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Que lire après « Boy's Abyss » de Ryō Minenami ?

Que lire après « Boy’s Abyss » de Ryō Minenami ?

Boy’s Abyss est un seinen manga de Ryō Minenami, prépublié dans le magazine Weekly Young Jump de Shūeisha entre février 2020 et juillet 2024, pour un total de dix-huit volumes.

L’histoire suit Reiji Kurose, un adolescent piégé dans une petite ville rurale du Japon, tiraillé entre une famille dysfonctionnelle, une grand-mère atteinte de démence et un quotidien sans horizon. Sa rencontre avec Nagi Aoe, une idole en déclin, déclenche une spirale de relations toxiques, de pulsions autodestructrices et de secrets enfouis.

Le manga aborde frontalement le suicide, la dépression, la manipulation affective ou encore l’impossibilité de fuir son milieu d’origine. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Les Liens du sang (Shūzō Oshimi, 2017)

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Avec Les Liens du sang, Shūzō Oshimi dissèque la relation étouffante entre un adolescent, Seiichi, et sa mère, Seiko, dont l’amour maternel dissimule une emprise psychologique dévastatrice.

Comme dans Boy’s Abyss, le cadre provincial japonais renforce le sentiment d’enfermement : les personnages semblent prisonniers non seulement de leur environnement géographique, mais aussi de liens familiaux pervertis. L’auteur excelle à instaurer un malaise croissant à travers des scènes en apparence banales — un repas, une promenade — qui révèlent peu à peu la folie latente. La mise en scène, faite de longs silences et de gros plans sur les regards, amplifie cette tension suffocante.

Là où Boy’s Abyss montre un jeune homme broyé par des femmes aux motivations troubles, Les Liens du sang inverse le rapport de domination générationnelle tout en conservant cette atmosphère de huis clos psychologique insoutenable.


2. Les Fleurs du mal (Shūzō Oshimi, 2009)

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Autre titre majeur de Shūzō Oshimi, Les Fleurs du mal suit Takao Kasuga, un collégien passionné par Baudelaire, dont la vie bascule après un acte impulsif : voler la tenue de sport de la fille qu’il idéalise. Cette erreur le lie à Sawa Nakamura, une camarade marginale qui le force à affronter sa propre « déviance ».

Comme Reiji dans Boy’s Abyss, Takao subit l’emprise d’une figure féminine qui le pousse dans ses retranchements, tout en étant paralysé par le poids du conformisme social dans une ville de province étriquée. Le manga tire sa puissance de cette tension entre la volonté de se libérer des conventions et l’impossibilité d’y échapper.

Oshimi puise directement dans ses souvenirs d’adolescence pour restituer avec une justesse troublante ce mal-être et ce sentiment d’inadéquation au monde.


3. Bonne nuit Punpun (Inio Asano, 2007)

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Bonne nuit Punpun d’Inio Asano retrace l’existence de Punpun Onodera, de l’enfance à l’âge adulte, à travers les traumatismes familiaux, les amours contrariées et la dépression chronique. Le protagoniste, représenté sous la forme d’un oiseau schématique au milieu de personnages réalistes, incarne l’aliénation et le repli sur soi.

Cette distanciation graphique permet paradoxalement une identification intense : le lecteur·ice projette ses propres émotions sur ce visage absent. Comme Boy’s Abyss, le manga ne propose aucune échappatoire rédemptrice ; il dépeint un Japon contemporain où les rêves se heurtent à la médiocrité du quotidien.

La relation obsessionnelle entre Punpun et Aiko, marquée par les non-dits et la destruction mutuelle, fait écho à celle entre Reiji et Nagi. Les deux récits partagent cette même lucidité cruelle sur l’impossibilité de certains amours.


4. Le Péché originel de Takopi (Taizan5, 2021)

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En seulement deux volumes, Taizan5 livre avec Le Péché originel de Takopi un récit d’une intensité rare. Takopi, un extraterrestre naïf venu de la planète Happy, tente de redonner le sourire à Shizuka, une fillette maltraitée par ses camarades et négligée par sa mère. Mais ses « happy gadgets » se révèlent impuissants face à la noirceur du monde humain.

Le contraste entre l’optimisme candide de Takopi et la réalité brutale — harcèlement scolaire, violence domestique, suicide — crée un malaise profond. Comme dans Boy’s Abyss, l’enfance et l’adolescence ne sont pas des refuges mais des zones de vulnérabilité extrême. Le manga interroge les limites de l’aide qu’on peut apporter à autrui quand le système entier dysfonctionne. La fin, inattendue et bouleversante, refuse toute résolution simpliste.


5. The Summer Hikaru Died (Mokumokuren, 2021)

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The Summer Hikaru Died mêle horreur surnaturelle et drame intimiste dans un village rural japonais. Yoshiki sait que son ami d’enfance Hikaru est mort dans la montagne et qu’une entité a pris sa place. Pourtant, incapable de renoncer à cette amitié, il accepte de côtoyer ce double inquiétant.

Mokumokuren joue sur la peur de perdre ceux qu’on aime autant que sur l’effroi face à l’inconnu. L’ambiguïté des sentiments entre les deux garçons — amitié fusionnelle, attirance inavouée — rappelle les relations complexes et toxiques de Boy’s Abyss. Le cadre campagnard, avec son folklore et ses légendes, renforce l’atmosphère oppressante.

L’auteur·ice qualifie son récit de « youth horror », car l’épouvante naît moins des monstres que du sentiment de ne pas appartenir au monde, de ne jamais pouvoir être « normal ».


6. L’Amie de ma fille… (Asami Hagihara, 2018)

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L’Amie de ma fille… met en scène Kôsuke, un père de famille épuisé par son travail et la dépression de sa fille, devenue hikikomori après le décès de son épouse. Sa rencontre avec Koto, une lycéenne manipulatrice, le fait basculer dans une relation interdite.

Le manga ne cherche pas à glorifier cette liaison ; il dissèque les mécanismes de la vulnérabilité psychologique et de la manipulation. Kôsuke, brisé par les attentes sociales et le deuil, devient une proie idéale. Comme Reiji dans Boy’s Abyss, il subit l’emprise de femmes qui exploitent ses failles.

Asami Hagihara refuse le manichéisme : chaque personnage porte sa part de responsabilité et de souffrance. Le résultat est un drame psychologique dérangeant, qui interroge la morale sociale et les limites de la transgression.


7. My Broken Mariko (Waka Hirako, 2019)

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My Broken Mariko est un one-shot fulgurant sur le deuil et la culpabilité du survivant. Tomoyo apprend par les informations télévisées le suicide de sa meilleure amie Mariko, victime de violences paternelles depuis l’enfance. Bouleversée, elle dérobe l’urne funéraire pour emmener les cendres là où Mariko rêvait d’aller.

Ce road-trip rageur et émouvant traite de l’impuissance face à la détresse d’un proche et des cicatrices laissées par les abus. Le trait expressif de Waka Hirako oscille entre rage et tendresse, reflétant le tumulte intérieur de Tomoyo.

Comme Boy’s Abyss, le manga aborde frontalement le suicide sans complaisance ni voyeurisme, tout en rendant hommage à l’amitié comme seul rempart — même fragile — contre la destruction. Une lecture brève mais percutante.


8. The Ichinose Family’s Deadly Sins (Taizan5, 2022)

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Après Le Péché originel de Takopi, Taizan5 revient avec The Ichinose Family’s Deadly Sins, un drame familial teinté de mystère. Tsubasa Ichinose se réveille à l’hôpital après un accident de voiture, amnésique, entouré de sa famille qui a subi le même sort. Tous tentent de reconstruire leurs liens en inventant de faux souvenirs, mais des indices troublants suggèrent que leur passé commun cache des secrets inavouables.

Le manga fonctionne comme un thriller psychologique où chaque membre de la famille incarne un dysfonctionnement générationnel. Comme dans Boy’s Abyss, la cellule familiale n’est pas un refuge mais un lieu de transmission des traumatismes. Taizan5 manie l’humour et l’effroi avec dextérité dans un récit où le lecteur·ice doute constamment de la réalité perçue par les personnages.


9. My Home Hero (Naoki Yamakawa & Masashi Asaki, 2017)

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My Home Hero suit Tetsuo Tosu, un père de famille ordinaire et amateur de romans policiers, qui découvre que sa fille Reika est battue par son petit ami, un yakuza. Pour la protéger, il commet l’irréparable : un meurtre. Dès lors, Tetsuo doit dissimuler son crime tout en affrontant un clan mafieux impitoyable.

Le manga excelle dans les duels d’intelligence et les retournements de situation. Contrairement à Boy’s Abyss, le protagoniste n’est pas une victime passive : il devient acteur de sa propre descente aux enfers. Mais les deux récits partagent cette même interrogation sur les limites de l’amour parental et les sacrifices qu’on est prêt à consentir. Un thriller haletant.

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