Publié en 2015 aux États-Unis par Alfred A. Knopf et la même année en France par Gallimard Jeunesse (dans une traduction de Vanessa Rubio-Barreau), Tous nos jours parfaits (All the Bright Places) est un roman pour jeunes adultes de l’écrivaine américaine Jennifer Niven. On y suit Violet Markey, une adolescente rongée par la culpabilité depuis la mort de sa sœur dans un accident de voiture, et Theodore Finch, un garçon charismatique qui lutte en secret contre un trouble bipolaire et des idées noires. Leur rencontre au sommet du clocher de leur lycée de l’Indiana — où chacun semble prêt à sauter — marque le début d’une histoire d’amour intense, qui finira par basculer dans la tragédie. Le roman aborde de front la dépression, le deuil et le suicide, et a connu un immense succès international avant d’être adapté en film sur Netflix en 2020 avec Elle Fanning et Justice Smith.
Si vous êtes à la recherche de lectures similaires, voici quelques pistes.
1. Les mille visages de notre histoire (Jennifer Niven, 2016)

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Après Tous nos jours parfaits, Jennifer Niven change de registre : fini le deuil et la bipolarité, place au corps et au regard. Le cadre reste un lycée de l’Indiana (décidément), mais les deux adolescents que rien ne prédestine à se croiser sont tout autres. Libby Groby, autrefois surnommée « la plus grosse ado d’Amérique » après avoir été évacuée de chez elle par une grue à l’âge de onze ans, a perdu près de 140 kilos et s’apprête à franchir les portes du lycée pour la première fois. De l’autre côté du couloir, Jack Masselin joue le garçon sûr de lui, mais dissimule un secret douloureux : il souffre de prosopagnosie, un trouble neurologique qui le rend incapable de reconnaître les visages — y compris le sien dans un miroir.
Leur rencontre est tout sauf romantique : Jack participe à un jeu cruel inventé par ses camarades, le « rodéo des grosses », qui envoie les deux adolescents en séances de thérapie de groupe et en travaux d’intérêt général. Mais c’est justement là qu’une amitié improbable prend racine — et bientôt davantage. Libby, que Jack est la seule personne à reconnaître instantanément (puisqu’elle ne ressemble à personne d’autre), devient pour lui un point fixe parmi tous ces visages interchangeables.
Le roman est en partie autobiographique : Jennifer Niven a elle-même connu le harcèlement lié au poids et côtoie des personnes atteintes de prosopagnosie dans son entourage. Cette connaissance intime du sujet donne aux deux voix qui alternent dans le récit une justesse qui évite l’écueil du roman à thèse. Ce que l’on retient surtout, c’est cette idée : il suffit parfois qu’une seule personne vous voie tel·le que vous êtes pour que tout change.
2. Le vide de nos cœurs (Jasmine Warga, 2015)

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Aysel a seize ans, un père en prison pour homicide et une dépression qu’elle surnomme « la limace » — cette chose noire et visqueuse qui lui dévore le ventre chaque fois qu’elle s’autorise un instant de bonheur. Décidée à en finir, elle se tourne vers un site nommé Suicide Partners (oui, cela existe dans le roman, et c’est aussi glaçant que ça en a l’air) pour trouver un partenaire de suicide. C’est là qu’elle tombe sur FrozenRobot, alias Roman, un ancien basketteur populaire que la culpabilité liée à une tragédie familiale a vidé de toute envie de vivre. Ensemble, ils fixent une date : le 7 avril.
Le point de départ est vertigineux, et Jasmine Warga a le mérite de ne jamais l’édulcorer. Les chapitres s’égrènent comme un compte à rebours, chacun daté, et cette mécanique installe une tension sourde qui ne lâche pas. Mais à mesure qu’Aysel et Roman se retrouvent pour « planifier » leur projet, quelque chose déraille — dans le bon sens. Les moments partagés, d’abord purement logistiques, se chargent d’une complicité que ni l’un ni l’autre n’avait anticipée. Le roman pose alors une question déchirante : quand on a rencontré la seule personne qui semble enfin nous comprendre, a-t-on encore le droit de mourir avec elle ?
Si l’issue est relativement prévisible, la force du roman réside dans le portrait d’Aysel, narratrice à l’humour sec et au cynisme de façade, que l’on voit peu à peu se fissurer au contact de Roman sans que l’autrice ait besoin de forcer le trait. Un premier roman qui refuse d’enrober son sujet dans du coton et qui rappelle, sans moralisme, que la dépression ne se lit pas sur un visage.
3. Le ciel est partout (Jandy Nelson, 2010)

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Lennie Walker, dix-sept ans, clarinettiste de talent et dévoreuse de livres, a toujours vécu dans l’ombre confortable de sa grande sœur Bailey. Jusqu’au jour où Bailey meurt subitement d’une arythmie cardiaque, en pleine répétition du rôle de Juliette. Lennie se retrouve projetée au premier plan d’une vie qu’elle n’a jamais eu à mener seule — et, ironie cruelle, c’est pile le moment où son cœur décide de s’emballer pour deux garçons à la fois. Il y a Toby, le petit ami de Bailey, dont le chagrin reflète le sien comme un miroir et dont la proximité physique devient un moyen douloureux de garder un lien avec la disparue. Et il y a Joe Fontaine, le nouvel élève venu de France, musicien plein de vie et de charme, qui lui donne envie de recommencer à respirer.
Le roman est ponctué de poèmes que Lennie griffonne sur tout ce qui lui tombe sous la main — gobelets en carton, emballages de sucettes, écorce d’arbre — et qu’elle abandonne un peu partout dans la nature — sur un banc, dans une haie, coincés sous une pierre. Ces fragments poétiques, loin d’être décoratifs, constituent le véritable journal intime d’un deuil en cours.
Autour de Lennie gravite une galerie de personnages secondaires mémorables : Manou, la grand-mère excentrique dont les roses ont la réputation d’être aphrodisiaques, et Big, l’oncle séducteur en série. Tout ce petit monde vit dans une Californie du Nord baignée de lumière, de séquoias et de musique — un cadre qui empêche le roman de sombrer dans la tristesse, même quand le sujet l’y invite. Le premier roman de Jandy Nelson pose une question toute simple, et pourtant terrible : a-t-on le droit de se sentir heureux quand quelqu’un qu’on aimait ne le peut plus ? La réponse se trouve peut-être dans cette phrase que Big adresse à sa nièce : le ciel ne se trouve pas au-dessus de nos têtes — il commence à nos pieds.
4. Qui es-tu Alaska ? (John Green, 2005)

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Miles Halter, seize ans, n’a pas l’impression d’avoir vécu. Obsédé par les dernières paroles des grands hommes (sa marotte), il décide de quitter le cocon familial de Floride pour le pensionnat de Culver Creek, en Alabama, en quête de ce que l’écrivain français Rabelais, sur son lit de mort, aurait appelé le « Grand Peut-Être » — une promesse d’aventure et de sens. Il y gagne un surnom absurde — « le Gros », alors qu’il est maigre comme un clou —, un colocataire redoutable surnommé le Colonel, un ami nommé Takumi et, surtout, la rencontre d’Alaska Young. Drôle, insoumise, furieuse et follement imprévisible, Alaska est le genre de personne qui vous aspire dans son orbite sans vous demander la permission.
Le roman se divise en deux parties, séparées par un événement que le lecteur sent venir sans pouvoir l’empêcher : un « avant » fait de canulars d’internat, de cigarettes fumées en cachette de l’Aigle (le directeur à l’œil de lynx) et de nuits de discussions philosophiques arrosées, puis un « après » où tout se fissure. La seconde moitié du livre est une quête — non pas pour résoudre un mystère policier, mais pour accepter qu’on ne connaîtra jamais entièrement quelqu’un, fût-on fou amoureux de cette personne.
Premier roman de John Green, Qui es-tu Alaska ? a le mérite de ne pas idéaliser son héroïne éponyme. Alaska est aussi agaçante qu’attachante — capable de vous faire rire puis de vous blesser dans la même phrase. Le livre ne donne pas de réponse définitive à la question de son titre, et c’est précisément pour cela qu’il reste en tête longtemps après la dernière page.
5. Nos étoiles contraires (John Green, 2012)

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C’est le roman qui a fait de John Green un phénomène mondial — et, pour beaucoup de lecteurs·ices, la porte d’entrée dans la littérature young adult. Hazel Grace Lancaster, seize ans, atteinte d’un cancer de la thyroïde avec métastases pulmonaires, traîne sa bonbonne d’oxygène et un sens de la répartie acéré dans un groupe de soutien paroissial qu’elle fréquente à contrecœur. C’est là qu’elle rencontre Augustus Waters, ancien basketteur à qui un ostéosarcome (un cancer des os) a coûté une jambe, et dont le sourire en coin et la manie de coincer une cigarette éteinte entre ses lèvres (en guise de « métaphore ») auraient de quoi irriter — si le garçon n’était pas aussi désarmant d’intelligence et de tendresse.
Leur histoire d’amour, qui les mènera jusqu’à Amsterdam pour rencontrer l’auteur reclus d’un roman inachevé qu’Hazel considère comme sa bible personnelle, refuse le registre larmoyant auquel le sujet semblait le condamner d’avance. John Green fait le pari — risqué et tenu — de traiter deux adolescents malades comme des adolescents avant tout : ils se draguent, se chamaillent, se vexent, réfléchissent à l’infini et à la mort avec la même intensité, et tombent amoureux avec la fougue de ceux qui savent que le temps presse.
Le roman a ses détracteurs, qui lui reprochent des dialogues parfois trop brillants pour des ados de seize ans. La critique n’est pas infondée — mais elle passe peut-être à côté de l’essentiel : ces dialogues sont la façon qu’ont Hazel et Augustus de prouver qu’ils sont vivants, et bien vivants, dans un monde qui les a déjà rangés du côté des mourants. Le film de Josh Boone (2014), avec Shailene Woodley et Ansel Elgort, a encore élargi l’audience du roman, mais le livre conserve un avantage décisif : la voix intérieure d’Hazel, impossible à restituer sur un écran.
6. Si je reste (Gayle Forman, 2009)

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Un matin d’hiver dans l’Oregon, les écoles sont fermées pour cause de neige. La famille de Mia Hall — dix-sept ans, violoncelliste prodige qui vient d’être admise à la Juilliard School, la plus prestigieuse école de musique des États-Unis, à New York — décide d’une balade en voiture. L’accident survient en quelques secondes. Ses parents meurent sur le coup. Son petit frère Teddy succombe peu après à l’hôpital. Mia, elle, est plongée dans le coma. Mais son esprit, détaché de son corps, flotte dans les couloirs du service de soins intensifs et observe, impuissante, le défilé de ses proches à son chevet.
Le dispositif narratif du roman tient en une idée simple et redoutablement efficace : Mia a une journée pour choisir entre vivre et mourir. Le récit alterne entre le présent de l’hôpital et des flash-backs qui éclairent sa vie d’avant — sa famille de rockers reconvertis en parents aimants, sa complicité avec sa meilleure amie Kim, et surtout sa relation avec Adam, guitariste d’un groupe de rock en pleine ascension. C’est lui qui, dans un geste désespéré, trouvera le moyen de faire entendre de la musique à Mia dans sa chambre d’hôpital pour la raccrocher à la vie — l’une des scènes les plus déchirantes du roman.
La musique — classique du côté de Mia, rock du côté d’Adam — est présente à chaque page et constitue bien plus qu’un décor : c’est par elle que ces deux adolescents aux goûts opposés ont appris à se comprendre, et c’est par elle qu’Adam tentera de ramener Mia. Gayle Forman ne transforme jamais son récit en mélo : le ton reste sobre, et c’est cette retenue qui rend le dilemme de Mia si poignant. Un second tome, Là où j’irai, reprend l’histoire trois ans plus tard du point de vue d’Adam.
7. Eleanor & Park (Rainbow Rowell, 2013)

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Nous sommes en 1986, à Omaha, dans le Nebraska. Eleanor, nouvelle au lycée, cheveux roux flamboyants, silhouette ronde, vêtements dépareillés (non par choix, mais par nécessité), monte dans le bus scolaire sous les regards hostiles de ses camarades. Personne ne veut d’elle à côté de soi — sauf Park, garçon discret d’origine coréenne, amateur de comics et des Smiths, qui lui cède une place sans un mot et sans enthousiasme particulier. Pendant des jours, ils ne s’adressent pas la parole. Puis Park remarque qu’Eleanor lit ses comics par-dessus son épaule. Il commence à tourner les pages plus lentement.
Ce que Rainbow Rowell réussit ici est une histoire d’amour construite à la vitesse de la réalité : pas de coup de foudre instantané, mais une intimité qui se construit bande dessinée après bande dessinée, mixtape après mixtape, regard après regard. Le roman alterne les points de vue d’Eleanor et de Park en chapitres courts, parfois de quelques lignes à peine, qui captent l’intensité brute et maladroite du premier amour adolescent.
Derrière la romance, le roman ne fait pas l’impasse sur la violence. Le foyer d’Eleanor est un enfer : Richie, son beau-père, est un homme brutal et menaçant dont la présence empoisonne chaque page où il apparaît. Le contraste avec la famille de Park — imparfaite mais stable — donne au récit une dimension sociale que la nostalgie des années 80 (les références aux Smiths, à X-Men, à Batman: The Dark Knight Returns) ne doit pas faire oublier. La fin, ouverte et frustrante à souhait, a rendu plus d’un lecteur fou — mais c’est aussi ce qui fait sa justesse.
8. Everything, Everything (Nicola Yoon, 2015)

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Madeline Whittier a dix-huit ans et n’a jamais mis un pied dehors. Atteinte d’un déficit immunitaire combiné sévère — la fameuse « maladie de l’enfant-bulle » —, elle vit confinée dans une maison à air filtré avec sa mère (médecin) et sous la surveillance quotidienne de Carla, son infirmière. Ses seules fenêtres sur le monde sont les livres (son préféré : Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes) et ses cours d’architecture en ligne. Elle s’accommode de cette existence cadenassée avec un optimisme presque déroutant — jusqu’au jour où Olly, adolescent tout de noir vêtu au sens de la répartie redoutable, emménage dans la maison d’en face.
Ce qui suit est une romance par écrans interposés — e-mails, SMS, puis des rencontres clandestines organisées avec la complicité de Carla — dont le charme tient autant aux personnages qu’à la forme du roman. Nicola Yoon intercale entre les chapitres de récit classique des schémas, des listes, des dessins d’architecte et des captures de conversations en ligne, autant d’inventions visuelles qui traduisent la créativité débordante de Madeline face à la monotonie de son quotidien.
Mais Everything, Everything n’est pas qu’une gentille romance sous cloche. Le dernier tiers du roman réserve un retournement de situation qui remet en cause tout ce que le lecteur croyait acquis et donne au titre son véritable sens. C’est là que le livre passe d’agréable à mémorable, et qu’on comprend que Nicola Yoon voulait poser une question bien plus large sur la confiance, la vérité et les limites de l’amour maternel. Le film de Stella Meghie (2017) en est une adaptation fidèle et soignée.
9. Tout plutôt qu’être moi (Ned Vizzini, 2006)

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Craig Gilner, quinze ans, a décroché une place dans une prépa new-yorkaise ultra-compétitive. Sur le papier, tout va bien : famille aimante, amis, bon dossier scolaire. Dans la réalité, Craig s’effondre. La pression académique, les nuits blanches, l’incapacité à manger, à dormir, à se concentrer — ce qu’il appelle ses « tentacules » — l’enserrent jusqu’à l’asphyxie. Une nuit, au bord du pont de Brooklyn, il prend la décision la plus courageuse de sa jeune vie : au lieu de sauter, il appelle un numéro d’aide et se fait admettre en hôpital psychiatrique.
Le séjour de cinq jours qui suit constitue le cœur du roman. Craig, faute de places en pédopsychiatrie, atterrit dans l’aile des adultes, au milieu de patients aux profils variés et parfois cocasses. Il y rencontre Noelle, une adolescente elle aussi abîmée par la vie, qui deviendra bien plus qu’une simple compagne d’infortune. Surtout, il y redécouvre le dessin — son véritable exutoire — en réalisant des cartes de villes imaginaires qui traduisent ses états d’âme mieux que n’importe quelle séance de thérapie.
Ce qui rend ce roman si précieux, c’est qu’il montre un adolescent dépressif qui « n’a pas de raison » apparente de l’être — et c’est exactement le point. La dépression ne réclame pas de justification narrative pour frapper, et Ned Vizzini, qui s’est inspiré de son propre séjour en hôpital psychiatrique pour écrire ce livre, le savait mieux que quiconque. Le ton, à la fois sarcastique et tendre, refuse le pathos et parie sur l’humour comme stratégie de survie. L’auteur s’est malheureusement donné la mort en 2013, à l’âge de trente-deux ans, après des années de lutte contre la maladie — ce qui donne au roman une résonance particulière, mais aussi un message d’espoir d’autant plus vital : demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse, c’est un acte de courage.