Solanin est un seinen manga écrit et dessiné par Inio Asano, prépublié entre 2005 et 2006 dans le magazine Weekly Young Sunday de Shōgakukan et compilé en deux volumes. On y suit Meiko Inoue et son compagnon Taneda, jeunes diplômés à Tokyo, entre emplois précaires et aspirations musicales — deux personnes qui ne savent pas encore ce qu’elles veulent faire de leur vie, et que cette incertitude ronge.
Voici quelques pistes si vous êtes à la recherche de lectures du même genre.
1. Un monde formidable (Inio Asano, 2002)

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Recueil d’histoires courtes prépublié entre 2002 et 2004, Un monde formidable constitue l’un des premiers travaux d’Inio Asano. Chaque récit met en scène des individus ordinaires, à différents âges de la vie, qui butent contre le mal-être de la vie urbaine japonaise — un emploi sans avenir, une relation qui s’étiole, un vide que rien ne vient combler. Les personnages d’une histoire réapparaissent parfois dans la suivante, et ces échos discrets donnent à l’ensemble une cohérence inattendue.
Le ton oscille entre ironie et mélancolie, et le recueil dresse un portrait désabusé — mais jamais cynique — d’une société japonaise figée dans ses conventions. C’est un ouvrage de jeunesse, inégal par endroits, mais où l’on reconnaît déjà la sensibilité qui irriguera Solanin et Bonne nuit Punpun.
2. Bonne nuit Punpun (Inio Asano, 2007)

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Prépubliée entre 2007 et 2013 en treize volumes, cette série suit Punpun Punyama de l’enfance à l’âge adulte. Le personnage principal est représenté sous la forme d’un oiseau stylisé, tandis que le reste du monde est dessiné de façon réaliste — un décalage graphique qui traduit visuellement sa solitude. Violence domestique, famille dysfonctionnelle, dépression : le parcours de Punpun est une lente descente dont chaque palier semble être le dernier — sans jamais l’être.
Le récit ne ménage pas son lecteur·ice. Les moments d’humour noir alternent avec des scènes d’une brutalité émotionnelle rare, et l’apparence de Punpun se transforme au fil des tomes pour refléter sa détérioration intérieure. Là où Solanin offrait une résolution douce-amère, Bonne nuit Punpun pousse le désenchantement générationnel d’Asano jusqu’à un point de non-retour.
3. Errance (Inio Asano, 2017)

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Dans Errance, Inio Asano déplace son regard vers la quarantaine avec Kaoru Fukazawa, un mangaka en pleine crise existentielle après l’achèvement d’une série à succès. Doutes créatifs, histoires amoureuses chaotiques, quête identitaire, ce one-shot se lit comme une mise en abyme troublante du métier de mangaka.
Asano y questionne les compromis entre art et commerce, la peur de l’obsolescence et les sacrifices consentis pour la création. Le trait hyperréaliste, signature de l’auteur, confère aux paysages japonais une beauté mélancolique qui contraste avec la noirceur psychologique du protagoniste.
Comme dans Solanin, on retrouve cette tension entre aspirations personnelles et attentes sociales, mais le point de vue a mûri. Là où Meiko et Taneda hésitaient encore au seuil de l’âge adulte, Kaoru contemple les conséquences de ses choix passés avec amertume et lucidité.
4. Sing « Yesterday » for Me (Kei Toume, 1998)

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Seinen publié chez Shūeisha entre 1998 et 2015 en onze volumes, Sing « Yesterday » for Me suit Rikuo Uozumi, diplômé sans ambition qui travaille dans un konbini à Tokyo. Son quotidien est bousculé par Haru, une jeune femme fantasque accompagnée de son corbeau, et par le retour de Shinako, son amour de fac devenue enseignante. Le titre est emprunté à une chanson du groupe de rock japonais RC Succession.
Rien ne se résout vite dans ce manga : les sentiments stagnent, reculent, bifurquent. Kei Toume décrit avec justesse l’inertie affective de jeunes adultes incapables de choisir entre le confort du passé et l’incertitude de l’avenir. L’atmosphère mélancolique et le cadre réaliste du Tokyo des années 2000 en font un cousin direct de Solanin.
5. Nana (Ai Yazawa, 2000)

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Prépublié à partir de 2000 dans le magazine Cookie de Shūeisha (21 volumes, série en pause depuis 2009), Nana raconte la rencontre à Tokyo de deux jeunes femmes de vingt ans qui partagent le même prénom. Nana Osaki est chanteuse punk avec le groupe Blast ; Nana Komatsu est une jeune femme romanesque qui aspire à une vie rangée. Elles deviennent colocataires dans l’appartement 707 et nouent une amitié fusionnelle au cœur du récit.
Ai Yazawa ne protège aucun de ses personnages : ils sont faillibles, contradictoires, parfois égoïstes, et le récit ne leur épargne ni les relations toxiques, ni l’addiction, ni les grossesses non désirées. La mode, la scène musicale punk et les coulisses de l’industrie du disque ne sont pas de simples décors : ils nourrissent une intrigue qui interroge le prix des rêves — et ce qu’il reste de soi une fois qu’on les a atteints.
6. Beck (Harold Sakuishi, 1999)

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Publié entre 1999 et 2008 en trente-quatre volumes chez Kōdansha, Beck suit Yukio « Koyuki » Tanaka, collégien de quatorze ans à la vie terne, dont l’existence bascule le jour où il rencontre Ryūsuke Minami, guitariste revenu des États-Unis. Ensemble, ils fondent un groupe de rock et enchaînent galères, rivalités et concerts décisifs. Le manga fourmille de références musicales — chaque couverture de chapitre imite la pochette d’un album célèbre.
Harold Sakuishi relève un défi propre au manga musical : rendre palpable une musique que l’on n’entend pas. La montée en puissance du groupe et la mue de Koyuki, de garçon effacé à chanteur habité, donnent au récit un souffle que l’on ne lâche pas facilement. Comme dans Solanin, la musique fait bien plus qu’accompagner l’intrigue : c’est elle qui permet aux personnages de devenir eux-mêmes.
7. Honey and Clover (Chica Umino, 2000)

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Josei manga prépublié entre 2000 et 2006 en dix volumes, lauréat du prix Kōdansha en 2003, Honey and Clover se déroule dans une école d’art de Tokyo. On y suit Takemoto, étudiant en architecture, Morita, sculpteur imprévisible, et Mayama, tiraillé entre deux femmes. L’arrivée de Hagu, prodige de la peinture à l’apparence enfantine, vient bouleverser l’équilibre du groupe et faire naître des sentiments non réciproques.
Chica Umino saisit bien ces années où il faut concilier vocation artistique, amour et entrée dans la vie active — sans savoir lequel sacrifier. Le récit alterne entre comédie burlesque et moments de solitude poignante, sans que l’un n’efface jamais l’autre. Le sujet central, c’est la difficulté de trouver sa voie — et le manga partage avec Solanin cette même tendresse pour ceux qui tâtonnent encore.
8. Given (Natsuki Kizu, 2013)

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Boys’ love manga prépublié dans le magazine Cheri+ de 2013 à 2023 et compilé en neuf volumes, Given suit quatre musiciens d’un groupe de rock amateur. Au lycée, Ritsuka, guitariste qui ne sait plus pourquoi il joue, croise Mafuyu, garçon taciturne agrippé à une Gibson dont les cordes sont cassées. Il lui répare les cordes, et découvre chez Mafuyu une voix saisissante — et des blessures enfouies.
Le fil rouge du manga est la question du deuil : comment exprimer une douleur pour laquelle on n’a pas de mots ? Natsuki Kizu fait de la musique le seul langage accessible à des personnages qui ne savent pas dire ce qu’ils ressentent. Les romances prennent le temps de se former, sans raccourcis ni pathos. Pour qui a aimé la place de la musique dans Solanin et la façon dont un morceau peut contenir tout ce qu’on ne parvient pas à formuler, Given est un prolongement naturel.
9. My Broken Mariko (Waka Hirako, 2019)

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One-shot josei prépublié sur Comic Bridge en 2019 et publié en un seul volume par Kadokawa en 2020, My Broken Mariko est le premier manga de Waka Hirako. Tomoyo, employée de bureau, apprend par le journal télévisé le suicide de Mariko, sa meilleure amie de toujours. Mariko a subi pendant des années les violences de son père. Tomoyo, ivre de rage et de chagrin, décide de voler l’urne funéraire pour offrir à Mariko un dernier voyage digne d’elle.
Le récit est court, brutal et sans répit. Hirako refuse toute complaisance mélodramatique : les scènes déchirantes sont coupées net par des instants de colère ou d’absurdité qui empêchent l’ensemble de sombrer dans le pathos. Le dessin, nerveux et expressif, traduit l’état émotionnel de Tomoyo avec une sincérité frontale. C’est un manga sur la culpabilité du survivant, sur l’impuissance de ceux qui n’ont pas su empêcher le pire.
10. Look Back (Tatsuki Fujimoto, 2021)

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One-shot de 143 pages publié sur Shōnen Jump+ en juillet 2021, Look Back raconte l’amitié entre deux collégiennes unies par leur passion du dessin. Fujino, extravertie et sûre de son talent, et Kyōmoto, hikikomori qui ne quitte jamais sa chambre, se découvrent par le biais du journal de l’école. Leur rivalité se mue en collaboration, et ensemble elles rêvent de devenir mangaka — jusqu’à ce qu’une tragédie brise net cet élan.
Tatsuki Fujimoto (auteur de Chainsaw Man et Fire Punch) livre ici un récit intimiste, en partie autobiographique, sans rapport avec ses séries de genre. Le manga interroge le sens de la création face à l’absurdité du réel : pourquoi dessiner, si l’on ne peut ni sauver ni protéger les gens qu’on aime ? Le one-shot a cumulé plus de quatre millions de lectures en deux jours au Japon.
11. Hirayasumi (Keigo Shinzō, 2021)

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Seinen en cours de publication depuis 2021 dans le Weekly Big Comic Spirits de Shōgakukan, Hirayasumi suit Hiroto Ikuta, vingt-neuf ans, travailleur indépendant sans emploi stable ni ambition particulière. Il vit dans une petite maison de plain-pied héritée d’une voisine et accueille chez lui sa cousine Natsumi, dix-huit ans, venue à Tokyo pour étudier les arts. Ensemble, ils partagent un quotidien paisible fait de repas, de conversations et de petites aventures domestiques.
Le titre est un jeu de mots entre hiraya (maison de plain-pied), yasumi (repos) et sumi (habiter). Pas de drame spectaculaire ici : Keigo Shinzō s’attarde sur la préparation d’un poisson, la réparation d’un toit, une dispute autour d’un film plastique — et parvient à rendre ces petits riens du quotidien étrangement précieux. Si Solanin posait la question de ce qu’on fait de sa vie, Hirayasumi suggère qu’il est peut-être possible de ne pas se la poser — et que cette sérénité-là a aussi sa valeur.
12. Les Fleurs du mal (Shūzō Oshimi, 2009)

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Manga prépublié entre 2009 et 2014 dans le Bessatsu Shōnen Magazine de Kōdansha et compilé en onze volumes, Les Fleurs du mal suit Takao Kasuga, collégien fervent lecteur de Baudelaire, amoureux en secret de Nanako Saeki. Un soir, il cède à une pulsion et vole les vêtements de sport de Nanako. Sawa Nakamura, une camarade de classe imprévisible et marginale, surprend son geste et le soumet à un chantage qui va contaminer sa vie entière.
Shūzō Oshimi s’est nourri de ses propres souvenirs d’adolescence pour écrire ce manga : la ville de province étriquée, la découverte de Baudelaire, le sentiment d’enfermement. L’histoire plonge dans le trouble de l’adolescence avec une précision qui met mal à l’aise, et la relation entre Takao et Sawa — tour à tour libératrice et destructrice — maintient un malaise constant. Le vrai sujet du manga n’est pas le vol en lui-même, mais la transgression — la frontière poreuse entre pureté et perversion.
13. Mauvaise herbe (Keigo Shinzō, 2018)

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Seinen en quatre volumes prépublié chez Kōdansha entre 2018 et 2020, Mauvaise herbe met en scène le lieutenant Yamada, policier en bout de course, et Shiori, lycéenne fugueuse. Lors d’une descente dans un salon de massage clandestin où des mineures sont exploitées, Yamada reconnaît en Shiori les traits de sa propre fille, décédée dans un accident des années plus tôt. Shiori, elle, fuit une mère abusive et vend son corps pour survivre.
Keigo Shinzō évite tout misérabilisme : le trait rond et doux de son dessin contraste volontairement avec la dureté du sujet, et les instants de tendresse entre les deux personnages viennent ponctuer un récit par ailleurs implacable. Mauvaise herbe est un drame social sur les enfants abandonnés par le système — services sociaux débordés, familles défaillantes — et sur la possibilité, fragile mais réelle, de se reconstruire.
14. March Comes in like a Lion (Chica Umino, 2007)

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Seinen prépublié depuis 2007 dans le magazine Young Animal de Hakusensha (dix-huit volumes à ce jour, série en phase finale), March Comes in like a Lion suit Rei Kiriyama, lycéen orphelin et joueur professionnel de shōgi. Seul dans son appartement de Tokyo, il vit en pilote automatique jusqu’à sa rencontre avec les trois sœurs Kawamoto — Akari, Hinata et Momo — dont la chaleur familiale va peu à peu fissurer sa carapace.
Chica Umino (déjà autrice de Honey and Clover) signe un récit plus ample et plus sombre que le précédent. Le shōgi dépasse ici le cadre du divertissement : chaque partie met à nu les failles du joueur, et chaque défaite est une blessure qui oblige à se repenser. Le manga traite de la solitude, du harcèlement scolaire et du deuil sans jamais forcer le trait, mais accorde aussi aux scènes de repas et de vie domestique chez les Kawamoto une douceur réconfortante. Lauréat du prix Osamu Tezuka en 2014.
15. Sunny (Taiyō Matsumoto, 2010)

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Seinen prépublié dans le magazine Ikki de Shōgakukan entre 2010 et 2015, compilé en six volumes, Sunny s’inspire des souvenirs d’enfance de Taiyō Matsumoto, lui-même élevé en foyer. Le récit se déroule dans un centre d’accueil pour enfants séparés de leurs parents : Sei, le nouveau venu timide, Haruo, l’adolescent rebelle au père alcoolique, Megumu, fragile et repliée sur elle-même. Dans le jardin du foyer, une vieille Nissan Sunny 1200 hors d’usage devient leur refuge.
À l’intérieur de cette voiture immobile, les enfants rêvent, pleurent, inventent des voyages imaginaires et tentent de combler l’absence de leurs parents. Le dessin de Matsumoto — un trait organique, charnel, nourri d’influences européennes (Moebius, Bilal) — donne à chaque planche une densité émotionnelle que peu de mangaka atteignent. Sunny a reçu le prix Shōgakukan en 2016 et fait l’objet d’une adaptation en film d’animation par Michael Arias, prévue pour 2029.