Akira est un manga de science-fiction de Katsuhiro Otomo, prépublié dans le magazine Young Magazine entre 1982 et 1990, puis compilé en six volumes. Dans un Néo-Tokyo rebâti sur les cendres d’une mystérieuse explosion, deux adolescents — Kaneda et Tetsuo — se retrouvent au cœur d’un engrenage mêlant pouvoirs psychiques, conspirations militaires et destruction à grande échelle.
Couronné par le prix Kōdansha du manga en 1984, adapté en long-métrage d’animation en 1988, Akira a durablement redéfini la perception du manga en Occident et reste, plusieurs décennies plus tard, une référence absolue du genre. Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé le dernier tome, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Dômu : Rêves d’enfants (Katsuhiro Otomo, 1983)

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Avant Akira, Katsuhiro Otomo posait déjà les fondations de son univers avec Dômu. Dans un grand ensemble d’immeubles japonais, des morts suspectes – suicides, accidents – se multiplient depuis trois ans. La police piétine jusqu’à ce que l’enquête révèle un affrontement entre deux êtres aux pouvoirs télékinésiques : un vieillard sénile et une petite fille. Otomo s’est inspiré d’un fait divers réel, la vague de suicides inexpliqués de la cité HLM de Takashimadaira dans les années 1970.
On retrouve ici les thèmes qui irriguent Akira – enfants dotés de pouvoirs hors norme, destructions urbaines, fossé entre générations – mais condensés dans un seul volume d’une redoutable efficacité. La mise en page, très cinématographique, et le réalisme graphique annoncent le style qui fera la renommée d’Otomo à l’international. Un point de départ idéal pour qui souhaite remonter aux racines d’Akira.
2. Gunnm (Yukito Kishiro, 1990)

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Dans un monde post-apocalyptique scindé entre Zalem, cité aérienne réservée à l’élite, et Kuzutetsu, décharge terrestre où survivent les laissés-pour-compte, le docteur Ido découvre le corps d’une cyborg amnésique qu’il prénomme Gally. Cette dernière va progressivement retrouver ses instincts de guerrière et se forger une identité dans un environnement d’une brutalité implacable.
Comme Akira, Gunnm dépeint une société fracturée par les inégalités, où la technologie ne résout rien et où les corps se disloquent. Mais là où Otomo met en scène la démesure du pouvoir, Kishiro interroge ce qui constitue l’humanité quand le corps n’est plus qu’une prothèse.
Le dessin gagne en précision au fil des neuf tomes, et les séquences de combat – en particulier celles du Motorball – comptent parmi les plus intenses du genre cyberpunk en manga. La série a été adaptée au cinéma en 2019 par Robert Rodriguez sous le titre Alita: Battle Angel.
3. The Ghost in the Shell (Masamune Shirow, 1989)

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Prépublié dans Young Magazine à partir de 1989, The Ghost in the Shell met en scène la Section 9, une unité anti-cybercriminalité dirigée par le Major Motoko Kusanagi, cyborg au corps entièrement artificiel dont seul le cerveau demeure organique. Le manga pose une question qui résonne avec les enjeux contemporains : qu’est-ce qui définit l’humain quand la frontière entre chair et machine s’efface ?
Masamune Shirow nourrit son récit de notes en marge, de digressions philosophiques et de références à l’essai The Ghost in the Machine d’Arthur Koestler. Le ton, plus cérébral et technique que celui d’Akira, séduit les amateur·ices de hard science-fiction.
Le film de Mamoru Oshii sorti en 1995 a directement inspiré Matrix des Wachowski, et les séries Stand Alone Complex ont prolongé l’univers sur le petit écran. Un pilier du cyberpunk japonais, complémentaire d’Akira dans son approche du posthumain.
4. Blame! (Tsutomu Nihei, 1997)

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Diplômé en architecture, Tsutomu Nihei transpose sa discipline dans Blame!, où la Mégastructure – une cité-labyrinthe qui s’étend sur des années-lumière et se construit sans fin – tient lieu de personnage à part entière. Killy, silhouette taciturne armée d’un émetteur à gravitons, arpente cet enfer de béton et d’acier à la recherche du Net Terminal Gene, un patrimoine génétique capable de rétablir le lien entre humains et réseau.
Les dialogues se font rares ; la narration repose avant tout sur des pleines pages vertigineuses où l’humain est écrasé par des structures titanesques. Nihei cite parmi ses influences Zdzisław Beksiński, H.R. Giger et Enki Bilal.
Si Akira montrait une ville en ruines, Blame! pousse le concept jusqu’à l’abstraction : un univers où l’architecture elle-même est devenue l’ennemi. Sa noirceur radicale a par la suite influencé des jeux vidéo comme Dark Souls.
5. Eden: It’s an Endless World! (Hiroki Endo, 1998)

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Dans un futur proche ravagé par le closure virus – un pathogène qui durcit l’épiderme et liquéfie les organes –, le jeune Elijah Ballard tente de survivre dans un monde où cybernétique, cartels, milices et organisations totalitaires se disputent les décombres de la civilisation.
Eden se distingue par son récit choral et non linéaire, où se croisent hard science, géopolitique, gnosticisme et dilemmes moraux, sans jamais verser dans la simplification. Élu meilleur manga de l’année 2007 par le magazine américain Wizard, cette série de 18 volumes est souvent comparée à Akira pour son réalisme graphique, ses décors urbains minutieux et son refus du manichéisme.
Hiroki Endo assume lui-même ses dettes envers Masamune Shirow et Katsuhiro Otomo. Pour les lecteur·ices qui apprécient les fresques ambitieuses où les personnages ne sont jamais épargnés.
6. Tsugumi Project (Ippatu, 2019)

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Publié d’abord en France chez Ki-oon avant d’être sérialisé au Japon dans le Weekly Young Magazine, Tsugumi Project est un cas rare de manga né hors de l’archipel. L’histoire suit Léon, soldat français condamné à tort, parachuté sur un Japon dévasté par une guerre nucléaire deux siècles plus tôt. Sa mission : retrouver une arme au nom de code Toratsugumi.
L’île, coupée du monde, grouille de créatures irradiées et recèle les vestiges d’une civilisation disparue. Le dessin d’Ippatu, d’une densité graphique saisissante, rappelle les compositions d’Otomo par son sens du cadrage et ses décors en ruines.
On retrouve aussi l’ADN de Blame! et de Spriggan dans ce survival post-apocalyptique nerveux, porté par un attachement sincère aux codes du manga d’action des années 1980-1990. Sept volumes pour une aventure complète resserrée.
7. Fire Punch (Tatsuki Fujimoto, 2016)

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Avant Chainsaw Man, Tatsuki Fujimoto a signé avec Fire Punch un premier récit en série d’une brutalité sans concession. La Terre est recouverte de glace ; la famine et le chaos règnent. Agni, un garçon doté d’un pouvoir de régénération, est condamné à brûler éternellement après avoir été embrasé par les flammes inextinguibles d’un soldat ennemi.
Sa quête de vengeance bascule rapidement dans l’absurde, le drame existentiel et la déconstruction des codes du genre. Fujimoto multiplie les ruptures de ton – cinéma, religion, cannibalisme, questions identitaires – avec une liberté narrative que l’on retrouvait déjà chez Otomo dans sa façon de subvertir les attentes du lecteur·ice.
En huit tomes, Fire Punch condense une intensité comparable à celle d’Akira, où la violence n’est jamais gratuite mais toujours au service d’une réflexion sur la condition humaine.
8. Dorohedoro (Q Hayashida, 2000)

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Série de 23 volumes publiée entre 2000 et 2018, Dorohedoro se déroule dans un monde clivé entre Hole, quartier délabré où vivent les humains, et le territoire des mages qui viennent y pratiquer leurs expériences de mutation. Caïman, un homme affublé d’une tête de reptile et privé de mémoire, traque les sorciers avec l’aide de son amie Nikaido pour identifier celui qui l’a transformé.
Sous ses airs de dark fantasy ultra-violente, le manga de Q Hayashida – qui travaille seule, sans assistant·es – distille un humour noir décalé et une galerie de personnages tous moralement ambigus. Son trait chargé et sale évoque par endroits celui d’Otomo et de Tsutomu Nihei.
Si Akira vous a séduit·e par son chaos urbain et son refus des héros conventionnels, Dorohedoro prolonge cette sensibilité dans un registre plus grotesque, plus jubilatoire.