Publié en 2012, Wild est un récit autobiographique de Cheryl Strayed, qui retrace sa randonnée en solitaire de 1 700 kilomètres sur le Pacific Crest Trail en 1995. Endeuillée par la mort de sa mère, en proie à un divorce et à des années d’errance, elle décide de se lancer sur ce sentier de l’Ouest américain sans aucune expérience de la randonnée.
Le livre a été traduit en quarante langues et adapté au cinéma en 2014. Si Wild vous a marqué·e, voici quelques ouvrages qui en prolongent l’élan.
1. Tracks (Robyn Davidson, 1980)

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En 1977, Robyn Davidson, vingt-sept ans, quitte Alice Springs pour traverser 2 700 kilomètres de désert australien jusqu’à l’océan Indien, accompagnée de quatre chameaux et de son chien. Avant même de prendre la route, elle passe deux ans à accumuler les petits boulots et à apprendre le dressage de chameaux — une préparation qui occupe à elle seule la moitié du livre.
Davidson refuse tout embellissement rétrospectif. Elle décrit aussi bien la chaleur suffocante et les dangers du bush que sa rencontre avec les communautés aborigènes, dont elle défend la culture avec une conviction farouche. Récompensé par le premier Thomas Cook Travel Book Award, salué par Cheryl Strayed elle-même, Tracks est l’un de ces rares livres de voyage qui ne cherchent ni à séduire ni à instruire — seulement à dire ce qui s’est passé. Mia Wasikowska en a porté l’adaptation à l’écran en 2013.
2. Into The Wild (Jon Krakauer, 1996)

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En 1992, le corps de Christopher McCandless, vingt-quatre ans, est retrouvé sans vie dans un bus abandonné en Alaska. Fils d’une famille aisée, diplômé d’Emory, il avait fait don de ses économies à une œuvre caritative, brûlé ses papiers d’identité et pris la route sous le nom d’Alexander Supertramp, nourri par Tolstoï, Thoreau et Jack London.
Jon Krakauer, journaliste et alpiniste, reconstruit le parcours de McCandless à partir de son journal et de témoignages. Le récit alterne entre l’itinéraire du jeune homme et d’autres cas de solitaires qui ont cherché l’absolu dans la nature sauvage — y compris Krakauer lui-même. L’enquête ne porte pas de jugement ; elle tente de comprendre ce qui pousse un jeune homme brillant à tout sacrifier à un idéal de pureté.
Le film de Sean Penn (2007) a élargi l’audience, mais le livre reste irremplaçable.
3. Tragédie à l’Everest (Jon Krakauer, 1997)

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Le 10 mai 1996, plusieurs expéditions commerciales tentent l’assaut du sommet de l’Everest. Une tempête brutale s’abat sur la montagne et, en vingt-quatre heures, huit alpinistes trouvent la mort, dont les guides Rob Hall et Scott Fischer. Krakauer, envoyé spécial du magazine Outside, fait partie des survivants.
Ce témoignage de première main dissèque les enchaînements de décisions — rivalités entre agences, pression commerciale, clients inexpérimentés, horaires de demi-tour ignorés — qui ont conduit à la catastrophe. Krakauer ne s’épargne pas : il revient sur ses propres erreurs avec une lucidité qui confine à l’acharnement, hanté par la culpabilité du survivant.
Contesté par d’autres participants sur certains points factuels, le livre a durablement abîmé l’image de l’alpinisme commercial. Le film Everest (2015) de Baltasar Kormákur en a tiré une adaptation spectaculaire, mais moins nuancée.
4. Mange, prie, aime (Elizabeth Gilbert, 2006)

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À trente et un ans, Elizabeth Gilbert a un mari, une maison, une carrière d’écrivaine à New York. Elle a aussi le sentiment d’étouffer. Après un divorce difficile et une liaison malheureuse, elle décide de consacrer une année à se reconstruire à travers trois pays : le plaisir en Italie, la spiritualité en Inde, l’équilibre à Bali.
Gilbert détaille d’abord quatre mois à Rome — la langue italienne, la gastronomie —, puis la discipline d’un ashram en Inde, et enfin l’inattendue rencontre amoureuse en Indonésie. L’ouvrage a divisé la critique : nombrilisme de privilégiée pour les uns, permission de tout plaquer pour se retrouver pour les autres.
Vendu à des millions d’exemplaires, traduit dans plus de trente langues, porté à l’écran en 2010 avec Julia Roberts, Mange, prie, aime reste, qu’on l’admire ou qu’on le raille, le livre qui a rendu ce type de quête personnelle dicible à grande échelle.
5. Promenons-nous dans les bois (Bill Bryson, 1998)

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De retour aux États-Unis après vingt ans passés en Angleterre, Bill Bryson se met en tête de parcourir l’Appalachian Trail, un sentier de 3 500 kilomètres qui serpente du Maine à la Géorgie à travers les forêts de l’Est américain. Pour compagnon de route, il enrôle Stephen Katz, un vieil ami d’enfance dont la condition physique laisse autant à désirer que la sienne.
Le résultat alterne ampoules aux pieds, rencontres incongrues et nuits de terreur sous la tente avec des digressions érudites sur l’histoire naturelle, l’écologie et la gestion calamiteuse des parcs nationaux. Bryson ne parcourra finalement qu’un tiers du sentier, mais la défaite assumée fait partie du charme.
Derrière l’humour, omniprésent, se pose une question moins légère : que reste-t-il des grands espaces américains, et que signifie marcher à une époque où tout invite à rester assis ?
6. Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson, 2016)

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En août 2014, Sylvain Tesson chute de huit mètres du toit d’un chalet en Savoie. Fractures multiples, coma, paralysie faciale : les séquelles sont lourdes. Plutôt que la rééducation en centre, il choisit de traverser la France à pied, du Mercantour au Cotentin, par les seuls sentiers oubliés que les cartes IGN signalent par de fins tracés noirs.
Du 24 août au 8 novembre 2015, il parcourt cette diagonale de la France rurale, loin des routes et des zones urbanisées. La marche est autant une convalescence qu’un inventaire de ce qui disparaît dans les campagnes françaises — chemins effacés, hameaux vidés, paysages redessinés par l’aménagement du territoire. Tesson y défend la lenteur contre l’efficacité, le chemin de terre contre le goudron, avec des accents parfois nostalgiques que l’on peut juger excessifs.
L’ouvrage s’est vendu à plus de 230 000 exemplaires ; le film de Denis Imbert (2023), avec Jean Dujardin, en propose une lecture plus apaisée.
7. Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson, 2011)

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De février à juillet 2010, Sylvain Tesson s’installe dans une cabane isolée sur la rive du lac Baïkal, en Sibérie, à cinq jours de marche du premier village. Pendant six mois, il vit de pêche, de lecture, de vodka et de silence, sous des températures qui chutent à moins trente degrés.
Tenu sous forme de journal, le texte suit le rythme des saisons : le gel du lac, l’arrivée du printemps, le dégel qui libère les eaux. Tesson y consigne ses activités quotidiennes — couper du bois, marcher sur la glace, accueillir ses rares visiteurs russes — et ses lectures (Jünger, Marc Aurèle, Robinson Crusoé). Le carnet de bord devient peu à peu un protocole d’isolement volontaire : combien de temps faut-il rester seul pour que la solitude cesse d’être un manque et devienne un état ?
Prix Médicis essai 2011, vendu à plus de 250 000 exemplaires ; Safy Nebbou en a tiré un film en 2016.
8. Une éducation (Tara Westover, 2018)

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Tara Westover grandit dans une famille mormone survivaliste, au pied d’une montagne de l’Idaho. Pas d’acte de naissance, pas de dossier scolaire, pas de carnet de santé : son père, convaincu de l’imminence de la Fin des Temps, refuse toute intervention de l’État. Tara ne met les pieds dans une salle de classe qu’à l’âge de dix-sept ans.
Autodidacte obstinée, elle parvient à intégrer l’université Brigham Young, puis obtient un doctorat à Cambridge. Mais chaque étape vers la connaissance creuse un fossé irréparable avec sa famille : la violence d’un frère, les délires paranoïaques d’un père, le déni maternel. Le livre ne se réduit pas à un récit d’émancipation triomphale ; il dit aussi le prix de la rupture, le déchirement entre loyauté et lucidité.
Salué par Barack Obama et Bill Gates, Une éducation a touché des millions de lecteurs·ices — sans doute parce qu’il pose une question que beaucoup connaissent : jusqu’où peut-on s’émanciper sans perdre ceux qu’on aime ?
9. Le château de verre (Jeannette Walls, 2005)

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Un soir, dans un taxi new-yorkais, la chroniqueuse mondaine Jeannette Walls aperçoit sa propre mère fouiller dans une benne à ordures. Cette scène ouvre un récit autobiographique où elle retrace une enfance chaotique entre un père alcoolique au génie erratique et une mère artiste réfractaire à toute responsabilité parentale.
Rex Walls promet à ses enfants de leur construire un château de verre en plein désert — un rêve chimérique qui masque la misère, les fuites nocturnes devant les créanciers, la faim. Pourtant, Walls refuse le registre du réquisitoire : elle restitue aussi l’exubérance de ces parents anticonformistes, leurs leçons de géologie improvisées, leur liberté contagieuse. Le livre tient tout entier dans cette ambivalence — entre amour et abandon, admiration et colère.
Resté plus de huit ans parmi les best-sellers du New York Times, il a été porté à l’écran en 2017 par Destin Daniel Cretton, avec Brie Larson.
10. L’Usage du monde (Nicolas Bouvier, 1963)

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À l’été 1953, Nicolas Bouvier, vingt-quatre ans, quitte Genève au volant d’une Fiat Topolino pour rejoindre son ami le peintre Thierry Vernet à Belgrade. Ensemble, ils prendront la route vers la Turquie, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan, un périple de dix-sept mois au cours duquel ils vivront de conférences, de cours de français et de la vente de tableaux.
Publié à compte d’auteur en 1963, passé inaperçu pendant près de trente ans, le livre est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands récits de voyage de la littérature francophone. Bouvier observe tout — les visages, les gestes, les silences — avec une précision qui ne verse jamais dans le pittoresque. Chaque phrase est pesée, économe ; rien n’est là pour l’effet.
L’Usage du monde ne raconte pas seulement un itinéraire géographique : il formule une éthique du dépouillement — voyager, pour Bouvier, c’est accepter d’arriver quelque part plus démuni qu’au départ.