Another est un manga d’horreur en quatre tomes, adapté du roman éponyme de Yukito Ayatsuji et illustré par Hiro Kiyohara. Prépublié dans le magazine Young Ace de Kadokawa Shoten entre 2010 et 2012, il suit Kōichi Sakakibara, un collégien transféré dans la classe 3-3 du collège Yomiyama-Nord, où une malédiction provoque chaque année la mort en série d’élèves et de leurs proches. Son enquête aux côtés de Mei Misaki — une camarade que toute la classe fait mine d’ignorer — installe un suspense étouffant, nourri par le cadre clos de l’école, l’omerta de la classe et une menace surnaturelle dont personne ne connaît les règles exactes.
Voici des mangas qui partagent avec Another un goût prononcé pour l’angoisse, le huis clos ou le surnaturel — parfois les trois à la fois.
1. Corpse Party: Blood Covered (Makoto Kedouin et Toshimi Shinomiya, 2008)

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Adapté du jeu vidéo éponyme, ce manga en dix volumes suit un groupe d’élèves de l’académie Kisaragi qui, après un rituel censé sceller leur amitié, se retrouvent projetés dans les ruines spectrales de l’école primaire Tenjin. Séparés dans des dimensions parallèles du même bâtiment, ils découvrent les cadavres de victimes précédentes et affrontent les esprits vengeurs de quatre enfants assassinés.
Ici, personne n’est protégé par son statut de personnage principal : les morts frappent tôt, frappent fort, et n’épargnent ni les héros ni leurs alliés. C’est cette brutalité sans filet qui produit la tension — moins les fantômes eux-mêmes que l’impossibilité de prévoir qui sera le prochain à tomber. Le cadre, une école hantée où chaque couloir peut déboucher sur une scène de massacre, enferme le lecteur·ice dans le même piège que les personnages : pas de sortie, pas de répit, pas de certitude.
2. Shi Ki (Fuyumi Ono et Ryu Fujisaki, 2007)

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Sotoba est un village de montagne isolé, où trois décès inexpliqués surviennent au cœur de l’été. Le docteur Toshio Ozaki tente d’abord d’y voir une épidémie, mais les morts se multiplient à mesure qu’une famille étrange, les Kirishiki, s’installe dans le château Kanemasa, une bâtisse de style occidental qui surplombe le village. Adaptée du roman de Fuyumi Ono — lui-même nourri par Salem de Stephen King —, cette série en onze volumes prend le rythme d’un étau : au fil des tomes, l’emprise des créatures se resserre sur une communauté de plus en plus décimée.
Ce qui donne à Shi Ki sa singularité, c’est le basculement moral qui s’opère dans la seconde moitié : la traque des « shiki » — les morts revenus à la vie — conduit les villageois survivants à une violence systématique, froide et organisée, qui finit par égaler celle des créatures qu’ils combattent. La distinction entre proies et prédateurs se dissout, et on finit par ne plus savoir pour quel camp prendre parti — c’est là que Shi Ki devient vraiment inconfortable.
3. Erased (Kei Sanbe, 2012)

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En 2006, Satoru Fujinuma est un mangaka raté de vingt-neuf ans, doté d’un pouvoir involontaire qu’il nomme « Rediffusion » : quelques instants avant un drame, sa conscience est renvoyée dans le passé pour en modifier le cours. Lorsque sa mère est assassinée, cette Rediffusion le propulse non pas de quelques minutes, mais de dix-huit ans en arrière, dans sa peau d’écolier. Il comprend alors que tout est lié à une série d’enlèvements et de meurtres d’enfants restée impunie dans sa ville natale.
Publié en neuf tomes chez Ki-oon, Erased repose sur une intrigue à double temporalité où le moindre geste de Satoru enfant — un mot adressé à une camarade isolée, un trajet modifié après l’école — peut sauver une vie ou en condamner une autre, tandis que le présent continue de se reconfigurer à son retour. Mais le récit ne se contente pas d’un dispositif de science-fiction ; il s’en sert pour poser une question simple et brutale : pourquoi personne n’a-t-il rien vu quand ces enfants disparaissaient ?
4. Doubt (Yoshiki Tonogai, 2007)

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Rabbit Doubt est un jeu sur téléphone portable très populaire au Japon : des lapins doivent identifier le loup infiltré dans leur groupe avant d’être tous éliminés. Six joueurs du jeu décident de se rencontrer lors d’une sortie en ville. Ils se réveillent enfermés dans un bâtiment désaffecté, un mystérieux code-barres tatoué sur la peau, avec le corps de l’une d’entre eux déjà embroché au mur. La partie vient de commencer pour de vrai.
En quatre tomes publiés chez Ki-oon, Doubt ne perd pas une page en préambules. Le huis clos est total : les issues se déverrouillent uniquement grâce aux codes-barres individuels, et une porte ouverte peut aussi bien révéler un indice qu’un nouveau piège. Le soupçon ne retombe jamais : tous les personnages ont un secret, toutes les alliances sont provisoires, et les fausses pistes relancent la suspicion au moment où le lecteur·ice croit avoir identifié le coupable. On pense à Ils étaient dix d’Agatha Christie, transposé dans un décor de survival game où chaque élimination relance la partie.
5. Spirale (Junji Ito, 1998)

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Kurouzu est une petite ville côtière ordinaire, coincée entre la mer et les montagnes. Kirie Goshima y mène une existence tranquille jusqu’au jour où le père de son ami Shuichi Saito développe une obsession dévorante pour les spirales. Il les collectionne, les contemple pendant des heures, finit par s’y perdre au sens propre. Très vite, ce ne sont plus seulement les individus mais la ville entière qui se retrouve contaminée par cette forme géométrique devenue malédiction : cheveux enroulés, corps tordus, maisons recroquevillées sur elles-mêmes.
Prépublié dans Big Comic Spirits entre 1998 et 1999 puis édité en intégrale par Delcourt/Tonkam, Spirale est sans doute le titre le plus emblématique de Junji Ito. Il procède par chapitres semi-indépendants, chacun inventant une nouvelle façon dont la spirale peut déformer un corps, un comportement ou un lieu. D’un épisode à l’autre, Ito semble repousser un peu plus loin les limites de ce qu’il est prêt à dessiner. On retrouve chez lui quelque chose de Lovecraft : la menace est cosmique, indifférente à l’humain, et toute tentative de fuite ne fait que ramener les personnages vers le centre.
6. Tomie (Junji Ito, 1987)

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Tomie Kawakami est une lycéenne d’une beauté absolue, reconnaissable à ses longs cheveux noirs et à son grain de beauté sous l’œil gauche. Chaque homme qui croise son regard sombre dans une obsession meurtrière et finit par la tuer dans des circonstances atroces. Mais Tomie revient, toujours. Elle se régénère, se duplique, et son pouvoir grandit de résurrection en résurrection. Il ne s’agit pas d’un récit linéaire mais d’une anthologie de variations autour d’un même schéma : fascination, folie, meurtre, résurrection.
Première série publiée par Junji Ito, prépubliée dès 1987 dans le magazine Monthly Halloween, Tomie contient déjà en germe tout ce qui fera sa signature : le corps féminin comme lieu d’horreur, la répétition obsessionnelle, le malaise qui naît de la beauté. Les premiers chapitres portent encore la trace d’un dessinateur débutant, mais la maîtrise s’affine d’histoire en histoire jusqu’à des planches d’une précision glaçante. Disponible en intégrale chez Mangetsu, la série vaut autant pour son horreur graphique que pour sa question sous-jacente : pourquoi les hommes qui prétendent aimer Tomie finissent-ils toujours par vouloir la détruire ?
7. L’École emportée (Kazuo Umezu, 1972)

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Un matin, l’école primaire Yamato et tous ses occupants disparaissent dans un vacarme assourdissant, ne laissant derrière eux qu’un cratère béant. Élèves et professeurs se retrouvent projetés dans un désert hostile, dépourvu de toute vie. Les adultes, censés protéger les enfants, basculent rapidement dans la folie ou le suicide. C’est donc aux enfants — au premier rang desquels Shô, un garçon d’une dizaine d’années qui s’est disputé avec sa mère le matin même — de s’organiser pour survivre.
Prépublié dans le Weekly Shōnen Sunday entre 1972 et 1974, ce manga de Kazuo Umezu — surnommé « le dieu du manga d’horreur » au Japon — a reçu le prix Shōgakukan en 1975 et a été réédité par Glénat en 2021. Plus de cinquante ans après sa publication, le propos n’a pas vieilli : la question qu’il pose (quel monde les adultes laisseront-ils à ceux qui viennent après eux ?) reste frontale. Le trait épais et expressif d’Umezu, les bouches hurlantes, les yeux écarquillés de terreur donnent aux scènes de panique une force brute, presque primitive — à mille lieues de l’horreur sophistiquée d’un Junji Ito, mais tout aussi efficace.
8. Monster (Naoki Urasawa, 1994)

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Düsseldorf, 1986. Kenzô Tenma est un neurochirurgien japonais au sommet de sa spécialité. Lorsqu’il choisit d’opérer un garçon blessé par balle plutôt que le maire de la ville, sa carrière s’effondre : rétrogradé, abandonné par sa fiancée Eva Heineman. Peu après, le garçon et sa sœur jumelle disparaissent, et trois responsables de l’hôpital sont retrouvés assassinés. Neuf ans plus tard, Tenma découvre que l’enfant qu’il a sauvé — Johan Liebert — est devenu un tueur en série d’une intelligence terrifiante, capable de manipuler n’importe qui par la seule force de sa parole.
En dix-huit tomes publiés chez Kana, Monster se déploie à travers l’Europe de l’après-Guerre froide — Allemagne réunifiée, République tchèque post-communiste, petites villes de campagne autrichienne. Naoki Urasawa donne aux personnages secondaires, même éphémères, une épaisseur et un passé propres ; la moindre rencontre fonctionne comme un micro-récit autonome, si bien que les dix-huit tomes se lisent sans longueur. La question qui les traverse — un médecin est-il responsable du mal que commet l’homme dont il a sauvé la vie ? — n’appelle aucune réponse simple, et le récit ne cherche jamais à en imposer une.
9. Dragon Head (Minetaro Mochizuki, 1995)

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Un train de lycéens rentre vers Tokyo après un voyage scolaire. Teru, assis à sa place, aperçoit quelque chose d’anormal dans le ciel, puis le convoi s’engouffre dans un tunnel. Le déraillement tue la plupart des passagers sur le coup. Seuls trois collégiens survivent : Teru, Ako et Nobuo. Enfermés dans l’obscurité du tunnel effondré, entourés de cadavres, ils reçoivent par bribes un message radio évoquant un état d’urgence. La question n’est pas seulement de sortir du tunnel, mais de savoir ce qui les attend dehors.
Prépublié dans Young Magazine entre 1995 et 2000 et réédité par Pika en grand format, Dragon Head est un récit de survie post-catastrophe qui observe, sans se presser, ce que la peur fait à trois adolescents enfermés dans le noir. Minetaro Mochizuki excelle dans le rendu de l’obscurité : des pleines pages de noir quasi total, à peine trouées par le faisceau d’une lampe torche, provoquent chez le lecteur·ice un malaise presque physique — celui de ne pas voir ce qui se trouve à deux mètres des personnages. Nobuo incarne la peur qui se transforme en violence et en délire ; Teru, l’obstination à rester lucide quand tout pousse à la folie ; Ako, la moins bavarde des trois, dont la résistance n’en est que plus tenace. Dragon Head ne cherche pas à expliquer la catastrophe — le récit s’intéresse à ce qu’elle révèle de ceux qui la subissent.