La péninsule armoricaine porte les traces d’une occupation humaine qui remonte à près de sept cent mille ans. Bien avant que le nom de Bretagne n’existe, des bâtisseurs néolithiques élèvent les alignements de Carnac — des kilomètres de pierres dressées en files, les menhirs — et le cairn de Barnenez, monument funéraire de pierre parmi les plus anciens d’Europe, vers cinq mille avant notre ère. À l’âge du fer, des peuples celtes occupent l’Armorique. César les soumet en 56 avant notre ère, après avoir vaincu en mer les Vénètes, peuple marin dont la flotte de voiliers de cuir contrôlait le commerce de l’Atlantique. Cinq siècles de romanisation s’ouvrent alors.
Au Ve siècle de notre ère, des populations celtiques de l’île de Bretagne — l’actuelle Grande-Bretagne, alors envahie par les Anglo-Saxons germaniques — traversent la Manche et se réfugient en Armorique. Elles donnent à la péninsule son nouveau nom et y implantent leur langue, ancêtre du breton. Au IXe siècle, Nominoë écrase Charles le Chauve à la bataille de Ballon (845) et fonde un royaume breton ; ses successeurs Erispoë puis Salomon en consolident l’indépendance sur deux générations. Mais au Xe siècle, les raids vikings ravagent les côtes et précipitent l’exil de l’élite religieuse et politique vers l’Angleterre. La souveraineté bretonne disparaît avec ce départ.
L’an mil voit la naissance d’un duché de Bretagne pris entre deux puissances rivales, la France capétienne et l’Angleterre Plantagenêt. La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) déchire la péninsule en pleine guerre de Cent Ans : les Montfort, soutenus par l’Angleterre, l’emportent finalement sur les Blois-Penthièvre, soutenus par la France. La dynastie qui en sort victorieuse fait du XVe siècle l’âge d’or de l’État ducal : monnaie frappée à l’effigie du duc, parlement, université fondée à Nantes en 1460, ambassades à l’étranger — autant d’attributs d’un État quasi souverain. En 1488, le duc François II est défait à Saint-Aubin-du-Cormier par l’armée du roi de France et meurt quelques semaines plus tard. Sa fille Anne, héritière, est contrainte par traité d’épouser successivement Charles VIII puis, à la mort de celui-ci en 1498, Louis XII. Anne meurt en 1514 ; le duché passe à sa fille Claude, déjà mariée au futur François Ier. Sacré duc de Bretagne en 1532 à l’âge de quatorze ans, leur fils signe la même année l’édit d’Union qui rattache définitivement le duché au royaume. La province conserve toutefois ses États (assemblée représentative locale), son parlement et certains privilèges fiscaux jusqu’à la Révolution.
En 1675, la révolte des Bonnets rouges — soulèvement paysan et urbain contre la fiscalité de Louis XIV — gagne la Bretagne occidentale, où la répression royale est sanglante. La Révolution française divise ensuite la province : une partie se rallie à la République, l’autre prend les armes avec les chouans contre Paris. Le XIXe siècle est celui de l’émigration de masse — vers Paris, les ports, les Amériques —, conséquence d’une économie agraire qui n’absorbe plus la croissance démographique. Les deux guerres mondiales coûtent à la Bretagne une saignée démographique sévère, supérieure à la moyenne nationale. Après 1945, la « révolution verte » — modernisation rapide de l’agriculture portée par les coopératives, le remembrement et les jeunes paysans formés dans les mouvements catholiques — redessine les campagnes en quelques décennies. À partir des années 1960, un mouvement régionaliste se reforme autour de la défense de la langue, de la culture et de revendications d’autonomie politique. Plus récemment, les Bonnets rouges de 2013 — mobilisation contre l’écotaxe sur les poids lourds — ont emprunté leur nom et leur imaginaire à la révolte de 1675 contre la fiscalité de Louis XIV.
Voici les principaux livres consacrés à la longue histoire de la Bretagne.
1. Toute l’Histoire de Bretagne – Des origines à nos jours (Jean-Jacques Monnier et Jean-Christophe Cassard, dir., 1996)

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Coordonné par Jean-Jacques Monnier et Jean-Christophe Cassard — ce dernier longtemps professeur d’histoire médiévale à l’Université de Bretagne occidentale —, ce livre rassemble les contributions d’une vingtaine d’historiens des universités bretonnes (Brest, Lorient, Nantes, Rennes), qui se partagent les chapitres selon leur spécialité. Le récit démarre aux premières traces humaines en Armorique, il y a quelque sept cent mille ans, et conduit jusqu’à l’époque contemporaine. La maquette en quadrichromie des rééditions successives (2003, 2012) fait une large place aux cartes et aux illustrations, ce qui en fait à la fois un beau livre et un ouvrage de référence.
Chaque période bénéficie d’un spécialiste reconnu : Jean-Christophe Cassard pour le Moyen Âge breton, Jean Kerhervé pour le siècle des Montfort, Claude Geslin pour le mouvement ouvrier au XIXe siècle, Sébastien Carney pour la période contemporaine, parmi d’autres. Le résultat est un livre pédagogique conçu pour rendre accessibles à un large public les acquis d’un demi-siècle de recherche universitaire bretonne. Il couvre aussi bien la préhistoire que l’économie ducale, la révolte des Bonnets rouges, la Chouannerie, l’émigration du XIXe siècle ou les mutations agricoles des Trente Glorieuses.
L’ouvrage assume une dimension militante : il défend une définition de la Bretagne historique qui inclut la Loire-Atlantique — département séparé de la région administrative en 1941 par le régime de Vichy et jamais réintégré — et il porte l’idée d’une « communauté de destin » bretonne, c’est-à-dire d’une histoire commune malgré les divisions internes. Cette posture s’inscrit dans la longue trajectoire militante de Skol Vreizh — « école de Bretagne » en breton —, maison d’édition associative créée pour diffuser la langue et la culture régionales. Panorama actualisé, écrit par des spécialistes reconnus et soutenu par une belle cartographie, il est l’une des grandes références sur la Bretagne.
2. Histoire de la Bretagne et des Bretons. Tome 1 : Des âges obscurs au règne de Louis XIV (Joël Cornette, 2005)

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Couronné par le Grand Prix Gobert d’histoire de l’Académie française en 2006 — la plus haute distinction française dans le domaine —, ce premier volume traverse la Bretagne sur plus de sept millénaires, des bâtisseurs des menhirs de Carnac jusqu’à la révolte des Bonnets rouges de 1675, réprimée par Louis XIV. Brestois et professeur d’histoire moderne à Paris 8, Joël Cornette organise son récit en une soixantaine de séquences thématiques plutôt qu’en chronologie linéaire : un chapitre pour les âges des métaux, un autre pour l’émergence du royaume de Nominoë, un autre pour le siècle des ducs Montfort, un autre pour l’annexion de 1532, un autre pour la Bretagne ligueuse (la province se range alors derrière la Ligue catholique contre Henri IV protestant lors des guerres de Religion), et ainsi de suite. Chaque séquence croise les grands événements politiques avec les mutations sociales lentes — démographie, agriculture, croyances, pratiques de la langue.
Le pari de l’auteur est de restituer la Bretagne dans sa pleine épaisseur historique, sans céder ni au mythe celtique d’une Armorique éternelle peuplée de druides, ni à l’inverse à une lecture qui réduirait l’histoire bretonne à une simple parenthèse régionale du roman national français. Cornette donne une place centrale aux figures de l’État ducal — Jean V, François II, Anne de Bretagne — sans négliger l’archéologie des sites néolithiques, l’économie rurale du Moyen Âge, les pratiques religieuses ou la culture populaire de chaque époque. Les sources mobilisées vont des chartes monastiques aux mémoires d’époque, jusqu’aux statistiques fiscales du XVIIe siècle.
Salué comme un livre-somme à sa parution, ce premier tome a pour vertu majeure d’ouvrir l’histoire bretonne à un large public sans renoncer à la rigueur académique. Le découpage thématique peut désorienter quand on cherche un repère chronologique précis : il faut alors revenir en arrière.
3. Histoire de la Bretagne et des Bretons. Tome 2 : Des Lumières au XXIe siècle (Joël Cornette, 2005)

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Suite directe du tome 1, ce deuxième volume embrasse la Bretagne moderne et contemporaine, du « sombre XVIIIe siècle » — époque de crises démographiques et de misère paysanne en Bretagne, à l’écart du rayonnement des Lumières — jusqu’au début du XXIe siècle. Joël Cornette y poursuit son découpage thématique : les Lumières bretonnes, le rôle des députés bretons aux États généraux de 1789 (où ils forment le Club breton, ancêtre direct des Jacobins), la fracture entre Bretagne « bleue » républicaine et Bretagne « blanche » chouanne lors de la Révolution, le destin des penn sardin, ouvrières des conserveries de Douarnenez dont la grande grève de 1924 — l’une des premières grandes mobilisations ouvrières féminines en France — reste un repère du mouvement social, la « revanche de l’Église et du château » sous la Restauration (1815-1830), ou encore le désenclavement progressif de la péninsule par le chemin de fer au XIXe siècle.
L’auteur consacre une attention soutenue à la « révolution culturelle » bretonne des XIXe et XXe siècles : naissance d’une littérature en breton et en français, codification de la langue bretonne, émergence des mouvements régionalistes, traumatismes des deux guerres mondiales et de l’Occupation. Les dernières pages traitent de la modernisation agricole d’après 1945, du déclin du catholicisme rural, du retour des revendications territoriales depuis les années 1960, et des luttes récentes — l’opposition au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la révolte contre l’écotaxe en 2013 (les Bonnets rouges contemporains).
Avec le premier tome, il forme une fresque de plus de mille deux cents pages, considérée comme la synthèse universitaire de référence sur l’histoire de la Bretagne. Le découpage thématique réclame une lecture active : il faut souvent rapprocher des séquences éloignées dans le livre pour saisir une période. Pour comprendre comment la Bretagne moderne s’est constituée — économiquement, politiquement, culturellement —, l’ouvrage n’a pas de concurrent.
4. Histoire illustrée de la Bretagne et des Bretons (Joël Cornette, 2015)

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Dix ans après les deux volumes universitaires du Seuil, Joël Cornette publie cette version condensée et illustrée de son histoire de la Bretagne. Le format change : le récit s’allège pour devenir une lecture continue, et plus de cent quarante documents iconographiques — gravures, peintures, cartes anciennes, photographies, monnaies, sceaux ducaux — viennent ponctuer le texte sous forme d’« arrêts sur image », chacun accompagné d’un commentaire qui le resitue dans son contexte historique.
Le pari est de rendre l’histoire bretonne accessible sans la simplifier. Le livre se concentre sur les épisodes majeurs : Carnac, l’arrivée des Bretons insulaires au Ve siècle, le règne d’Anne de Bretagne, la fondation du port de Lorient pour la Compagnie des Indes au XVIIe siècle, les ouvrières penn sardin (les sardinières des conserveries) du XIXe siècle, la Résistance bretonne. Chez Cornette, l’image n’est pas une décoration : un sceau ducal, une enluminure ou un portrait constitue une source à part entière, qui modifie parfois la lecture d’un événement.
L’ouvrage a obtenu le prix Triskell Ar Vro 2015 au Salon du livre en Bretagne de Vannes. Plus court que les douze cents pages du diptyque universitaire de Cornette, plus solide qu’une simple vulgarisation, il occupe une position intermédiaire. La qualité des reproductions et la mise en page soignée en font aussi un beau bouquin à offrir.
5. Une histoire de la Bretagne (Joël Cornette, 2025)

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Sorti à l’automne 2025 chez Eyrolles dans la collection « Cinquante objets racontent », il s’agit du dernier titre que Joël Cornette consacre à la Bretagne. Plutôt que d’aligner règnes et traités, l’historien fait parler cinquante objets : le cairn néolithique de Barnenez, un bol fêlé transmis de génération en génération, un collier de coquillages vieux de huit millénaires, l’écrin d’or qui contient le cœur d’Anne de Bretagne, le havresac d’un soldat de l’an II (un volontaire de 1793), une boîte de sardines, un menhir, un sceau ducal ou une ancre rouillée.
Chaque objet sert de point d’entrée vers une époque, une pratique, une croyance, une révolte. Le procédé fait apparaître des dimensions de l’histoire que la chronique politique passe d’ordinaire sous silence : le quotidien des paysans et des marins, les transmissions familiales modestes, les cultes et les superstitions, les gestes du travail. L’historien a confié à la presse que le déclencheur du livre fut un bol fêlé hérité de sa cousine bretonne, transmis de mère en fille sur plusieurs générations — symbole d’une mémoire familiale qui passe par les objets plus que par les mots.
En parallèle de ce parcours par les objets, Cornette confirme la position historiographique qu’il défend depuis plusieurs ouvrages : il parle d’« union forcée » plutôt que de « traité » à propos de 1532. La nuance n’est pas anodine. Un traité supposerait un accord librement consenti entre deux parties souveraines. Or les actes de 1532, signés au nom d’un duc de quatorze ans (François III, fils de François Ier) et arrachés sous la pression militaire et diplomatique du royaume, relèvent davantage d’une annexion. Le livre se lit chapitre par chapitre, selon ses curiosités ; il complète, par sa forme courte et son approche par les objets, les ouvrages plus académiques de l’auteur.
6. Histoire populaire de la Bretagne (Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc’h, 2019)

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Paru aux Presses universitaires de Rennes en 2019, cet ouvrage d’environ cinq cents pages est cosigné par trois historiens — Alain Croix, Gwenaël Guillaume, Didier Guyvarc’h — et un journaliste, Thierry Guidet. Il prolonge à l’échelle bretonne une démarche « par le bas » déjà appliquée par les mêmes auteurs à Nantes en 2017. Le projet se résume en une phrase : raconter la Bretagne du point de vue des paysans, des ouvrières conserveuses, des marins-pêcheurs, des servantes et des migrants — ces « humbles » dont l’histoire officielle ne garde guère trace.
Les auteurs revendiquent une filiation avec les « histoires populaires » qui se sont multipliées en Europe depuis l’Histoire populaire des États-Unis d’Howard Zinn (1980). La rigueur du métier d’historien y reste cependant intacte. Loin du récit héroïque traditionnel, ils interrogent les évidences : la révolte des Bonnets rouges de 1675 n’est pas seulement une affaire fiscale, elle exprime aussi des tensions sociales entre paysans et seigneurs ; la Chouannerie ne se réduit pas à la défense du clergé et de la noblesse, elle s’enracine dans le monde paysan et ses solidarités locales ; l’émigration bretonne du XIXe siècle s’inscrit dans une vague européenne plus large, propre à toutes les régions agricoles en crise. Plusieurs sujets longtemps minorés reçoivent ici un traitement nouveau : la traite négrière nantaise, la condition féminine, le travail des enfants, les luttes ouvrières du XXe siècle, la crise du modèle agricole productiviste, ou la lutte de Notre-Dame-des-Landes.
Le pari assumé est celui d’un livre clair, sans jargon, accessible, sans céder pour autant à la facilité polémique. La revue Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest y a vu une synthèse qui dynamite plusieurs idées reçues. Le livre se lit en parallèle des grandes histoires de la Bretagne : il ne les remplace pas, il les complète depuis un angle longtemps minoré, celui des classes populaires bretonnes.
7. Dictionnaire d’histoire de Bretagne (Jean-Christophe Cassard, Alain Croix, Jean-René Le Quéau et Jean-Yves Veillard, dir., 2008)

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Avec ses 3,25 kilos pour près de mille pages au format in-quarto, ce volume monumental publié par Skol Vreizh en 2008 est le premier dictionnaire jamais consacré à l’histoire de la Bretagne. Il rassemble cent un auteurs sous la direction conjointe de Jean-Christophe Cassard, Alain Croix, Jean-René Le Quéau et Jean-Yves Veillard. La plupart ont travaillé bénévolement, comme les nombreux photographes qui ont cédé leurs droits — un point souligné par les comptes rendus universitaires, qui parlent d’une « générosité » éditoriale.
Les neuf cent dix entrées couvrent les origines préhistoriques jusqu’à la fin du XXe siècle, à raison d’une illustration en moyenne par page, complétées par soixante-sept cartes originales, un index volumineux et une bibliographie thématique abondante. Les directeurs ont assumé un choix : « dictionnaire d’histoire » et non « dictionnaire historique ». La nuance compte. Un dictionnaire historique se contenterait de répertorier des entités du passé selon leur ordre d’apparition. Un dictionnaire d’histoire, lui, traite tous les objets bretons comme des questions historiques, y compris ceux du présent. Aux côtés des classiques (Anne de Bretagne, États de Bretagne, langue bretonne) se trouvent ainsi des articles sur les crêperies, les paquebots, les marées noires, les boîtes à crânes, les Juifs de Bretagne, les ossuaires, le football ou la danse macabre.
Cet outil de référence est moins un livre de lecture linéaire qu’un compagnon à consulter au gré de ses curiosités : approfondir un point précis, vérifier une date, comprendre une notion ou un toponyme breton. À consulter en parallèle des grandes histoires synthétiques de la liste.
8. Duchesses : Histoire d’un pouvoir au féminin en Bretagne (Laurence Moal, 2021)

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Paru aux Presses universitaires de Rennes en 2021, préfacé par l’historien Jean Kerhervé, ce livre est la première synthèse savante consacrée aux duchesses de Bretagne, du Xe au début du XVIe siècle. Agrégée d’histoire, docteure en histoire médiévale et chercheuse au Centre de recherche bretonne et celtique, Laurence Moal y aborde l’ensemble des consortes ducales, des épouses des premiers comtes carolingiens jusqu’à Anne de Bretagne, deux fois reine de France.
L’enjeu central, énoncé dès l’introduction, consiste à mesurer la marge d’action politique (l’agency, dans le vocabulaire des études de genre) de ces princesses, dans un système où le pouvoir ducal est en principe transmis par les hommes. L’autrice s’appuie sur une grande variété de sources, dont une iconographie de plus de deux cents figures soigneusement légendées : sceaux, gisants, miniatures, portraits, affiches du XIXe siècle. Trois parties structurent le livre. La première traite des duchesses comme actrices politiques (régences, mariages diplomatiques, signature d’actes) ; la seconde décrit leur quotidien, de l’intimité de la chambre à l’exposition de la cour ; la troisième analyse leur transformation en héroïnes du folklore — la duchesse Anne « en sabots », image populaire d’une princesse proche du peuple, est une invention romantique du XIXe siècle, très éloignée de la réalité historique.
Saluée par les Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest comme une « étape fondamentale dans l’histoire du genre en Bretagne », cette synthèse comble une lacune historiographique : les duchesses étaient soit ignorées, soit réduites à la seule figure d’Anne. Berthe, Constance, Marguerite, Jeanne, Anne : chacune apparaît débarrassée des stéréotypes accumulés au XIXe siècle. Le format beau livre, la qualité des reproductions et la précision des notices en font autant un ouvrage de recherche qu’un objet à offrir.
9. 1532. Les dernières heures du duché de Bretagne (René Cintré, 2024)

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Publié en janvier 2024 par les éditions Blanc & Noir, ce livre de René Cintré — professeur agrégé, docteur ès lettres et spécialiste de paléographie française — se concentre sur les soixante-quinze années qui mènent à la fin du duché souverain, de l’avènement du duc François II en 1458 à l’édit d’Union de septembre 1532.
Le livre suit pas à pas la montée en puissance du roi de France Louis XI, les batailles, les jeux d’alliances européennes, la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488 — qui prive la Bretagne de la moitié de sa noblesse —, puis les mariages successifs imposés à Anne de Bretagne — avec Charles VIII d’abord, Louis XII ensuite. L’auteur conteste explicitement la lecture d’une absorption inéluctable : la Bretagne, ducs et conseillers en tête, négocie, résiste, joue des alliances anglaise et habsbourgeoise, mais finit par céder face à la patience du pouvoir royal. Aux côtés des grandes figures, plusieurs portraits sont consacrés à des acteurs souvent moins connus : Pierre Landais, conseiller financier roturier de François II, dont l’ascension lui vaut la jalousie des grands seigneurs ; ces derniers le font pendre en 1485. Ou encore Françoise de Dinan, gouvernante de la jeune duchesse Anne et figure majeure de la cour ducale.
Le livre est très illustré — gravures, enluminures et miniatures d’époque, mais aussi lithographies romantiques du XIXe siècle qui réinventent l’imaginaire d’un duché disparu. La presse culturelle (la rubrique Atlanti-culture du site Atlantico) y voit une entrée en matière efficace pour le grand public. La bibliographie reste classique — Le Moyne de La Borderie, Jean Kerhervé, Joëlle Quaghebeur — et l’auteur n’a pas la prétention d’apporter du matériau inédit ; il propose une introduction à un drame politique trop souvent réduit à la seule figure d’Anne de Bretagne.