Gachiakuta est un shōnen manga écrit et dessiné par Kei Urana, prépublié depuis février 2022 dans le Weekly Shōnen Magazine de Kōdansha. On y suit Rudo, un jeune orphelin des bidonvilles d’une cité flottante, accusé à tort de meurtre et jeté dans la décharge avec les ordures. Sur cette terre hostile, il rejoint les « Nettoyeurs », des combattants qui affrontent des monstres nés des déchets.
Ancienne assistante d’Atsushi Ōkubo (Soul Eater, Fire Force), Kei Urana signe ici sa première série, portée par un univers dystopique, un graphisme imprégné de culture graffiti et une obsession pour les laissés-pour-compte. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.
1. Soul Eater (Atsushi Ōkubo, 2004)

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À l’institut Shibusen, dirigé par le grand Shinigami en personne, des apprentis faucheurs d’âmes sont répartis en binômes — un meister et une arme démoniaque — pour récolter 99 âmes de démons et une âme de sorcière. C’est dans cet univers décalé, à mi-chemin entre le gothique et le burlesque, que Maka, Soul, Black☆Star, Death the Kid et leurs partenaires affrontent des menaces de plus en plus redoutables.
Soul Eater est l’œuvre fondatrice qui a nourri l’imaginaire de Gachiakuta. Ōkubo, mentor de Kei Urana, y impose une esthétique surréaliste très personnelle : perspectives tordues, décors asymétriques, lune hilare dans le ciel. La tonalité bascule d’un humour féroce à une noirceur franche, parfois d’une page à l’autre. La série, en 25 tomes, refuse le manichéisme et fait de la folie — au sens propre — son thème central, jusqu’à effacer les frontières entre bien et mal.
2. Fire Force (Atsushi Ōkubo, 2015)

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Dans un Tokyo futuriste, un phénomène terrifie l’humanité : la combustion humaine spontanée. Des individus s’embrasent sans prévenir et deviennent des Torches humaines, des créatures de flammes incontrôlables. Shinra Kusakabe, jeune pyrokinésiste capable d’enflammer ses pieds, intègre la 8ᵉ brigade des pompiers spéciaux pour élucider ce mystère — et découvrir la vérité sur l’incendie qui a tué sa mère douze ans plus tôt.
Deuxième et dernier manga d’Atsushi Ōkubo, Fire Force s’avère un préquel de Soul Eater — les deux univers finissent par se rejoindre. En 34 tomes, la série transpose le style graphique d’Ōkubo — cadrage inventif, pleines pages spectaculaires — dans un registre plus sombre et plus ample. C’est surtout la série sur laquelle Kei Urana a officié comme assistante, avant qu’Ōkubo la désigne publiquement comme son héritière.
3. Dorohedoro (Q Hayashida, 2000)

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Caïman est un homme amnésique à tête de lézard. Il vit à Hole, un quartier sordide dont les habitants servent de cobayes aux mages venus d’une autre dimension. Avec son amie Nikaido, tenancière d’un restaurant de gyōza, il traque les mages un par un, leur enfourne la tête dans sa gueule et pose toujours la même question à l’entité logée dans sa gorge : « C’est lui ? »
Q Hayashida, formée à la peinture à l’huile aux Beaux-Arts de Tokyo, a réalisé Dorohedoro seule, sans assistant, sur dix-huit ans et 23 tomes. Le résultat est un objet à part : les pages sont sales, grouillantes, saturées de détails mécaniques et organiques. La violence y est crue mais jamais sinistre — un humour absurde la désamorce à chaque coin de rue. Personne n’est innocent à Hole, et c’est précisément cette amoralité joyeuse, doublée d’un cadre urbain poisseux, qui rapproche Dorohedoro de l’univers de Gachiakuta.
4. Deadman Wonderland (Jinsei Kataoka & Kazuma Kondou, 2007)

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Dix ans après un séisme dévastateur qui a englouti une grande partie de Tokyo, Ganta Igarashi, collégien ordinaire, voit sa classe entière massacrée sous ses yeux par un mystérieux « Homme rouge ». Accusé à tort de ce carnage, il est condamné à mort et envoyé au Deadman Wonderland, une prison privée reconvertie en parc d’attractions macabre où les détenus s’affrontent dans des épreuves mortelles pour gagner quelques jours de sursis.
La structure de départ est quasiment celle de Gachiakuta : un gosse innocent jeté dans un enfer fermé, obligé d’y apprendre les règles à la dure. En 13 tomes, Kataoka et Kondou (déjà auteurs d’Eureka Seven) construisent un huis clos où Ganta découvre qu’il possède un pouvoir lié à son sang et plonge malgré lui dans les jeux de pouvoir entre factions rivales. La série tire sa force de son décor-piège, cette prison-spectacle où la cruauté fait recette.
5. Chainsaw Man (Tatsuki Fujimoto, 2018)

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Denji est un adolescent misérable, criblé de dettes héritées de son père mort, qui gagne sa croûte comme chasseur de démons au service de yakuzas. Son seul compagnon : Pochita, un petit chien-démon-tronçonneuse. Le jour où les yakuzas le trahissent et le font tuer par le Démon Zombie, Pochita fusionne avec lui pour le ramener à la vie. Denji renaît sous la forme d’un hybride humain-démon, aussitôt enrôlé de force dans une division gouvernementale de chasseurs de démons.
Comme Rudo, Denji est un paria — un gosse sans famille, sans éducation, dont les rêves se limitent à manger correctement et toucher une fille. Fujimoto dynamite les conventions du shōnen par cette trivialité même : ses personnages sont imprévisibles, la mort frappe sans préavis, et les arcs narratifs s’interrompent aussi brutalement qu’ils ont commencé. Le découpage s’inspire du cinéma de genre (Fujimoto cite volontiers Quentin Tarantino, Sam Raimi et les frères Coen), ce qui donne aux scènes d’action un rythme sec, presque muet.
6. Gokurakugai (Yuto Sano, 2022)

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Gokurakugai est un quartier ouvrier en apparence chaleureux, saturé d’odeurs de cuisine et de couleurs vives — mais qui, une fois la nuit tombée, révèle une face hostile. Tao et Alma, un duo atypique, y tiennent un « bureau des résolutions » qui accepte toutes sortes de missions : retrouver des personnes disparues, récupérer des preuves compromettantes, ou affronter des magas, des créatures monstrueuses jadis humaines.
Publié depuis 2022 dans le Jump Square de Shueisha, Gokurakugai partage avec Gachiakuta un cadre urbain en marge où le surnaturel grouille sous la surface. Yuto Sano, repéré grâce à un one-shot en 2017, sait poser un décor : son quartier fictif — croisement entre Kabukichō et une ruelle de Hong Kong — a une identité visuelle immédiate. La dynamique entre Tao, froide et redoutablement efficace, et Alma, glouton et expansif, porte la série autant que ses scènes d’action. Le manga est encore jeune, mais l’univers et les personnages sont déjà en place — il ne reste qu’à voir jusqu’où Sano compte aller.
7. D.Gray-man (Katsura Hoshino, 2004)

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Vers la fin d’un XIXᵉ siècle fictif et résolument gothique, le jeune Allen Walker intègre la Congrégation de l’Ombre, un ordre d’exorcistes fondé par le Vatican. Sa mission : combattre les Akuma, des machines démoniaques créées par le Comte Millénaire à partir d’âmes humaines volées. Grâce à son bras gauche, une « Innocence » capable de purifier ces créatures, Allen est aspiré dans une guerre sainte dont les enjeux le dépassent.
Ce qui rend D.Gray-man précieux pour qui a aimé Gachiakuta, c’est sa façon de retourner les certitudes : les alliés d’Allen ont leurs zones d’ombre, la Congrégation elle-même n’est pas exempte de cruauté, et la vraie nature du héros devient l’un des mystères centraux de l’intrigue. Katsura Hoshino ancre cette ambiguïté dans une esthétique gothique européenne — cathédrales, brumes, uniformes militaires — à mille lieues des cadres habituels du shōnen. Le manga, toujours en cours après de nombreux hiatus liés aux problèmes de santé de l’autrice, compte 28 tomes.
8. Jujutsu Kaisen (Gege Akutami, 2018)

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Yūji Itadori est un lycéen doté d’une force physique hors du commun, membre d’un club d’occultisme qui ne prend pas le surnaturel très au sérieux. Sa vie déraille le jour où, pour protéger ses camarades, il avale un doigt de Ryōmen Sukuna — un démon millénaire considéré comme le plus dangereux fléau de l’histoire. Devenu l’hôte de cette entité malveillante, il est promis à l’exécution par les exorcistes — sauf s’il ingère tous les doigts restants avant qu’ils ne passent à l’acte.
En 30 tomes et plus de 100 millions d’exemplaires écoulés, Jujutsu Kaisen s’est imposé comme le shōnen dominant des années 2020. Mais ce qui intéressera les lecteur·ices de Gachiakuta, c’est moins le phénomène commercial que la dureté du propos : Gege Akutami n’épargne personne, les morts sont définitives, et le système de pouvoirs — fondé sur l’énergie occulte et ses applications tactiques — donne aux combats une dimension stratégique qui empêche la routine. Le monde de l’exorcisme y apparaît comme une institution rigide et souvent injuste, un système vertical où la vie d’un individu pèse peu — une hiérarchie qui rappellera quelque chose aux habitué·es de la cité flottante.
9. Dandadan (Yukinobu Tatsu, 2021)

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Momo Ayase croit aux fantômes mais pas aux extraterrestres. Ken Takakura, dit Okarun, croit aux extraterrestres mais pas aux fantômes. Pour trancher le débat, chacun se rend dans un lieu censé prouver l’existence de ce en quoi l’autre ne croit pas. Résultat : tous les deux avaient raison, et leur quotidien de lycéens vole en éclats sous l’assaut d’esprits vengeurs, d’aliens hostiles et de phénomènes occultes en série.
Ancien assistant de Tatsuki Fujimoto (Chainsaw Man) et de Yūji Kaku (Hell’s Paradise), Yukinobu Tatsu signe avec Dandadan le shōnen le plus débraillé et généreux de ces dernières années. L’humour est omniprésent — souvent absurde, parfois scatologique —, mais quand l’action éclate, le trait se tend et les compositions gagnent une clarté tranchante. Dandadan puise autant dans l’horreur japonaise traditionnelle (yōkai, malédictions) que dans la science-fiction de série B, et c’est ce joyeux chaos, ponctué de scènes où l’attachement entre les personnages prend le dessus, qui en fait le contrepoint comique parfait après la gravité de Gachiakuta.
10. Tokyo Ghoul (Sui Ishida, 2011)

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Ken Kaneki est un étudiant discret, passionné de littérature. Un soir, il est attaqué par une goule — l’une de ces créatures d’apparence humaine qui se nourrissent de chair humaine — et ne survit que grâce à une greffe d’organes issus de son agresseur. Devenu un hybride mi-humain mi-goule, il ne peut plus manger d’aliments ordinaires et se découvre pris dans une guerre sans merci entre humains et goules.
Sui Ishida a cité La Métamorphose de Franz Kafka parmi ses influences, et cela se sent : Tokyo Ghoul est avant tout le récit d’un corps qui échappe à son propriétaire. Kaneki ne choisit pas sa transformation — il la subit, puis apprend à vivre avec, puis finit par en être dévoré. En 14 tomes (prolongés par Tokyo Ghoul:re en 16 tomes), cette trajectoire permet à Ishida de fouiller la question de l’identité et du rejet sans jamais lâcher la pression. L’œuvre a profondément marqué la génération de mangakas à laquelle appartient Kei Urana.
11. Fire Punch (Tatsuki Fujimoto, 2016)

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Une sorcière a plongé le monde dans un hiver éternel. La famine et le chaos règnent. Agni et Luna, frère et sœur orphelins, possèdent un don de régénération qui leur permet de nourrir les habitants de leur village avec leur chair. Mais un soldat doté d’un feu inextinguible réduit le village en cendres et tue Luna. Agni, condamné à brûler sans fin, part en quête de vengeance.
Première série de Tatsuki Fujimoto, publiée en 8 tomes sur le Shōnen Jump+, Fire Punch est à la fois plus radical et plus déroutant que Chainsaw Man. Le récit change de genre à plusieurs reprises — il passe du revenge manga à la comédie absurde, puis au drame existentiel — et les personnages refusent de rester dans les cases qu’on leur attribue. Derrière cette instabilité, un même fil : dans un monde gelé, les puissants se servent des faibles comme combustible, au propre comme au figuré — le même constat que pose Gachiakuta dans sa décharge.