Son odeur après la pluie est un roman de Cédric Sapin-Defour publié en mars 2023 aux éditions Stock. L’auteur y retrace les treize années de vie commune avec son bouvier bernois, Ubac : l’adoption, les randonnées en montagne, les rituels du quotidien, la place grandissante du chien dans sa vie, puis la vieillesse de l’animal et le deuil qui s’ensuit. Tiré à l’origine à 4 800 exemplaires, le livre est devenu l’un des succès les plus inattendus de l’année, avec plus de 450 000 exemplaires vendus en grand format. Récompensé par le prix 30 Millions d’Amis 2023, il a depuis été traduit dans une vingtaine de langues et fait l’objet d’adaptations en bande dessinée, au cinéma et au théâtre.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques pistes.
1. Où les étoiles tombent (Cédric Sapin-Defour, 2025)

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Le vendredi 12 août 2022, dans une vallée de la province de Bolzano, en Italie, Cédric et Mathilde s’élancent en parapente comme ils l’ont fait des centaines de fois. Cédric se retourne : Mathilde a disparu. Elle a chuté d’une centaine de mètres. Sa moelle épinière est sectionnée. Ce qui suit — la course jusqu’au lieu de la chute, l’attente insoutenable, les mois d’hôpital, la rééducation — constitue la matière brute de ce récit, écrit à partir des carnets que l’auteur a remplis dès le lendemain de l’accident, des lettres adressées à sa compagne alors qu’il ignorait encore si elle les lirait un jour.
Le livre alterne entre deux temporalités : celle du couple avant le drame — leur rencontre à l’université, leur vie nomade en montagne, leur liberté partagée — et celle de la reconstruction, heure par heure, geste par geste. Mathilde doit tout réapprendre. Cédric, lui, découvre ce que signifie accompagner au quotidien une personne dont le corps et la mémoire ont été fracturés — lui qui partageait avec elle une existence entièrement fondée sur le mouvement et les sommets.
Après Son odeur après la pluie, Sapin-Defour s’attaque à un autre versant de la perte : non plus la mort d’un être aimé, mais la disparition d’une vie commune telle qu’elle existait. Le couple survit, l’amour demeure, mais tout le reste est à réinventer.
2. Un chien à ma table (Claudie Hunzinger, 2022)

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Sophie, romancière, vit retirée du monde aux Bois-Bannis, dans les Vosges, avec Grieg, son compagnon de toujours — un homme qui dort le jour, lit la nuit, et a depuis longtemps troqué la vie sociale contre les livres. Leur quotidien est celui d’un couple vieillissant qui sent ses forces s’amenuiser, dans un monde lui-même en déclin. Un soir, une jeune chienne apparaît devant leur porte, une chaîne brisée autour du cou, le corps couvert de tiques et marqué par la maltraitance. Sophie la recueille et la baptise Yes — comme un acquiescement à la vie, à l’imprévu, à ce qui recommence.
L’arrivée de Yes dynamite le huis clos. Boule d’énergie intacte malgré les sévices, la chienne pousse Sophie à retourner dehors, à arpenter la forêt, à regarder de nouveau ce qui vit autour d’elle — insectes, oiseaux, lichens, arbres. Grieg, de son côté, sort peu à peu de sa réclusion. Mais Un chien à ma table ne se limite pas à un récit de sauvetage animal. En filigrane, Claudie Hunzinger dresse le constat d’un effondrement écologique en cours : les espèces disparaissent, la nature se défait, et la beauté du vivant n’en devient que plus urgente à consigner.
Récompensé par le prix Femina 2022, le roman se lit comme un contrepoint à Son odeur après la pluie. Là où Sapin-Defour raconte une fin, Hunzinger raconte un recommencement. Mais les deux livres posent la même question : qu’est-ce qu’un animal change, concrètement, à une existence humaine ?
3. Marley et moi : mon histoire d’amour avec le pire chien du monde (John Grogan, 2005)

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Jeunes mariés en Floride, John et Jenny Grogan décident d’adopter un chien pour « tester leurs capacités parentales » avant de fonder une famille. Leur choix se porte sur le plus intrépide des chiots d’une portée de labradors — malgré l’allure peu rassurante du père, dont le gabarit évoque davantage le sanglier que le retriever. Ainsi commencent treize ans de cohabitation avec Marley, un animal aussi affectueux qu’ingérable : il dévore les coussins, avale tout objet à portée de gueule, terrorise les caniches du quartier et réussit l’exploit de se faire renvoyer d’un cours de dressage pourtant dirigé d’une main de fer.
Derrière le registre comique — et certaines scènes sont authentiquement hilarantes, notamment celle où Marley sème le chaos sur une plage pour chiens, renverse tout ce qui bouge et laisse son maître ramasser les morceaux —, le récit suit l’évolution d’une famille entière. Naissances, déménagements, crises conjugales, promotions et déceptions : Marley traverse tout avec la même constance joyeuse, indifférent aux conventions et aux meubles qu’il pulvérise. Quand l’âge finit par le rattraper, la drôlerie cède la place à une émotion d’autant plus forte qu’elle n’a jamais été cherchée.
Journaliste au Philadelphia Inquirer, John Grogan a d’abord fait ses adieux à Marley dans sa chronique, ce qui a provoqué un raz-de-marée de courriers de lecteurs et l’a poussé à en faire un livre. Résultat : plus de huit millions d’exemplaires vendus dans le monde. Si Son odeur après la pluie vous a ému·e par sa gravité, Marley et moi vous touchera par le chemin inverse : celui du rire qui débouche, sans prévenir, sur les larmes.
4. L’Ami (Sigrid Nunez, 2018)

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Écrivaine et professeure de littérature à New York, la narratrice apprend le suicide de son meilleur ami — ancien mentor, amour de jeunesse, professeur d’université charismatique et séducteur en série. Peu après, la troisième épouse du défunt la contacte avec une requête inattendue : accepterait-elle de recueillir Apollon, son chien ? Apollon est un dogue allemand de la taille d’un poney. La narratrice, elle, vit dans un appartement minuscule, préfère les chats, et son bail interdit formellement les animaux. Elle dit oui quand même.
Ce qui pourrait n’être qu’une situation de comédie — une intellectuelle new-yorkaise aux prises avec un molosse endeuillé — devient en réalité un récit sur le deuil, l’amitié et les formes inattendues de la consolation. Incapable de surmonter sa peine par les voies habituelles, la narratrice découvre qu’Apollon, lui aussi dévasté par la perte de son maître, comprend peut-être mieux qu’aucun humain ce qu’elle traverse. En parallèle, elle multiplie les digressions sur la littérature et le métier d’écrivain, mais revient aussi, sans cesse, sur le passé sentimental de l’ami disparu — un homme qui séduisait systématiquement ses étudiantes —, ce qui l’amène à reconsidérer leur amitié à la lumière du mouvement #MeToo, alors au cœur du débat public américain.
Couronné par le National Book Award 2018 (le plus prestigieux prix littéraire américain), L’Ami réussit le tour de force d’être à la fois drôle, érudit et poignant. Pour qui a aimé Son odeur après la pluie, il offre un angle complémentaire : ici, c’est l’animal qui aide l’humain à faire son deuil, et non l’inverse.
5. L’art de courir sous la pluie (Garth Stein, 2008)

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Enzo — nommé ainsi en hommage à Enzo Ferrari — est un chien pas tout à fait comme les autres. Élevé à la télévision et aux conversations de son maître, il possède un esprit qu’il juge lui-même résolument humain. À l’approche de sa mort, il raconte sa vie aux côtés de Denny Swift, pilote automobile dont la spécialité est la conduite sur piste mouillée. Car Enzo en est convaincu, d’après un documentaire sur la Mongolie qu’il a vu à la télé : quand un chien a fini de vivre sa vie de chien, il se réincarne en homme. Autant dire qu’il a hâte.
À travers les yeux d’Enzo défilent les joies et les épreuves de la famille Swift — le mariage, la naissance d’une fille, la maladie de l’épouse, un conflit de garde avec les beaux-parents — avec, en fil rouge, les leçons tirées de la course automobile. Pour Denny comme pour Enzo, la vie fonctionne comme un Grand Prix sous la pluie : celui qui garde les yeux fixés sur la trajectoire idéale, plutôt que sur l’obstacle, finit par passer. C’est naïf sur le papier, mais redoutablement efficace dès lors qu’on se laisse embarquer.
Le roman a été adapté au cinéma en 2019 sous le titre Dans les yeux d’Enzo, avec Kevin Costner pour la voix du chien. Mais c’est le livre qui reste le plus mémorable, grâce à son pari narratif : confier le récit entier à un chien philosophe, drôle et d’une loyauté absolue, dont le regard sur les humains oscille entre la tendresse et la perplexité amusée.
6. M pour Mabel (Helen Macdonald, 2014)

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Helen Macdonald est historienne à Cambridge, naturaliste et passionnée de fauconnerie depuis l’enfance. Quand son père — photographe de presse, celui qui l’avait initiée toute petite à l’observation des oiseaux — meurt subitement en pleine rue, elle bascule. Pour ne pas sombrer, elle se lance dans un projet aussi radical qu’ancien : dresser un autour. L’autour est un rapace de la famille des éperviers, utilisé en fauconnerie mais réputé quasi impossible à apprivoiser — là où le faucon finit par coopérer, l’autour reste imprévisible, nerveux, féroce. Helen appelle le sien Mabel, du latin amabilis — « aimable », ce qui relève, pour un autour, d’un optimisme certain.
Le récit de cet apprentissage — fait de patience, d’échecs et de fulgurances — s’entrelace avec l’histoire de T. H. White (1906-1964), l’écrivain britannique surtout connu pour The Once and Future King, le cycle arthurien qui a inspiré le Merlin l’Enchanteur de Disney. White avait lui aussi tenté de dresser un autour dans les années 1930, et en avait tiré un livre. Mais là où Helen cherche dans l’oiseau un chemin vers la guérison, White — homme solitaire, tourmenté par une enfance violente et une homosexualité qu’il n’osait pas vivre — y cherchait plutôt à dominer par procuration ce qui lui échappait dans sa propre vie. Le parallèle entre ces deux destins donne au livre une profondeur qui dépasse largement le récit animalier.
Récompensé par le prix du Meilleur Livre étranger 2016 en France, M pour Mabel ne ressemble à aucun autre livre : c’est à la fois une autobiographie, un traité de fauconnerie et le portrait d’un écrivain oublié. Il séduira les lecteur·ices de Son odeur après la pluie qui souhaitent retrouver cette intensité du lien humain-animal, mais sous une forme radicalement différente — ici, pas de regard doux ni de truffe humide, mais des serres, un bec et des yeux jaunes qui ne cillent pas.
7. Les mémoires d’un chat (Hiro Arikawa, 2012)

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Nana est un chat de gouttière au franc-parler et à la queue tordue — tordue en forme de chiffre sept, nana en japonais, d’où son nom. Farouchement attaché à sa liberté, il finit pourtant par accepter l’hospitalité de Satoru, un jeune homme qui le soigne après un accident de voiture. Cinq ans de cohabitation heureuse plus tard, Satoru se retrouve contraint de lui trouver un nouveau foyer. Sans révéler pourquoi — et c’est là tout le ressort du roman —, il charge Nana dans sa voiture et entame un périple à travers le Japon, d’ancien camarade de classe en ancien camarade de classe, dans l’espoir que l’un d’eux adopte son chat.
Chaque étape du voyage est racontée alternativement par Nana — dont les commentaires sur les humains sont d’une lucidité féline très réjouissante — et par les amis de Satoru, qui livrent au passage des pans entiers de son passé. On découvre ainsi, par touches successives, l’enfance de Satoru, la mort de ses parents, ses déménagements à répétition, ses amitiés nouées puis perdues de vue — et, lentement, la raison pour laquelle il doit se séparer de Nana. La révélation finale frappe d’autant plus fort qu’elle a été préparée avec une patience redoutable.
Best-seller au Japon et traduit dans de nombreuses langues, Les mémoires d’un chat est un roman sur l’adoption, la loyauté et la difficulté de dire adieu à ceux qu’on aime — qu’ils aient deux ou quatre pattes. Les amoureux des chiens ne sont pas les seul·es à pouvoir pleurer devant un livre : les amoureux des chats, avec celui-ci, seront largement servis.