Créée par le scénariste madrilène Juan Díaz Canales et le dessinateur grenadin Juanjo Guarnido, Blacksad est une série de bande dessinée policière publiée chez Dargaud depuis 2000. Elle met en scène John Blacksad, un chat noir détective privé, dans un univers où tous les personnages sont des animaux à apparence humaine — des chats, des chiens, des reptiles qui marchent debout, parlent et portent des costumes — et dont l’espèce reflète le caractère et le rôle de chacun.
Les récits se déploient dans les États-Unis des années 1950, sur fond de racisme (Arctic-Nation), de maccarthysme (Âme Rouge), de Beat Generation (Amarillo) ou de corruption syndicale (Alors, tout tombe). Passé par l’animation aux studios Disney de Montreuil, Guarnido signe des planches à l’aquarelle cadrées comme des plans de cinéma, tandis que Canales construit des intrigues nourries par le film noir de Chandler et Woolrich. Traduite en vingt-six langues, la série a reçu entre autres le Prix du public au Festival d’Angoulême (2004) et de multiples Prix Eisner.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations.
1. L’Inspecteur Canardo (Benoît Sokal, 1978)

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Bien avant que Blacksad n’enfile son trench pour arpenter les rues de New York, un canard dépressif traînait déjà sa mélancolie de bar en bar dans les pages du magazine (À Suivre). L’inspecteur Canardo, créé en 1978 par le Belge Benoît Sokal, est le véritable ancêtre du polar animalier en bande dessinée — un Philip Marlowe à plumes, imbibé de whisky et perpétuellement enveloppé dans un imperméable fatigué.
Canardo n’a rien du héros flamboyant. C’est un détective privé alcoolique, fumeur invétéré, d’une hygiène discutable, qui roule en Cadillac Eldorado blanche et intervient le plus souvent à contrecœur, « par derrière si possible », comme il le reconnaît lui-même. Là où Blacksad affronte les grands maux de l’Amérique — ségrégationnisme, Guerre froide —, Canardo évolue dans un univers européen volontairement glauque, peuplé de personnages miséreux, entre le Belgambourg (petite monarchie fictive coincée entre la Belgique et le Luxembourg), l’Amerzone (pays tropical d’Amérique du Sud) et le Koudouland (ancienne colonie africaine). L’atmosphère est poisseuse, la violence sourde, l’ironie permanente.
La grande force de la série tient à ce que le polar y reste un prétexte. Sokal s’intéresse avant tout à ses personnages et aux situations cruelles dans lesquelles ils se débattent. Les premiers albums — Le Chien debout, La Marque de Raspoutine, La Mort douce, Noces de brume, L’Amerzone — forment un âge d’or de cinq volumes où chaque personnage, aussi cabossé soit-il, cherche un reste de dignité dans un monde qui n’en offre guère. Sokal, qui avait commencé des études de vétérinaire avant d’intégrer l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, se lancera plus tard avec succès dans le jeu vidéo (L’Amerzone, Syberia), tiré en partie de l’univers de Canardo. Le créateur est décédé en mai 2021, à l’âge de 66 ans, mais son canard reste l’un des antihéros les plus attachants de la BD franco-belge. Plus rugueux, plus désespéré et plus drôle que Blacksad — à découvrir de toute urgence si vous ne connaissez pas.
2. Grandville (Bryan Talbot, 2009)

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Imaginez que Napoléon ait gagné à Waterloo. Que l’Angleterre, envahie et humiliée, ait fini par arracher son indépendance au prix d’une révolte sanglante. Que Paris, rebaptisée Grandville, soit devenue la capitale tentaculaire d’un empire français dominé par Napoléon XII. Et que tous les habitants de ce monde soient des animaux anthropomorphes — à l’exception des humains, relégués aux tâches subalternes et désignés du terme méprisant de « pâtes à pain ». Vous obtenez l’univers délirant de Grandville, la série de Bryan Talbot publiée en cinq volumes chez Delirium.
Le récit relève de l’uchronie (un genre qui réécrit l’Histoire à partir d’un point de divergence) et du steampunk (un univers où la technologie à vapeur du XIXe siècle a pris des proportions démesurées). En son centre, l’inspecteur Archie LeBrock, un blaireau massif au service de Scotland Yard, quelque part entre Sherlock Holmes et un héros d’action des années 1980, est accompagné de son fidèle acolyte, le rat Roderick Dodd. Ils affrontent ensemble meurtres, complots politiques et guerres de gangs qui les conduisent des ruelles londoniennes aux grands boulevards de Grandville.
Figure majeure du comics britannique depuis Les Aventures de Luther Arkwright (1978), Talbot nourrit chaque album d’un nombre ahurissant de références culturelles : de Hergé à Manet, de Bécassine (reconvertie en femme de chambre) à Spirou (garçon d’étage), de J.J. Grandville — l’illustrateur zoomorphe du XIXe siècle qui donne son nom à la série — à Albert Robida, pionnier de la proto-science-fiction. Le résultat est un polar trépidant, bourré de scènes d’action spectaculaires et de commentaires politiques à peine voilés sur le terrorisme, la manipulation gouvernementale ou la montée des extrêmes. Pour qui a aimé le mélange polar-animalier de Blacksad, Grandville en offre une variation plus exubérante, plus proche des récits d’aventure feuilletonesques à l’ancienne, et franchement jouissive.
3. Gentlemind (Juan Díaz Canales, Teresa Valero et Antonio Lapone, 2020)

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Prolonger le plaisir de Blacksad sans quitter ses auteurs : c’est ce que permet Gentlemind, diptyque publié chez Dargaud et co-signé par Juan Díaz Canales, sa compagne Teresa Valero et le dessinateur italien Antonio Lapone. Exit les animaux anthropomorphes ; place à un récit ancré dans le New York des années 1940 à 1960, entre ambition professionnelle, condition féminine et rêve américain.
L’héroïne, Navit, est une jeune artiste désargentée qui hérite d’un journal de charme passé de mode : Gentlemind. Combative et déterminée, elle s’improvise patronne de presse et se lance le défi d’en faire un magazine moderne, dans une société américaine prospère mais résolument machiste. Hantée par le souvenir d’Arch, son compagnon dessinateur disparu sur le front en Europe, Navit traverse trois décennies de bouleversements sociaux et culturels — l’après-guerre, la télévision, les luttes pour l’émancipation féminine. On pense à Mad Men, mais avec une protagoniste qui refuse le rôle de figuration.
Le dessin de Lapone, grand admirateur d’Yves Chaland et de la ligne claire (ce style né avec Hergé, où le trait est net, sans hachures, et les aplats de couleur bien délimités), divise. Son trait à la fois épuré et anguleux, ses encrages et ses compositions évoquent davantage les illustrations de presse des années 1940 qu’une BD contemporaine — un parti pris qui colle parfaitement à un récit sur la presse de cette époque. Le scénario de Canales et Valero, dense et ponctué d’ellipses, dresse un portrait de femme libre dans un monde qui ne l’est pas encore. Un complément idéal à Blacksad pour qui s’intéresse à l’Amérique du milieu du XXe siècle — cette fois, vue depuis les bureaux d’une rédaction plutôt que depuis les ruelles sombres.
4. Contrapaso (Teresa Valero, 2021)

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Après Gentlemind, Teresa Valero s’affranchit de ses collaborateurs habituels pour livrer, en solo, l’un des polars les plus salués de ces dernières années. Contrapaso, publié chez Dupuis dans la collection Aire Noire, est une trilogie policière située dans le Madrid de 1956, en pleine dictature franquiste — une Espagne verrouillée par la censure, l’Église et l’armée.
Le titre — « contrepoint » en musique, lorsque deux lignes mélodiques s’entrecroisent — annonce la structure du récit. D’un côté, Emilio Sanz, vétéran des faits divers au quotidien La Capital, vieux bougon désabusé, trop longtemps complaisant avec un régime qui le nourrit. De l’autre, Léon Lenoir, jeune journaliste français fraîchement débarqué de Paris, idéaliste et admirateur de Camus, convaincu que la vérité finira par percer la censure. Le duo, que tout oppose, enquête sur une série de meurtres de femmes jamais élucidés depuis 1939. Très vite, l’investigation dépasse le simple fait divers pour mettre en lumière les fondements les plus sinistres du régime : des expériences pseudo-scientifiques destinées à prouver que les opposants politiques étaient des « dégénérés » (inspirées du réel docteur Vallejo-Nágera), des internements psychiatriques forcés, et plus largement la condition des femmes sous une dictature qui leur interdisait de voyager ou d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation d’un homme.
Valero a visiblement passé des mois en bibliothèque et en hémérothèque (les archives de la presse écrite) — lieux réels (le cinéma voisin des locaux de la DGS, la police politique du régime, le bar Chicote, l’hôtel Hilton), personnalités historiques, anecdotes authentiques comme celle des films tournés en double version, l’une censurée pour l’Espagne, l’autre destinée à l’étranger. Le second tome, Pour adultes, avec réserves (2025) — du nom d’une classification de la censure franquiste —, plonge dans le monde du cinéma espagnol et l’arrivée des bases militaires américaines. Le trait réaliste et élégant de Valero, sa colorisation aux tons sourds et son découpage très cinématographique font de Contrapaso une série à part, qui se lit d’une traite.
5. Nestor Burma (Jacques Tardi, d’après Léo Malet, 1982)

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Si John Blacksad est le détective privé le plus célèbre du polar animalier, Nestor Burma est son équivalent humain dans la bande dessinée française — avec quarante ans d’avance. Créé par l’écrivain Léo Malet en 1943, Burma est un privé parisien gouailleur, anarchiste reconverti, qui « met le mystère K.O. » (comme l’indique la plaque sur la porte de son agence) dans les arrondissements de Paris. Chaque roman de la série Les Nouveaux Mystères de Paris se déroule dans un quartier différent de la capitale.
À partir de 1982, Jacques Tardi — Grand Prix d’Angoulême, dessinateur obsédé par les guerres et le Paris populaire — adapte les romans de Malet en bande dessinée, avec un premier album devenu culte : Brouillard au pont de Tolbiac. Le XIIIe arrondissement, ses brumes, ses gitanes des rues, ses anciens camarades de lutte : Tardi restitue un Paris d’après-guerre en noir et blanc, celui des troquets enfumés, des 203 Peugeot et du « populo » qui n’a pas encore été repoussé en banlieue. Ses quatre adaptations — auxquelles s’ajoute Une gueule de bois en plomb, sur un scénario original, et le récent Du rififi à Ménilmontant (2024) — sont des modèles du genre. Le trait épais et expressif de Tardi, son sens du cadrage et son amour maniaque du détail architectural — on reconnaît les façades, les enseignes, les pavés — donnent à chaque planche une densité physique que peu de dessinateurs atteignent.
La série a ensuite été reprise par Emmanuel Moynot puis Nicolas Barral, sous la supervision graphique de Tardi. Mais ce sont les albums originaux qui restent la référence. Si vous aimez Blacksad pour son atmosphère de film noir, vous retrouverez ici le même goût pour les bas-fonds — transposé dans un Paris des années 1950 où chaque case sent le tabac froid et le zinc de comptoir.
6. Alack Sinner (José Muñoz et Carlos Sampayo, 1975)

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Voici l’une des séries les plus influentes — et les plus exigeantes — de l’histoire de la bande dessinée policière. Alack Sinner, créée en 1975 par deux Argentins exilés en Europe, le dessinateur José Muñoz et le scénariste Carlos Sampayo, met en scène un ancien flic new-yorkais reconverti en détective privé. Dès son premier album, la série remporte le Prix de la meilleure BD étrangère réaliste au Festival d’Angoulême (1978), puis l’Alfred du meilleur album en 1983. Muñoz recevra le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2007.
Sinner arpente un New York cauchemardesque : flics véreux, politiciens achetés, mafieux en costume, misère ordinaire. Les premières histoires reprennent les codes du hard-boiled (sous-genre du polar américain, âpre et désenchanté, incarné par Dashiell Hammett et Raymond Chandler) — le privé taciturne, le jazz en fond sonore, le whisky au comptoir — mais Muñoz et Sampayo ne tardent pas à les dynamiter. Au fil des décennies (la série court des années 1970 aux années 2000), le personnage vieillit — chose rare en BD —, adopte Cheryl, une petite fille noire, s’engage politiquement, se perd. Les récits gagnent en complexité narrative, en audace formelle, en amertume. L’épisode Nicaragua (1986), par exemple, est une charge frontale contre l’ingérence des États-Unis en Amérique centrale.
Le dessin de Muñoz, formé auprès d’Alberto Breccia (maître argentin du noir et blanc, connu pour ses adaptations de Lovecraft) et influencé par Hugo Pratt (le créateur de Corto Maltese), fait mouche. Son noir et blanc expressionniste, saturé d’ombres et de contrastes, déforme les visages, étire les silhouettes, transforme New York en un décor de théâtre grotesque. Ce n’est pas toujours facile à lire, et c’est précisément ce qui en fait la force. Frank Miller et Keith Giffen, entre autres, ont reconnu l’influence de Muñoz sur leur propre travail. Là où Blacksad séduit par son élégance et son accessibilité, Alack Sinner bouscule, dérange, et ne fait aucune concession. C’est la série à lire si vous voulez comprendre d’où vient le polar en bande dessinée.
7. Tyler Cross (Fabien Nury et Brüno, 2013)

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Pas de détective, ici. Pas d’enquête. Juste un gangster, un fusil à pompe, un Colt à la ceinture, 20 dollars en poche et 17 kilos d’héroïne pure volés à la Mafia. Tyler Cross, personnage créé par le scénariste Fabien Nury et le dessinateur Brüno, est une crapule magnifique — un concentré de Lee Marvin dans Le Point de non-retour, de Clint Eastwood dans la trilogie du dollar et de Charles Bronson quand il décide que la diplomatie a assez duré.
Publiée chez Dargaud en trois tomes (Black Rock, Angola, Miami), la série se situe dans l’Amérique des années 1950-1960. Le premier volume voit Cross échouer à Black Rock, bled paumé du Texas sous la coupe d’un magnat du pétrole et de ses fils dégénérés. Le deuxième l’expédie au pénitencier d’Angola, en Louisiane. Le troisième le propulse dans le Miami des casinos et de la pègre cubaine. Chaque album est un récit complet, un condensé de cinquante ans de films de gangsters, servi par les dialogues acérés de Nury (également auteur d’Il était une fois en France et de La Mort de Staline).
Le dessin de Brüno, stylisé et nerveux, est l’autre atout majeur de la série. Sa néo-ligne claire, aux aplats tranchés et aux mises en page percutantes, rappelle les grands maîtres du noir et blanc — le duo a d’ailleurs publié Vintage and Badass, une anthologie des films noirs qui ont nourri Tyler Cross. On retrouve ici les mêmes ingrédients que dans Blacksad — ruelles sombres, femmes fatales, règlements de comptes —, mais vus depuis l’autre côté de la barrière morale. Tyler Cross ne prétend pas être du bon côté. Il ne l’est pas. Et c’est précisément pour ça qu’on tourne les pages.
8. Jazz Maynard (Raule et Roger, 2007)

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Trompettiste virtuose le soir, cambrioleur la nuit, homme au grand cœur : Jazz Maynard est un personnage difficile à ranger dans une seule case, né de l’imagination du scénariste barcelonais Raule et du dessinateur Roger Ibáñez. Publiée chez Dargaud en sept tomes (plus des intégrales), la série prend racine dans le quartier d’El Raval, à Barcelone — quartier populaire chargé d’histoire ouvrière, cadre de prédilection du roman noir espagnol depuis Vázquez Montalbán.
Jazz a grandi dans les rues d’El Raval avec ses amis d’enfance Téo et Judas. Les mauvaises fréquentations et l’argent facile le destinaient à la prison ou à la morgue. Il a fui à New York, mais son passé l’a rattrapé — et le premier album (Home Sweet Home, 2007) s’ouvre sur son retour contraint à Barcelone. S’ensuit une première trilogie de haute volée, entre larcins spectaculaires, flics corrompus, scandales politiques et vendettas dans les bas-fonds. Jazz manie le pied-de-biche avec autant d’aisance que l’embouchure de sa trompette — un instrument qui a appartenu, dans la fiction, à Chet Baker, le trompettiste de jazz américain mort en 1988 à Amsterdam, figure tutélaire de toute la série.
Le dessin de Roger, réaliste et dynamique, se caractérise par des colorisations sombres dans les tons bruns et orangés qui confèrent aux planches une atmosphère nocturne électrique. Influencé par le manga autant que par le polar européen, le trait colle idéalement aux scénarios tendus de Raule, qui fait de Barcelone un personnage à part entière — ses ruelles, ses toits, ses clubs de jazz sont aussi importants que les protagonistes. La série a été couronnée du Prix Diagonale du meilleur album étranger en 2010.
9. Parker (Richard Stark et Darwyn Cooke, 2009)

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On termine avec un poids lourd. Parker est un voleur professionnel créé en 1962 par Donald Westlake sous le pseudonyme de Richard Stark, héros de dix-huit romans noirs publiés dans la Série noire de Gallimard — la collection de poche qui a popularisé le polar américain en France (le premier, Le Chasseur, y paraît sous le titre Comme une fleur en 1963). Le personnage n’a pas de prénom. Il est froid, brutal, méthodique, et n’éprouve que très rarement le moindre sentiment. Adapté plusieurs fois au cinéma — par John Boorman avec Lee Marvin (Le Point de non-retour, 1967), par Jean-Luc Godard (Made in USA, 1966), plus tard par Brian Helgeland avec Mel Gibson (Payback, 1999) —, Parker est devenu l’archétype du criminel hard-boiled.
En 2009, le Canadien Darwyn Cooke entreprend d’adapter les romans de Stark en bande dessinée. Le résultat — quatre volumes publiés chez Dargaud : Le Chasseur, L’Organisation, Le Casse et Fun Island — est une leçon magistrale de narration graphique. Cooke, qui avait travaillé des années dans l’animation avec Bruce Timm (Batman, la série animée) avant de s’imposer dans le comics avec DC : La Nouvelle Frontière et Catwoman : Le Grand Braquage, adopte une ligne claire à l’américaine, épurée et sensuelle, imprégnée de l’esthétique des années 1950-1960. Ses compositions jouent sur les ellipses, les ruptures de ton, les silences — tout ce que le roman noir fait de mieux, traduit en images avec une maîtrise qui force le respect.
L’intégrale de 600 pages, traduite par des pointures du polar français (Tonino Benacquista, Matz, Doug Headline, Nicolas Richard) et préfacée par Jean-Patrick Manchette, est un objet indispensable. Cooke est décédé en mai 2016, à 53 ans. Son Parker reste, avec Blacksad, l’une des plus belles réussites du polar en bande dessinée.