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Que lire après « Sherlock Holmes » d'Arthur Conan Doyle ?

Que lire après « Sherlock Holmes » d’Arthur Conan Doyle ?

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Créé par Arthur Conan Doyle en 1887 dans le roman Une étude en rouge, Sherlock Holmes est un détective privé installé au 221B Baker Street, à Londres, accompagné de son fidèle ami et narrateur, le docteur Watson. En quatre romans et cinquante-six nouvelles publiés entre 1887 et 1927, Conan Doyle a façonné l’archétype du détective de fiction : un esprit d’observation redoutable, une méthode de déduction implacable et un sens du spectacle qui n’appartient qu’à lui. Le succès des aventures de Holmes — d’abord dans le Strand Magazine, puis dans le monde entier — a fixé pour longtemps les codes du genre policier.

Si vous vous demandez quoi lire une fois le canon holmésien refermé, voici quelques recommandations dans la même veine — des ancêtres du détective de Baker Street aux héritiers les plus assumés.


1. Double assassinat dans la rue Morgue (Edgar Allan Poe, 1841)

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Avant Holmes, il y eut le chevalier Auguste Dupin. Dans cette nouvelle parue en avril 1841 dans le Graham’s Magazine, Edgar Allan Poe pose les fondations du récit policier moderne. L’intrigue se déroule dans un Paris fictif : deux femmes de la famille l’Espanaye sont retrouvées sauvagement assassinées dans leur appartement de la rue Morgue. L’une est étranglée et encastrée dans un conduit de cheminée ; l’autre gît dans la cour, la gorge tranchée. Toutes les issues sont verrouillées de l’intérieur. La police piétine.

C’est Dupin, aristocrate ruiné mais d’une intelligence féroce, qui se saisit de l’affaire pour le pur plaisir de l’exercice mental. Accompagné d’un narrateur admiratif (un schéma que Conan Doyle reprendra sans complexe quarante-six ans plus tard), il démonte l’énigme par l’observation et la logique pure. La nouvelle s’ouvre d’ailleurs sur une longue réflexion théorique consacrée à l’analyse — un exercice de style que Conan Doyle n’oubliera pas.

Conan Doyle connaissait bien son prédécesseur : il fait dire à Holmes, dans Une étude en rouge, que Dupin est « un collègue tout à fait inférieur ». La mauvaise foi est savoureuse. Lire Double assassinat dans la rue Morgue, c’est remonter à la source du roman policier et constater que tout — le duo enquêteur-narrateur, la supériorité intellectuelle du héros, l’humiliation de la police officielle — était déjà là.


2. La Pierre de Lune (Wilkie Collins, 1868)

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Publié en feuilleton dans le magazine All the Year Round dirigé par Charles Dickens, La Pierre de Lune est souvent considéré comme le premier roman policier de langue anglaise. Le poète T. S. Eliot le qualifiait même de « premier, plus abondant et meilleur de tout ce que l’Angleterre a produit en matière de roman d’énigme ». L’intrigue s’articule autour d’un fabuleux diamant jaune, arraché à un temple sacré en Inde par un officier anglais, puis légué par testament à sa nièce, la jeune Rachel Verinder, le soir de ses dix-huit ans. Dès la nuit suivante, la pierre disparaît.

Ce qui frappe d’abord, c’est la construction narrative polyphonique : l’histoire est racontée successivement par plusieurs témoins — du vieux majordome Gabriel Betteredge, qui ne jure que par Robinson Crusoé, à l’insupportable Miss Clack, bigote accomplie, sans oublier le sergent Cuff de Scotland Yard, policier longiligne et passionné de roses. Chaque narrateur apporte son regard, ses lacunes et ses préjugés, et le lecteur doit reconstituer la vérité à partir de ces témoignages partiels — et partiaux.

Rebondissements, fausses pistes, multiplicité des suspects, indices en apparence insignifiants : tous les ingrédients du futur roman à énigme sont déjà réunis. Collins en profite aussi pour porter un regard incisif sur la bonne société victorienne, ses vices privés et ses vertus de façade. Quand Holmes apparaîtra, dix-neuf ans plus tard, le terrain sera prêt.


3. Arsène Lupin contre Herlock Sholmès (Maurice Leblanc, 1908)

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Et si le meilleur adversaire de Sherlock Holmes n’était ni le professeur Moriarty ni Irene Adler, mais un gentleman-cambrioleur français ? C’est le pari — délicieusement culotté — de Maurice Leblanc dans ce recueil de deux longs récits, La Dame blonde et La Lampe juive. Le duel met aux prises Arsène Lupin, génie du déguisement et roi de l’évasion, et un certain Herlock Sholmès, détective anglais venu de Londres flanqué de son compagnon Wilson. La ressemblance avec un locataire de Baker Street n’est pas fortuite : Leblanc avait initialement utilisé le vrai nom de Sherlock Holmes, avant que les avocats de Conan Doyle ne l’obligent à procéder à un discret anagramme.

L’affrontement tient toutes ses promesses. Deux méthodes d’investigation se font face : la déduction froide et méthodique du détective anglais contre l’intuition fulgurante et le panache du cambrioleur français. Leblanc ne fait pas mystère de ses préférences nationales — nous sommes en 1906, l’Entente cordiale est toute fraîche et les souvenirs de Fachoda encore vivaces —, mais il accorde à Sholmès de véritables moments de bravoure. Et c’est dans l’estime que les deux adversaires finissent par se porter que le livre trouve sa meilleure note.

Ce recueil constitue aussi l’un des premiers « crossovers » de l’histoire littéraire : Leblanc emprunte sans vergogne le héros d’un autre auteur — à peine rebaptisé — pour le confronter au sien. Le tout baigne dans un humour et une légèreté absents du canon holmésien. Paris devient un terrain de jeu à part entière, avec ses passages secrets, ses automobiles et ses bicyclettes — un décor aussi vivace que son héros.


4. Le Mystère de la chambre jaune (Gaston Leroux, 1907)

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Gaston Leroux, ancien chroniqueur judiciaire au journal Le Matin, rêvait de surpasser Poe et Conan Doyle sur leur propre terrain : celui du crime impossible. Sa chambre à lui serait « close comme un coffre-fort », sans passage secret ni subterfuge. Publié en feuilleton dans L’Illustration en 1907, Le Mystère de la chambre jaune tient parole. Au château du Glandier, Mathilde Stangerson, fille d’un savant illustre, est retrouvée à demi morte dans une chambre verrouillée de l’intérieur, les volets clos, sans la moindre trace de l’agresseur. Sur les murs : une empreinte de main ensanglantée. Sur le sol : un os de mouton.

L’enquête est menée par Joseph Rouletabille, reporter de dix-huit ans, tête brûlée et esprit acéré, qui oppose sa méthode — trouver « le bon bout de la raison » — à celle du policier Frédéric Larsan, enquêteur expérimenté et réputé infaillible. Le roman, raconté par Sainclair, ami de Rouletabille, joue avec les attentes du lecteur à chaque chapitre : un nouvel élément mystérieux apparaît, dont l’explication n’arrive que bien plus tard.

L’influence de Conan Doyle est revendiquée (Leroux cite L’Aventure de la bande mouchetée dans le texte), mais Leroux apporte au genre une dimension feuilletonesque assumée et un sens du coup de théâtre qui lui est propre. Jean Cocteau lui-même a écrit une préface élogieuse, conservée d’édition en édition. Ce n’est pas un hasard si Hercule Poirot, sous la plume d’Agatha Christie, salue ce roman comme un modèle du genre.


5. La Mystérieuse Affaire de Styles (Agatha Christie, 1920)

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Publié en octobre 1920, le premier roman d’Agatha Christie est aussi la première apparition d’Hercule Poirot, petit Belge méticuleux et suffisant, réfugié en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale. L’histoire se déroule à Styles Court, un manoir de l’Essex où la richissime Emily Inglethorp vit entourée de sa famille — beaux-fils, belle-fille, jeune protégée — et d’un second époux, Alfred Inglethorp, que tout le monde déteste cordialement. Quand Emily meurt empoisonnée à la strychnine, les soupçons convergent vers le mari. Trop beau pour être vrai, estime Poirot.

Le récit est narré par le capitaine Arthur Hastings, rapatrié du front et invité au manoir par son ami John Cavendish. Hastings joue ici le rôle du Watson de service — admiratif, un peu naïf, toujours prompt à accuser le mauvais suspect. C’est dans ce roman que Christie met en place sa marque de fabrique : une galerie de suspects dont chacun avait un mobile, des indices disséminés sous les yeux du lecteur, et un dénouement où Poirot réunit tout le monde pour dévoiler la vérité dans un monologue magistral.

Christie a écrit ce roman à vingt-sept ans, sur un défi lancé par sa sœur (« Serais-tu capable d’écrire un roman policier ? »). La réponse tient en soixante-six romans, cent cinquante-quatre nouvelles et vingt pièces de théâtre. Tout a commencé ici, dans un manoir anglais, avec une tasse de thé — ou de chocolat — dont le contenu méritait un examen plus attentif.


6. L’Innocence du Père Brown (G. K. Chesterton, 1911)

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Le père Brown est le « sel dans le sucrier » de la littérature policière — l’expression est de Chesterton lui-même, qui aimait les paradoxes. Là où Sherlock Holmes impressionne par sa stature et sa froide logique, le père Brown déroute par son apparence insignifiante : un petit prêtre catholique à l’air égaré, armé d’un chapeau trop grand et d’un parapluie encombrant. On ne l’imagine pas résoudre quoi que ce soit, et c’est précisément son avantage.

Ce premier recueil rassemble douze nouvelles parues entre 1910 et 1911. La plus célèbre, La Croix bleue, met en scène la traque de Flambeau, géant gascon et voleur de génie, par Aristide Valentin, chef de la police parisienne. Mais c’est le père Brown, porteur inattendu d’une croix d’argent ornée de saphirs, qui coiffe tout le monde au poteau. D’autres nouvelles — Le Jardin secret, L’Homme invisible, Le Marteau de Dieu — proposent des crimes en apparence impossibles ou surnaturels, que le prêtre démystifie par la raison et par sa connaissance intime de l’âme humaine.

Car la méthode du père Brown repose moins sur les indices matériels que sur l’empathie. Prêtre de confession, il connaît les ressorts de la faute humaine de l’intérieur. Là où Holmes observe des traces de boue et des cendres de cigarette, Brown sonde les cœurs et les consciences. Chesterton en fait un anti-Holmes radical — et un personnage d’une humanité peu commune, chez qui l’humour très anglais n’exclut jamais la bienveillance.


7. Lord Peter et l’inconnu (Dorothy L. Sayers, 1923)

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Dorothy L. Sayers, l’une des premières femmes diplômées d’Oxford (en histoire médiévale), fait ses débuts dans le roman policier avec cette enquête qui inaugure la série des Lord Peter Wimsey. Lord Peter est un aristocrate fantasque, cadet du duc de Denver, bibliophile passionné et détective amateur par goût du mystère. Il est secondé par Bunter, son domestique d’une loyauté et d’une compétence impeccables — sorte de Jeeves qui aurait aussi des talents en photographie judiciaire.

L’affaire débute de façon spectaculaire : un certain M. Thipps, architecte sans histoires, découvre dans sa baignoire le cadavre d’un inconnu entièrement nu, un pince-nez en or pour seul attribut. La même nuit, le financier sir Reuben Lévy a disparu de son domicile londonien. L’inspecteur Sugg, de Scotland Yard, veut boucler l’affaire : pour lui, le cadavre est celui du financier disparu. Lord Peter, lui, flaire une machination plus retorse.

Ce qui fait le prix du roman, plus encore que l’intrigue, c’est le portrait de son personnage principal : Lord Peter n’est pas seulement brillant, il est aussi fragile — vétéran de la Grande Guerre, sujet à des crises de neurasthénie. Sayers refuse de faire de son héros un pur mécanisme de déduction ; elle lui donne une conscience morale, un doute face aux conséquences de ses enquêtes — confondre un coupable, c’est aussi l’envoyer à la potence. En 1923, rares sont les détectives de fiction qui perdent le sommeil après avoir résolu une affaire.


8. Pietr-le-Letton (Georges Simenon, 1931)

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Le commissaire Maigret fait ici sa première apparition officielle en roman, et il arrive tout armé : pipe, poêle à charbon, faux col trop serré et regard pesant. Publié en mai 1931, Pietr-le-Letton est le roman par lequel Simenon, prolifique auteur de littérature populaire sous pseudonymes divers, signe enfin sous son vrai nom. Le ton est posé d’emblée : on est loin des salons anglais et des énigmes en chambre close.

L’intrigue débute gare du Nord. Maigret guette l’arrivée de Pietr-le-Letton, escroc international signalé par la police de Cracovie. Mais le suspect descend tranquillement du train tandis qu’on découvre, dans les toilettes du même convoi, le cadavre d’un homme qui lui ressemble trait pour trait. L’enquête se déploie entre le palace du Majestic sur les Champs-Élysées et un hôtel misérable de la rue du Roi-de-Sicile, entre le Paris cosmopolite des années 1930 et celui des immigrés entassés dans des garnis insalubres.

Maigret n’est pas un raisonneur à la Holmes. Sa méthode, déjà formulée dans ce premier roman, consiste à s’immerger dans le milieu — à observer, boire des verres au comptoir, attendre la « fissure » dans la personnalité du suspect. Ce premier Maigret privilégie encore les rebondissements spectaculaires (l’inspecteur Torrence est tué, Maigret lui-même est blessé), mais l’essentiel est déjà là : une humanité bourrue, une attention aux êtres plus qu’aux indices, et un Paris dont on sent l’odeur de pluie et de charbon.


9. La Maison de soie (Anthony Horowitz, 2011)

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Pour la première fois, les ayants droit d’Arthur Conan Doyle ont officiellement confié à un autre auteur le soin d’écrire une nouvelle aventure de Sherlock Holmes. Le choix s’est porté sur Anthony Horowitz, qui s’acquitte de la mission avec brio. Le roman se présente comme un manuscrit du docteur Watson, rédigé un an après la mort de Holmes, avec la consigne qu’il ne soit pas ouvert avant cent ans — les événements relatés sont trop « monstrueux » et « choquants » pour l’époque victorienne.

Londres, novembre 1890. Le marchand d’art Edmund Carstairs vient consulter Holmes : il se croit surveillé par un homme lié à un épisode violent de son passé en Amérique. Holmes envoie Ross, l’un des « Irréguliers de Baker Street » — ces gamins des rues qu’il emploie comme informateurs — monter la garde. L’enfant est retrouvé mort dans des circonstances atroces, un ruban de soie noué au poignet. L’enquête bascule alors dans une tout autre direction, bien plus sinistre, qui remonte jusqu’aux plus hautes sphères de la société britannique.

Le pari d’Horowitz est double : respecter scrupuleusement l’univers de Conan Doyle — les personnages (Lestrade, Mycroft, Mrs Hudson, et même Moriarty dans un rôle inattendu), la chronologie, l’atmosphère du Londres victorien — et traiter des thèmes que le canon original ne pouvait pas toucher. Le résultat n’est ni un pastiche servile ni une trahison : c’est un prolongement sincère, nourri d’une connaissance intime du matériau d’origine et d’une conviction simple — le meilleur hommage qu’on puisse rendre à Holmes, c’est encore une bonne enquête.