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Que lire après « Jagaaan » de Muneyuki Kaneshiro et Kensuke Nishida ?

Que lire après « Jagaaan » de Muneyuki Kaneshiro et Kensuke Nishida ?

Jagaaan est un seinen manga écrit par Muneyuki Kaneshiro et dessiné par Kensuke Nishida, prépublié dans le magazine Big Comic Spirits de Shōgakukan entre février 2017 et novembre 2021. La série compte 14 volumes et a été éditée en France par Kazé dès janvier 2019.

Elle suit Shintarō Jagasaki, un policier de quartier frustré dont la vie bascule lorsqu’une mystérieuse pluie de grenouilles provoque l’apparition d’« humains brisés » : des individus transformés en monstres par leurs désirs refoulés. Lui-même contaminé, Jagasaki acquiert le pouvoir de matérialiser ses pulsions sous forme d’arme, ce qui le propulse dans un combat sanglant où se mêlent body horror, satire sociale et réflexion sur la nature humaine.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Starving Anonymous (Yû Kuraishi et Kazu Inabe, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Ce thriller horrifique de sept volumes transpose le principe de l’élevage intensif à l’espèce humaine. Deux lycéens se réveillent dans un hangar où des êtres humains sont gavés, congelés et découpés pour servir de nourriture à une présence mystérieuse.

Comme dans Jagaaan, le récit ne ménage pas le lecteur : la violence graphique sert ici à dénoncer les dérives de la consommation de masse et la déshumanisation qu’elle engendre. Là où Kaneshiro et Nishida interrogeaient les pulsions individuelles, Kuraishi et Inabe pointent l’industrialisation des corps.

L’atmosphère poisseuse, le rythme soutenu et les dessins cliniques d’Inabe — parfois insoutenables — en font une lecture éprouvante mais percutante. Âmes sensibles, passez votre chemin : Starving Anonymous assume pleinement son statut de récit de survie extrême où l’humanité devient bétail.


2. Chainsaw Man (Tatsuki Fujimoto, 2018)

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Denji, adolescent endetté, fusionne avec son chien-démon Pochita pour devenir un hybride mi-humain mi-tronçonneuse. Recruté par une agence gouvernementale de chasseurs de démons, il se retrouve au cœur d’un monde cynique où chacun poursuit ses propres intérêts.

Comme Jagasaki, Denji est un antihéros dont les motivations — manger correctement, toucher une poitrine — semblent dérisoires face aux enjeux qui l’entourent. Tatsuki Fujimoto partage avec Kaneshiro un goût prononcé pour le gore décomplexé, l’humour noir et les retournements brutaux.

L’animation des combats, la noirceur des thèmes abordés (précarité, solitude, manipulation) et l’esthétique viscérale rapprochent fortement les deux titres. Chainsaw Man a toutefois su toucher un public plus large grâce à son adaptation animée par le studio MAPPA, ce qui en fait un point d’entrée idéal pour ceux qui ont aimé la folie débridée de Jagaaan.


3. Ajin (Gamon Sakurai, 2012)

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Kei Nagai, lycéen modèle, découvre qu’il est un « Ajin » — un être immortel capable de se régénérer après la mort — après avoir été renversé par un camion. Considérés comme des menaces, les Ajin sont traqués par les gouvernements et utilisés comme cobayes dans des expériences atroces.

Cette série de 17 volumes interroge la frontière entre humanité et monstruosité, tout comme Jagaaan le faisait avec ses « humains brisés ». Le protagoniste, froid et calculateur, tranche avec les héros classiques ; il rappelle la dualité de Jagasaki, tiraillé entre sa façade sociale et ses pulsions destructrices.

Gamon Sakurai déploie un thriller tendu où les affrontements tactiques mettent en scène des capacités surnaturelles — les « Black Ghosts » — avec une inventivité qui n’est pas sans rappeler les combats inventifs de la série de Nishida. Le dessin, d’abord brut, gagne en maîtrise au fil des volumes.


4. Last Hero Inuyashiki (Hiroya Oku, 2014)

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Ichirō Inuyashiki a 58 ans, un cancer en phase terminale et une famille qui le méprise. Un soir, il est frappé par un vaisseau extraterrestre et se réveille transformé en cyborg surpuissant.

Parallèlement, Hiro Shishigami, adolescent présent au même endroit, subit la même métamorphose mais choisit d’utiliser ses pouvoirs pour tuer sans remords. Hiroya Oku, déjà connu pour Gantz, oppose ici deux figures aux antipodes : le vieil homme altruiste et le jeune sociopathe.

Ce duel moral fait écho à Jagaaan, où la question du choix — devenir héros ou monstre — est centrale. Le trait hyperréaliste d’Oku, fruit d’une maîtrise de la modélisation 3D, confère aux scènes de violence une brutalité saisissante. En dix volumes, la série dresse un portrait acide de la société japonaise contemporaine et de l’indifférence qui la gangrène.


5. Gleipnir (Sun Takeda, 2015)

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Shūichi Kagaya, lycéen ordinaire, se transforme en une mascotte géante dotée d’une fermeture éclair dans le dos. Claire Aoki, jeune fille déterminée à retrouver sa sœur parricide, découvre qu’elle peut se glisser à l’intérieur de ce « costume » pour fusionner avec lui.

Ensemble, ils affrontent d’autres détenteurs de pouvoirs surnaturels dans une chasse aux médailles extraterrestres. La relation ambiguë et malsaine entre les deux protagonistes — mêlant manipulation, dépendance et attirance — n’est pas sans rappeler les dynamiques toxiques de Jagaaan.

Sun Takeda manie l’érotisme et l’horreur avec un sens du malaise assumé, tandis que ses transformations grotesques renvoient directement aux métamorphoses des « humains brisés ». Le titre, tiré de la mythologie nordique, annonce d’emblée un récit où les chaînes — psychologiques autant que physiques — jouent un rôle déterminant.


6. Hell’s Paradise (Yûji Kaku, 2018)

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Gabimaru, ninja légendaire condamné à mort, se voit accorder une chance de liberté : rapporter l’élixir d’immortalité depuis l’île mystérieuse de Shinsenkyo. Accompagné de l’exécutrice Sagiri, il affronte des créatures cauchemardesques et d’autres condamnés tout aussi dangereux.

Yûji Kaku construit un récit où la violence et la beauté cohabitent : l’île paradisiaque regorge de fleurs et d’abominations inspirées de la mythologie taoïste. Comme dans Jagaaan, les personnages sont contraints de questionner leur humanité face à des forces qui dépassent l’entendement.

Le thème de l’équilibre entre les extrêmes — masculin et féminin, vie et mort, paradis et enfer — traverse les 13 volumes avec une cohérence rare. Les combats, chorégraphiés avec précision, allient body horror et esthétique florale, tandis que l’écriture nuancée des duos condamné-bourreau ajoute une profondeur émotionnelle inattendue.


7. Gannibal (Masaaki Ninomiya, 2018)

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Daigo Agawa, policier muté dans le village reculé de Kuge, découvre rapidement que sa nouvelle affectation cache de sombres secrets. Son prédécesseur a disparu après avoir affirmé que les habitants étaient cannibales.

Masaaki Ninomiya installe une atmosphère oppressante dès les premières pages : visages inquiétants, menaces voilées, cadavres aux blessures suspectes. Le thriller rural en 13 volumes aborde le cannibalisme non comme un simple ressort horrifique, mais comme une tradition ancestrale ancrée dans l’isolement et la reproduction sociale.

L’horreur, ici, naît moins du surnaturel que du terroir et de l’entre-soi. Les amateurs de Jagaaan retrouveront cette capacité à rendre tangible le malaise humain, cette façon de révéler la monstruosité tapie sous des apparences ordinaires. Le trait nerveux et réaliste de Ninomiya renforce l’immersion dans ce huis clos suffocant.


8. Dai Dark (Q Hayashida, 2019)

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Sanko Zaha, adolescent errant dans l’espace infini, possède des os qui, selon la légende, exaucent n’importe quel vœu. Poursuivi par tous les malfrats de l’univers, il se défend aux côtés d’Avakian, son sac à dos vivant aux allures de créature des ténèbres.

Q Hayashida, créatrice de Dorohedoro, transpose ici son univers baroque dans un cadre de science-fiction gothique. L’humour noir omniprésent, les designs délirants et les combats sanglants rappellent l’énergie débridée de Jagaaan, mais avec une touche d’absurde plus prononcée.

Les vaisseaux organiques, les cités-arbres et les antagonistes aux silhouettes spectrales composent un bestiaire visuel sans équivalent. Pour ceux qui ont apprécié la liberté narrative et l’esthétique morbide de Kaneshiro et Nishida, Dai Dark représente une continuation logique dans un registre plus cosmique et déjanté.

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