Blame! est un seinen manga de science-fiction créé par Tsutomu Nihei, prépublié dans le magazine Afternoon de Kōdansha entre 1997 et 2003, puis compilé en dix volumes. Le récit suit Killy, un personnage taciturne armé d’un puissant émetteur gravitationnel, qui arpente une mégastructure titanesque à la recherche du gène terminal réseau.
Porté par une narration minimaliste, un trait sombre nourri par H.R. Giger et Zdzisław Beksiński, et des architectures vertigineuses, Blame! s’est imposé comme un pilier du manga cyberpunk. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations du même acabit.
1. Abara (Tsutomu Nihei, 2005)

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Publié en deux volumes dans Ultra Jump, Abara condense l’esthétique de Nihei en un récit bref et brutal. Dans un futur lointain, l’humanité subsiste dans des cités décrépites reliées par une autoroute solitaire, sous l’ombre de mausolées colossaux dont l’origine reste inconnue. Des humains se métamorphosent en Gauna blancs — des créatures dotées d’armures osseuses meurtrières. Le protagoniste, Kudō Denji, est un Gauna noir contraint de combattre ces abominations malgré lui.
Le trait de Nihei atteint ici un sommet de densité graphique : les planches, saturées de matière organique et de débris industriels, créent une atmosphère suffocante, proche du body horror de Cronenberg. Là où Blame! étirait le temps et l’espace sur dix volumes, Abara procède par compression extrême.
Le récit, elliptique et volontairement opaque, refuse toute concession narrative. Pour les amateur·ices de Nihei, c’est une lecture essentielle — une distillation de ses obsessions à l’état brut.
2. Biomega (Tsutomu Nihei, 2004)

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Sérialisé entre 2004 et 2009 — d’abord dans Weekly Young Magazine, puis dans Ultra Jump —, Biomega transpose la désolation architecturale de Blame! dans un récit d’apocalypse virale au rythme effréné. Zoichi Kanoe, un humain synthétique au service de Tōha Heavy Industries, parcourt une Terre ravagée à moto pour retrouver une jeune fille immunisée contre le virus N5S, un pathogène qui transforme les humains en drones difformes.
Accompagné de Fuyu, une intelligence artificielle intégrée à sa moto, et de Kozlov, un ours armé d’un fusil, Zoichi affronte des agents cybernétiques et des mutations grotesques. Nihei adopte ici un ton plus nerveux que dans Blame! : les dialogues restent rares, mais l’action ne connaît aucun répit.
Les villes gothiques, envahies par les ténèbres, rappellent les structures de la Cité tout en s’en distinguant par leur aspect chaotique et organique. Un manga qui devrait satisfaire quiconque a aimé la noirceur de Blame! et souhaite la retrouver sous une forme plus véloce.
3. Eden: It’s an Endless World! (Hiroki Endo, 1997)

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Sérialisé de 1997 à 2008 dans le magazine Afternoon, Eden: It’s an Endless World! déploie un récit cyberpunk d’une ampleur rare en dix-huit volumes. Après qu’un virus létal — le Closure — a décimé 15 % de l’humanité, le monde sombre dans le chaos géopolitique. Le manga suit Elijah Ballard, un adolescent séparé de sa famille, qui tente de survivre dans un paysage de guerres, de cartels et de cybernétique omniprésente.
Hiroki Endo mêle action brutale, science dure et réflexions sur la religion, avec des références appuyées au gnosticisme. Le dessin, réaliste et minutieux, restitue les villes en ruines avec une précision quasi photographique.
Là où Blame! privilégiait le silence et l’abstraction, Eden ancre sa dystopie dans un contexte géopolitique concret : guerres civiles africaines, oppression ethnique en Asie, narcotrafic sud-américain. Un manga ambitieux et sans concession, taillé pour les lecteur·ices en quête de science-fiction adulte et politiquement lucide.
4. Girls’ Last Tour (Tsukumizu, 2014)

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Prépublié de 2014 à 2018 sur le webzine Kurage Bunch, Girls’ Last Tour prend le contre-pied des récits post-apocalyptiques conventionnels. Chito et Yuuri, deux jeunes filles, traversent à bord d’un Kettenkrad les strates d’une mégastructure urbaine vidée de toute vie humaine. Pas d’ennemis à combattre ni de civilisation à sauver : les deux protagonistes cherchent du carburant, de la nourriture, et s’interrogent sur la religion, l’art ou le sens de l’existence.
Le trait de Tsukumizu, volontairement épuré et proche du style SD, contraste avec l’immensité des décors — et c’est précisément ce décalage qui donne au manga sa tonalité mélancolique si particulière. L’auteur·ice a d’ailleurs cité Blame! parmi ses influences majeures pour la conception de ce monde.
Si les silences de Blame! et l’écrasement de l’humain face aux structures vous ont touché·e, Girls’ Last Tour en propose une variation contemplative et poignante.
5. Gunnm (Yukito Kishiro, 1990)

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Publié de 1990 à 1995 dans Business Jump, Gunnm (connu en Occident sous le titre Battle Angel Alita) reste un pilier de la science-fiction en manga. Dans un futur post-apocalyptique, le docteur Ido découvre dans une décharge le crâne intact d’une cyborg amnésique qu’il reconstruit et nomme Gally. Sous la cité flottante de Zalem, dans les bas-fonds violents de Kuzutetsu, Gally retrouve peu à peu les réflexes d’un art martial ancien — le Panzer Kunst — et se lance dans une quête d’identité qui la mène des arènes du Motorball aux confins du système solaire.
Yukito Kishiro y interroge la frontière entre humanité et machine : dans un monde où le corps est interchangeable, seul le cerveau définit l’individu. Cette question résonne fortement avec les thématiques de Blame!, où l’identité humaine se dissout dans la mégastructure.
Un classique indémodable du cyberpunk manga, adapté au cinéma par Robert Rodriguez en 2019.
6. The Ghost in the Shell (Masamune Shirow, 1989)

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Sérialisé de 1989 à 1990 dans Young Magazine Kaizokuban, The Ghost in the Shell de Masamune Shirow a posé les fondations du cyberpunk japonais moderne. Dans un Japon du milieu du XXIe siècle, le Major Motoko Kusanagi dirige la Section 9 de la sécurité publique, une unité de lutte contre le cyberterrorisme. Presque entièrement cybernétisée, Kusanagi s’interroge sur la nature de son « ghost » — cette conscience résiduelle qui la distingue encore d’une machine.
Shirow émaille son récit de notes de bas de page denses, où il dissèque les implications sociologiques et philosophiques des technologies qu’il décrit. Le manga a inspiré le film d’animation de Mamoru Oshii en 1995, lui-même une influence déclarée des Wachowski pour Matrix.
Si Blame! abordait la dissolution de l’humain par l’architecture et le réseau, The Ghost in the Shell la traite par le prisme de la cybernétique et de la conscience numérique. Un texte fondateur, toujours pertinent.
7. Fire Punch (Tatsuki Fujimoto, 2016)

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Premier manga long de Tatsuki Fujimoto — auteur de Chainsaw Man —, Fire Punch a été prépublié sur le site Shōnen Jump+ entre 2016 et 2018. Dans un monde pris dans une ère glaciaire perpétuelle, Agni, un jeune homme doté d’un pouvoir de régénération, est condamné à brûler sans fin après avoir été frappé par les flammes inextinguibles d’un soldat nommé Doma. Rongé par la vengeance, il traverse les étendues gelées, mais le récit déraille vite hors de tout cadre prévisible.
Fujimoto y mêle nihilisme, réflexions sur l’identité et cinéma — incarnées par le personnage de Togata, cinéphile immortel·le qui veut filmer le dernier film de l’humanité. Le ton oscille entre brutalité extrême et absurdité déconcertante. Comme Blame!, Fire Punch refuse les repères narratifs confortables et jette ses personnages contre un environnement hostile et indifférent. Un manga viscéral, à réserver aux lecteur·ices averti·es.
8. Dai Dark (Q. Hayashida, 2019)

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Publié depuis 2019 dans le Monthly Shōnen Sunday, Dai Dark est le second manga au long cours de Q. Hayashida, connue pour Dorohedoro. Zaha Sanko, un adolescent qui dérive dans les ténèbres de l’espace, est traqué par l’univers entier : ses os, selon la rumeur, exauceraient n’importe quel souhait. Accompagné d’Avakian, un squelette-sac à dos protecteur, et de compagnons aussi excentriques qu’un être immortel qui se nourrit de mort, Sanko cherche à débusquer celui ou celle qui a lancé cette malédiction sur ses os.
Hayashida y déploie le même trait dense et crasseux que dans Dorohedoro, saturé de body horror, de nécromancie et de gore, mais tempéré par un humour macabre et désarmant. Le lien avec Blame! tient à l’atmosphère : un décor spatial oppressant, des créatures grotesques et un protagoniste jeté dans un monde hostile qui le dépasse. Dai Dark injecte cependant une énergie comique absente chez Nihei, ce qui en fait un contrepoint tonal bienvenu.