Soufi, mon amour est un roman de l’écrivaine turque Elif Shafak, publié en 2010 aux éditions Phébus. Le récit entrelace deux trames : celle d’Ella Rubinstein, une Américaine de quarante ans dont la vie bascule lorsqu’elle découvre un manuscrit, et celle de la rencontre historique, au XIIIe siècle, entre le poète Rûmî et le derviche errant Shams de Tabriz. Le roman s’articule autour des quarante règles de l’amour selon la tradition soufie.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. La Bâtarde d’Istanbul (Elif Shafak, 2006)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Ce roman met en scène deux familles que tout oppose : les Kazanci, une lignée matriarcale stambouliote où les hommes meurent jeunes, et les Tchakhmakhchian, Arméniens exilés à San Francisco depuis le génocide de 1915. L’amitié entre Asya, la « bâtarde » rebelle, et Armanoush, jeune Américaine d’origine arménienne, va faire éclater des secrets enfouis depuis des décennies.
Elif Shafak aborde de front la question arménienne avec un ton à la fois ironique et tendre. Le livre lui a valu un procès retentissant en Turquie pour « atteinte à la dignité de l’État turc ». Entre fresque familiale et roman engagé, La Bâtarde d’Istanbul interroge le poids de la mémoire collective et la construction de l’identité lorsque le passé a été volontairement effacé.
2. L’île aux arbres disparus (Elif Shafak, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
En 1974, dans une Chypre déchirée par la guerre civile, le jeune Grec Kostas et la Turque Defne s’aiment malgré la haine qui sépare leurs communautés. Contraints à l’exil, ils se retrouvent des années plus tard à Londres, où naît leur fille Ada. À la mort de sa mère, l’adolescente de seize ans tente de comprendre le silence obstiné de ses parents sur leur passé.
L’originalité du roman tient à l’un de ses narrateurs : un figuier, transplanté de Nicosie au jardin londonien de Kostas, qui porte en lui la mémoire de cette terre fracturée. Elif Shafak en fait le gardien d’une histoire que les humains n’osent pas raconter. Le livre interroge la transmission des traumatismes entre générations et le lien entre l’exil, les racines — au sens propre comme figuré — et la nécessité de nommer le passé pour s’en libérer.
3. Samarcande (Amin Maalouf, 1988)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Le roman se déploie en deux grandes parties. La première suit Omar Khayyâm, poète, astronome et libre-penseur perse du XIe siècle, à travers son séjour à Samarcande et ses rapports avec le vizir Nizam al-Mulk et le redoutable Hassan Sabbah, fondateur de l’ordre des Assassins. Khayyâm consigne ses quatrains — les célèbres Robaïyat — dans un manuscrit qui traversera les siècles.
La seconde partie se situe à la fin du XIXe siècle : un jeune Américain, Benjamin Omar Lesage, part en Perse sur les traces de ce manuscrit et se retrouve au cœur des soubresauts politiques d’un pays tiraillé entre modernité et ingérence étrangère. Amin Maalouf déploie ici tout son talent de conteur et pose un regard lucide sur le fanatisme et la soif de liberté. Le manuscrit finira sa course à bord du Titanic, lors de la nuit du 14 au 15 avril 1912.
4. La Conférence des oiseaux (Farîd al-Dîn Attâr, 1177)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Ce long poème en vers persans — environ 4 500 distiques — est l’un des textes fondateurs du soufisme. La huppe, guide spirituel ailé, convainc les oiseaux du monde de partir en quête du Simorgh, leur roi mythique. Ils doivent pour cela traverser sept vallées symboliques : le désir, l’amour, la connaissance, le détachement, l’unicité, la stupéfaction et l’anéantissement de l’ego.
Un à un, les oiseaux se dérobent, chacun avec une excuse liée à ses propres attachements. Seuls trente d’entre eux parviennent au bout du chemin — et découvrent que le Simorgh (« trente oiseaux » en persan) n’est autre qu’eux-mêmes. Par ce jeu de mots magistral, Attâr formule le cœur de la mystique soufie : le divin ne se trouve pas à l’extérieur, mais au plus profond de soi. Le texte, ponctué de contes et de paraboles, a profondément nourri la pensée de Rûmî.
5. Les secrets de l’amour divin (A. Helwa, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
A. Helwa propose un guide spirituel ancré dans la tradition islamique, où elle puise dans le Coran, la poésie mystique ancienne et les enseignements des grands maîtres soufis — Rûmî en tête — pour aider ses lecteurs et lectrices à approfondir leur lien avec Dieu. L’autrice y conjugue théologie, psychologie contemporaine et exercices pratiques de méditation.
Le livre s’adresse aussi bien aux croyant·e·s qu’aux personnes en recherche spirituelle, quelle que soit leur confession. Son approche, à la fois poétique et pédagogique, s’efforce de rendre accessible une dimension souvent négligée de l’islam : celle d’un amour inconditionnel du Créateur pour sa création. Helwa aborde des questions concrètes — le doute, l’ego, le repentir, la gratitude — sans dogmatisme, avec une sincérité qui a séduit plusieurs centaines de milliers de lecteur·ice·s à travers le monde.
6. Medjnoun et Leïla (Jâmî, 1487)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Le poète bédouin Qaïs tombe éperdument amoureux de sa cousine Leïla. Son amour est si intense et si public qu’il défie l’autorité patriarcale des tribus : les familles s’opposent à leur union. Qaïs, surnommé Medjnoun — « le fou » —, sombre dans une errance solitaire à travers le désert, où il compose des vers pour celle qu’il ne peut rejoindre. Leïla, mariée de force à un autre, demeure fidèle à cet amour impossible.
Jâmî, poète afghan de langue persane, a composé en 1487 la version la plus aboutie de cette légende populaire du Moyen-Orient, équivalent oriental de Roméo et Juliette. Son récit dépasse la tragédie amoureuse : il porte une dimension mystique où l’amour terrestre devient le reflet de l’amour divin. Louis Aragon a revendiqué cette version comme source d’inspiration directe pour son recueil Le Fou d’Elsa.
7. Le Prophète (Khalil Gibran, 1923)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Almustafa, un sage sur le point de quitter la cité fictive d’Orphalèse après douze ans d’exil, est interpellé par ses habitants qui lui posent des questions sur les grands thèmes de l’existence : l’amour, le mariage, les enfants, le travail, la joie, la douleur, la liberté, la mort. À chacun, il répond dans une prose poétique d’une limpidité saisissante.
Long poème en prose rédigé en anglais par cet auteur libano-américain, Le Prophète est l’un des textes les plus lus au monde depuis sa parution, traduit en plus de quarante langues. Gibran y fusionne les traditions mystiques orientales et occidentales pour formuler une sagesse universelle. Comme l’a écrit Amin Maalouf à son sujet, il reste un « écrivain secret » dont le livre circule depuis un siècle « sous des dizaines de millions de manteaux ».