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Quels sont les meilleurs mangas autour de la peinture ?

Quels sont les meilleurs mangas autour de la peinture ?

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La peinture et le manga partagent un ancêtre commun. C’est Katsushika Hokusai qui, au début du XIXe siècle, popularise le mot « manga » — c’est le nom qu’il donne à ses carnets de croquis, des recueils de dessins publiés à Nagoya entre 1814 et 1834, dans lesquels il croque aussi bien des visages que des paysages, des animaux ou des scènes de la vie quotidienne. Le père spirituel du manga est donc un peintre.

Dès les années 1970, des auteurs comme Kazuo Kamimura brouillent les frontières entre le dessin de manga et l’estampe traditionnelle. Les décennies qui suivent produisent un large éventail de titres : biographies romancées de peintres célèbres, récits d’apprentissage dans des écoles d’art, fresques historiques sur la condition des artistes. Et si les Japonais se passionnent pour Hokusai ou pour l’art de l’ère Edo (1603-1868, la longue période de paix sous le shogunat Tokugawa), ils n’hésitent pas non plus à traverser les océans pour raconter Van Gogh, Modigliani ou la Renaissance florentine.

Voici neuf mangas qui, chacun à sa manière, rendent hommage à la peinture — de l’atelier d’un lycéen tokyoïte à la Florence du XVIe siècle, des quartiers de plaisir d’Edo au Paris des impressionnistes.


1. Blue Period (Tsubasa Yamaguchi, 2017)

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Yatora Yaguchi a tout du lycéen modèle : de bonnes notes, des amis, un avenir raisonnablement balisé. Mais rien ne l’enflamme. Jusqu’au jour où il tombe sur un tableau peint par sa camarade Mori dans la salle du club d’arts plastiques : une vue de Shibuya à l’aube, baignée d’un bleu intense qui le laisse sans voix. Yatora, qui n’a jamais tenu un pinceau, prend alors une décision déraisonnable : tenter le concours d’entrée de la Geidai (l’Université des arts de Tokyo), l’école d’art la plus sélective du Japon — un établissement public qui n’accepte qu’une poignée d’étudiants chaque année.

Ce qui fait la force de Blue Period, c’est le sérieux avec lequel l’autrice aborde l’apprentissage artistique. Elle-même diplômée de la Geidai, Tsubasa Yamaguchi sait de quoi elle parle. Le lecteur·ice découvre, en même temps que Yatora, comment mélanger les couleurs pour obtenir un bleu qui ne soit pas « plat », pourquoi la peinture à l’huile permet des repentirs (corrections) impossibles à l’aquarelle, ou encore en quoi consiste l’épreuve redoutée du concours d’entrée : réaliser en quelques heures, devant un modèle en plâtre, une toile qui ne se contente pas de reproduire le réel mais qui exprime quelque chose de personnel. L’autrice a fait appel à des étudiants et diplômés de la Geidai pour réaliser les toiles de ses personnages ; chaque tableau reproduit dans le manga a donc été peint par un·e véritable artiste. Le titre de la série est un clin d’œil à la « période bleue » de Pablo Picasso (1901-1904), cette phase où le jeune peintre espagnol, marqué par la pauvreté et le deuil d’un ami proche, peignait presque exclusivement dans des tons de bleu — une référence que l’autrice file tout au long du récit.

Récompensé par le Prix Manga Taishô 2020 et le Prix Kôdansha la même année, Blue Period a été adapté en anime sur Netflix en 2021, puis en film live au Japon en 2024. La série est toujours en cours de publication.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 12 ans selon les libraires et les sites spécialisés (classé seinen — un manga destiné aux jeunes adultes — par l’éditeur Pika).


2. Arte (Kei Ohkubo, 2013)

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Florence, début du XVIe siècle. Arte est une jeune aristocrate qui refuse les trois destins auxquels la société de son époque assigne les femmes : le mariage, le couvent ou la vie de courtisane. Son rêve à elle, c’est de devenir artiste peintre — un métier alors strictement réservé aux hommes, encadré par le système des corporations de métiers qui régissent la vie économique de la cité. À la mort de son père, seul soutien de sa vocation, Arte quitte le giron familial et frappe à la porte des ateliers florentins. Tous la refusent, sauf un : celui de Leo, un artisan bourru et solitaire.

La série de Kei Ohkubo, publiée pendant plus de dix ans dans le magazine Comic Zenon et achevée en 2025 au bout de vingt-et-un volumes, ancre son récit dans les réalités matérielles du métier. On voit Arte préparer des enduits pour les fresques murales, broyer des pigments, apprendre à peindre sur bois et sur toile, honorer des commandes de portraits pour des mécènes exigeants. L’autrice documente en postface ses recherches sur la Florence de l’époque : le fonctionnement hiérarchique des ateliers (du simple apprenti au maître reconnu), les relations de dépendance entre artistes et commanditaires, le rôle de la corporation des peintres. Plus tard, le récit emmène Arte à Venise, où elle découvre un autre rapport à l’art et au commerce. La misogynie de l’époque n’est jamais édulcorée : Arte se fait refuser l’accès à un chantier parce qu’une femme « porte malheur », se voit contester le droit d’observer un modèle masculin, et doit prouver sa valeur deux fois plus que n’importe quel apprenti pour obtenir le même degré de respect. Arte a fait l’objet d’une adaptation en anime par le studio Seven Arcs en 2020.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 14 ans (classé seinen chez l’éditeur Komikku Éditions).


3. Le Mandala de Feu (Chie Shimomoto, 2016)

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Tôhaku Hasegawa n’est pas le peintre japonais le plus connu en Occident — raison de plus pour s’y intéresser. Moine bouddhiste originaire de la péninsule de Noto, Tôhaku (1539-1610) est un peintre de l’époque Sengoku — la longue période de guerres civiles qui a déchiré le Japon avant l’unification du pays. Le manga s’ouvre sur un épisode fondateur : en 1582, le château d’Azuchi, symbole du pouvoir du seigneur Oda Nobunaga, est ravagé par les flammes lors d’un coup d’État. À l’intérieur se trouvaient les peintures monumentales d’Eitoku Kanô, le plus célèbre artiste de son temps, le maître que Tôhaku admirait entre tous. Tôhaku, qui n’a alors connu aucun succès, assiste impuissant à la destruction de ces chefs-d’œuvre — et c’est ce choc qui déclenche chez lui une ambition nouvelle : égaler, puis surpasser Eitoku.

En à peine 220 pages (c’est un volume unique, ce que l’on appelle un « one-shot » dans le jargon), Chie Shimomoto retrace les grandes étapes de cette ascension. On suit Tôhaku à Kyoto, où il monte son propre atelier avec l’appui de Sen no Rikyû, le maître de la cérémonie du thé et conseiller culturel des plus puissants seigneurs du pays. Le manga montre concrètement le travail sur les byôbu, ces grands paravents peints — parfois hauts de plus d’un mètre cinquante — qui ornaient les résidences seigneuriales : Tôhaku y développe un style dépouillé, à l’encre de Chine sur fond doré, dont ses célèbres Pins (Shôrin-zu byôbu) sont le sommet. Mais Shimomoto ne fait pas de son personnage un héros sans défaut : Tôhaku est aussi un homme qui néglige sa famille, ignore la détresse de son fils et instrumentalise ses proches au service de son ambition. Spécialiste de récits historiques, l’autrice reproduit avec fidélité les toiles du maître dans de grandes planches qui intègrent les peintures directement à la narration.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-16 ans selon les sources (classé seinen ; contient des scènes de violence historique). Publié en France en 2021 par Mangetsu (branche manga de Bragelonne) dans un format souple agrandi.


4. Hokusai (Shôtarô Ishinomori, 1987)

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Shôtarô Ishinomori est surtout connu pour avoir créé Cyborg 009 et Kamen Rider, et pour avoir été l’assistant d’Osamu Tezuka, le « dieu du manga ». Pas exactement le profil attendu pour une biographie de peintre. Et pourtant. Ce pavé de près de 600 pages déploie un portrait d’Hokusai aussi instructif que déroutant. La narration ne suit pas l’ordre chronologique : elle saute d’un âge de la vie du peintre à un autre, avec des retours en arrière fréquents, comme si Hokusai, du haut de ses 90 ans, feuilletait ses propres souvenirs dans le désordre.

Ishinomori ne fait pas d’Hokusai un sage ni un génie éthéré. Son Hokusai est un personnage truculent, buveur, coureur de jupons, obstiné jusqu’à l’absurde. On le voit changer de nom d’artiste une trentaine de fois au cours de sa carrière — chaque changement correspondait à une nouvelle phase stylistique, une nouvelle école ou une simple envie de repartir de zéro. On le voit peindre sur un grain de riz devant une foule médusée, réaliser un dessin géant de Daruma (un saint bouddhiste, sujet classique de la peinture japonaise) sur le sol d’un temple, puis s’effondrer ivre mort dans un fossé le soir même. Le manga reproduit au fil des pages certaines de ses estampes les plus fameuses, dont La Grande Vague de Kanagawa — une gravure sur bois réalisée avec du bleu de Prusse, un pigment synthétique importé d’Europe qui a révolutionné l’estampe japonaise (ukiyo-e, littéralement « images du monde flottant ») dans les années 1830. L’auteur l’admet en postface : il a préféré combler les zones d’ombre de la biographie par l’invention et a créé un personnage fictif pour servir de fil conducteur.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 16 ans (classé seinen chez Kana, collection Sensei ; présence de nudité et de scènes à caractère sexuel liées aux shunga — les estampes érotiques dont Hokusai était aussi l’un des maîtres).


5. Miss Hokusai (Hinako Sugiura, 1983)

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Si Hokusai d’Ishinomori raconte le maître, Miss Hokusai s’intéresse à O-Ei, sa troisième fille, une peintre de grand talent restée presque inconnue. Mangaka et historienne spécialiste de l’ère Edo, Hinako Sugiura (1958-2005) a publié ce manga entre 1983 et 1987 dans le magazine Weekly Manga Sunday sous le titre original Sarusuberi — le nom japonais du lilas des Indes, un arbre qui fleurit pendant cent jours. L’autrice a elle-même expliqué ce choix : à ses yeux, aucune image ne résumait mieux Hokusai, un artiste dont la production semblait ne jamais devoir s’interrompre.

O-Ei n’est pas simplement l’assistante de son père : elle est sa peintre fantôme. Quand Hokusai ne veut pas (ou ne peut pas) honorer une commande, c’est O-Ei qui peint à sa place, sans jamais signer. Elle réalise aussi bien des portraits de courtisanes que des peintures bouddhiques ou des shunga (les estampes érotiques très prisées à Edo, vendues sous le manteau et qui constituaient une source de revenus non négligeable pour les artistes). Le manga prend la forme d’une suite de récits courts — autant de tranches de vie dans l’Edo de 1814. On y croise Hokusai en vieux bougon emmitouflé dans son futon au milieu d’un atelier couvert de déchets, O-Ei qui fume la pipe et fréquente les maisons de plaisir pour y croquer les courtisanes sur le vif, des disciples maladroits, des poètes, des acteurs de kabuki. Le récit est aussi ponctué d’épisodes surnaturels — des yôkai (créatures du folklore japonais : fantômes, esprits, monstres) font irruption dans le quotidien des personnages, comme c’était courant dans l’imaginaire populaire de l’époque. En historienne rigoureuse, Sugiura reproduit avec soin les costumes, les intérieurs et les usages de la période ; elle ouvre chaque chapitre par une illustration dans le style des estampes ukiyo-e.

Le film d’animation de Keiichi Hara, sorti en 2015 et couronné au Festival d’Annecy, a largement contribué à faire connaître le manga en Occident. L’édition française, publiée chez Philippe Picquier en 2019, se présente en deux volumes.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 14 ans (classé seinen ; contient de la nudité liée aux estampes érotiques de l’époque Edo).


6. La Voie de Van Gogh (Seldon, 2019)

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De son vrai nom Samuel Van der Veen, Seldon est un auteur franco-néerlandais qui n’avait que 17 ans lorsqu’il a obtenu le coup de cœur du jury du concours manga MAGIC de Monaco en 2017, face à un jury présidé par Nobuhiro Watsuki (le créateur de Kenshin le Vagabond). Le projet présenté : un manga de 32 pages sur Vincent Van Gogh. Les éditions Michel Lafon et Shibuya Productions lui ont alors proposé d’en faire une série. À 19 ans, il publiait son premier tome.

L’histoire débute en 1890. Vincent Van Gogh, interné à sa demande à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence après plusieurs crises de folie, apprend qu’un critique d’art influent, Albert Aurier, vient de consacrer un long article élogieux à sa peinture. C’est un tournant : Vincent quitte l’asile pour s’installer à Auvers-sur-Oise, où il loge à l’auberge Ravoux et noue des liens avec le docteur Gachet, amateur d’art et ami des impressionnistes. La série suit en parallèle son frère Théo, marchand d’art à Paris pour la maison Goupil & Cie, qui se bat contre ses supérieurs — attachés à l’art académique officiel — pour défendre les peintres de la nouvelle génération : Monet, Pissarro, et surtout Vincent. Le manga s’appuie sur les 650 lettres échangées entre les deux frères, une correspondance authentique qui permet de reconstituer la méthode de travail de Vincent : il peignait à une vitesse stupéfiante — parfois un tableau par jour — avec des empâtements épais (d’épaisses couches de peinture directement visibles sur la toile), une touche rapide et un usage très personnel des couleurs complémentaires (le jaune contre le violet, le bleu contre l’orange) pour en accentuer les contrastes et la luminosité.

Classé comme « global manga » — un manga conçu hors du Japon —, La Voie de Van Gogh se nourrit autant de la BD européenne que du manga japonais. Le noir et blanc peut surprendre pour un récit consacré au peintre de La Nuit étoilée et des Tournesols, mais le projet a le mérite d’exister et de rendre accessible, à un public jeune, une histoire qui ne l’est pas toujours.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 12-13 ans (seinen / global manga ; accessible aux adolescents selon les retours des libraires).


7. Les Deux Van Gogh (Hozumi, 2012)

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Là où Seldon se concentre sur les derniers jours de Vincent, Hozumi choisit de renverser la perspective : le personnage principal n’est pas le peintre, mais son frère. Paris, fin du XIXe siècle : Théodorus Van Gogh est négociant pour Goupil & Cie, l’une des plus grandes maisons de commerce d’art d’Europe, spécialisée dans les reproductions de tableaux académiques et les valeurs sûres du marché. Ses clients sont de grands bourgeois conservateurs, convaincus que seules les scènes mythologiques et les portraits à la facture classique méritent d’être accrochés dans leurs salons. Mais Théo a d’autres projets : profiter de sa position à l’intérieur même de cette institution pour y introduire des artistes indépendants — les futurs impressionnistes et post-impressionnistes — dont son propre frère, Vincent.

Le manga — un one-shot de 384 pages dans l’édition française, qui regroupe les deux volumes japonais — prend de grandes libertés avec la réalité historique, et l’assume. Le Vincent d’Hozumi est à l’opposé du personnage tourmenté de la légende : il apparaît ici comme un jeune homme lumineux, capable de voir la beauté partout, à qui il ne viendrait pas à l’idée de se faire du souci. C’est Théo qui porte tout le poids de l’ambition, de la stratégie et de la souffrance. Le résultat, c’est que l’on s’attache autant au frère marchand qu’au frère peintre. On croise aussi Henri de Toulouse-Lautrec et le peintre académique Jean-Léon Gérôme, farouche défenseur de l’art officiel, en adversaire principal de Théo. La mangaka va même jusqu’à proposer, dans les dernières pages, un retournement narratif qui remet en question la version des faits racontée jusque-là — un clin d’œil aux multiples théories qui entourent encore aujourd’hui les circonstances de la mort de Vincent.

Lauréat du prix Kono Manga ga Sugoi! 2014 — un prix décerné par plus de 400 professionnel·le·s de l’édition et de la librairie au Japon —, Les Deux Van Gogh est publié en France chez Glénat.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 13-14 ans (classé josei — un manga destiné aux jeunes femmes — à l’origine au Japon, publié en France dans la collection Seinen de Glénat).


8. Demande à Modigliani ! (Ikue Aizawa, 2016)

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Changement de décor radical. Ici, pas de maître vénérable ni de grande fresque historique : on suit Chiba, Motoyoshi et Fujimoto, trois étudiants d’une modeste école d’art perchée dans les montagnes du nord-est du Japon — une université où, selon la formule qui revient dans le manga, « même les imbéciles peuvent s’inscrire ». Le quotidien de ces trois inséparables alterne entre les cours (chacun s’est spécialisé dans une discipline : Chiba dans la peinture, les deux autres dans la verrerie et la sculpture), les incertitudes sur l’avenir, le froid polaire de l’hiver dans le Tôhoku et les soirées entre amis.

Le titre fait référence à Amedeo Modigliani (1884-1920), peintre et sculpteur italien installé à Paris, archétype de l’artiste maudit : il a vécu dans la pauvreté, l’alcool et la drogue, et n’a connu qu’un début de reconnaissance peu avant sa mort à 35 ans. Ce destin pose une question qui sous-tend tout le manga, même si les personnages ne la formulent pas toujours : peut-on vivre de son art ? Que faire si personne ne reconnaît jamais la valeur de ce que l’on produit ? Sous les dialogues drôles et les situations cocasses, Ikue Aizawa glisse des moments de gravité, notamment à travers le personnage de Motoyoshi. Ce dernier vient de la région du Tôhoku dévastée le 11 mars 2011 par le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima — un drame qui a fait près de 20 000 morts et dont les séquelles marquent le parcours du personnage sans jamais servir de simple ressort dramatique.

Sélectionné au Japan Media Arts Festival 2018, Demande à Modigliani ! a été le tout premier titre publié par les éditions naBan. La série compte cinq volumes.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 14 ans (classé seinen chez naBan).


9. Folles Passions (Kazuo Kamimura, 1973)

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On termine avec un classique signé Kazuo Kamimura (1940-1986), surnommé « le peintre de l’ère Shôwa ». Lui-même diplômé de l’université d’art de Musashino et assistant d’Osamu Tezuka, Kamimura est aussi l’auteur de la trilogie Lady Snowblood. Avec Folles Passions, il plonge dans le Japon de l’ère Edo pour raconter la relation tumultueuse entre Hokusai, vieux maître irascible septuagénaire, et Sutehachi, son jeune disciple — un garçon doué mais dissipé, aussi épris de dessin que de plaisirs charnels.

Sutehachi gagne sa vie grâce aux shunga, ces estampes érotiques qui constituaient à Edo un véritable marché parallèle : vendues sous le manteau mais très demandées, elles faisaient vivre bon nombre d’artistes de l’époque. Il passe ses nuits dans les quartiers de plaisir et ses journées à dessiner ce qu’il y a vu. Hokusai, de son côté, s’ouvre les veines pour peindre avec son propre sang. Dès les premières pages, Kamimura pose la question centrale du récit : jusqu’où la passion créatrice peut-elle pousser un être humain ? Le registre oscille entre la farce (Hokusai qui négocie avec un riche client le prix de ses toiles, une bouteille de saké à la main) et la tragédie (O-Shishi, l’amante de Sutehachi, fascinée par les incendies, dont la vie part en vrille de façon irréversible). Tout en lignes courbes et en aplats d’encre épurés, le trait de Kamimura rappelle directement la tradition de l’ukiyo-e ; il intègre à sa narration des reproductions de véritables estampes, et l’on passe constamment du style manga contemporain à des planches qui pourraient figurer dans un recueil de gravures de l’ère Edo.

En trois volumes publiés chez Kana dans la collection Sensei, Folles Passions est une lecture exigeante, parfois crue, mais qui montre mieux qu’aucun autre manga de cette liste à quel point la peinture, dans le Japon du XIXe siècle, était indissociable du corps — de ses pulsions, de ses excès, de ses limites.

Tranche d’âge conseillée : à partir de 16 ans, voire 18 ans selon les libraires (classé seinen, collection Sensei chez Kana ; contenu sexuel et violent explicite, réservé à un public averti).