Publié en 2005 aux États-Unis sous le titre Looking for Alaska, Qui es-tu Alaska ? est le premier roman de John Green. On y suit Miles Halter, un adolescent de seize ans qui quitte la Floride pour le pensionnat de Culver Creek, en Alabama, guidé par une citation de Rabelais sur la quête d’un « Grand Peut-Être ». Il y rencontre Alaska Young — insaisissable, drôle, écorchée — et un groupe d’amis avec qui il va connaître ses premières fêtes, ses premières transgressions et son premier deuil. Structuré autour d’un compte à rebours (« avant » / « après »), le roman aborde la perte, l’amitié et la quête de sens avec une frontalité peu commune dans la littérature pour adolescent·es. Lauréat du Michael L. Printz Award, il s’est imposé comme un classique du genre young adult et a été adapté en mini-série par Hulu en 2019.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations dans la même veine.
1. Nos étoiles contraires (John Green, 2012)

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Hazel Grace Lancaster a seize ans, un cancer de la thyroïde qui a métastasé dans ses poumons, et une bouteille d’oxygène en guise de compagne de route. Lors d’un groupe de soutien pour jeunes malades — où elle se rend surtout pour faire plaisir à sa mère —, elle croise le regard d’Augustus Waters, dix-sept ans, en rémission d’un ostéosarcome qui lui a coûté une jambe. Entre eux, l’attirance est immédiate. Ensemble, ils partagent leurs lectures, leurs réflexions sur la mort et un humour corrosif qui tient la pitié à distance. Leur obsession commune pour un roman fictif, Une impériale affliction, les entraîne jusqu’à Amsterdam pour en rencontrer l’auteur — un voyage qui ne se déroulera pas tout à fait comme prévu.
Le roman tient par son refus catégorique du misérabilisme. Hazel et Augustus ne sont pas des figures pathétiques : ce sont deux esprits vifs, drôles et lucides pris dans une situation tragique. Green fait rire — vraiment rire — entre deux pages qui serrent la gorge, et c’est ce va-et-vient qui rend le livre si difficile à lâcher. Le film de Josh Boone (2014), porté par Shailene Woodley et Ansel Elgort, a contribué à faire du roman un phénomène mondial — mais le livre ne se résume pas à une histoire d’amour : c’est une réflexion sur ce que signifie laisser une trace quand le temps vous est compté.
2. La face cachée de Margo (John Green, 2008)

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Quentin Jacobsen est amoureux de sa voisine Margo Roth Spiegelman depuis à peu près toujours — six syllabes qu’il pourrait réciter dans son sommeil. Une nuit, Margo frappe à sa fenêtre et l’embarque dans une expédition vengeresse à travers Orlando : intrusions, poissons morts, bombes de peinture et une escapade illégale à SeaWorld. Le lendemain, Quentin arrive au lycée ivre de cette nuit. Margo, elle, n’arrive pas du tout. Elle a disparu, comme elle en a l’habitude — sauf que cette fois, elle a semé des indices. Et Quentin est persuadé qu’ils lui sont destinés.
L’histoire se déploie en trois mouvements : la nuit folle, l’enquête, puis un road trip échevelé vers une ville fantôme appelée Agloe — un nom inventé par des cartographes pour piéger les plagiaires, et qui a fini par désigner un lieu réel. Mais le véritable sujet du livre n’est pas tant de retrouver Margo que de se demander si Quentin la connaît réellement, ou s’il n’est amoureux que d’une image qu’il s’est fabriquée. Green creuse l’écart entre la personne que l’on fantasme et celle qui existe — un thème déjà présent dans Qui es-tu Alaska ?, traité ici sous un angle plus ludique et parfois franchement hilarant, notamment grâce à Ben et Radar, deux personnages secondaires dont chaque apparition est un bonheur.
3. Le Monde de Charlie (Stephen Chbosky, 1999)

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Charlie a quinze ans, pas d’amis, un passé qu’il préfère tenir à distance et une sensibilité que tout le monde autour de lui qualifie de « bizarre ». Son année de lycée aurait pu se résumer à de la survie sociale si deux élèves plus âgés, Patrick et Sam, ne l’avaient pris sous leur aile. Avec eux, Charlie découvre les fêtes, les mixtapes, les tunnels traversés debout sur la banquette arrière d’un pick-up — et tout ce qui fait que la vie, malgré tout, vaut la peine.
Pas de chapitres classiques ici : le livre est entièrement constitué de lettres que Charlie adresse à un destinataire anonyme — un choix qui colle parfaitement au personnage, trop timide pour parler mais incapable de se taire. Charlie raconte ce qu’il voit et ce qu’il ressent sans filtre, avec les mots d’un adolescent qui ne comprend pas toujours ce qui se joue autour de lui — ce qui rend certaines révélations d’autant plus saisissantes. Chbosky aborde l’homosexualité, la violence familiale, les traumatismes enfouis et la santé mentale sans jamais transformer son texte en catalogue de thèmes « importants ». Le tout baigne dans une bande-son impeccable (The Smiths, David Bowie, Fleetwood Mac) et une passion contagieuse pour les livres — le professeur de Charlie lui fait lire L’Attrape-cœurs de Salinger, et l’on comprend vite d’où vient le roman. Chbosky a lui-même réalisé l’adaptation cinématographique en 2012, avec Logan Lerman, Emma Watson et Ezra Miller dans les rôles principaux.
4. Tous nos jours parfaits (Jennifer Niven, 2015)

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Theodore Finch est ce que son lycée appelle poliment « la bête curieuse » — et moins poliment, « le taré ». Il oscille entre des phases d’énergie débordante et des gouffres dont il ne parle à personne. Violet Markey, elle, avait tout pour elle jusqu’au jour où sa sœur est morte dans un accident de voiture. Neuf mois plus tard, elle n’a toujours pas retrouvé pied. Le jour où ces deux-là se retrouvent en haut du clocher du lycée, chacun au bord du vide, est aussi le jour où leurs trajectoires se croisent — et s’inversent.
Associés pour un projet scolaire qui les oblige à sillonner l’Indiana à la recherche de ses curiosités les plus improbables (un parc de bibliobus à la retraite, un point culminant remarquablement plat), Finch et Violet entament une relation qui va transformer Violet. Le problème, c’est que pendant qu’elle réapprend à vivre, Finch s’enfonce. La narration alterne entre leurs deux points de vue en chapitres courts, et c’est précisément ce jeu de miroirs qui donne au roman sa force — et son caractère dévastateur. Niven, dont l’histoire est en partie inspirée d’une perte personnelle, ne cherche pas à adoucir les angles. C’est un roman qui pose une question sans réponse toute faite : que fait-on quand on aime quelqu’un qu’on ne peut pas sauver ?
5. Eleanor & Park (Rainbow Rowell, 2013)

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Nous sommes en 1986, à Omaha, Nebraska. Eleanor débarque dans un nouveau lycée avec ses cheveux roux, ses rondeurs, ses vêtements dépareillés et une vie familiale catastrophique en prime — un beau-père violent, une mère sous emprise, une chambre partagée avec quatre frères et sœurs. Park, fils d’un vétéran américain et d’une mère coréenne, est un garçon discret qui a érigé l’effacement en stratégie de survie. Quand Eleanor s’assoit à côté de lui dans le bus scolaire, il l’ignore. Elle lit par-dessus son épaule ses comics de X-Men. C’est le début de tout.
Leur histoire d’amour se construit à travers des bandes dessinées échangées en silence, des compilations sur cassette et des mains qui se frôlent — une lenteur délibérée qui rend chaque geste électrique. Mais Rowell ne se contente pas d’écrire une romance nostalgique sur fond de Smiths et de New Order. Le roman est aussi un récit sur le harcèlement, la précarité et la violence domestique, des réalités qu’Eleanor affronte au quotidien et que Park, malgré toute sa bonne volonté, ne peut pas toujours comprendre. L’alternance des points de vue fait le reste, et la fin — ouverte, frustrante, parfaite — est restée gravée dans la mémoire de quiconque a eu le malheur (ou la chance) de tourner la dernière page.
6. Treize Raisons (Jay Asher, 2007)

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Clay Jensen rentre chez lui et trouve sur le pas de sa porte un paquet contenant sept cassettes audio. La voix qu’il entend en appuyant sur « lecture » est celle d’Hannah Baker, une camarade de classe qui s’est récemment suicidée. Sur ces cassettes, Hannah a enregistré treize histoires — treize raisons, treize personnes qui ont joué un rôle, petit ou grand, dans sa décision. Chaque destinataire doit écouter l’intégralité des bandes, puis les transmettre au suivant. Et Clay en fait partie.
Difficile de reposer le livre, tant le dispositif narratif est implacable : la voix d’Hannah, enregistrée et donc figée dans le temps, entre en collision avec les réactions de Clay, qui erre dans la ville endormie au fil de son écoute. Asher montre l’effet cumulatif des rumeurs, des trahisons et des silences — chaque événement paraît anodin en soi, mais leur accumulation forme une spirale. Le livre est revenu sur le devant de la scène grâce à son adaptation en série par Netflix en 2017 (avec Dylan Minnette et Katherine Langford), mais le roman original — plus court, plus concentré, déroulé sur une seule nuit — a un impact différent et une sobriété qui frappe au moins aussi fort.
7. Si je reste (Gayle Forman, 2009)

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Mia a dix-sept ans, un vrai don pour le violoncelle, un petit ami guitariste dans un groupe de rock qui commence à percer (les Shooting Star), des parents anciens punks reconvertis en adultes responsables — mais toujours un peu excentriques — et un petit frère prénommé Teddy. Un matin d’hiver, un accident de voiture pulvérise tout cela en quelques secondes. Lorsque Mia reprend conscience, elle se tient debout à côté de son propre corps, allongé dans la neige. Elle est entre deux mondes et dispose d’une journée pour faire un choix : rester ou partir.
Le récit est découpé en heures plutôt qu’en chapitres, et alterne entre le présent — Mia, spectatrice impuissante au chevet de son propre corps — et des retours en arrière sur sa vie d’avant. Une répétition de violoncelle, un concert d’Adam, un dîner en famille : chaque souvenir prend un poids nouveau quand on sait ce qui a suivi. Forman pose une question simple et redoutable, sans y apporter de réponse moralisatrice : quand on a tout perdu, qu’est-ce qui peut encore donner envie de rester ? Le livre a été adapté au cinéma en 2014 avec Chloë Grace Moretz, et Forman a publié une suite, Là où j’irai, racontée cette fois du point de vue d’Adam.
8. Tout plutôt qu’être moi (Ned Vizzini, 2006)

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Craig Gilner a quinze ans, une famille aimante, des amis, et il vient d’intégrer une école prestigieuse de New York. Sur le papier, tout va bien. Dans sa tête, rien ne va. La pression scolaire, la comparaison permanente avec les autres, l’impression de ne jamais être à la hauteur : Craig sombre dans une dépression qui lui coupe l’appétit, le sommeil et, progressivement, l’envie de vivre. Une nuit, au bord du pont de Brooklyn, il fait le choix d’appeler une ligne d’aide. Il se retrouve hospitalisé en service psychiatrique pour cinq jours — les cinq jours les plus importants de sa vie.
Ce qui rend ce roman singulier, c’est qu’il refuse de faire de la dépression un mal « logique ». Craig n’a pas subi de traumatisme spectaculaire, sa famille n’est pas dysfonctionnelle : il est simplement malade, et c’est suffisant. Le livre est drôle — parfois très drôle —, peuplé de personnages secondaires imprévisibles croisés à l’hôpital, dont Noelle, une adolescente qui va compter. Vizzini, qui s’est inspiré de son propre séjour en service psychiatrique, parle de la maladie sans détour et sans pathos, avec un mélange de sarcasme et de tendresse qui sonne juste. Le roman a été adapté au cinéma sous le titre Une drôle d’histoire (2010). Son auteur s’est suicidé en 2013, à l’âge de trente-deux ans — un fait qui donne à ce livre, déjà poignant, un écho particulièrement douloureux.