Paru en 2011 en hébreu puis traduit en français en 2015, Sapiens : Une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari retrace l’histoire d’Homo sapiens depuis ses origines africaines jusqu’au XXIe siècle.
L’ouvrage s’articule autour de trois grandes ruptures — les révolutions cognitive, agricole et scientifique — et défend la thèse que notre espèce doit sa domination planétaire à sa capacité unique de coopérer en grand nombre grâce à des fictions partagées (religions, nations, monnaies, droits).
Traduit dans plus de soixante langues et vendu à des dizaines de millions d’exemplaires, le livre est devenu un phénomène éditorial mondial. Reste la question que se posent beaucoup de ses lecteurs : par quoi enchaîner ?
1. Homo Deus (Yuval Noah Harari, 2015)

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Prolongement naturel de Sapiens, Homo Deus inverse la perspective : après avoir scruté le passé, Harari se tourne vers l’avenir. Son postulat est que l’humanité a, dans une large mesure, maîtrisé les trois fléaux historiques que sont la famine, les épidémies et la guerre. Se pose alors une question : que ferons-nous de cette puissance inédite ?
Harari examine la montée de l’intelligence artificielle, des biotechnologies et de ce qu’il appelle le « dataïsme » — l’idée que tout système, y compris un être humain, se réduit à un flux de données et que la valeur d’une entité se mesure à sa contribution au traitement de l’information. Dans ce scénario, une élite augmentée pourrait se hisser au rang d’Homo Deus, tandis qu’une vaste partie de l’humanité deviendrait économiquement superflue. Le livre n’a pas la prétention de prédire : il cartographie les embranchements qui nous attendent.
2. Nexus (Yuval Noah Harari, 2024)

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Avec Nexus, Harari prolonge sa réflexion à travers l’histoire des réseaux d’information. Des premiers mythes oraux aux algorithmes contemporains, il montre comment chaque innovation informationnelle — écriture, imprimerie, Internet — a redistribué le pouvoir et reconfiguré les sociétés. Le fil conducteur reste celui de Sapiens : ce sont les récits collectifs qui cimentent la coopération humaine.
La seconde moitié du livre se consacre à l’intelligence artificielle, que Harari décrit comme le premier réseau d’information capable de prendre des décisions de façon autonome. Là où l’imprimerie ou la radio restaient des canaux passifs entre des esprits humains, l’IA génère elle-même des idées, des images et des stratégies — une rupture sans précédent.
Élu meilleur essai 2024 par le magazine Lire, Nexus approfondit les rapports entre information, vérité et pouvoir esquissés dans les deux premiers livres.
3. De l’inégalité parmi les sociétés (Jared Diamond, 1997)

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Harari cite lui-même Jared Diamond comme l’une de ses influences majeures. Dans cet essai — couronné du prix Pulitzer en 1998 — Diamond part d’une question posée par Yali, un Papou de Nouvelle-Guinée : pourquoi les Européens ont-ils colonisé le reste du monde, et non l’inverse ? Sa réponse évacue toute explication raciale ou génétique et repose sur des facteurs géographiques et environnementaux.
La répartition inégale des plantes cultivables et des animaux domesticables, l’orientation est-ouest du continent eurasien (qui facilite la diffusion des espèces à latitude constante), la propagation des germes au sein de populations denses : Diamond assemble ces éléments en un argument d’une cohérence redoutable, nourri de génétique, d’épidémiologie, de linguistique et d’archéologie. Treize mille ans d’histoire tiennent dans cette démonstration — et on comprend mieux, après l’avoir lue, pourquoi Harari s’en est tant inspiré.
4. Au commencement était… (David Graeber & David Wengrow, 2021)

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Ce livre volumineux (plus de 700 pages) prend le contre-pied des récits linéaires de l’histoire humaine — y compris celui de Harari. L’anthropologue David Graeber et l’archéologue David Wengrow y démontent le schéma classique selon lequel les sociétés auraient suivi une trajectoire unique, des chasseurs-cueilleurs égalitaires aux États hiérarchiques.
À partir des données archéologiques les plus récentes, les auteurs montrent que nos ancêtres ont expérimenté une diversité considérable de formes politiques — parfois hiérarchiques, parfois égalitaires, selon les saisons. Ils remettent aussi en lumière l’influence intellectuelle des peuples autochtones d’Amérique sur les penseurs des Lumières, notamment à travers Kondiaronk, chef wendat du XVIIe siècle dont les critiques de la société française ont nourri les débats européens sur la liberté et l’égalité. Un livre qui oblige à repenser ce que l’on croyait acquis sur nos origines sociales.
5. Le Gène égoïste (Richard Dawkins, 1976)

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Classique de la vulgarisation scientifique, Le Gène égoïste opère un changement de focale radical : plutôt que de voir les organismes comme les unités de la sélection naturelle, Dawkins adopte le point de vue du gène. Nous serions, selon sa formule restée célèbre, des « machines à survie » programmées pour préserver des molécules réplicatrices.
Le livre détaille les stratégies évolutivement stables, la sélection de parentèle et les mécanismes qui sous-tendent l’altruisme apparent chez les animaux. C’est aussi dans ces pages que Dawkins forge le concept de « mème » — une unité d’imitation culturelle (un air de musique, un slogan, une mode vestimentaire) qui se propage d’un cerveau à l’autre selon une logique analogue à celle des gènes.
En 2017, le Royal Society Science Books Prize a désigné Le Gène égoïste comme le livre scientifique le plus influent de tous les temps. Là où Sapiens traite de la dimension culturelle de notre espèce, Dawkins en révèle la mécanique biologique.
6. Les Routes de la soie (Peter Frankopan, 2015)

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Professeur d’histoire à Oxford, Peter Frankopan décentre le récit de l’histoire mondiale, habituellement arrimé à la Grèce antique, à Rome et à l’Europe occidentale. Il déplace l’attention vers la vaste zone qui s’étend de la Méditerranée orientale à l’Himalaya — le « cœur du monde », carrefour où se sont noués, pendant 2 500 ans, les échanges de marchandises, de religions, de savoirs et de germes.
D’Alexandre le Grand aux guerres du pétrole, des invasions mongoles aux nouvelles routes de la soie chinoises, Frankopan suit les flux commerciaux, militaires et spirituels qui ont façonné le monde. Son livre rappelle une réalité souvent occultée : la domination occidentale n’a occupé qu’une fraction de l’histoire humaine, et les centres de gravité du pouvoir ont toujours été mobiles. Une perspective que Sapiens, malgré ses ambitions planétaires, n’aborde qu’à grands traits.
7. Origines (Lewis Dartnell, 2019)

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Lewis Dartnell, astrobiologiste à l’université de Westminster, pose une question que les historiens négligent : dans quelle mesure la Terre elle-même a-t-elle façonné l’histoire humaine ? Des forces tectoniques qui ont impulsé l’évolution des hominidés en Afrique orientale aux gisements de charbon qui ont rendu possible la révolution industrielle, sans oublier les cycles climatiques qui ont poussé nos ancêtres vers l’agriculture, Dartnell établit des liens concrets entre géologie et civilisation.
Le livre fourmille de connexions inattendues. L’une des plus saisissantes : le comportement électoral dans certains États du sud des États-Unis suit encore le tracé d’un littoral marin vieux de plusieurs millions d’années — parce que les sédiments marins ont produit un sol fertile, qui a attiré les plantations de coton, puis l’esclavage, dont l’héritage démographique se lit encore dans les urnes. Là où Harari s’intéresse aux fictions collectives, Dartnell met en lumière les contraintes physiques qui les ont rendues possibles.
8. Il était une fois le gène (Siddhartha Mukherjee, 2016)

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Oncologue à l’université Columbia et lauréat du prix Pulitzer 2011 pour L’Empereur de toutes les maladies (une biographie du cancer), Siddhartha Mukherjee reconstitue l’histoire de la génétique, des expériences de Mendel sur les petits pois jusqu’aux promesses et aux dilemmes de la technologie CRISPR.
Le récit est aussi intime que scientifique : Mukherjee y entrelace l’histoire de sa propre famille — marquée par la schizophrénie et le trouble bipolaire — avec celle de la discipline. Watson et Crick, la double hélice, les dérives de l’eugénisme américain, le séquençage du génome humain : le livre traverse un siècle et demi de découvertes sans jamais perdre de vue leur portée éthique. Que signifie, concrètement, pouvoir « réécrire » le vivant ? Harari pose cette question en filigrane dans Homo Deus ; Mukherjee y consacre six cents pages avec une précision de clinicien.
9. La Sixième Extinction (Elizabeth Kolbert, 2014)

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Journaliste scientifique au New Yorker, Elizabeth Kolbert a reçu le prix Pulitzer 2015 pour cet ouvrage. Depuis l’apparition de la vie sur Terre, cinq extinctions massives ont frappé le vivant — la plus célèbre étant celle qui a mis fin au règne des dinosaures il y a 66 millions d’années. La communauté scientifique estime aujourd’hui qu’une sixième est en cours, et que l’espèce responsable n’est autre qu’Homo sapiens.
Kolbert parcourt la planète — forêt amazonienne, Grande Barrière de corail, Muséum d’histoire naturelle de Paris — pour documenter la disparition accélérée d’espèces animales et végétales. Elle remonte aussi aux travaux pionniers de Georges Cuvier, le premier à avoir démontré que des espèces pouvaient disparaître (une idée scandaleuse à son époque). Le ton est factuel, jamais militant, et c’est précisément ce qui donne au livre sa force de conviction. Sapiens consacre quelques pages au rôle destructeur de notre espèce ; Kolbert en fait le sujet entier de son enquête.
10. L’Invention de la nature (Andrea Wulf, 2015)

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Andrea Wulf consacre cette biographie à Alexander von Humboldt (1769–1859), naturaliste, géographe et explorateur prussien, figure jadis aussi célèbre que Napoléon — et aujourd’hui largement oubliée. Humboldt fut le premier à concevoir la nature comme un tout interconnecté, un réseau de forces et d’organismes interdépendants. Dès 1800, il alertait sur les dégâts climatiques provoqués par la déforestation coloniale en Amérique du Sud.
Le livre suit ses expéditions — des volcans des Andes aux steppes de Russie — et montre son influence sur Darwin (qui embarqua pour le voyage du Beagle après avoir lu ses récits), sur Thoreau, sur Bolívar, ou encore sur Jules Verne, dont le capitaine Nemo possédait l’intégrale de ses œuvres. Classé parmi les dix meilleurs livres de l’année 2015 par le New York Times, L’Invention de la nature rappelle que l’écologie n’est pas née au XXe siècle : ses fondations intellectuelles ont plus de deux cents ans.
11. Une histoire de tout, ou presque (Bill Bryson, 2003)

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Lauréat du prix Aventis et du prix Descartes de l’Union européenne, cet ouvrage de Bill Bryson est une somme de vulgarisation scientifique d’une ambition rare. Du Big Bang à l’apparition de la vie, de la tectonique des plaques à la physique quantique, Bryson traverse l’ensemble des grandes disciplines — cosmologie, géologie, chimie, paléontologie, biologie — avec un sens de la narration et de l’humour qui rend les sujets les plus ardus limpides.
Ce qui fait la singularité du livre, c’est moins le contenu scientifique lui-même que la façon dont Bryson raconte les tâtonnements, les rivalités et les coups de génie qui y ont conduit. On découvre des savants excentriques, des découvertes fortuites et des erreurs fécondes. Si Sapiens raconte l’histoire de notre espèce, Une histoire de tout, ou presque raconte celle du décor : l’univers et la planète qui nous ont vu naître.