Plus jamais sans moi est le troisième roman de Maud Ankaoua, publié en janvier 2023 aux éditions Eyrolles. On y suit Constance, avocate brillante approchant la quarantaine, empêtrée dans une relation avec un homme marié qui promet toujours de quitter sa femme — demain, bien sûr. Lorsque son nouveau cabinet lui impose, en guise de période d’essai, de marcher pendant une semaine sur les chemins de Compostelle, Constance est furieuse. Elle qui se voyait plaider des dossiers se retrouve sac sur le dos, sans réseau, forcée de côtoyer des inconnus. Mais les rencontres faites en chemin — et surtout l’éloignement de Lucas, l’homme qui la fait attendre — vont la pousser à regarder en face ce qu’elle fuit depuis des années : la peur de ne pas être aimée pour ce qu’elle est. Comme dans ses précédents romans, Maud Ankaoua entrelace fiction et outils de développement personnel pour décortiquer les automatismes fondés sur la peur qui sabotent nos relations amoureuses.
Si vous venez de refermer ce roman et que vous cherchez quoi lire ensuite, voici des suggestions dans la même veine : des romans dans lesquels un événement inattendu — une maladie, un licenciement, une prédiction funeste — oblige le personnage principal à tout remettre à plat, souvent loin de chez lui, parfois guidé par un mentor.
1. Kilomètre zéro (Maud Ankaoua, 2017)

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Avant Constance et les chemins de Compostelle, il y avait Maëlle et l’Himalaya. Maëlle est directrice financière d’une start-up parisienne ; sa vie entière tourne autour de ses tableaux Excel et de ses réunions. Quand sa meilleure amie Romane, atteinte d’un cancer du sein, lui demande de se rendre à Katmandou pour récupérer un mystérieux manuscrit censé l’aider à guérir, Maëlle accepte à contrecœur. Ce qui devait durer quelques jours se transforme en un trek au cœur de la chaîne des Annapurnas — ces sommets du Népal culminant à plus de 8 000 mètres — sous la conduite de Shanti, un sage local qui, à chaque étape de la marche, lui soumet un nouvel enseignement : l’importance de vivre au présent, le pouvoir des pensées sur le corps, la différence entre paraître heureux et l’être vraiment.
Au fil de l’ascension, Maëlle — qui au départ grimace devant la plomberie rudimentaire de son hôtel népalais — finit par remettre en question tout ce qu’elle tenait pour acquis : sa définition de la réussite, son rapport au temps, sa tendance à tout analyser au lieu de ressentir. Elle croise aussi Matteo, un neurologue italien, et une histoire d’amour inattendue vient compliquer (ou enrichir) le tableau. Ce premier roman de Maud Ankaoua, largement inspiré de son propre voyage au Népal après un épisode d’épuisement professionnel, a conquis plus d’un million de lecteur·ice·s. C’est le livre par lequel commencer si vous voulez découvrir ses autres romans dans l’ordre.
2. Respire ! (Maud Ankaoua, 2020)

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Changement de décor et de protagoniste : cette fois, direction Bangkok avec Malo, trente ans, stratège financier envoyé en Thaïlande pour redresser une entreprise en difficulté. Quelques semaines après son arrivée, il surprend une conversation qui l’anéantit : il ne lui resterait que peu de temps à vivre. Au moment où il perd tout espoir — il songe à en finir —, Phueng entre dans sa vie. C’est la femme de ménage de ses bureaux, une dame âgée que personne ne remarque. Elle lui propose un marché étrange : pendant trente jours, elle va lui faire vivre une série d’expériences concrètes — méditation, rencontres, exercices de respiration, confrontation avec son passé — en échange de quoi il devra suivre ses consignes sans discuter.
Le sous-titre du roman — Le plan est toujours parfait — annonce sa thèse centrale : les épreuves que nous traversons, y compris les plus douloureuses, ne sont pas des accidents de parcours mais des étapes nécessaires (une idée que l’on retrouve dans de nombreuses traditions philosophiques, du stoïcisme au bouddhisme). Malo va notamment apprendre à écouter ses émotions plutôt que les refouler, à dire non sans culpabilité et à revisiter les traumatismes de son enfance pour comprendre comment ils dictent encore ses choix d’adulte. Plus sombre dans ses premiers chapitres que Kilomètre zéro, Respire ! retrouve progressivement la lumière grâce au personnage de Phueng, dont le mélange de fermeté et de tendresse donne au roman ses meilleures scènes.
3. Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une (Raphaëlle Giordano, 2015)

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Camille a trente-huit ans et quart (le quart a son importance). Sur le papier, tout va bien : un mari, un fils de neuf ans, un appartement parisien, un emploi stable. Dans les faits, une morosité chronique s’est installée : son travail l’ennuie, son couple ronronne et elle a pris quelques kilos qui la minent. Un soir de pluie, après un pneu crevé en rase campagne, elle échoue chez un certain Claude, qui exerce un métier inédit : routinologue. Autrement dit, un spécialiste autoproclamé de la « routinite aiguë » — cet état dans lequel on a objectivement tout pour être heureux·se mais où l’on ne ressent plus rien.
Claude va soumettre Camille à un programme d’exercices progressifs : apprendre à reformuler ses reproches en demandes constructives, cesser de se comparer aux autres, identifier et nourrir un projet personnel qui la passionne (en l’occurrence, ouvrir une boutique de création textile). Étape par étape, Camille reprend goût à sa propre existence. Le roman a dépassé les deux millions d’exemplaires vendus et a été traduit dans plus de trente pays. Son succès tient sans doute au fait que le malaise qu’il décrit — cette lassitude diffuse, sans cause apparente — est l’un des plus répandus et des moins nommés. Le concept de routinologie, inventé pour l’occasion, a quelque chose d’à la fois drôle et percutant : donner un nom médical à ce qui ne relève pas de la médecine, mais d’un besoin de sens.
4. Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part (Sabrina Philippe, 2017)

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La narratrice — dont on ne connaîtra jamais le prénom — est jeune, psychologue et chroniqueuse dans une émission de télévision où elle prodigue des conseils sur l’amour. Sa propre vie sentimentale, elle, est au point mort. Après une rupture, elle emménage près de l’île Saint-Louis à Paris et prend l’habitude de commencer ses journées dans un café du quai, avec vue sur la Seine. Un matin, une femme élégante aux cheveux blancs et aux yeux clairs s’assoit en face d’elle. D’abord intriguée, la narratrice va revenir jour après jour écouter le récit de cette inconnue : l’histoire d’un amour dévastateur pour un homme brun rencontré dans ce même café, des décennies plus tôt — un amour qui n’a jamais pris la forme d’une vie commune, qui a surgi et disparu à plusieurs reprises, et que la vieille dame décrit pourtant comme la chose la plus importante qui lui soit arrivée.
Ce qui rend ce roman singulier, c’est qu’il ne parle pas de l’amour comme d’un sentiment confortable. Sabrina Philippe, elle-même psychologue de formation (elle a été chroniqueuse dans l’émission Toute une histoire sur France 2), utilise cette histoire pour explorer le concept d’âme sœur au sens spirituel : non pas la personne avec qui l’on est le plus compatible au quotidien, mais celle avec qui l’on partage un lien d’une intensité telle qu’il semble traverser le temps — et qui n’est pas forcément celle avec qui l’on finit sa vie. On adhère ou pas à cette vision. Mais le dénouement — qui relie brutalement l’histoire de la vieille dame à celle de la narratrice — change rétrospectivement le sens de tout ce qu’on vient de lire.
5. Le jour où j’ai appris à vivre (Laurent Gounelle, 2014)

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Jonathan est agent d’assurances à San Francisco, fraîchement séparé de sa femme Angela (qui reste son associée au cabinet — ambiance), père d’une petite Chloé qu’il ne voit qu’un week-end sur deux. Sa vie avance par inertie jusqu’au dimanche où, sur les quais du port, une bohémienne lui saisit la main, blêmit et lui prédit sa mort dans l’année. Jonathan, d’abord incrédule, est rattrapé par l’angoisse. Il se tourne vers sa tante Margie, une septuagénaire vive et malicieuse, ancienne professeure de psychologie, qui accepte de le guider dans une remise à plat complète de son existence.
Concrètement, Jonathan va cesser de chercher à impressionner les autres (à commencer par son associé Michael, archétype du m’as-tu-vu) et entreprendre de poser de petits actes de bonté anonymes autour de lui : aider un voisin en difficulté, rendre service à un inconnu, écouter vraiment les gens au lieu de faire semblant. Laurent Gounelle — formé en sciences humaines en France et aux États-Unis — ancre cette idée dans des situations quotidiennes reconnaissables et s’appuie sur des expériences scientifiques réelles, notamment sur l’impact de la générosité sur le bien-être de celui qui donne. L’ensemble est volontairement optimiste, et l’humour des échanges entre Jonathan et Angela (qui, même séparés, continuent de se chamailler au bureau) empêche le roman de basculer dans le sermon.
6. Profite du chemin (Ludivine Labbé, 2023)

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Lou Vargas, vingt-huit ans, enseigne le français dans un collège huppé du Ve arrondissement de Paris. Bonne élève devenue bonne employée, elle file tout droit vers le mariage et les enfants avec Sébastien, son compagnon qui a déjà tout planifié. Jusqu’à ce qu’une erreur d’inattention au travail fasse tout basculer : mutation en Guyane française ou licenciement. Contrainte d’accepter, Lou débarque à des milliers de kilomètres de son quotidien parisien, dans ce département d’outre-mer situé en Amérique du Sud, recouvert à 96 % par la forêt amazonienne.
Sur place, rien ne se passe comme prévu — et c’est tant mieux. Lou découvre une colocation de personnalités très différentes de la sienne, s’aventure en pirogue au cœur de la forêt tropicale, fait la connaissance de Tiago (un Brésilien qui complique sa situation sentimentale) et participe à une cérémonie chamanique — autrement dit, un rituel guidé par un·e praticien·ne issu·e de traditions spirituelles ancestrales, où l’on cherche à atteindre un état de conscience modifié pour mieux se comprendre soi-même.
L’autre originalité du roman, c’est la place qu’y occupe le tarot de Marseille. Ce jeu de cartes illustrées, né en Italie au XVe siècle et adopté par les occultistes à partir du XVIIIe siècle pour l’introspection et la divination, structure le récit : chaque chapitre correspond à une carte (le Mat, la Papesse, l’Empereur…), et Ludivine Labbé — tarologue de métier — propose en fin d’ouvrage un guide pour que vous puissiez tirer vos propres cartes et poursuivre le travail amorcé par Lou.
7. Il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous (Rita Badraoui, 2017)

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Nina, trente-trois ans, vit à Montréal et ne se remet pas de sa rupture avec Paul. Adieu le mariage, adieu les enfants qu’elle s’imaginait déjà. Alors qu’elle ne rêve que de fuir, elle gagne un séjour dans un lieu au nom on ne peut plus explicite : l’Auberge de Vie. Sur place, loin de la retraite tranquille espérée, Nina rencontre des hôtes peu ordinaires qui, chacun à leur tour, l’amènent à reconsidérer un aspect de sa vie : son rapport au pardon (notamment envers elle-même), sa capacité à ressentir de la gratitude pour ce qu’elle a plutôt que de l’amertume pour ce qu’elle a perdu, et sa façon d’interpréter les événements qui lui arrivent.
Court (cent cinquante pages environ), ce roman auto-édité puis devenu un phénomène de bouche-à-oreille ne s’embarrasse pas de détours. Le fil conducteur est la notion de synchronicité — un concept forgé par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung au début du XXe siècle, qui désigne ces coïncidences troublantes auxquelles on peut choisir de donner un sens (croiser une personne au bon moment, tomber sur un livre qui répond exactement à la question qu’on se posait, etc.). Rita Badraoui n’en fait pas un dogme, mais une invitation à prêter attention aux signaux que l’on balaie d’habitude d’un haussement d’épaules. Le format condensé et le ton direct conviennent particulièrement à celles et ceux qui veulent une entrée en matière accessible au développement personnel, sans jargon et sans remplissage.
8. J’ai rêvé que je te rejoignais dans ton voyage (Saverio Tomasella, 2021)

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Leo a perdu son compagnon, emporté par un cancer. Depuis, il enchaîne les insomnies, les douleurs musculaires, les rhumes à répétition — son deuil, qu’il n’arrive pas à exprimer en mots, s’exprime par le corps. Lors d’un stage de yoga, il rencontre Valérie, une femme qui rayonne en apparence mais qui, en privé, n’arrive plus à parler à sa fille adolescente et sent que les techniques de bien-être qu’elle pratique depuis des années ont atteint leurs limites. Entre eux naît une amitié franche, de celles où l’on peut avouer que ça ne va pas sans craindre d’être jugé·e.
Ensemble, puis chacun de son côté, ils vont explorer des voies de guérison moins conventionnelles. Leo, notamment, rencontre Silvia, une chamane, qui va l’aider à revisiter son histoire avec son compagnon disparu, à accepter le chagrin au lieu de le fuir, et à envisager un avenir qui ne soit pas une simple survie. Le récit les conduit jusqu’au Québec, dans des paysages de forêts boréales et de lacs immobiles qui imposent naturellement un ralentissement. Saverio Tomasella, psychanalyste et docteur en psychologie, ne prétend pas offrir de solution miracle. Ce qui distingue ce roman des autres titres de cette liste, c’est qu’il montre aussi les impasses : les exercices qui ne fonctionnent pas, les rechutes, les moments où l’on croit aller mieux avant de replonger. La guérison, ici, n’est ni linéaire ni garantie — et c’est ce qui la rend crédible.
9. Une vie plus belle que mes rêves (Marilyse Trécourt, 2019)

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Louise a trente-sept ans et peur de tout : de conduire, de voyager, de décevoir, de ne pas être à la hauteur. Même Maurice, son chat (qui sent la crevette, précise-t-elle), semble la juger. Lorsque son CDD n’est pas renouvelé, elle s’apprête à chercher un énième emploi sous-qualifié pour rassurer ses parents et son compagnon Sam. C’est sans compter sur Claire, sa meilleure amie — un mètre trente-quatre de détermination pure — qui l’incite à viser plus haut.
Galvanisée, Louise se remet au dessin, une passion d’enfance enterrée depuis longtemps. Une nuit, dans un accès de fièvre créatrice, elle peint un tableau étrange : une femme tenant dans ses mains un mystérieux coffret. Quelqu’un à Londres s’intéresse à cette toile — ce qui suppose, pour Louise la phobique, de prendre l’avion, de traverser la Manche et de se rendre seule dans une ville qu’elle ne connaît pas. Elle qui n’osait même pas prendre sa voiture dans Marseille. En parallèle, le roman entremêle l’histoire de Raphaël et Marie, deux personnages dont le lien avec l’intrigue principale se dévoile progressivement, ajoutant une couche de suspense au récit.
Marilyse Trécourt manie l’humour avec efficacité — les échanges entre Louise et Maurice le chat comptent parmi les meilleurs passages — et décrit avec justesse les petites lâchetés du quotidien : accepter un poste qu’on ne veut pas pour avoir la paix, se taire face à un compagnon condescendant, dire « ce n’est pas grave » alors qu’on pense le contraire. C’est dans ces détails très ordinaires que Louise devient un personnage auquel on s’attache.