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Que lire après « Quartier lointain » de Jirō Taniguchi ?

Que lire après « Quartier lointain » de Jirō Taniguchi ?

Quartier lointain est un manga de Jirō Taniguchi, publié au Japon en 1998 et en France chez Casterman à partir de 2002. Le récit suit Hiroshi Nakahara, un homme de 48 ans qui, après un détour involontaire par sa ville natale, se retrouve projeté dans le corps de ses quatorze ans, en 1963, quelques mois avant la disparition inexpliquée de son père.

À la croisée du fantastique et de l’introspection, ce manga primé au Festival d’Angoulême en 2003 interroge avec tact la nostalgie, les regrets et les liens familiaux. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Le Journal de mon père (Jirō Taniguchi, 1994)

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Prolongement naturel de Quartier lointain, Le Journal de mon père met en scène Yoichi Yamashita, contraint de revenir dans sa ville natale de Tottori pour les obsèques de son père — un homme qu’il n’a pas revu depuis quinze ans. Lors de la veillée funèbre, les souvenirs d’enfance refont surface : le grand incendie de 1952, le dur labeur de la reconstruction, le divorce parental. Chaque proche apporte un éclairage inédit sur ce père que Yoichi tenait pour distant et froid.

Taniguchi signe ici un récit d’une pudeur remarquable sur les malentendus familiaux et le poids des non-dits. Là où Quartier lointain proposait un retour littéral dans le passé, Le Journal de mon père emprunte le chemin plus réaliste de la réminiscence collective. Le trait fin et contemplatif de l’auteur traduit avec justesse l’émotion contenue d’un fils qui découvre, trop tard, la vraie nature de celui qu’il a passé sa vie à mal comprendre.


2. Chiisakobé (Minetarō Mochizuki, 2012)

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Shigeji, jeune charpentier, perd ses parents et l’entreprise familiale dans un incendie. Fidèle aux paroles de son père — « ce qui est important, c’est l’humanité et la volonté » —, il jure de tout rebâtir. Mais son retour au foyer se complique avec l’arrivée de Ritsu, amie d’enfance au caractère bien trempé, et de cinq orphelins au tempérament imprévisible. Librement adapté d’un roman de Shūgorō Yamamoto situé à l’époque d’Edo, Chiisakobé transpose le récit dans le Japon contemporain.

Comme dans Quartier lointain, le deuil et l’héritage parental structurent la narration. Mochizuki, connu pour Dragon Head, déploie ici un ton radicalement différent : une chronique intimiste et pudique, nourrie par la poésie du quotidien. Son dessin épuré, presque pop, capte avec subtilité les non-dits et les gestes infimes. Le rythme lent, les silences éloquents et la question centrale — comment devenir adulte quand les repères s’effondrent — résonnent avec la sensibilité de Taniguchi.


3. ReLIFE (Yayoiso, 2013)

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Arata Kaizaki a 27 ans, aucun emploi stable et une démission au bout de trois mois sur le CV. Sa vie bascule lorsqu’un mystérieux institut lui propose d’avaler une pilule qui lui rendra l’apparence de ses 17 ans pour réintégrer le lycée pendant un an. En échange : une prise en charge financière et la promesse d’un travail à la clé. Le hic ? À la fin de l’expérience, tous ses camarades oublieront son existence.

ReLIFE partage avec Quartier lointain le motif du retour à l’adolescence avec un regard d’adulte. Mais là où Taniguchi creuse la veine mélancolique, Yayoiso mise sur l’humour et la chaleur. Entièrement en couleur, ce web-manga devenu phénomène au Japon aborde avec finesse la pression sociale, les ratés professionnels et la difficulté de nouer des liens sincères. Sous ses airs de comédie scolaire, la série gagne en profondeur et pose une question troublante : peut-on se reconstruire si personne ne se souvient de vous ?


4. Analog Drop (Natsumi Aida, 2017)

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Aku, influenceuse cynique sur Instagram, mène une double vie : elle fréquente trois hommes en même temps pour en tirer profit. Un soir, poignardée dans la rue, elle perd connaissance et se réveille en… 1983. Son smartphone, seul lien avec le présent, lui impose une mission : aider un certain Kojirō à concrétiser son histoire d’amour avant que la batterie ne se vide. De gré ou de force, Aku devra apprendre l’altruisme.

Si le ton tranche avec la sobriété de Quartier lointain, le ressort narratif est similaire : un saut temporel qui force la remise en question. Natsumi Aida, connue pour Switch Girl!!, confronte avec un humour décapant l’ère des réseaux sociaux au Japon analogique des années quatre-vingt. Derrière la comédie, le manga interroge l’authenticité des rapports humains et la sincérité perdue à l’ère du numérique. En deux tomes seulement, cette série percutante rappelle que le passé n’est pas qu’un décor nostalgique : c’est aussi un miroir.


5. Kowloon Generic Romance (Jun Mayuzuki, 2019)

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Dans une version fictive et dystopique de la citadelle de Kowloon, Reiko Kujirai, agente immobilière de 32 ans, travaille aux côtés de Hajime Kudō, un ancien amant. Entre transactions immobilières et ruelles labyrinthiques, leur relation se renoue dans un décor où passé, présent et futur semblent se confondre. Des anomalies étranges et des trous de mémoire viennent peu à peu fissurer la surface de ce quotidien en apparence banal.

Jun Mayuzuki, déjà remarquée pour After the Rain, tisse ici un récit où la nostalgie elle-même devient un piège. Comme Hiroshi dans Quartier lointain, Reiko navigue entre des souvenirs flous et une réalité instable. Mais le mystère va plus loin : l’identité même des personnages est sujette au doute. Le trait élégant de Mayuzuki restitue avec sensibilité l’atmosphère étouffante et envoûtante d’un lieu hors du temps. Romance, science-fiction et suspense s’y entrelacent pour questionner ce qui nous définit lorsque la mémoire nous fait défaut.


6. Our Summer Holiday (Kaori Ozaki, 2013)

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Natsuru, 11 ans, est un espoir du football mis à l’écart par ses camarades après avoir refusé les chocolats de la fille la plus populaire de l’école. Il se lie alors avec Rio, une grande fille solitaire rejetée par la classe. Lors des vacances d’été, Natsuru découvre le lourd secret que Rio et son petit frère Yūta portent seuls : leur père a disparu, leur grand-père est mort, et ils survivent avec presque rien.

En un seul volume, Kaori Ozaki condense un récit d’une justesse douce-amère sur l’abandon parental, le deuil précoce et l’amitié salvatrice. Comme Quartier lointain, ce manga traite de la faillibilité des adultes et du regard que les enfants posent sur elle. Mais ici, point de retour dans le temps : c’est dans l’urgence du présent que Natsuru et Rio doivent grandir trop vite. La tonalité mélancolique, le parfum d’été et la fin à la fois ouverte et lumineuse rappellent la délicatesse émotionnelle de Taniguchi.

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