Gachiakuta est un shōnen manga écrit et dessiné par Kei Urana, prépublié dans le Weekly Shōnen Magazine depuis février 2022 et édité en France par Pika Édition depuis juin 2023. L’histoire suit Rudo, un orphelin des bidonvilles accusé à tort de meurtre et jeté dans une décharge souterraine peuplée de monstres nés des déchets.
L’ancienne assistante d’Atsushi Ohkubo y déploie un style graphique nerveux, imprégné de graffiti et de culture street, au service d’un récit qui embrasse dark fantasy, critique sociale et système de combat fondé sur le lien affectif aux objets abandonnés.
Le manga a reçu le Global Special Prize aux Next Manga Awards 2022 et bénéficie d’une adaptation animée par le studio Bones depuis juillet 2025. Si vous vous demandez quoi lire après cette série, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Dorohedoro (Q Hayashida, 2000)

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Dans un monde crasseux baptisé « le Trou », Caïman — un homme à tête de reptile frappé d’amnésie — traque les sorciers aux côtés de son amie Nikaido pour retrouver celui qui l’a défiguré. Q Hayashida bâtit un univers à deux faces : d’un côté les humains, de l’autre les mages et leurs pouvoirs de fumée, le tout gouverné par des diables. Son trait charbonneux, surchargé de textures, confère aux décors une crasse presque palpable, très proche de l’esthétique sale de Gachiakuta.
La grande force de Dorohedoro réside dans son ton imprévisible : gore extrême, humour absurde et tranches de vie cohabitent sans que le récit ne perde sa cohérence. Aucun personnage n’est tout à fait bon ni mauvais, et Hayashida rend attachants des tueurs à gages comme Shin et Noi autant que le héros lui-même. L’amitié, la famille choisie et la bouffe (les gyozas de Nikaido sont un motif récurrent) irriguent cette saga de 23 tomes.
2. Dai Dark (Q Hayashida, 2019)

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Après dix-huit ans sur Dorohedoro, Q Hayashida transpose sa recette dans l’espace. Zaha Sanko est un adolescent dont les os, selon la rumeur, peuvent exaucer n’importe quel souhait. Pourchassé par des pirates, des fanatiques et des opportunistes de toute la galaxie, il se défend grâce à la Chair des Ténèbres, une matière organique métamorphe issue des trous noirs, et à son fidèle sac à dos mécanique, Avakian.
On retrouve ici la patte d’Hayashida : des designs délirants, un humour noir omniprésent et des personnages aux personnalités débordantes, comme l’immortel Shimada Death. Le cadre passe de la fantasy urbaine à la science-fantasy, avec des centres commerciaux automatisés dérivés sur des astéroïdes et des sectes lumineuses liées à des corporations. Si Gachiakuta vous a séduit·e par son mélange de noirceur graphique et de légèreté, Dai Dark pousse cette alchimie dans un décor cosmique tout aussi sale et débridé.
3. Fire Force (Atsushi Ohkubo, 2015)

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Fire Force (Enen no Shōbōtai) se déroule dans un Tokyo ravagé par un phénomène de combustion humaine spontanée. Des brigades spéciales de pompiers pyrokinétiques luttent contre les « Torches humaines », des victimes transformées en créatures de feu. Le jeune Shinra, capable de propulser des flammes sous ses pieds, intègre la 8ᵉ brigade avec l’ambition de devenir un héros, et part en quête de la vérité sur l’incendie qui a détruit sa famille.
Le lien avec Gachiakuta est direct : Kei Urana a été l’assistante d’Ohkubo sur cette série, et celui-ci l’a publiquement désignée comme sa successeuse. On retrouve dans Fire Force un style géométrique très reconnaissable, des mises en page percutantes et une réflexion sur la religion, le créationnisme et la nature du monde. Ohkubo mêle action spectaculaire, questionnement moral — « sauver » un Infernal revient à le tuer — et une mythologie ambitieuse qui relie cette série à son précédent manga, Soul Eater.
4. Kaijin Fugeki – Kindled Spirits (Oh!Great, 2024)

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Dans un futur lointain, des catastrophes surnaturelles nommées « Nocturnes » s’abattent sur la Terre sous la forme de créatures titanesques. Pour les contrer, des chamans appelés fugeki puisent l’énergie des dieux à travers des danses sacrées. Jin, un garçon de la campagne japonaise, croise la route de Gao, un soldat britannique en exil dont le navire a tué la mère de Jin. Leur alliance scelle un récit où spiritualité ancestrale et science-fiction futuriste s’entrelacent.
Oh!Great, connu pour Air Gear et Bakemonogatari, livre ici un dessin d’une précision redoutable : compositions dynamiques, doubles pages foisonnantes et chara-designs flamboyants. Comme Gachiakuta, Kaijin Fugeki confronte ses protagonistes à des forces qui dépassent l’entendement humain et met en tension tradition et modernité. La série, devenue le meilleur lancement Kodansha de l’année 2024, impose un souffle épique porté par la danse et le sacré.
5. Kagurabachi (Takeru Hokazono, 2023)

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Chihiro Rokuhira grandit auprès de son père Kunishige, forgeron légendaire dont les six lames enchantées ont mis fin à une guerre. Quand un groupe de sorciers assassine Kunishige et dérobe ses sabres, Chihiro jure de les récupérer et de venger son père. Armé d’une septième lame secrète nommée Enten, il s’enfonce dans un monde souterrain de yakuzas et de magie noire, où chaque épée confère un pouvoir dévastateur.
L’auteur, lauréat du prix Tezuka à 19 ans, signe sa première série dans le Weekly Shōnen Jump avec un sens aigu de la chorégraphie de combat : traits vifs, aplats noirs tranchés et cadrage cinématographique assumé, influencé par les films de Quentin Tarantino et la saga John Wick. Comme Rudo dans Gachiakuta, Chihiro est un héros animé par la perte et la colère, dont la quête de vengeance gagne en profondeur à mesure que l’héritage paternel se révèle plus ambigu qu’il n’y paraît.
6. Choujin X (Sui Ishida, 2021)

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Après Tokyo Ghoul, Sui Ishida revient avec un récit de surhumains dans un Japon alternatif des années 1990. Tokio Kurohara, lycéen effacé, vit dans l’ombre de son meilleur ami Azuma. Lors d’une attaque, il s’injecte un sérum qui le transforme en « Choujin » — un être doté de pouvoirs dangereux. Tokio hérite d’une forme de vautour, reflet cruel de son ancienne passivité sociale, et rejoint une académie chargée de contenir les Choujin hors de contrôle.
Ce qui rapproche Choujin X de Gachiakuta, c’est la quête d’identité d’un protagoniste marginal dans un monde qui le rejette. Ishida alterne avec aisance horreur corporelle, absurde pur (un Choujin dont le pouvoir consiste à mettre les gens dans des cartons) et moments de gravité. Son trait, plus lâche et expérimental que dans Tokyo Ghoul, mêle crayonné brut et aquarelles, au service d’une narration qui prend son temps et refuse les raccourcis du shōnen classique.
7. Chainsaw Man (Tatsuki Fujimoto, 2018)

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Denji, adolescent misérable criblé de dettes, survit en tuant des démons pour le compte de yakuzas, accompagné de Pochita, un petit démon-tronçonneuse. Trahi et laissé pour mort, il fusionne avec Pochita et renaît en Chainsaw Man, hybride mi-humain mi-démon. Recruté de force par la Section de Sécurité publique, Denji découvre un monde de chasseurs de démons, de contrats faustiens et de manipulations orchestrées par son énigmatique supérieure, Makima.
Fujimoto — inspiré par Dorohedoro, le cinéma de Tarantino et le body horror de Tsutomu Nihei — construit un shōnen volontairement à contre-courant. Son héros ne rêve ni de gloire ni de justice : il veut manger du pain avec de la confiture et trouver une petite amie. Ce décalage entre la banalité des désirs de Denji et la brutalité du monde qui l’entoure produit un ton à la fois tragique et drôle, très proche de la rage sociale qui traverse Gachiakuta.
8. Dead Account (Shizumu Watanabe, 2023)

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Sōji Enishiro, 15 ans, est un streamer provocateur connu sous le pseudo « Aoringo ». Ses vidéos agressives ne sont qu’un moyen de financer les soins médicaux de sa petite sœur. Quand celle-ci est tuée par un esprit maléfique numérique, Sōji découvre que les fantômes hantent désormais les réseaux sociaux et les smartphones. Il intègre alors l’académie Miden, une école d’exorcistes adaptés à l’ère digitale, pour traquer l’entité responsable.
Shizumu Watanabe, déjà auteur de Real Account, ancre son récit dans une modernité frontale : les fantômes ne hantent plus les maisons mais les comptes en ligne, les pouvoirs d’exorcisme empruntent au vocabulaire informatique, et la violence des communautés virtuelles nourrit les esprits malveillants. Le parallèle avec Gachiakuta se dessine à travers un héros rejeté par la société, animé par le deuil et la vengeance, dans un monde qui a dû réinventer ses armes face à une menace inédite.