. L’Épervier (Patrice Pellerin, 1994)

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Patrice Pellerin est un cas à part dans la bande dessinée francophone : scénariste, dessinateur et coloriste, il consacre à L’Épervier un soin quasi obsessionnel qui explique un rythme de parution… disons, contemplatif (comptez parfois cinq ans entre deux albums). Le résultat vaut l’attente. En 1741, le chevalier Yann de Kermeur, surnommé l’Épervier, est un ancien pirate gracié par Louis XV et reconverti en corsaire du roi — c’est-à-dire un marin autorisé par la couronne à attaquer les navires ennemis. Accusé à tort du meurtre du comte de Kermellec, il doit fuir, reconquérir son navire la Méduse et remonter la piste d’un trésor aztèque. Sa quête le mène de la rade de Brest à la jungle de Guyane (premier cycle, six tomes), puis jusqu’à la forteresse française de Louisbourg, au Canada (second cycle, en cours).

On remarque d’abord la reconstitution historique. Pellerin s’appuie sur une documentation considérable — historiens, archéologues, maîtres d’armes — pour restituer avec exactitude les cordages des navires, les uniformes de la marine royale, les fortifications de Vauban et les rues du vieux Brest. Cette rigueur a valu à la série le prix Historia de la bande dessinée historique en 2016.

Après l’Amérique du Sud fantasmée des Indes Fourbes, L’Épervier offre une autre facette du XVIIIe siècle colonial — plus réaliste, plus documentée, et dépourvue du ton canaille qui fait le sel du récit d’Ayroles. Yann de Kermeur est un homme d’honneur, pas un escroc ; mais le monde dans lequel il évolue — entre la brutalité de la marine, les conspirations de la noblesse et la moiteur des forêts tropicales — ne lui accorde aucun répit.


6. Long John Silver (Xavier Dorison & Mathieu Lauffray, 2007)

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Tout le monde connaît L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson (1883) et son fameux pirate unijambiste, Long John Silver. Xavier Dorison et Mathieu Lauffray imaginent ce qui a pu lui arriver ensuite, en quatre albums (2007-2013) qui se situent une quinzaine d’années après le roman. Le point de départ : Lady Vivian Hastings, aristocrate anglaise ruinée et enceinte, apprend que son mari, parti en Amérique du Sud, aurait trouvé la mythique cité d’or de Guyanacapac. Pour le rejoindre — et surtout pour mettre la main sur le trésor — elle recrute Silver en personne, vieilli mais toujours aussi retors, et embarque à bord du Neptune avec une bande de pirates et le docteur Livesey, seul rescapé « fréquentable » du roman de Stevenson, embarqué malgré lui.

Ce qui fait tenir les quatre albums, c’est le trio de personnages, dont aucun n’est véritablement sympathique : Vivian est calculatrice et sans pitié ; Silver joue un jeu dont lui seul connaît les règles ; Livesey, pris en étau entre ses principes et la violence ambiante, vacille un peu plus à chaque tome. L’expédition dérape — on s’en doute — et le dénouement pousse l’aventure dans des territoires inattendus.

Les peintures de Lauffray — sombres, parfois à la limite du lisible dans les scènes nocturnes, mais spectaculaires dans les paysages et les tempêtes — servent parfaitement le ton brutal du récit. Aventure, fourberie, quête d’un Eldorado impossible : les ingrédients des Indes Fourbes sont là, mais poussés vers quelque chose de plus noir et de plus cruel.


7. La Bibliomule de Cordoue (Wilfrid Lupano & Léonard Chemineau, 2021)

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Espagne, 976. Un peu de contexte : à cette époque, la péninsule ibérique est en grande partie gouvernée par le califat de Cordoue, un État musulman dont les souverains successifs ont fait de leur capitale un foyer intellectuel sans équivalent en Europe occidentale. La bibliothèque de Cordoue compte alors 400 000 ouvrages — en philosophie, en astronomie, en médecine, en mathématiques — venus du monde arabe, grec, persan et indien. Mais après la mort du calife al-Hakam II, protecteur de ce patrimoine, le vizir Al-Mansur s’empare du pouvoir et, pour obtenir le soutien des religieux radicaux, ordonne la destruction de la bibliothèque. La veille du plus grand autodafé qu’ait connu le monde occidental, Tarid, eunuque grassouillet en charge des collections, empile autant de livres que possible sur le dos d’une mule rétive et prend la fuite à travers l’Espagne. Il est rejoint par Lubna, cheffe des copistes, et Marwan, ancien apprenti reconverti en voleur.

Le scénario de Wilfrid Lupano (Les Vieux Fourneaux, Blanc autour) fonctionne comme un road-movie picaresque — quelque part entre La Grande Vadrouille et Le Nom de la Rose — où l’humour ne fait jamais oublier la gravité du propos. La mule, qui a le fâcheux réflexe de grignoter les ouvrages qu’elle transporte (son favori : le Traité d’algèbre d’Al-Khuwarizmi, mathématicien du IXe siècle à qui l’on doit le mot « algorithme »), finit par s’imposer comme le quatrième membre du groupe. Le dessin de Léonard Chemineau, vif et expressif, et les couleurs chaudes de Christophe Bouchard donnent à l’Espagne du Xe siècle ses ocres, sa lumière crue et ses ciels sans nuages.

Le lien avec Les Indes Fourbes ne tient pas à un auteur commun mais à un esprit partagé : le goût de l’aventure érudite, l’équilibre entre la comédie et le drame historique, et surtout cette idée d’une bande de personnages improbables embarqués dans une entreprise bien trop grande pour eux. Un second tome, paru en 2023, prolonge le voyage.


8. Les 7 Vies de l’Épervier (Patrick Cothias & André Juillard, 1983)

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France, début du XVIIe siècle. Le roi Henri IV règne sur un pays encore déchiré par les conflits religieux entre catholiques et protestants. En Auvergne, loin de la cour, la famille de Troïl — petite noblesse désargentée — subit la tyrannie du comte de Bruantfou, seigneur local. C’est dans ce contexte qu’un justicier masqué, surnommé l’Épervier, se dresse contre les injustices. Au centre du récit : Ariane de Troïl, jeune femme aussi douée à l’épée que prompte à défier l’autorité des hommes qui l’entourent. Fascinée par les exploits du mystérieux justicier, elle découvrira qu’il est bien plus lié à sa propre famille qu’elle ne le soupçonne. Son destin personnel — marqué par la violence, les trahisons et les deuils — s’entrelace avec la grande Histoire : l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac (1610), la régence de Marie de Médicis, la montée de Richelieu.

Patrick Cothias orchestre sur sept tomes (1983-1991) une fresque à la manière d’Alexandre Dumas, mais dans un registre nettement plus adulte et tragique : les personnages meurent, souffrent, trahissent, et les scènes d’amour ne se contentent pas de sous-entendus. La série, publiée chez Glénat, a donné naissance à un vaste univers qui inclut Masquerouge (les aventures d’un redresseur de torts sous Louis XIII) et Plume aux vents (la suite d’Ariane au Nouveau Monde), ainsi qu’une troisième époque lancée en 2022 chez Dargaud. Le dessin d’André Juillard — que beaucoup connaissent pour sa reprise de Blake et Mortimer — apporte à l’ensemble une finesse de trait et une élégance dans la mise en scène que les quarante ans écoulés depuis le premier tome n’ont pas entamées.

Si vous souhaitez prolonger le souffle de cape et d’épée des Indes Fourbes dans un cadre historique plus ancré et un ton plus sombre, Les 7 Vies de l’Épervier est la série qu’il vous faut — et ses séries dérivées garantissent de quoi lire pour un bon moment.