Roman-monde de Hanya Yanagihara, Une vie comme les autres raconte l’histoire de quatre amis à New York, dont Jude, être brisé par des traumatismes d’enfance que ses proches tentent désespérément de réparer. Une lecture qui laisse rarement indemne. Si vous vous demandez vers quel livre vous tourner à présent, voici dix romans qui partagent la même intensité.
1. Vers le paradis (Hanya Yanagihara, 2022)

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Après le choc d’Une vie comme les autres, retrouver la plume de Hanya Yanagihara s’impose naturellement. Dans ce roman ambitieux de plus de huit cents pages, l’autrice déploie trois récits distincts à travers trois siècles – 1893, 1993, 2093 – reliés par un même lieu : une demeure de Washington Square. Chaque époque présente une Amérique alternative où les personnages, tous nommés David Bingham, affrontent des choix impossibles entre amour et sécurité, liberté et conformisme.
L’homosexualité, la maladie – notamment le sida et les pandémies –, le deuil et la quête d’un bonheur inaccessible tissent les fils de cette symphonie mélancolique. Si la structure diffère radicalement d’Une vie comme les autres, on retrouve cette empathie exceptionnelle pour des êtres brisés par la douleur, ainsi que cette prose somptueuse qui sonde les profondeurs de la condition humaine.
2. Shuggie Bain (Douglas Stuart, 2020)

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Couronné du Booker Prize, ce premier roman de Douglas Stuart constitue un pendant écossais aux souffrances de Jude dans Une vie comme les autres. Dans le Glasgow des années 1980, ravagé par le thatchérisme et le chômage, le jeune Shuggie Bain grandit auprès d’Agnes, sa mère alcoolique qu’il adore avec une ferveur absolue. L’enfant, jugé « pas net » par son entourage en raison de sa différence, subit brimades et violences tout en s’accrochant désespérément à celle qui sombre.
Douglas Stuart, lui-même fils d’une mère décédée de l’alcoolisme, livre un récit d’une authenticité déchirante. Comme chez Yanagihara, l’amour inconditionnel d’un enfant pour un être défaillant devient le moteur d’une tragédie sociale où la tendresse côtoie la cruauté la plus nue. Un roman qui évoque Zola transposé dans les faubourgs industriels de l’Écosse.
3. Les Fureurs invisibles du cœur (John Boyne, 2017)

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Cette fresque irlandaise de près de six cents pages suit Cyril Avery de sa naissance en 1945 jusqu’au référendum sur le mariage homosexuel de 2015. Né d’une fille-mère bannie de son village par un prêtre, adopté par un couple dublinois excentrique, Cyril découvre tôt son attirance pour les hommes dans une Irlande où l’homosexualité relève du crime.
John Boyne mêle avec brio l’intime et l’historique : le poids de l’Église catholique, le conflit avec l’IRA, l’épidémie de sida à New York dans les années 1980. Comme Jude, Cyril traverse les décennies en portant le poids d’une identité qu’il ne peut assumer.
Le roman alterne passages déchirants et moments d’humour grinçant, dressant le portrait d’un homme en quête perpétuelle de lui-même. Une saga qui démontre que la rédemption reste possible, même après les blessures les plus profondes.
4. Les Optimistes (Rebecca Makkai, 2018)

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Finaliste du prix Pulitzer, ce roman retrace l’hécatombe du sida dans le Chicago des années 1980. Yale Tishman, jeune galeriste, voit sa bande d’amis – artistes, militants, enseignants – décimée par le virus tandis que l’Amérique de Reagan détourne le regard. En parallèle, Fiona, sœur du premier ami décédé, se rend à Paris en 2015 pour retrouver sa fille disparue.
Rebecca Makkai restitue l’atmosphère du quartier de Boystown : l’insouciance initiale, puis la terreur, l’entraide et les deuils successifs. Le lien entre Yale et Fiona rappelle les amitiés indéfectibles d’Une vie comme les autres – ces liens forgés face à l’adversité, plus forts que les liens du sang.
L’autrice redonne voix à une génération sacrifiée et questionne la mémoire de ceux qui restent. Un roman sur la perte, mais aussi sur la persistance obstinée de la beauté et de l’espoir.
5. Mungo (Douglas Stuart, 2022)

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Après Shuggie Bain, Douglas Stuart revient au Glasgow des années 1990, toujours marqué par la misère et la violence. Mungo, quinze ans, appartient à une famille protestante ; son frère aîné dirige un gang. Lorsqu’il tombe amoureux de James, un catholique éleveur de pigeons, leur amour devient interdit doublement : par les rivalités religieuses et par l’homophobie ambiante.
La mère de Mungo, apprenant la vérité, l’envoie camper avec deux inconnus censés faire de lui « un homme ». Ce roman conjugue la tendresse d’une histoire d’amour adolescente et une violence sociale implacable.
Comme dans Une vie comme les autres, la beauté surgit au cœur de la noirceur – un colombier devient refuge, les gestes amoureux défient un monde hostile. Stuart signe un Roméo et Juliette des bas-fonds écossais, brutal et bouleversant.
6. Un bref instant de splendeur (Ocean Vuong, 2019)

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Ce premier roman du poète vietnamo-américain Ocean Vuong prend la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère analphabète – une lettre qu’elle ne pourra jamais lire. Little Dog, le narrateur, retrace l’histoire de trois générations de femmes exilées : sa grand-mère traumatisée par les bombardements américains au Vietnam, sa mère née de cette violence et arrivée aux États-Unis.
Dans le Connecticut, il grandit entre les coups maternels et l’amour farouche de cette femme brisée. Puis vient Trevor, premier amour et première perte.
La prose d’Ocean Vuong, lyrique et fragmentée, fait écho à l’écriture de Yanagihara par sa capacité à dire l’indicible. Les mêmes thèmes affleurent : le corps meurtri, l’identité fuyante, l’homosexualité comme découverte de soi. Un livre sur la transmission des traumatismes et le pouvoir rédempteur des mots.
7. Ce qui t’appartient (Garth Greenwell, 2016)

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Un professeur américain exilé à Sofia rencontre Mitko, jeune Bulgare qui vend son corps pour survivre. De cette première transaction dans les toilettes du Palais National de la Culture naît une relation complexe, faite de désir et de mensonge, de tendresse et de prédation mutuelle.
Garth Greenwell alterne récit de cette liaison et retour sur l’enfance du narrateur : la découverte de son homosexualité, le rejet violent de son père. Dans une prose d’une précision chirurgicale, l’auteur ausculte le désir, la honte, la solitude des corps qui se cherchent.
Ce roman résonne avec Une vie comme les autres par son refus de tout sentimentalisme : les relations amoureuses y sont aussi des rapports de pouvoir, traversés par les inégalités de classe. Un texte cru, douloureux, salué par Édouard Louis et comparé aux écrits d’Hervé Guibert.
8. Betty (Tiffany McDaniel, 2020)

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Dans l’Ohio des années 1960, aux contreforts des Appalaches, Betty Carpenter naît d’une mère blanche et d’un père cherokee. Elle grandit dans la pauvreté, le racisme et les secrets familiaux les plus sombres. Pourtant, son père Landon transforme chaque épreuve en légende cherokee, chaque blessure en conte merveilleux. Betty, elle, couche ses douleurs sur du papier qu’elle enterre au fond du jardin.
Tiffany McDaniel s’inspire de l’histoire de sa propre mère pour écrire ce roman de sept cents pages où la violence côtoie la poésie la plus pure. Les thèmes – viol, suicide, harcèlement – pourraient sembler insurmontables, mais la prose transcende l’horreur.
Comme dans Une vie comme les autres, l’écriture devient refuge, et la beauté naît des décombres. Un hommage aux femmes qui résistent et aux pères qui sauvent par la parole.
9. On m’appelle Demon Copperhead (Barbara Kingsolver, 2022)

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Prix Pulitzer 2023, ce roman transpose David Copperfield de Dickens dans les Appalaches contemporaines. Demon naît dans un mobil-home d’une mère toxicomane ; son père est mort avant sa naissance. Orphelin, il traverse familles d’accueil véreuses, tribunaux pour mineurs et devient lui-même prisonnier de l’addiction aux opioïdes – ce fléau qui ravage l’Amérique rurale depuis les années 1990.
Barbara Kingsolver livre une critique sociale féroce sous les traits d’un héros attachant par sa gouaille et son instinct de survie.
Le parallèle avec Une vie comme les autres s’impose : deux récits d’enfances saccagées, deux destins que la société abandonne, deux voix qui refusent de se taire. Demon, comme Jude, porte les stigmates d’un système défaillant tout en conservant une humanité intacte.
10. Ma sombre Vanessa (Kate Elizabeth Russell, 2020)

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En 2000, dans un pensionnat huppé du Maine, Vanessa Wye, quinze ans, entame une relation avec Jacob Strane, son professeur de littérature de quarante-deux ans. En 2017, alors que le mouvement #MeToo déferle et que d’anciennes élèves accusent Strane d’abus sexuels, Vanessa se voit contrainte de reconsidérer ce qu’elle a toujours nommé « histoire d’amour ».
Kate Elizabeth Russell construit un récit troublant et nuancé sur le consentement, la manipulation et le déni. Vanessa, comme Jude, refuse longtemps le statut de victime ; elle protège son bourreau avec la même obstination que Jude tait ses secrets.
Le roman dissèque les mécanismes de l’emprise avec une justesse qui glace. Une lecture nécessaire sur les zones grises de la violence, là où la victime elle-même peine à nommer ce qu’elle a subi.