Dororo est un shōnen manga d’Osamu Tezuka, prépublié entre 1967 et 1969. Situé durant l’époque Sengoku, il suit Hyakkimaru, un jeune homme dont les 48 parties du corps ont été sacrifiées aux démons par son propre père, le seigneur Daigo Kagemitsu, en échange de la domination militaire.
Équipé de prothèses meurtrières, Hyakkimaru arpente un Japon féodal hostile pour affronter chaque démon et récupérer, un à un, ses membres volés. En chemin, il croise Dororo, un orphelin chapardeur qui devient son compagnon de route.
Le manga croise horreur, action au sabre et critique sociale dans un récit sombre où l’humanité se reconquiert au fil des combats. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Hell’s Paradise (Yûji Kaku, 2018)

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Durant l’ère Edo, Gabimaru « le Vide », assassin ninja condamné à mort, se voit accorder une chance de grâce : rapporter l’élixir d’immortalité depuis Shinsenkyo, une île surnaturelle dont aucune expédition n’est jamais revenue vivante. Accompagné de l’exécutrice Yamada Asaemon Sagiri, il se heurte à des créatures cauchemardesques nées d’un syncrétisme entre taoïsme et body horror.
Comme dans Dororo, un protagoniste maudit lutte pour sa survie dans un territoire saturé de monstres, aux côtés d’un binôme dont la loyauté se forge dans l’épreuve. Le thème central de l’ambivalence — l’équilibre entre vie et mort, enfer et paradis, humanité et bestialité — traverse les 13 volumes avec une cohérence implacable.
Le dessin de Kaku, influencé par le gekiga et la bande dessinée franco-belge, confère aux scènes d’action une brutalité graphique saisissante.
2. Demon Slayer (Koyoharu Gotouge, 2016)

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Dans le Japon de l’ère Taishō, le jeune charbonnier Tanjirō Kamado découvre sa famille massacrée par un démon ; seule sa sœur Nezuko a survécu, mais transformée en créature démoniaque. Il intègre alors le Corps des Pourfendeurs de Démons pour lui rendre son humanité.
Le parallèle avec Dororo est limpide : un protagoniste privé de l’essentiel — ici, sa famille — s’engage dans une quête de restitution où il affronte des démons un par un, chaque combat au service de l’intrigue et de la construction du personnage. Gotouge ancre ce récit dans le folklore japonais et élabore un système de « souffles » pour les scènes de sabre, tandis que la relation fraternelle entre Tanjirō et Nezuko fonctionne comme le moteur émotionnel du manga.
Condensée en 23 volumes, la série garde un rythme soutenu sans perdre en intensité dramatique.
3. Dorohedoro (Q Hayashida, 2000)

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Caïman est un homme à tête de reptile, amnésique, qui erre dans Hole — un quartier délabré où les sorciers viennent pratiquer leurs sortilèges sur les humains. Épaulé par Nikaido, cuisinière de gyozas et redoutable combattante, il traque le mage responsable de sa métamorphose.
La parenté avec Dororo saute aux yeux : un corps altéré par la magie, une identité volée et une quête obstinée pour retrouver sa forme originelle. Mais là où Tezuka opte pour la tragédie féodale, Hayashida injecte un humour noir corrosif et un chaos visuel qui rappelle le punk underground. Son trait sale, dense et sans assistants, colle à l’atmosphère crasseuse de cet univers à deux mondes.
En 23 volumes, Dorohedoro brouille constamment la frontière entre héros et antagonistes, chaque personnage pris dans une moralité grise où la violence se mêle à la camaraderie.
4. Berserk (Kentaro Miura, 1989)

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Guts, le Spadassin Noir, parcourt un monde de dark fantasy inspiré de l’Europe médiévale, armé d’une épée démesurée et d’un bras mécanique. Marqué par la Marque du Sacrifice, il attire sans relâche les forces démoniaques et traque Griffith, ancien compagnon d’armes devenu membre de la Main de Dieu.
La filiation avec Dororo est directe et assumée : Kentaro Miura a déclaré que le bras-prothèse de Guts était inspiré de celui d’Hyakkimaru. On retrouve le même schéma du guerrier mutilé, hanté par des entités surnaturelles, et le même conflit entre fatalité et libre arbitre.
Le dessin de Miura, d’une minutie hors norme, a redéfini les standards graphiques du manga seinen. Après le décès de l’auteur en 2021, la série se poursuit sous la supervision de son ami Kōji Mori et du Studio Gaga.
5. Vinland Saga (Makoto Yukimura, 2005)

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Au début du XIe siècle, le jeune Islandais Thorfinn grandit parmi les Vikings qui ont tué son père, le guerrier pacifiste Thors. Consumé par la soif de vengeance, il suit la bande de mercenaires d’Askeladd dans l’espoir de le défier en duel.
Le manga partage avec Dororo un protagoniste forgé par la perte paternelle et la violence, dont l’arc narratif décrit une lente reconquête de son humanité. Mais Yukimura pousse la réflexion plus loin : après les arcs guerriers, Thorfinn renonce au combat et aspire à fonder une société sans esclaves ni conflits au Vinland.
Ce retournement radical, d’une épopée sanglante vers un plaidoyer pacifiste, distingue la série dans le paysage du manga historique. Achevé en 2025 après 29 volumes, Vinland Saga a reçu le Grand Prix du Japan Media Arts Festival en 2009.
6. Golden Kamui (Satoru Noda, 2014)

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Au lendemain de la guerre russo-japonaise, le vétéran Saichi Sugimoto — surnommé « l’Immortel » — part à la recherche d’un trésor en or amassé par les Aïnous et dissimulé grâce à des tatouages gravés sur la peau de prisonniers évadés. Il s’associe à Ashirpa, une jeune chasseuse aïnoue dont le père a été assassiné à cause de cet or.
Comme Dororo, le manga repose sur un duo asymétrique — un soldat endurci et une enfant issue d’un peuple opprimé — et sur une quête jalonnée d’indices corporels. Satoru Noda, natif de Hokkaidō, a mené un travail ethnographique méticuleux pour restituer la langue, les rites et les techniques de chasse aïnous.
Récompensé par le Prix culturel Osamu Tezuka en 2018, Golden Kamui alterne avec aisance scènes de traque, séquences culinaires et moments d’un humour débridé sur 31 volumes.