Les quatre Évangiles — selon Matthieu, Marc, Luc et Jean — constituent le cœur du Nouveau Testament et, par extension, de la foi chrétienne. Rédigés entre les années 65 et 100 de notre ère environ, ces quatre récits retracent la vie, l’enseignement, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth. Les trois premiers, dits « synoptiques » (du grec synopsis, « vue d’ensemble »), partagent une trame narrative commune et de nombreux passages parallèles ; le quatrième, celui de Jean, prend un tout autre parti : moins soucieux de chronologie, il s’attarde sur le sens des événements et sur l’identité profonde de Jésus.
Les livres qui suivent prolongent, éclairent voire bousculent la lecture des Évangiles. Ils ne se substituent pas au texte biblique ; ils vous y ramènent, mais avec des repères plus solides et — si tout va bien — des réponses là où vous n’aviez que des interrogations.
1. Aux sources de l’Église : lecture des Actes des Apôtres (Marie-Noëlle Thabut, 2015)

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Si les Évangiles racontent la vie de Jésus, les Actes des Apôtres racontent ce qui se passe une fois qu’il n’est plus là. Attribué à Luc, le même auteur que le troisième Évangile, ce livre retrace la naissance de l’Église primitive : l’irruption de l’Esprit Saint à la Pentecôte (cinquante jours après Pâques, quand les apôtres reçoivent le don de parler dans toutes les langues), les premiers conflits internes, l’ouverture progressive aux non-juifs — décision révolutionnaire pour un mouvement né au sein du judaïsme —, les voyages missionnaires, les persécutions. Marie-Noëlle Thabut, figure bien connue des auditeurs de Radio Notre-Dame et de KTO, se consacre depuis des années à l’initiation biblique, et son talent de pédagogue fait ici merveille : elle parvient à restituer le contexte de chaque épisode sans jamais noyer le lecteur·ice sous l’érudition.
Son approche consiste à suivre le récit de Luc au plus près, chapitre par chapitre, pour faire ressortir les enjeux de chaque épisode. On y découvre une Église qui avance à tâtons, qui invente ses structures au fur et à mesure, qui apprend la vie communautaire avec ses promesses et ses ratés — partage des biens, mais aussi disputes sur la répartition des responsabilités. L’Esprit Saint, véritable protagoniste du récit, n’y est pas une abstraction théologique, mais la force motrice qui pousse les apôtres à prendre des décisions qu’ils n’auraient jamais prises seuls (accueillir des païens, par exemple). La question à laquelle Thabut répond est simple, et rarement posée : qu’est devenu le message de Jésus quand il a fallu le faire vivre au quotidien, sans lui ?
2. Pour lire le Nouveau Testament (Étienne Charpentier et Régis Burnet, 2006)

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Conçu à l’origine par Étienne Charpentier dans le sillage du concile Vatican II (1962-1965) — qui avait encouragé les catholiques à lire enfin la Bible par eux-mêmes —, cet ouvrage est devenu un classique. Après la mort de Charpentier en 1981, c’est Régis Burnet, normalien et professeur de Nouveau Testament à l’Université catholique de Louvain, qui a repris le travail pour actualiser le propos et l’adapter à un public qui a profondément changé.
Car les lecteurs de la Bible ne sont plus les mêmes qu’en 1980 : beaucoup ne sont pas chrétiens et veulent simplement comprendre le livre qui a façonné la culture occidentale ; d’autres, croyants ou non, n’ont plus la culture religieuse qui permettait jadis d’entrer naturellement dans le texte. Le guide fonctionne par étapes : chacune est consacrée à un livre ou un groupe de livres du Nouveau Testament (les lettres de Paul, les Évangiles synoptiques, Jean, l’Apocalypse…), avec une présentation générale suivie d’itinéraires de lecture balisés — des parcours fléchés dans le texte, en somme, pour ne pas se perdre. L’ambition est simple : que chaque lecteur·ice puisse, selon ses envies et son rythme, parcourir l’ensemble du Nouveau Testament ou s’arrêter sur un passage pour l’étudier de près. Le genre de livre qu’on garde à portée de main, qu’on annote dans les marges, et qu’on finit par connaître mieux que son propre agenda.
3. Connaître Dieu à travers Jésus : une initiation au christianisme (Michel Quesnel, 2024)

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Voici un livre qui prend au sérieux une question que beaucoup n’osent pas formuler : par où commencer quand on ne connaît ni la Bible ni la théologie, mais qu’on se pose la question de Dieu ? Michel Quesnel, prêtre de l’Oratoire, exégète (c’est-à-dire spécialiste de l’interprétation des textes bibliques) et ancien recteur de l’Université catholique de Lyon, y apporte une réponse nette : la foi chrétienne n’est pas d’abord une affaire de vérités à croire, mais de relation. Le christianisme affirme — et c’est là son originalité parmi les monothéismes — que l’on peut entrer en rapport avec Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ, qui en est le visage humain.
Pour rendre cette idée tangible, Quesnel ne propose pas un cours de doctrine, mais un parcours à travers plusieurs scènes des Évangiles où Jésus rencontre quelqu’un et le transforme : Matthieu, un collecteur d’impôts — en clair, un collaborateur de l’occupant romain, méprisé par ses compatriotes — que Jésus appelle à le suivre sans lui demander de justification ; Bartimée, un aveugle qui mendie au bord de la route, que la foule essaie de faire taire et que Jésus s’arrête pour écouter ; le « bon larron », un condamné à mort crucifié à côté de Jésus, à qui celui-ci promet le paradis dans ses dernières heures. À chaque fois, le même constat : Jésus va vers quelqu’un que personne n’irait chercher — un traître, un mendiant, un condamné — et cette rencontre change tout. L’ouvrage ne prétend pas tout dire du christianisme ; il part du concret — des récits, des visages, des situations — et laisse chacun·e en tirer ses propres conclusions.
4. Jésus et les racines juives de l’eucharistie (Brant James Pitre, 2026)

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On ne comprend rien à la Cène — le dernier repas de Jésus avec ses disciples, celui où il prononce les paroles « ceci est mon corps, ceci est mon sang » — si l’on oublie que Jésus était juif. C’est le point de départ du théologien américain Brant Pitre, docteur en théologie de l’Université de Notre-Dame et spécialiste du judaïsme ancien. Son livre, paru en anglais en 2011 sous le titre Jesus and the Jewish Roots of the Eucharist et récemment traduit en français, pose des questions redoutablement concrètes : à quoi ressemblait le repas de Pâque au temps de Jésus ? Qu’attendaient les juifs du premier siècle de leur futur Messie — ce roi libérateur promis par les prophètes ? Pourquoi Jésus a-t-il choisi précisément cette fête pour instituer l’eucharistie ?
Pour y répondre, Pitre s’appuie sur trois éléments tirés de la tradition juive. D’abord, la Pâque elle-même, qui commémorait la libération des Hébreux d’Égypte et s’accompagnait du sacrifice d’un agneau. Ensuite, la manne, ce pain tombé du ciel dont le peuple d’Israël s’est nourri pendant la traversée du désert, après la sortie d’Égypte. Enfin, le « pain de la Présence » : douze pains déposés chaque semaine dans le Temple de Jérusalem, devant Dieu, comme signe de l’alliance entre Dieu et les douze tribus d’Israël. Ces trois réalités juives éclairent les paroles de Jésus lors de la Cène : il ne rompt pas avec la tradition de son peuple, il l’accomplit et lui donne un sens nouveau — il se fait lui-même l’agneau, le pain, le sacrifice. Que vous soyez curieux·se du judaïsme ancien ou que vous assistiez à la messe chaque dimanche sans bien saisir ce qui s’y joue, ce livre vous concerne — et vous pourriez découvrir que le rituel avait plus de profondeur que vous ne le soupçonniez.
5. Nos racines juives (Antoine Nouis, 2018)

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Le christianisme a souvent eu la tentation de traiter l’Ancien Testament comme un brouillon, un préambule un peu encombrant que le Nouveau Testament serait venu rendre caduc. Antoine Nouis, pasteur protestant, longtemps rédacteur en chef de l’hebdomadaire Réforme et bibliste reconnu, s’inscrit en faux contre cette idée. Sa conviction est nette : si Jésus de Nazareth n’est pas le fruit d’une attente portée par des générations de croyants, alors le Nouveau Testament tout entier est un mensonge. La formule a le mérite de la clarté.
Dans la première partie du livre, Nouis montre comment le Nouveau Testament s’enracine dans l’Ancien — qu’il préfère, à juste titre, appeler « Premier Testament ». Il s’appuie sur trois fils conducteurs : la généalogie du Christ (qui le rattache à Abraham et à David), les prophètes (dont les annonces trouvent un écho direct dans les Évangiles), et les Psaumes (que Jésus cite abondamment, y compris sur la croix). Beaucoup de gestes de Jésus restent incompréhensibles si l’on ignore ce terreau : pourquoi choisit-il douze apôtres ? Parce qu’Israël comptait douze tribus. Pourquoi multiplie-t-il les pains ? Parce que la manne du désert est dans toutes les mémoires. Dans la seconde partie, Nouis va plus loin : la connaissance de la tradition rabbinique — le Talmud, les commentaires des maîtres juifs — enrichit la lecture du message chrétien d’une manière que des siècles de séparation entre les deux religions ont fait oublier. Ce que Nouis démontre, c’est que le christianisme ne s’est pas inventé tout seul — et qu’à ignorer ses racines, on se condamne à lire les Évangiles à moitié.
6. Paul de Tarse : l’enfant terrible du christianisme (Daniel Marguerat, 2023)

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Saint Paul est probablement l’apôtre le plus célèbre — et le plus mal aimé. On le dit colérique, doctrinaire, antiféministe, hostile au judaïsme. Après le message simple de Jésus, il serait venu tout compliquer avec une théorie obscure du péché. Mais qui a vraiment lu ses lettres ? Ce sont pourtant les plus anciens textes du Nouveau Testament : les sept épîtres authentiques de Paul (sur les treize qui lui sont attribuées) ont été rédigées autour des années 50, soit environ vingt ans avant le premier Évangile. Daniel Marguerat, historien et bibliste, professeur honoraire de l’Université de Lausanne, dépose ici le fruit de trente années de recherche sur celui qu’on appelle « l’apôtre des nations ».
L’originalité de l’ouvrage tient à sa méthode : Marguerat refuse de séparer la pensée de Paul de la vie de Paul. Car derrière le grand théologien, il y a un homme qui aime, qui lutte, qui souffre — un ancien pharisien — un juif qui observait la Loi de Moïse avec la plus grande rigueur — qui a persécuté les premiers chrétiens avant de se convertir sur le chemin de Damas, et dont toute la pensée porte la trace de ce retournement. Sa « théologie » n’est pas une doctrine abstraite ; elle s’est forgée au contact des communautés qu’il a fondées tout autour de la Méditerranée, sous le coup de crises bien réelles. On découvre comment il réconforte les chrétiens de Thessalonique (dans l’actuelle Grèce) harcelés pour leur foi, comment il confie aux femmes en Église une place qu’elles perdront rapidement par la suite, comment il milite à Corinthe contre les discriminations entre riches et pauvres lors des repas communautaires, et comment il plaide auprès des Galates (en actuelle Turquie) pour que le christianisme ne reste pas une affaire réservée aux juifs. Après cette lecture, il devient difficile de prétendre que Paul est ennuyeux — ou de s’en tenir aux clichés qui circulent sur son compte.
7. Sur la montagne : l’aspérité et la grâce (Adrien Candiard, 2023)

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Si Dieu nous aime gratuitement et sans conditions, pourquoi nous demande-t-il d’obéir à des commandements si exigeants qu’ils semblent hors de portée ? La question est vieille comme le christianisme. Au Ve siècle, elle a opposé deux théologiens : Pélage, pour qui l’être humain est capable par ses propres forces de mener une vie juste, et Augustin, pour qui seule la grâce de Dieu — un don gratuit, non mérité — rend cela possible. L’Église a donné raison à Augustin, mais la tension n’a jamais disparu. Adrien Candiard, dominicain, prieur du couvent du Caire et membre de l’Institut dominicain d’études orientales, s’y attaque à travers une relecture du Sermon sur la montagne : ces trois chapitres de l’Évangile de Matthieu (chapitres 5 à 7) où Jésus livre l’essentiel de son enseignement moral — les Béatitudes (« Heureux les pauvres de cœur… »), le Notre Père, l’injonction d’aimer ses ennemis, l’appel à être « parfaits comme votre Père céleste est parfait ».
Candiard part de l’épisode du jeune homme riche (Matthieu 19) — un homme pieux, qui observe tous les commandements, mais qui repart triste quand Jésus lui demande de vendre tous ses biens et de le suivre. Voilà le nœud du problème : si la grâce est gratuite, pourquoi l’exigence est-elle si radicale ? La réponse de Candiard tient en une distinction : la « perfection » que vise Jésus n’est pas un idéal d’irréprochabilité morale — il ne s’agit pas de cocher toutes les cases d’un règlement. Il s’agit d’apprendre à poser sur le monde le regard de Dieu, un regard d’amour inconditionnel. Ce qui, dans les faits, est encore plus exigeant que de suivre un code de conduite — parce qu’aucune règle ne vous dira comment aimer quelqu’un qui ne le mérite pas. Croyant·e ou non, quiconque s’est déjà demandé ce que signifie « bien agir » quand il n’y a pas de réponse toute faite trouvera ici de quoi nourrir sa réflexion.
8. Quelques mots avant l’Apocalypse : lire l’Évangile en temps de crise (Adrien Candiard, 2022)

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Climat déréglé, pandémies, guerres en Europe, montée des extrêmes : le monde va mal, et il est tentant de se demander si, par hasard, ce ne serait pas la fin. Adrien Candiard prend la question au sérieux — d’autant que Jésus lui-même en a parlé. Le chapitre 13 de l’Évangile de Marc, parfois appelé « discours eschatologique » (du grec eskhatos, « dernier » : un discours sur la fin des temps), est l’un des passages les plus déconcertants du Nouveau Testament. Jésus y annonce la destruction du Temple de Jérusalem, des guerres, des famines, des persécutions, et son propre retour glorieux. En général, on préfère sauter la page et aller chercher des versets plus ensoleillés.
Candiard refuse cet évitement. Il montre que la littérature apocalyptique n’a jamais eu pour fonction de prédire la date de la fin du monde (mauvaise nouvelle pour les amateurs d’échéances). Le mot « apocalypse » vient du grec apokalupsis, qui signifie « dévoilement », « révélation ». La fonction de ces textes est de révéler ce qui se cache derrière le désordre apparent du monde : la réalité du mal — non seulement les fautes individuelles, mais aussi ce que la théologie appelle les « structures de péché » — les systèmes, les institutions, les habitudes collectives qui produisent de l’injustice et de la souffrance à grande échelle. Mais le texte de Marc ne s’arrête pas au constat : après les catastrophes vient la venue du Fils de l’homme — autrement dit le retour du Christ. L’essentiel n’est pas la catastrophe ; c’est ce qui la suit. En à peine plus de cent pages, Candiard rappelle que l’espérance chrétienne ne consiste pas à nier la gravité de la situation, mais à affirmer que le dernier mot n’appartient pas au mal.
9. Le livre de l’Apocalypse (Régis Burnet, 2019)

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Dernier livre du Nouveau Testament et, accessoirement, l’un des textes les plus mal compris de l’histoire humaine : l’Apocalypse de Jean n’a cessé, depuis vingt siècles, de susciter les interprétations les plus extravagantes — des calculs millénaristes (ceux qui croient pouvoir calculer la date exacte du retour du Christ) aux scénarios de films catastrophe, sans oublier les prophéties de fin du monde dont Internet regorge. Il faut dire que le texte ne facilite pas la tâche : rédigé à la fin du Ier siècle, probablement sous le règne de l’empereur Domitien, il déborde de visions stupéfiantes — des cavaliers, des trompettes, des fléaux, une bête à sept têtes, une femme vêtue de soleil, une cité d’or descendue du ciel. Régis Burnet, normalien et professeur à l’Université catholique de Louvain, propose d’en finir avec les contresens et de revenir au texte lui-même.
Publié dans la collection « Mon ABC de la Bible » aux Éditions du Cerf, l’ouvrage fonctionne comme une boîte à outils. On y trouve l’identification de l’auteur (qui est ce « Jean » ? est-ce le même que l’évangéliste ?), le contexte historique de la rédaction (une communauté chrétienne persécutée dans l’Empire romain), une analyse de la structure littéraire, un résumé pas à pas du texte, et un examen des grandes questions : l’Apocalypse parle-t-elle de notre avenir ? Comment faut-il lire sa violence ? Comment décoder ses symboles — qui viennent presque tous de l’Ancien Testament ? Burnet aborde aussi la postérité du texte — dans l’art (Dürer, les tympans des cathédrales), la théologie, la culture populaire — et rappelle que ce livre, loin d’être un catalogue de catastrophes, est d’abord un texte d’espérance : celui d’une communauté persécutée qui affirme, envers et contre tout, que Dieu aura le dernier mot. La Jérusalem céleste qui clôt le livre n’est pas une menace ; c’est une promesse.